LE BESOIN DE L'EXPANSION VOLONTAIRE
minisme de l’action volontaire. Il s’agit, les prémisses étant posées comme elles l’ont été, de l’acheminer à son terme nécessaire. L'ivraie croit comme le bon grain. Égoïsme et désintéressement suivent la même loi, bien qu'ils l’appliquent diversement : nous ne pouvons jamais nous suffire. Pour réussir à être mieux et plus complètement un, on ne doit, on ne peut rester seul.
La volonté tend donc normalement à une fin qui semble lui être extérieure; elle se répand. De synthèse qu'elle était déjà, elle devient l'élément d’une société plus large que nous. C’est qu’en nous-mêmes nous rencontrons une multiplicité et une contrariété de désirs que nous ne pouvons tous accorder, parce que, comme des morceaux de marqueterie dépareillés, ils attendent, pour s’ajuster, les pièces complémentaires. Comment donc travailler pour tout nous-mêmes, surtout pour ce qui, en nous, échappe à la conscience distincte ou aux résolutions explicites, sinon en nous consacrant à quelque œuvre dont l'intérêt es’ trop général pour ne point dépasser les calculs réfléchis? l'amour complet de soi doit perdre pied et se noyer dans l’océan du moi. Il y a, en nous, un sentiment obscur et permanent de toutes les vies étrangères à la nôtre, de ces vies qui, par la connaissance, s'y sont concentrées pour nourrir et soutenir notre propre activité. Volontiers, nous croirions que de ces profondeurs s'élève le brouillard qui voile toujours à demi la conscience; nous estimerions que, rompant toute attache avec nos origines, nous nous appartiendrons davantage; et il nous semble que nous gagnerions à nous refuser à qui que ce soit. Non; sans cet impersonnel vaguement aperçu, nous ne nous verrions pas, comme dans une glace sans tain. L’égoiïsme nous aveugle : c’est en sortant de la vie individuelle, en nous attachant ailleurs qu’en nous, que nous nous posséderons le mieux. L'enfant ne vit encore que pour soi; et c'est pour cela qu’il n’est pas en soi. Nul souci des autres, de leurs jugements ou de leurs plaisirs. La raison apparait en lui, il devient une personne du jour où il sait prêter, contre lui-même, un moi aux étrangers ; du jour où il participe, füût-ce à ses dépens, à la personne d'autrui, et où il fait un effort sur soi pour n'être pas naiïvement le centre de tout. Il y a, en effet, une place centrale à prendre en nous : elle ne peut nous appartenir; à qui la donnerons-nous ? l'illusion de l’égoïsme c’est d’y prétendre.
Le triomphe de la volonté ne saurait donc être dans une sorte de réserve jalouse ou d’apothéose sacrilège, mais plutôt dans une