‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 2 sur 104 · PHILIPPE LANDRY · texte numérisé non relu

PHILIPPE LANDRY

Le sénateur Landry est mort, le 20 décembre dernier, à une heure et demie du matin.

Il est de ceux qui ne meurent pas.

D'autres hommes d'État qui ont eu leurs mérites, seront récompensés par de fastueux mausolées : le monument de Philippe Landry, plus durable que le marbre ou l'airain, se dressera dans le cœur d'un peuple.

Comme pour Hippolyte La Fontaine, dont il fut le digne émule, plus le temps passera et plus Landry dominera ceux qui auront été ses contemporains.

Et pourquoi?

Parce que, comme La Fontaine, son ancien dans la vie publique, il fut impavide.

L'intrépidité dans la défense du droit, tel fut son principal mérite, la note dominante de sa carrière. C'est cette intrépidité que la presse, le concours du peuple, les éloges de l'élite, les solennels hommages de l'Église ont exaltée.

Raconter cette vie longue qui fut, ainsi que l'écrivait le rédacteur de V Action catholique de Québec, « une ascension constante », relater les incidents dramatiques de la lutte scolaire, rappeler les épisodes d'une violente ou sournoise persécution serait prématuré.

Il vaut mieux ce semble, aujourd'hui, se contenter d'esquisser sa forte €t originale physionomie.

Au physique, Landry était de taille moyenne; maigre, plutôt trapu, les membres comme ramassés, les épaules carrées; son apparence respirait la robustesse et la décision.

Avec des muscles et des nerfs d'acier, il possédait une agilité que des exercices de boxe et d'escrime avaient assouplie. C'était un athlète. A soixante ans passés, encore plein de vigueur, il soutenait sur les pelouses du Parlement d'Ottawa, un assaut d'armes, devant les députés émerveillés. Au cours des luttes électorales, il affronta plus d'une fois les bagarres, ne craignit pas de rencontrer, comme ec champ clos, des fiers à bras qui éprouvèrent, à leurs dépens, la force, l'endurance et la souplesse du jeune candidat, en qui s'éveillaient vite l'amour et l'ardeur de la bataille. Il voulut plus souvent qu'à son tour asséner le dernier coup, comme, dans maintes occasions, il lui plaisait d'avoir le dernier mot.

Figure décidée et aussi figure vivante, illuminée d'un œil merveilleux, calme et profond qui regardait droit devant lui, bien en face, un œil clair, pénétrant, où se lisait l'intelligence et dans lequel passait souvent un éclair de malice. Chaque fois que j'apercevais son œil bleu, je me prenais à penser, je ne sais trop pourquoi, que Landry, de descendance acadienne, reflétait dans son regard les souvenirs lointains de la dispersion.

Au moral, Philippe Landry était un homme qui ne se livrait guère. C'était d'abord un silencieux. Sa force était de savoir écouter. Sur ce point, d'une patience inaltérable ; quelques brèves réponses s'il le jugeait nécessaire et il retombait dans son mutisme, ce quine laissait pas parfois d'être gênant, et ce dont il semblait se rendre compte aussi bien que ses visiteurs. Observateur — qui ne se rappelle son œil si vif? il préférait lire dans l'âme de son interlocuteur, ami ou adversaire. Il examinait l'un ou l'autre, le jaugeait, l'appréciait intérieurement, cherchait à le percer, et s'il finissait par donner son estime et sa confiance, c'était

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la plupart du temps pour toute la vie, car peu d'hommes ont été aussi constants dans leurs amitiés ou conservé autant de fidèles amis. S'il croyait devoir se tenir sur la réserve, il s'appliquait néanmoins à saisir un exposé, à comprendre un argument, emmagasinait toute parole dans son imperturbable mémoire, attendant son heure de lancer la riposte cinglante et décisive. Il n'était jamais pressé. Il a ainsi différé jusqu'à sa mort, emportant avec lui bien des secrets : l'occasion ne s'est pas présentée.

