LA LANGUE DU COMMERCE
Il était réservé aux Canadiens français d'avoir à démontrer que la langue du commerce, dans un pays, dans une province ou dans une ville, doit être la langue de la clientèle. Nos arrière -neveux seront ébahis, espérons-le, quand ils apprendront qu'il fallut, au début du vingtième siècle, déployer du courage pour obtenir de ceux qui nous vendent qu'ils nous offrissent leur marchandise dans la langue que nous comprenons. Leur étonnement s'accroîtra sans doute quand ils verront que tous leurs ancêtres n'eurent pas ce courage; il ira jusqu'à la stupéfaction quand ils constateront que, dans des villes françaises, plusieurs maisons canadiennes-françaises ont contribué à rendre le commerce anglais.
Les Canadiens français ne se servent pas du français dans les affaires, les uns disent parce qu'ils ne le veulent pas, les autres parce qu'ils ne le savent pas; il est probable qu'ils ne veulent pas surtout parce qu'ils ne savent pas.
En effet, de toutes les raisons qui déterminent un homme à parler habituellement une langue plutôt qu'une autre, la plus puissante est celle du moindre effort. Les autres raisons, intérêt, sentiment, snobisme ou vanité, cèdent vite devant le naturel. Si donc nous voulons que nos futurs commerçants ou employés de commerce correspondent, annoncent, tiennent leurs livres en français plutôt qu'en anglais, il faut avoir soin de leur enseigner d'abord et surtout le français usité dans le commerce, l'anglais en second lieu. Tant qu'on préparera les employés du commerce presque exclusivement pour des maisons anglaises, il est clair que le commerce ne se fera pas en français.
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On citait récemment dans V Action française ces paroles des Frères du Sacré-Cœur éditant un manuel de comptabilité : « Il faut bien l'avouer, l'enseignement de la comptabilité, donné presque exclusivement en anglais dans les écoles de notre province, a certainement nui à notre parler national en contribuant sa large part d'anglicismes : la source la plus féconde des anglicismes n'est-elle pas l'ignorance des expressions ou tournures françaises ? Puis, qui n'a entendu dire que l'anglais est la langue du commerce, que le français se prête mal aux exigences des affaires, surtout à la comptabilité? Cette opinion aussi doit être mise au compte de l'ignorance. » l II y a là, de la part d'hommes du métier, un aveu loyal que plusieurs pourraient fane. Mais il faut bien se rappeler que les éducateurs n'ont fait que céder à la poussée des parents et surtout des commerçants. On exige avant tout que les jeunes gens qui sortent des collèges commerciaux sachent bien l'anglais. Dans des villes françaises on trouve des magasins où plusieurs commis ne savent pas du tout le français, où tous même l'ignorent; on n'en trouve pas qui accepte un commis ne sachant pas l'anglais. Dès marchands canadiens-français exigent de tous leurs employés qu'ils puissent rédiger en anglais tout ce qu'ils écrivent; ils s'inquiètent à peine de leur connaissance du français. Pourquoi ne pas agir comme dans les maisons anglaises? Là, on exige que tout le monde sache bien la langue de l'établissement. En outre, pour servir la clientèle française, on a parfois quelques commis sachant aussi le français. Pourquoi, dans les maisons françaises, exiger de tous les commis qu'ils sachent très bien l'anglais, au heu de destiner seulement quelques employés à la clientèle anglaise — si on en a ?
1 L'Action française, février 1920, p. 81.
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La mentalité du public et des hommes d'affaires canadiens-français nous a dotés d'une langue commerciale qui est du charabia. Ceux qui voudraient s'en assurer pourront consulter à ce sujet les professeurs de l'École des Hautes Études commerciales, ou exiger de certains marchands canadiens une correspondance et des comptes rédigés en français.
