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CHRONIQUE D'ART
Nous ne prétendons point signaler ici toutes les manifestations d'art de ces derniers mois ni dresser un catalogue des œuvres de nos artistes : nous réclamons le droit d'être incomplet.
Il s'est tenu, à l'automne, à la Galerie des Arts, une exposition importante dont nous ne sachions pas que nos revues et nos journaux français aient beaucoup parlé. Elle méritait, cependant, notre attention, du double point de vue artistique et national. Il s'agit des toiles et dessins qui remplissaient toutes les salles de la rue Sherbrooke, et qui doivent, avec huit cents autres, constituer un Musée de la Grande Guerre, à Ottawa.
Très probablement, ce projet a dû être porté à ta connaissance du public avant cette a.mée II passa sans doute inaperçu entre deux listes de « casualités ». Xous nous rappelons cependant avoir appris, il y a deux ans, le départ de MM. Cullen, Simpson et Russell pour le « front », en qualité d'illustrateurs; rien de plus. Or, il appert que l'entreprise avait une toute autre envergure : c'est l'introduction au catalogue de l'exposition en question qui nous le révèle.
Un comité fut formé 1 — à Londres ou à Ottawa, on ne sait — au sein du Bureau Canadien des Rapports de Guerre (Canadian War Records Office), à l'effet de constituer une collection de tableaux, où l'histoire aussi bien que
1 Comité auquel lord Beaverbrooke ne fut pas étranger, paraît-il.
l'art aurait sa place marquée. Une somme considérable fut votée, dont une partie confiée à sir Edmund Walker, de Toronto, pour que celui-ci envoie sur les champs de bataille quelques artistes canadiens. Le catalogue ajoute qu'on eut, dès le début, l'intention d'abriter ces peintures décoratives dans quelque bâtiment d'un aspect architectural soigné, qui serait un cadre parfaitement adapté. l
Les achats commencèrent sans doute à ce moment. Les choix se firent, en dehors de toute préoccupation d'école, « in the most catholic spirit ». De même, on encouragea beaucoup les artistes européens, anglais surtout et deux ou trois français ou belges, afin d'éviter de donner au Mémorial Canadien de la Guerre un « parochial character ». Le résultat, nous l'avons eu sous les yeux, pendant deux mois, et il ne manquait pas d'intérêt. Nous voudrions en dire un mot.
Nous remarquons d'abord qu'on ne s'en tst pas tenu à la seule guerre de 1914. On a acquis un bon nombre de « early English paintings and engravings », a}rant un rapport direct avec l'histoire du Canada, et qui enrichiront la magnifique collection des Archives.
Autour des grands panneaux de la dernière guerre gravitent beaucoup de portraits, portraits de généraux, portraits d'hommes d'État, portraits de V. C. (Victoria
1 Ottawa, 5 février 1920. — Douze délégués représentant les quatre sociétés suivantes : Société Royale du Canada, Institut d'Architecture Royal du Canada, l'Académie Royale Canadienne et l'Institut d'Embellissement des villes du Canada,, se sont réunis, ce matin, dans le bureau du Dr Arthur Doughty, archiviste du Dominion. Le but de la réunion était de discuter le projet d'élever un musée des trophées et souvenirs de guerre canadiens, au coût approximatif de deux millions, et de conseiller le gouvernement sur le site de ce monument historique. Il semble entendu que ce temple, qui sera au Canada ce que le Musée de l'Armée des Invalides est à la France, sera érigé à Ottawa, car le gouvernement du Canada ne permettrait pas son érection ailleurs.
(La Prêtée).
Cross;. J'ai dit qu'ils sont nombreux ; malheureusement, une demi-douzaine au plus ont de l'allure. Quelques-uns même sont désespérants de raideur ou de vulgarité.
