CHAPITRE II
LA SYNERGIE INTÉRIEURE ET LA CONSTITUTION DE LA VIE INDIVIDUELLE PAR L'ACTION
Quelle que soit en nous la puissance qui prend l'initiative, du moment où un acte est consenti, du moment où il s’accomplit, une coopération intime associe même les tendances opposées et établit une solidarité effective entre toutes les parties du mécanisme physique et mental.
En dispersant l’effort central de la pensée et de la liberté dans la confusion de l’organisme, il pouvait sembler que l’action diminue en quelque sorte et éparpille l'intention, sans que cette obscure diffusion soit compensée. C’est encore ce qu’admettent tous ceux qui ne considèrent dans leur conduite que la décision initiale, mais qui se désintéressent de l'exécution matérielle et des conséquences de leurs résolutions. Il leur paraît que la volonté se mésallie et se perd dans l’obscurité des mouvements inférieurs; il leur semble même qu’elle s’appauvrit et s’asservit en rencontrant dans l’action consommée un point d’arrêt, une détermination qui exclut l’infinie richesse de sa virtualité primitive. A les en croire, on s’amoindrit, on se mécanise, on se salit à agir.
Comment au contraire l’action unit en un faisceau les forces éparses de la vie pour constituer la synthèse organique et pour servir de médiatrice entre toutes les formes de l’activité corporelle et spirituelle; comment elle enrichit la volonté, en répondant au premier mouvement d'expansion centrifuge, par un mouvement centripète dont le retour compose le rythme vital et
ferme le circuit de la vie individuelle, c’est ce qui va résulter d’une analyse où l’on devra voir aussi combien toutes ces apparentes amplifications du vouloir initial y étaient déjà impliquées, sans préjudice d’une expansion plus large encore qui emportera l’action hors de l’individualité.
Il n’y a d'unité, en notre organisme complexe, que par cohésion, et de cohésion que par coopération. Est-ce que tendus et énergiquement employés les membres ne sont pas mieux liés, les chairs plus invulnérables qu’à l'état de repos et de mollesse? L'action est le ciment dont nous sommes faconnés; nous ne subsistons que dans la mesure où nous agissons : c’est une dissolution que l'oisiveté, c'est une décomposition que la mort. Le fiat de la volonté n’est pas seulement le coup décisif qui tranche toutes les incertitudes de la pensée, qui donne à une représentation encore flottante et multiple une unité, une solidité, une précision définitives, qui sépare radicalement le présent du passé et le réel du possible; c’est aussi, sous une forme particulière et déterminée, la fonction gér'érale et pour ainsi dire génératrice de la vie organisée. Car dans une action, il y a plus que cette action; il y à la cohésion, la solidarité, l’union réelle de tout ce qu’elle emploie et de tout ce qui y collabore. Voilà par où s’explique l’unité de la synthèse et où se marque l’individualité véritable que les sciences positives n'avaient pu considérer que du dehors comme un postulat, mais dont on pénètre maintenant la constitution intime. Æv To Épyw doxet eivat rù Èv.
C'est qu'en effet l’action réelle ne saurait être partielle, divisée, multiple comme peuvent l’être la pensée ou le rêve. Ce qui se fait se fait. Tout ou rien. Et dans l'opération qui meut les organes, il y a, entre les membres, une liaison inévitable; peu importe que je sois encore hésitant et combattu : si j'agis, j'entraine d’un côté la machine tout entière; et tout suit, par persuasion ou par violence, mais en tout cas par nécessité. Le système organique est intéressé au moindre acte conscient et voulu, sans duplicité possible dans l'opération même.
Ainsi tout naturellement l’action enveloppe et emporte les tendances les plus opposées; elle en fait un corps unique, elle en fait
nt
CL Ta LU
a OR RDS De 64 NE à nca d