Si l'on veut savoir le français commercial, il faut l'apprendre. Tous ne partagent pas, sans doute, l'avis de ce brave homme qui demandait qu'on n'enseignât à son fils que l'anglais. « Pour le français, disait-il, il le sait depuis qu'il est au monde ». C'est faux. S'il est une langue qu'il faut étudier soigneusement pour la connaître, c'est la langue française, langue précise, exigeante et difficile, que les esprits paresseux délaissent volontiers pour mâchonner un anglais dont on se contente facilement en Amérique. Les formes propres au commerce, comme le vocabulaire technique de toute autre profession, imposent une étude particulière aux jeunes gens qui s'y destinent.
Ce qu'il y a d'humiliant pour un jeune homme qui a fait des études commerciales, ce n'est pas de connaître imparfaitement une langue étrangère; ce n'est pas non plus d'avoir encore quelque chose à apprendre dans les matières strictement commerciales, puisqu'on ne peut avoir à seize ans la science d'un homme de trente ans; mais c'est de ne pas pouvoir faire le commerce dans sa langue maternelle. Je conçois qu'un jeune Canadien français ne sache pas écrire une lettre en pur anglais, que, mettant en anglais une facture, une affiche, une réclame, il laisse sentir le travail de la traduction; mais je ne conçois pas que, Français instruit par des Français pour servir une clientèle française, il laisse deviner la traduction chaque fois qu'il écrit en français. Je comprends encore moins qu'on lui laisse ignorer les
termes de la comptabilité française et que les expressions dont il se sert en parlant mathématiques ou sciences naturelles ne soient pas celles de sa langue maternelle. Or, tous savent que nos employés de commerce, familiarisés avec les formules anglaises, restent constamment esclaves des tournures et des mots d'une langue étrangère.
C'est pour cela que la réclame française, par exempleest souvent si pitoyable dans notre pays: Chez les autres nations, la réclame trahit le caractère et les préoccupations du peuple. Un Français n'annonce pas comme un Anglais, ni un Anglais comme un Américain. Chez nous, où les Canadiens français ont des façons de penser, de sentir, de plaisanter, si caractéristiques, la réclame n'a rien su leur emprunter. On traduit à notre usage les hyperboles et les trouvailles des Américains; on nous dépeint les mêmes bonshommes, on nous expose les mêmes Anglaises; on nous sert, en traduction, tous les lieux communs d'une langue fort peu primesautière: presque rien ne semble sortir de notre tempérament et de nos habitudes propres. Aussi faut-il voir quel français cela nous fait ! Pas d'originalité, pas de sel, pas d'âme.
On pourrait prédire un succès éclatant à toute maison canadienne-française qui saura faire chez nous une réclame bien canadienne-française — non pas dans la langue de Ladébauche, — mais en français pétillant, avec la finesse, la bonne humeur, le bon sens et le calme réalisme de nos compatriotes.
Voilà un domaine de la littérature commerciale qu'on ne devrait pas négliger dans nos collèges . Il est d'autres exercices qui sont particulièrement nécessaires dans notre pays. En premier lieu, il faut développer le vocabulaire français de nos jeunes gens. Parce que le commerce h fait en anglais dans notre province, nous ne savons pas le
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nom français d'une foule d'objets usuels. Que les futurs drapiers ou épiciers apprennent à nommer les marchandises qu'ils auront à vendre. Cette proposition paraîtrait amusante dans d'autres pays; elle est, chez nous, très opportune et d'une importance primordiale pour l'avenir de noire Langue. ( J'esl pour faciliter ce travail que M. l'abbé Blanchard a publié ses ouvrages si utiles, que la Société du Parler français, la Ligue des Droits du français, la Société Saint- Jean-Baptiste, ont répandu des listes de mots à corriger; c'est dans le même but que Pierre Homier entreprit le travail fast idieux de faire publier des annonces et des étiquettes françaises. Se fondant sur les principes, les plus élémentaires de la pédagogie, Pierre Homier voulut mettre sous les yeux de notre population des expressions françaises, à la place ou à côté des anglaises, ("était employer, pour la conservation et l'épuration de notre langue, la méthode du tableau noir et des cartes murales. Dans nos rues, dans les tramways, partout, jusque dans nos maisons, à la cuisine et sur la table, nous sommes obsédés par une réclame intempérante, dont les mots anglais violentent notre attention et s'emparent de notre mémoire. Comment se garder des anglicismes dans un tel milieu, comment conserver sa langue pure? Pierre Homier voulut contre-balancer l'action des affiches anglaises par celle de la réclame française. Celle-ci nous apprendra et nous rappellera les mots français que des mots étrangers chassent de notre mémoire. Et ainsi chaque marchand qui annonce en français contribue à Ce que nous sachions plus de français. La tâche assumée devait être une œuvre de patience, faite de minuti< s, semée de difficultés, mais éminemment rationnelle et patriotique. Elle ftlt conduite avec Une indomptable énergie, et les plus difficiles reconnaîtront qu'elle a déjà produit des résultats fort appréciable s.