Si nous examinons maintenant les grandes compositions, nous en trouvons d'uniquement historiques et d'autres de symboliques. Il faut en parler séparément. Les premières, de beaucoup les plus nombreuses, ont toutes les dimensions; mais il en est de vraiment « colossales ». Dans cette catégorie entrent La Prise de Vimy et la Seconde bataille d'Y près du Major Jack, le Réponse du Canada (une flotte sur la mer) du commandant Wilkinson, le Poste d'artillerie canadienne du lieutenant Lewis, les Premiers gaz allemands du canonnier Roberts, le Débarquement de Champlain à Québec, et le Débarquement de la 1ère Division Canadienne à Saint-Nazaire de Edgar Bundy, Courcelette du capitaine Weirter, les Forestiers canadiens dans le parc de Windsoi ainsi que VHcpital stationnaire canadien de Doullens du professeur Moira, et même la Cuisine de Witley, par Anna Airy. Mais si, presque partout, le métier est sûr et la couleur agréable, aucun des artistes nommés, — sauf Moira, — ne semble distinguer entre la peinture de chevalet et la peinture décorative. Pourtant, le XIXe siècle a précisé cette différence, et il ne devrait plus être possible de couvrir un mur de la même manière après Pu vis de Chavanncs qu'avant lui. Le comité, qui ne cache pas son désir de s'inspirer du Panthéon de Paris, s'est-il rappelé que de tous les grands peintres dont les œuvres décorent cette église, 1 Puvis de Chavannes est le seul qui ait vraiment bien compris la peinture murale? En tout cas, de tous nos peintres anglais, M. Moira seulement s'en est préoccupé. Son triptyque de l'Hôpital de Doullens tran-
1 Lenepveu, Détaille, Laurens, Lévy, Humbert, Bonnat, Puvis de Chavannes.
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che sur toutes les autres peintures dont nous parlons par des qualités proprement décoratives.
Il voisinait, à la Galerie des Arts, avec un Courcelette, qui sans doute intéressera toujours les survivants de cette terrible bataille, mais ne manquera pas de rebuter un artiste. Tout y est; mais cela tient plus de l'inventaire que du tableau. On ne peut se défendre de trouver quelque chose d'enfantin dans cette manière de traiter la peinture d'histoire.
On se demandera aussi pourquoi il a fallu tant de toile pour immortaliser le souvenir de la Cuisine de Witley f Un tableautin aurait certainement suffi. Cette réserve faite, il reste que le peintre a une manière très large et que plusieurs morceaux de sa composition retiennent l'attention.
L'attention est encore retenue, mais violemment, par deux autres toiles, les plus avancées de la collection, acquises en vertu de ce « catholic spirit »que nous avons signalé. L'une a des parentés avec le cubisme. Ce sont des masses non dégrossies, agencées de façon à représenter un Poste d'artillerie canadienne. Il n'y a là aucun charme. L'autre est une immense estampe japonaise, où des monstres, noirs ou rouges, spahis et khakis, se contorsionnent en faisant des grimaces. On rirait, si le titre ne nous avertissait qu'il s'agit de la première attaque des Gaz allemands.
En somme ce ne sont pas ces tableaux géants qui nous ont fait le plus de plaisir. Nos préférences vont plutôt à la Patrouille de nuit du lieutenant Julius Olssen (une vague superbe sous le clair de lune), à Y Artillerie Canadienne en action, du capitaine Kenneth Forbes, (où les quatre personnages me paraissent dessinés et peints à la perfection), et enfin à un paysage très poétique et très vibrant de Maurice Cullen, intitulé Bumbing Area, Seaford.
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Que dire maintenant des deux grandes compositions symboliques qui occupaient les meilleures places de l'exposition? L'idée de Sacrifice ne manque pas de beauté; l'exécution est discutable. Une grande croix se dresse du haut en bas de ce tableau, au centre. Le Christ, dont nous apercevons les bras et une hanche, y est attaché et contemple le spectacle. Une bande horizontale occupe le milieu : on y voit des tranchées, des fils barbelés et des soldats. Une autre bande touche au cadre supérieur : elle est faite des écussons de nos neuf provinces. Enfin une troisième bande constitue le bas du tableau : ce sont ceux de Variièie, enfants, femmes et vieillards, dans un champ de neige. Un je ne sais quoi nous empêche d'être ému devant cette chose compliquée : du moins, elle est chrétienne. En voici une autre, Le Drapeau, plus simple, mais païenne. Un socle de marbre noir, servant de base à un spl^nx d'airain, dont on ne voit que les griffes, se dresse sur un ciel implacablement bleu. Entre les deux pattes du monstre, dort pour toujours, enroulé dans le drapeau du Canada, un pauvre petit khaki. En bas, deux groupes, composé de toutes les classes de la société. Quelquesunes des figures sont belles, d'autres ressemblent à des gravures de mode. Les sentiments de ces personnages paraissent très divers. Notre impression à nous se résume ainsi : c'est le désespoir muet devant le Moloch de la guerre.