Réfléchi, et en plus logicien. Entre ses mains, — qu'un me passe l'expression — la logique devenait une arme redoutée. Un député libéral — il y a de cela plus de trente ans — très fort jouteur dans les débats contradictoires devant le peuple, ayant la répartie vive et heureuse et souvent salée, avouait que Landry lui faisait peur : « Rude

logicien », disait-il.

Il ne se privait pas du reste de saupoudrer d'ironie ses harangues, et ses discours. Il triomphait surtout dans l'article de journal, où il était passé maître. Sauf la victime, qui la trouvait mauvaise, tous les rieurs étaient du bon côté. Fortement documenté, armé d'arguments et de preuves, il donnait libre cours à sa verve malicieuse. Il semble que Landry, comme on l'a remarqué pour bien des hommes célèbres, n'était vraiment lui-même que la plume à la main. Plutôt sérieux d'habitude, presque toujours grave, parfois ne souriant même pas aux bonnes histoires ou aux facéties, aiguisant plutôt rarement un badinage léger, il inclinait cependant et cela jusqu'à la fin de sa vie, aux drôleries de pince-sans-rire, ainsi qu'il arriva un jour à la Chambre des Communes, alors qu'il était simple député.

On allait prendre le vote. Dans le brouhaha des allées et venues, des appels et des réponses, à la faveur de l'inat-

tention générale, Landry avait réussi à s'affubler d'une énorme perruque; de grosses lunettes bleues chevauchaient sur son nez. Quand le « pointeur » regarda de ce côté, il resta ébahi ! Qui était cet inconnu, de haute taille ? — Landry avait grimpé irrévérencieusement sur deux ou trois volumes du « Hansard )) ! — Les députés stupéfaits n'en croyaient pas leurs yeux, se demandant d'où cet intrus avait surgi? Puis, voici qu'à l'hilarité générale, s'opère un changement à vue : perruque et lunettes s'évanouissent, et sur le parquet de la Chambre, descendu de son piédestal, apparaît Landry !

Cette faiblesse à se payer la tête de ses amis, n'empêcha pas Landry d'être un méditatif. On ne rencontrera pas souvent quelqu'un qui comme lui savait lire ou rédiger un document, le peser avec une application minutieuse, s'arrêtant aux dates, scrutant le sens, vérifiant les détails, fixant sa loupe entre les lignes. Un juge d'instruction n'eût pas procédé avec plus de circonspection.

Peu de gens se rappellent sa réponse aux « Six raisons du docteur XXX », où Landry montrait que le brave homme avait antidaté sa décision, en donnant comme raison de sa démission à tel quantième, un fait qui ne survint que quelques jours plus tard ! De ces aubaines et de ces trouvailles, Landry était coutumier, car il supposait . . . chez les autres des distractions.

Le surlendemain de sa très grave opération, en mars 1917, malgré les avis contraires — il était aussi difficile de l'en empêcher quand il avait décidé quelque chose, que d'arrêter la chute Niagara — , il entreprit d'écrire dans son lit, au crayon, une réponse où un minutieux examen lui permit de saisir au vol une inadvertance, analogue à celle du docteur dont il vient d'être question. Habitude de concentrer son esprit sur un seul objet.

Quand arriva la première lettre de Sa Sainteté Benoît XV, au sujet des affaires canadiennes sur la question des langues, il expliqua, non pas la lettre, mais ce qu'il comprenait de la lettre, la trouvant en somme favorable aux Canadiens français, ce qui ne laissa pas de surprendre bien des gens moroses. Inutile d'ajouter que les documents pontificaux postérieurs accentuèrent la note de bienveillance du Saint Père, ce qui prouve que le sénateur Landry avait vraiment saisi la pensée du Pontife romain et que 1 optimisme qu il manifesta devant quelques âmes timides procédait, non d'une tactique de politicien, mais de la justesse de son coup d'œil et de la rectitude de son jugement.

