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LA SYNTHÈÉSE ORGANIQUE ET MENTALE

le corps. Et puisqu'elle forme un système concertant de tout ce qu’elle favorise ou sacrifie en nous, elle ne saurait être confinée dans un organe, restreinte à une fonction, partiale pour un membre, sans être préjudiciable et injuste pour les autres. Il n’y a donc qu’un moyen de contenir, de régler et d'employer les énergies diffuses en nous et les impulsions même rebelles de la concupiscence, cest de les capter dans le système d’une activité générale, et de les faire converger, par le travail, à l'intégrité de la vie individuelle. C’est ainsi que l’enfant ne conquiert son organisme et ne rythme sa vie physique que par un exercice harmonieux de ses membres : pour dominer ses sens et pour prévenir les monstruosités d’une culture inégale où parfois l’on rompt à plaisir l’équilibre des fonctions nerveuses, il à besoin d’agir, en accordant à ses jeunes forces l’expansion réglée qui les maintient dans leur hiérarchie naturelle. L’écolier non plus ne forme son intelligence et ne mobilise son activité mentale que par un exercice, et un exercice systématique de ses facultés.

L'important, ce n’est donc point seulement de remarquer l’utilité ou la nécessité de l’action, c’est de voir l’unité qui y préside et qu’elle produit nécessairement. Sans doute elle n’est efficace et normale que si elle est une synthèse, et voilà pourquoi l'éducation physique et intellectuelle doit être générale. « Spécial, bestial », disait un proverbe scolaire. L'homme n’est homme que par ce qu’il a en lui de vie universelle. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que, bon gré mal gré, l’action à ce caractère universel, et que, si restreinte que ‘on la suppose, elle s'exerce toujours on specie universi.

Par la diffusion et la connexion des réflexes, l’acte retentit dans toute la synergie organique. Aussi n’y a-t-il point de gymnastique partielle pas plus que d'éducation spéciale; c’est-à-dire que toute activité particulière qu’on prétendrait limiter à la partie intéressée devient le centre du groupement total. Là où l’on espérerait développer une partie dans le tout, on tendrait à faire de cette partie le tout lui-même. Si la «spécialité » restait spécialité, ce ne serait que demi-mal; le malheur est que de l’accessoire on fait forcément le principal en s’exposant à prendre un flambeau pour une étoile et un atome pour l'univers.

Même à ne regarder d’abord que l'équilibre des fonctions physiologiques, la vérité du vieil et banal adage « Mens sana in corpore sano », est susceptible, malgré les exceptions apparentes,

d’une véritable démonstration. Les biologistes, comme Preyer, considèrent que dans le nouveau-né cohabitent divers principes d'action et comme plusieurs âmes qu’il faut subordonner à «l’âme cérébrale ». Et comment s’établirait la parfaite harmonie des centres nerveux, sinon par un exercice réglé de tous les organes”? Agir seulement de la tête, comme les « cérébraux », c’est souvent laisser la bête vivre et croître en bas, et non pas une bête seulement, mais une meute d’appétits malsains et de goûts dégénérés. Moins on est capable d’agir, plus devient effrénée l’intempérance des désirs, parce que l'équilibre entre les rêves et la pratique quotidienne se rompt de plus en plus. « Qu'importe le corps, dira-t-on ; c’est une démence que d'interroger ce jouet; et quelque folie où il me compromette, c’est à lui d’en rougir devant moi! » Sot dédain. L’homogénéité s'établit tôt ou tard, en un sens ou en un autre; et c’est une dangereuse chimère que de prétendre former en soi des cloisons étanches.

Aussi, pas plus qu’on n’a pu séparer, dans l’étude de l'effort et de la résistance organique, l’inertie matérielle de l’opposition psychologique qui en est la véritable explication, pas plus ici, dans l’étude de l’action et du rôle qu’elle joue pour la formation de l’individualité, on ne saurait isoler la synergie des organes de l’harmonie des fonctions psychologiques. Les phénomènes corporels qui accompagnent et exécutent nos résolutions, sont, en un sens, plus que les signes ou que les symboles des états proprement subjectifs auxquels.ils correspondent; on peut dire, en l’interprétant bien, qu’ils en sont la réalité même.

Ainsi l’attention ne devient plus intense que si réellement il y a tension plus grande des organes. Tandis que dans la conscience.il y à irradiation, en plusieurs sens et en plusieurs couches, d'images, de désirs et de mouvements ébauchés, c’est une action qui, concentrant parfois violemment ces énergies diffuses, les subordonne toutes à un système unique, et obtient la convergence des pensées par le concours des opérations organiques, drainant de la sorte toute l’activité disponible pour ne former du corps et de l'esprit qu’un même tout expressif. Pourquoi donc l'effort de la production intellectuelle est-il parfois si douloureux. plus que l’enfantement qui déchire le sein, au point qu’il peut sembler que penser est contre nature? C’est que, pour vivre et croître, cette pensée doit se communiquer à toutes les parties rebelles dont le concours est nécessaire à l’exprimer; c’est que,

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