Nous sera-t-il permis de rapprocher de ce froid symbole les grandes fresques qui ont été placées au Panthéon de la Guerre, à Paris, en 1918, par Pierre Carrier-Belleuse, Auguste-François Gorguet et leurs dix-sept collaborateurs ? Sans être parfaites, elles nous paraissent plus humaines. Voici un temple grec précédé d'un gigantesque escalier que domine une Victoire. Sur les degrés, trois mille héros,
trois mille portraits. Tout autour de la salle s'étend un double hémicycle surmonté d'un paysage très exact de la France du nord, de Calais à Belfort. Le long de cet hémicycle apparaissent des groupes de nations alliées, formés aussi de portraits, et massés, ici au pied d'un sarcophage, là, d'une statue. C'est comme un schéma de ce que sera plus tard le Musée de la Guerre, en France, dans ce pays débordant de héros et d'artistes, schéma déjà bien éloquent.
De ces œuvres de guerre, passons à une œuvre de paix que nous devons à un peintre de chez nous. Ce n'est pas ici le lieu de faire une biographie de M. Ozias Leduc; d'ailleurs il est l'ennemi-né du bruit et de la réclame : ce qui ne l'empêche pas d'être un de nos meilleurs artistes canadiens. Il vient de terminer, à l'église du Saint-Enfant- Jésus, une chapelle du Sacré-Cœur qui fait vraiment honneur à notre art. Elle est pieuse et pleine de pensée: c'est une œuvre mûrie. Aussi bien laissa-t-on le temps à l'artiste de réfléchir, de modifier, de perfectionner. Il n'eut pas à lutter avec la nécessité si fréquente d'avoir fini pour telle fête, date marquée d'avance pour la démolition des échaffaudages. . . M. Leduc entra dans sa chapelle en automne 1917 : depuis le mois d'août il y songeait, multipliant les croquis, étudiant le symbolisme de la liturgie. Cette chapelle, dédiée au Sacré-Cœur, devait aussi servir aux baptêmes; le peintre choisit donc la Rédemption pour thème de sa décoration. Il avait à recouvrir une grande surface quadrilatérale au-dessus de l'autel; une autre plus capricieuse, au-dessus d'une grande porte voûtée en anse-depanier, et deux eltmi-coupoles, dont l'une destinée à recevoir les fonts baptismaux. Voici à quelle solution il s'arrêta. Divisant les murs en deux bandes horizontales à
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peu près d'égales dimensions, il couvrit celle du bas d'une draperie stylisée qui entoure la chapelle. Dans le haut, par conséquent plus près de la lumière qui tombe du plafond, se déroulent quatre scènes, ayant entre elles une liaison étroite. À gauche de la porte, on voit Adam et Eve sous le coup de la malédiction de Dieu; à droite, la Vierge Immaculée, qui seule ne participera pas à lear péché. Audessus de la porte, la Gloire de Jéhovah d'où se détachent huit anges dont l'un chasse du Paradis terrestre nos premiers parents, et un autre se prosterne devant Marie, reine du ciel. Cette composition s; équilibre parfaitement et se pose, avec un grand charme, sur le fond de feuillage d'une forêt.
Dans une des demi-coupoles, sur fond d'or quadrillé, on voit, au-dessus des fonts baptismaux, le Baptême de Jésus par Jean-Baptiste, et deux anges de chaque côté. En bas, quatre emblèmes : un cerf courant, image du néophyte désireux du baptême; un lis auréolé, symbole de la pureté que procure le sacrement; une comète et des étoiles, par quoi est marquée la diffusion de la grâce; et une pyramide, signe de la stabilité dans le bien. A l'autre extrémité de la chapelle, un magnifique Christ en croix se dresse, également sur l'or, entre les deux larrons et deux anges admirables d'expression. Les symboles qui accompagnent cette scène sont l'arbre et le serpent, c'est-à-dire le péché cause de la Rédemption; des vêtements tirés au sort : l'humiliation de Jésus; un cœur et une couronne d'épines : la souffrance; enfin le calice : la consommation et le rachat. Sous l'arc des deux coupoles, apparaissent les signes du zodiaque, car le temps, comme le reste, appartient à Dieu. Ils relient le panneau du Péché originel à celui du Sacré-Cœur.