Au milieu des luttes politiques de sa jeunesse et de son âge mûr — elles étaient alors sans merci d'un côté comme de l'autre — si Landry fut très longtemps un indéfectible tenant de son parti, néanmoins, à plus d'une reprise, il sut rompre en visière avec ce parti; bref, il avait, je dirais, l'instinct de l'indépendance.

Il voulut rendre à ce parti le service de vouloir le maintenir dans les traditions des anciens, d'essayer de retenir ses amis sur la pente où ceux-ci devaient finir par sombrer, du moins en ce qui regarde la province de Québec. Tenace, il tint contre vents et marées. Je ne sais si cette résistance obstinée n'a pas une singulière valeur, encore que devant les foules, le succès donne toujours raison et l'échec toujours tort !

Quoiqu'il en soit, c'est cette indépendance foncière, s'accusant davantage avec les années, qui fit que Landry sut mettre au-dessus de tout, l'idée canadienne et l'idée catholique. Ce sont ces deux idées qui l'acheminèrent vers la rupture finale, dans les fameux conflits ontariens.

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Sur l'idée nationale, un exemple.

Quand vint l'affaire Riel — prise d'armes et pendaison — Landry se sépara bruyamment de ses chefs, en plein Parlement; en dehors, il tint des assemblées de protestations. Il persévéra si bien dans son opposition, qu'aux élections de 1887, il fut battu. Avec l'exactitude qu'il mettait en toutes choses, il racontait comment et par les influences de qui et de quel argent, il avait mordu la poussière. Je n'en dis pas plus long, jugeant inutile de réveiller les morts !

Champion vigilant des principes catholiques, il se signala en maintes occasions à les défendre. Pratiquant sa foi, il était de ceux qui veulent être conséquents avec leur conscience, même clans la vie publique. Il le montra en 1914, dans la question du divorce, alors qu'il protestait de toutes ses forces, contre 1' « abstention complète » de sénateurs catholiques, à voter sur les instances pendantes en divorce, bien qu'ils eussent le pouvoir et selon le sénateur Landry, le devoir de se prononcer sur cette grave question. Les lettres qu'il écrivit alors — je ne dirai pas à qui — étaient imprégnées d'un intense sentiment religieux. Avant de mourir, ce fut avec une vive indignation qu'il apprit comment sautaient les digues restées debout jusque-là, pour protéger le mariage qu'il considérait comme un sacrement.

A propos des combats qu'il soutint, on a parlé d'intransigeance. Il y a plus d'intransigeants que l'on ne croit généralement : ceux qui repoussent toute proposition d'accommodement sur un ton cassant, ceux qui vous écoutent et s'essaient à répondre avec courtoisie, ceux qui ne disent rien, mais gardent leur idée, ceux qui réservent toutes leurs sévérités — il s'agit de la race des modérés — pour les lut-

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teurs, ceux qui blâment avec âpreté les faux pas de leurs amis, ceux enfin qui abondent dans votre sens, pour donner le change, mais restent sur leurs positions, tous ceux-là sont intransigeants : le nombre en est grand. Landry, selon l'occurrence, savait nuancer son dissentiment : dans ce qu'il tenait pour vrai, il n'admettait aucune concession substantielle : il se défendait d'abdiquer : cette conduite n'est-elle

pas la sagesse même ?

Intransigeant, peut-être; cela n'empêchait pas les tractations, les entrevues, les pourparlers, les échanges de propositions, les démarches, les visites : il y aurait beaucoup à dire là-dessus.

Nous touchons à l'un des côtés les plus curieux de sa carrière : si son action publique fut éclatante, son action privée qui nous échappe nécessairement, en grande partie, fut des plus actives et des plus étonnantes. Le travail qu'il accomplit ainsi paraîtra lorsqu'il sera connu, prodigieux.