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Mais pour que cet enseignement par la réclame soit vraiment positif, il faut qu'il soit donné en pur français. Mieux vaut rien qu'afficher des anglicismes. Il faut donc que, dans les collèges commerciaux, on exerce de plus en plus les élèves à la traduction française correcte et élégante. Qu'on fasse saisir à l'élève la méthode et la difficulté de traduire en bon français, en français alerte et vif, le jargon du commerce américain. C'est là. qu'on se le rappelle, un exercice de français, non un exercice d'anglais. Sans doute, on ne peut exiger d'un gradué d'école commerciale la' compétence d'un traducteur autorisé; mais puisqu'on a la prétention de former des commis français pour un pays bilingue, on doit avant tout leur enseigner à mettre en vrai français la littérature particulière qu'ils auront constamment à traduire.
Voilà bien, semble-t-il, ce que les professeurs de nos collèges commerciaux, de concert avec les parents et les emploj-eurs, auraient dû se proposer dès le début et s'efforcer d'atteindre de mieux en mieux. On fut entraîné d'un autre côté, au point que bien des employeurs, bien des parents et même des éducateurs n'acceptent pas les vues que nous exprimons. A Montréal on nous soumet, et nous nous plions, au traitement de déshérités que doivent subir nos compatriotes des provinces anglaises et des États- Unis. Il faut donc redresser bien des idées et réformer sa conduite en beaucoup de choses. Les marchands ont une grande influence sur la direction de l'enseignement commercial, selon qu'ils exigent telles ou telles connaissances chez leurs employés. Déjà quelques-uns manifestent où va leur inclination : c'est pour encourager l'étude du français que d'importantes maisons de commerce distribuent chaque année des centaines de médailles d'honneur dans nos écoles. L'importance respective qu'on attachera à la
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connaissance de l'anglais et du français chez le jeune homme qui offre ses services agira toujours beaucoup sur l'esprit des éducateurs et des parents.
Au reste, l'avenir n'est pas désespéré. La réaction est commencée et s'accentuera sous la poussée d'une institution dont l'influence grandit de jour en jour. L'École des Hautes Études commerciales a tout de suite assigné au français la place qu'il doit avoir dans le commerce des nôtres. Il y a quelques années, entre plusieurs articles publiés dans le Semeur en faveur des études commerciales supérieures, un correspondant disait de cette école : « Voilà une maison qui peut faire énormément pour que les « affaires )) cessent d'être exclusivement anglaises, chez nous. Il y a là des professeurs français et belges qui peuvent nous donner une langue commerciale française, et les Canadiens n'en profitent pas. . . Dix années de luttes pour obtenir pareille maison d'éducation n'eussent pas été de trop, vu l'avantage que peut en retirer le français. Nous l'avons sans nous déranger, profitons-en. » x Cette prévision se réalise. Parmi les avantages considérables que l'École des Hautes Études commerciales procure aux Canadiens français, celui-là n'est probablement pas le moindre, de rendre au français commercial dans notre pays sa place, son assurance, sa correction. Elle a forcé des esprits à constater la nécessité de bien savoir sa langue maternelle quand on sort des collèges commerciaux, elle a mis à nu l'insuffisance de l'enseignement français dans beaucoup de ces collèges. Les directeurs de ces institutions ont pu pressentir qu'il se fait un mouvement d'opinion et que des besoins nouveaux se font jour; bientôt peut-être ils seront invités, sinon poussés avec aigreur, à insister davantage sur le français par ceux-là même qui jusqu'ici les ont amenés à accorder une impor-
1 Le Semeur, mai 1917, p. 270.
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tance excessive à renseignement de l'anglais. Car on ne dira plus que le commerce est anglais dans notre pays, quand les plus distingués représentants des sciences économiques au Canada se serviront, même en affaires, de leur langue maternelle, qu'ils parleront avec une élégance digne de la société française la plus cultivée.