Ce pujet a été traité d'une manière bien personnelle < t bien neuve. Rien ici de l'imagerie insignifiante. L'ar-
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tiste :i placé au centre l'Arbre de Vie dont les racines en bas et les branches en haut débordent sur le cadre. Groupés autour de l'Arbre, huit anges, — huit étant le nombre mystique de la Rédemption, — portent les attributs de la Passion. Devant eux s'avance Jésus, les bras tendus, légèrement penché vers nous, tandis que son cœur éclaire discrètement sa poitrine. Des deux côtés de ce groupe se trouvent deux paysages, celui-ci représentant le travail de la ville et celui-là le travail des champs. Ils nous rappellent que le Péché nous a valu le travail à la sueur de nos fronts, mais aussi que le Sacré-Cœur l'a allégé par de divines promesses.
Au-dessous est l'autel, décoré d'une statue de marbre et de deux panneaux étroits, en hauteur, où l'on admire deux exquises figures : le Bon Pasteur et le Christ à la fraction du pain. Les fonts baptismaux, -finement sculptés dans le chên^, sont l'œuvre de M. Elzéar Soucy. Leurs lignes élégantes, couronnées d'un angelot porteur du flambeau de la foi, s'harmonisent parfaitement par leur couleur et leur dimension, au reste de la chapelle.
Ainsi ce sanctuaire sera pour nous désormais non seulement un lieu de prière, mais encore un pèlerinage d'art, rue exposition passagère, reflet d'une guerre grandiose mais atroce, peut retenir notre attention; rien n'égalera cependant le plaisir de venir s'asseoir en silence devant les fresques de notre ami Leduc. Nous y trouverons chaque jour une pensée plus profonde; une plus haute noblesse, une couleur plus chaude et plus discrètement voilée. Bref. nous nous féliciterons de posséder un artiste et une œuvre de cette qualité. '
Olivier Maurailt, p. s. s.
1 Dans l'église, l'artiste a aussi décoré les trois autels et la chaire. De plus, les quatre panneaux des pendentifs de la coupole sont de lui.
A TRAVERS LA VIE COURANTE
MenUS Une simple note ajoutée à notre dernière chronique'
bilitl&UCS a^ors que nous en corrigi°ns *es épreuves, a signalé brièvement la victoire remportée au Château Frontenac. Cette victoire est importante. Elle a été difficile à obtenir. Le cas paraissait même si désespéré que des députés se sont refusés à faire les démarches qu'on leur demandait, assurés qu'ils étaient de leur insuccès. Heureusement, à défaut de députés, il s'est trouvé des simples avocats et des voyageurs. Qu'ils se réjouissent de leur triomphe! Déjà d'autres s'annoncent, conséquence de celui-ci. Le Viger s'apprête à donner bientôt, lui aussi, des menus bilingues. Et les trains du Pacifique. Et les bateaux de la Canadian Steamship.
Continuons donc à mener le bon combat, à réclamer complète justice pour notre langue chaque fois que l'occasion s'en présente. Agissons fièrement, non en paras qui quémandent une faveur, mais en citoyens libres, possesseurs de droits qu'ils entendent faire respecter.
JeUX de Voici qu'une autre initiative vient couronner
CGïteS fïdnCGÎS nos e^orts- Depuis longtemps bon nombre de nos familles demandaient des jeux de cartes français. Elles se plaignaient avec raison que ceux en usage ne portaient que des indications anglaises et propageaient ainsi au foyer le mépris ou l'oubli de notre langue. J'ai reproduit moi-même, en novembre dernier, les justes observations d'un lecteur de V Action française à ce sujet. Elles ont été en partie entendues. La compagnie Fortier de Montréal a publié récemment deux jeux de cartes: le Jacques-Cartier et le Champlain, qui portent au verso le nom et le portrait de ces personnages historiques. La face même de la carte cependant n'a pas été modifiée. On y voit encore les lettres K. Q. J. (King, Queen, Jack) pour désigner les rois, les reines et les valets. C'est une lacune. Nous espérons qu'elle disparaîtra à la prochaine édition. On devrait aussi ajouter sur le dos de la carte, comme le suggérait notre correspondant, quelques notes historiques concernant le personnage représenté. Ainsi nos héros plus connus deviendraient plus populaires. Le culte des grands morts est une force nationale. Il rattache aux traditions de la race. Il préserve des déracinements el des apostasies. Nous ne saurions trop l'inculquer dans les foyers.