Solitaire, rivé pour ainsi parler, à son bureau, entouré d'une vaste bibliothèque, admirablement classée, où il trouvait dans le temps de le dire, ce qu'il voulait, possédant un arsenal de documents manuscrits patiemment recueillis, il mûrissait de longues heures, comme à loisir, le parti à prendre, pesait les alternatives. Dans cette voûte qui est déjà et sera plus tard une source précieuse d'informations historiques, à côté des lettres et des confessions des autres, on trouvera sa propre correspondance, volumineuse, qui révélera bien des incidents qu'on ne soupçonne guère. Il ressortira de tout cela — et ceci est une assertion surprenante — que Landry fut un modéré, qu'il était animé d'une grande bonne volonté, qu'il prenait soin de ne pas irriter inutilement un adversaire, qu'il était anxieux d'offrir le

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rameau d'olivier. Encore un coup, il n'allait pas jusqu'à la capitulation, et, il n'entrait pas dans ses calculs de conclure une trêve trompeuse par la trahison.

C'est dans la question ontarienne que se vérifia tout ce que je viens de dire. Dans cette question des écoles Landry montra son énergie et son habileté, il y déploya infiniment de ressources.

Les difficultés scolaires d'Ontario ont surgi de nos défaites scolaires dans l'Ouest, le Manitoba, la Saskatchewan et l'Alberta.

Parce que nous avions été vaincus — et encore, sans les honneurs de la guerre, — on conçut l'idée de nous acculer dans nos derniers retranchements. Ainsi naquit l'imbroglio dans la province voisine.

Landry, au plus fort de la lutte, occupait au Sénat le fauteuil de président.

L'Association d'Éducation d'Ontario sonnait le rappel; ses congrès mobilisaient tous les hommes de cœur, concrétisaient, en quelque sorte, les plans de défense.

En plus d'une occasion, Landry avait déjà payé de sa personne; on tournait les yeux de son côté; de lui, on espérait beaucoup.

On lui offrit la présidence de l'Association qu'il accepta après qu'on lui eût promis que quoi qu'il arrivât, on lutterait jusqu'au bout.

La main dans la main, avec le sénateur Belcourt — un Québécois, et un Outaouais, un vieux conservateur et un franc libéral, un président du Sénat et un ancien président de la Chambre des Communes — Landry fonça dans la mêlée. Elle devint vite ardente : il frappait d'estoc et de taille même ses anciens compagnons d'armes; il tenait tête au gouvernement de Toronto.

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Il se sentait pourtant gêné. Il lui fallait toute sa liberté, une indépendance totale.

Il renonça à la présidence du Sénat et conserva celle de l'Association. Les avantages matériels qu'il repoussait du pied dédaigneusement étaient considérables, les influences auxquelles il renonçait, puissantes; il pouvait enfin croire qu'il avait gagné ses épaulettes et droit au repos.

N'importe, il descendit du fauteuil : il voulait monter plus haut; il lui plaisait de sacrifier les honneurs à l'honneur.

Depuis quelque temps, le nom de madame Landry revenait dans les journaux. Il lui demanda de partager son sacrifice. Elle remplissait alors dignement, à la légitime fierté des siens, son noble rôle dans les salons du Sénat.

Elle n'hésita pas un seul instant.

Depuis toujours, elle avait épousé les causes de son mari. Il le savait et appréciait d'autant son appui.

En confidence, il fit d'elle ce bel éloge : « Je lui dois ceque j'ai de meilleur en moi. )>

Le sénateur Landry montait à l'horizon de notre vie politique; — comme je le disais au commencement de cet article, son ascension ne fait que de commence'-; il montera encore, il montera toujours.

Il avait écrit à sir Robert Borden qu'il voulait consacrer les dernières années de sa vie à la défense de la justice. Il tint parole.

Ses efforts ont semblé grandir à mesure que diminuaient ;es forces : de plus en plus, s'affirme l'énergie du caractère :lans un corps qui défaille.