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EtlQUCttCS Mais revenons à notre langue. Et puisque les ini-
diV€TS€S tiatives louables semblent vouloir monopoliser cette chronique, signalons celles de la maison Alphonse Raymond. Son chef n'a pas voulu suivre le courant défaitiste qui nous entraîne. 11 a su rompre avec une pratique passée presque en loi dans l'industrie canadienne, il a foulé aux pieds ce misérable respect humain dont tant des nôtres sont les victimes. Et ses différents produits por-
tent des étiquettes françaises qui ont vraiment belle allure. La reproduction que nous donnons ici ne leur rendra probablement pas justice. Qu'on aille les voir. Elles se trouvent dans toutes les épiceries sur des lwcaux de confitures, de sirop, de marinades, etc. La maison Raymond a-t-elle souffert de cette méthode? Il semble bien, au contraire, qu'elle en a profité. Pourquoi d'autres maisons ne suivraient-elles pas son exemple?
L,€S pTOgïèS Jusqu'aux coiffeurs enfin qui s'amendent ! Jfê 3UÏS
d'iltl COiffeilT ''^tourné, l'autre jour, chez ce brave homme, dont mes lecteurs ont déjà entendu parler, qui annonçait sur son enseigne, en belles lettres françaises, salon de coiffure, mais oubliait quelque peu sa langue à l'intérieur. La lecture de Y Action, française — on a bien voulu nie l'avouer — avait produit ses frmts.
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Là où l'on voyait, en mars dernier, un avis unilingue, s'étale maintenant une belle pancarte bilingue. A côté du calendrier anglais, un autre, complètement français, est suspendu. Sur le banc, les journaux de chaque langue voisinent. Et le garçon sut me dire, quand la première chaise fut vide! « Votre tour, monsieur ! » Vraiment ça m'a chatouillé le cœur ! Et je n'ai pu m'empêcher d'en féliciter cordialement le patron.
Il y a une chose cependant — je veux être franc jusqu'au bout — qui m'a joliment taquiné. Au beau milieu de la salle, un parchemin encadré attirait les regards. Je n'y pus lire que deux mots, imprimés en gros caractères : Union Shop. Au-dessous un aigle étend ses ailes près d'im drapeau étoile. L'emprise américaine sur notre pays! La sujétion de notre race à des chefs qui ne partagent ni nos croyances, ni nos aspirations! Le fait n'est-il pas assez grave pour que nous le déplorions? Tandis que des capitalistes étrangers s'emparent de notre vie économique, une organisation puissante, de même origine, enrégimente nos travailleurs dans ses rangs. Le capital et le travail : l'Américain une fois maître de ces deux forces, que nous restera-t-il ? Un ouvrier, ancien partisan de l'Internationale, à qui les événements ont ouvert les yeux, vient de le faire remarquer dans un intéressant article de la Vie nouvelle: Le travail organisé est une force nationale perdue, aussi longtemps qu'il reçoit sa direction des Etats-Unis.
Un HVTe Encore une initiative, et j'ai fini. Celle-là,
de COÏYltftdbilité u v a longtemps que j'aurais dû en dire un mot. Le livre est là sur ma table depuis des mois, avec bien d'autres pièces. Chacune attend son tour. Les circonstances font que l'une passe avant l'autre. L'actualité guide le chroniqueur et parfois aussi un enchaînement de faits qui ne respecte pas les classements les mieux ordonnés. Qu'on me pardonne donc certains retards inévitables.
Mais cette fois l'ouvrage que les Frères du Sacré Cœur ont publié, en février 1919, sur la Comptabilité, ne perdra pas sa place. Il mérite plus qu'une brève mention. Dans la préface, les auteurs nous disent eux-mêmes leur but louable : « Ce sera apporter notre contribution au mouvement — nous devrions dire à la lutte — qui se fait actuellement en faveur de la langue française. Il faut bien l'avouer, l'enseignement de la comptabilité, donné presque exclusivement en anglais dans les écoles de notre Province, a certainement nui à notre parler national, en contribuant sa trop large part d'anglicismes : la source la plus
féconde des anglicismes n'est-elle pas l'ignorance des expressions ou tournures françaises? Puis, qui n'a entendu dire que l'anglais est la langue du commerce, que le français se prête mal aux exigences des affaires, surtout à. la comptabilité? Cette opinion aussi doit être mise au compte de l'ignorance : il suffit d'un examen, même superficiel, d'une méthode française de tenue des livres pour s'en convaincre. Le français est, pour le moins, aussi précis, aussi concis que l'anglais sous tous les rapports, et par conséquent dans le langage des affaires. Il y a donc de solides raisons d'apprendre la tenue des livres en français. »
Un simple coup d'œil jeté sur les cent cinquante-quatre pages de ce manuel nous convainc de son utilité. Il comble une lacune de notre enseignement, il aide à combattre une des graves erreurs dont se sont rendus coupables plusieurs de nos collèges commerciaux et que nous avons souvent dénoncée. Puisse-t-il être bien accueilli partout et contribuer à redonner à la comptabilité française le rang qu'elle mérite!