Il fut l'âme de la lutte : sans se troubler d'échecs passagers, ce qu'il voulait, c'est que la cause restât debout.

Il acceptait d'aller à la mort, mais en opérant sa vtr.'iite petit à petit : comme ces chevaliers entourés par

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une meute d'ennemis, il soutenait vaillamment le choc en reculant.

Il lutta jusqu'au dernier souffle : il affronte la traversée de l'océan pendant la guerre, pour suivre l'appel des écoles devant le Conseil privé : déjà condamné sans rémission, sachant quel sort l'attendait, il se rend néanmoins à Ottawa, une dernière fois, préside toutes les séances du Congrès. Il revient à Québec, lutte encore et résiste; il chancelle et se redresse; enfin, comme un chêne puissant, il s'abat sur un lit d'où il ne devait plus se relever.

C'était la dernière lutte, la lutte suprême qui commençait.

Ce qu'elle fut ? Longue, pénible, cruelle.

A aucun moment, il ne se fit illusion : il voyait venir la fin. « On veut me faire croire que j'en reviendrai : je sais que c'est fini. Il faut se préparer. »

Sa préparation fut le cligne couronnement d'une noble carrière.

D'abord, il eut une vive conscience du néant de la vie. « Nous ne sommes pas grand'chose; au cours de nos années, nous jetons une faible lueur, comme une allumette qui s'enflamme, une lueur rapide et nous croyons que c'est le soleil ! »

Puis, ce fut une acceptation de la souffrance, de la. « bonne souffrance », de la souffrance expiatoire. A de certains instants, au milieu de douleurs suraiguës, d'indicibles douleurs qui le tenaillaient dans tous les membres, il s'arrêtait comme découragé : « Oui, endurer, je le veux bien, mais dans une heure, ce sera à recommencer. )) Et de fait, le supplice durait des heures entières ou recommençait. Au milieu des plaintes que le colosse abattu ne pouvait s'empêcher de proférer, lui si dur au mal : « Je crains, mon Dieu, de ne pas souffrir comme vous le voulez ! »

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C'était bien là les sentiments d'un chrétien humble et résigné. A quelqu'un qui cherchait à l'encourager : « Soyez sans crainte, sénateur : vous vous présenterez devant Dieu en lui disant que vous avez essayé de faire tout votre devoir et cherché à défendre la vérité. » — « Je m'en garderai bien; si je pensais ainsi, j'irais tout droit au fin fond du purgatoire. »

Rassuré sur son salut, n'ayant pas de motifs de s'inquiéter, il confiait au docteur que cependant la lutte finale l'effrayait.

— « Vos luttes sont faites : vous vous endormirez comme un enfant. »

Enfin, durant son interminable agonie, qui dura des jours, il se réfugiait dans la prière. Pendant de longues heures, il psalmodiait les mêmes invocations, les mêmes noms sacrés.

De tout ce qu'on lui pouvait proposer dans les derniers mois, rien n'était accueilli avec une joie si manifeste, une plus vive reconnaissance que l'offre qu'on lui faisait de prier avec lui.

Dans les derniers jours, il avait fait changer le grand Christ de place : il l'avait fait suspendre sur la muraille, face à son lit, pour le voir : — « J'espère qu'il sera content. »

L'heure tant redoutée pour sa famille et ses amis allait sonner. C'était le soir, vendredi, 19 décembre; il était six heures. Depuis le midi, il n'avait donné aucun signe de connaissance. Quelqu'un qu'il aimait lui suggéra les actes de foi. d'espérance, de charité. Il entendit son nom et reconnut cette voix. Il ouvrit les yeux et d'une voix éteinte, il murmura : « Je crois ! »

Ce fut sa dernière parole.

Quelques heures plus tard expirait le sénateur Philippe Landry, bienfaiteur de sa race.

Théophile Hudon, S. J.

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