16 février 1920 Pierre Homier.
16e mille
Les Refrains de chez nous
1ère SÉRIE, 4e EDITION
Format agrandi, têtes de page illustrées
L'unité, 10 sous (11 sous franco); le cent, $$, le mille, $70 (port en plus)
Cette quatrième édition, depuis si longtemps attendue, vient de paraître. Elle contient trente-deux pages de texte, d'un format agrandi, avec illustrations inédites, sous la jolie couverture dessinée par Ferland. Qu'on se hâte de donner les commandes .nu service de librairie de l'Action fravçnite.
Nos conférences — La liste de nos réunions se déroule avec un succès constant. A la Bibliothèque Saint-Sulpice, ce mois-ci, M. Antonio Perrault, poursuivant la série de nos conférences « universitaires », a traité du professeur d'université. C'est une étude considérable et qui s'ajoute logiquement à celles de Mgr Gauthier et de M. l'abbé Maurault, données dans les séances précédentes. Cette réunion était présidée par M. Henri Bourassa, qui a prononcé une allocution de haute portée sur l'influence doctrinale des universités. M. l'abbé Lionel Groulx présenta les deux orateurs et traita de l'œuvre et de l'esprit de l'Action française. Le mois prochain, un autre de nos collaborateurs, Henri d'Arles (M. l'abbé Beaudé) parlera de la culture française sous la présidence d'honneur de M. Georges Le Bidois, l'écrivain bien connu, professeur de littérature française à l'Université de Montréal.
Nos deux dernières conférences d'Ottawa seront données par M. l'abbé Olivier Maurault et M. Louis Durand, avocat. C'est M. Léon Lorrain qui a pris la dernière fois la parole dans cette série, que nous donnons d'accord avec l'Institut canadien-français d'Ottawa. Il a parlé des « trois anglicismes ». Présenté par M. Jules Tremblay, M. Lorrain a été remercié par M. Léon Gérin.
Nos publications — Plusieurs études sont en préparation et doivent prochainement paraître, notamment Y Au service de la Tradition française, de M. Edouard Montpetit, les Lendemains de conquête, de M. l'abbé Groulx (texte des leçons données cet hiver à l'Université de Montréal par notre directeur), la Vieille Maison, le nouveau recueil de vers de Mlle Blanche Lamontagne, et le Chez nos ancêtres de M . l'abbé Groulx.
Nous devons cependant avertir nos amis que notre service de publications est gêné par la crise du papier, qui est devenue, dans le papier à volume, non seulement une crise de cherté, mais une crise de quantité. C'est tout un problème aujourd'hui, et souvent un problème de solution immédiate impossible, que de se procurer du papier à son goût , ou même des types ordinaires.
ÇA l'action FRANÇAISE
Notre comité — M. Hervé Roch ayant prié ses confrères de le relever de ses fonctions de membre de notre comité directeur, M. le Dr Joseph Gauvreau, premier secrétaire de la Ligue des Droits du français, a bien voulu accepter de remplacer M. Roch. Le comité se trou ve ainsi composé: MM. les abbés Philippe Perrier et Lionel Groulx, MM. le Dr Joseph Gauvreau, Omer Héroux, Anatole Vanier, secrétaire, et, Louis Hurtubise, trésorier.
Propagande ! — Propagande ! Propagande ! C'est le mot d'ordre que nous ne pouvons cesser de répéter et que nos amis devront partout répéter autour d'eux. Propagande de nos livres et de nos brochures, propagande de la revue surtout, puisqu'elle est le centre et le moteur de toute notre action. Que chacun de nos amis y mette la main et nous aurons bientôt ce millier d'abonnés nouveaux que notre administrateur réclame pour équilibrer le budget de la revue. Et que l'on ne s'arrête point aux abonnements, que l'on songe aussi à nos annonces !
Puis, il y a les conférences, les initiatives nouvelles. Dans toute la mesure où nous le pouvons, nous sommes toujours prêts à faciliter, à aider sur ce point l'action de nos amis.
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Jean Beattchemtn.
TRIBUNE DE NOS LECTEURS