Adélard Dugré, s. j.
Nos publications
Nous avons enfin trouvé du papier — à un prix fort élevé, il est vrai — et nous reprenons la série de nos publications.
Nous avons actuellement sur le métier et nous publierons au cours du mois de mai Y Au service de la tradition française, de M. Edouard Montpetil, Lendemains de Conquête, de M. l'abbé Groulx, la Vieille Maison, de Mlle Blanche Lamontagne, la Culture française, d'Henri d'Arles. D'autres brochures, notamment la Tragédie acadienne,. d'Henri d'Arles, sont en préparation. Il est fort probable qu'à l'occasion de la fête de Dollard, l'Action française rééditera le récit de la mort du héros et de ses compagnons, d'après Faillon. Nous rappelons que la fête redonne une actualité nouvelle à la brochure de M. l'abbé Groulx : Si Dollard revenait . . .
Nous préparons en même temps notre Almanach de 1921. A raison de la hausse du prix du papier et de la main-d'œuvre, celui-ci devra, cette année, se vendre 25 sous l'exemplaire, avec les réductions proportionnées au chiffre des commandes. Les propagandistes sont priés de se mettre tout de suite en relations avec notre secrétariat et de préparer au plus tôt leurs commandes. Le chiffre du tirage sera limité.
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(Emtrnura if art ôramattqu?
Sujet proposé : V Anglomanie. — $350.00 offerts en prix. — Membres du jury: M. l'abbé 0.
Mauratjlt, MM. Edouard Montpetit, Fernand Rinfret, Léon Lorrain.
L' Action française désire ajouter un moyen d'action à ses campagnes contre l'anglicisation. Elle ouvre donc un concours d'art dramatique. Et elle propose aux aspirants du théâtre ce sujet de comédie : Y Anglomanie.
L'on voudra entendre par anglomanie, non seulement la tendance déplorable qui consiste à renier sa langue au profit de celle du conquérant, mais un état d'âme qui se manifeste, d'une façon générale, par le mépris de sa race et l'admiration exclusive des choses anglaises. L'anglomane qu'il paraît urgent d'atteindre par le ridicule et la satire, c'est proprement le Canadien français follement entiché de la supériorité anglo-saxonne et qui, par vanité ou par calcul, pousse systématiquement les siens vers l'abdication nationale et la fusion des races.
Voici les conditions du concours :
1° La comédie devra compter trois actes, au moins.
2° Les concurrents devront envoyer, sous pli recommandé, une copie dactylographiée de leur essai, au secrétariat de Y Action française, La Sauvegarde, Montréal, et ce, pas plus tard que le 1er juin 1921, terme du concours.
3° Chaque essai sera signé d'un pseudonyme, niais accompagné d'un pli cacheté où vis-à-vis le pseudonyme aura été écrit le nom de l'auteur.
4° Le résultat du concours sera proclamé le 10 septembre 1921. Le jury sera composé de M. l'abbé Olivier Maurault, de MM. Edouard Montpetit, Fernand Rinfret, Léon Lorrain.
5° L' Action française offre trois prix aux concurrents : un premier prix de $200.00, un deuxième de $100.00 et un troisième de $50.00. Toutefois il est bien entendu que chacun de ces prix ne sera accordé que si, de l'avis du jury, les essais des concurrents atteignent une valeur satisfaisante.
6° Si le premier prix est jugé digne de la scène par le jury, l'Action française s'engage à monter une première représentation. Elle se réserve le droit de faire représenter la pièce durant les trois mois qui suivront la première représentation et s'engage à remettre à l'auteur cinquante pour cent de tous les bénéfices nets.
7° li Action française éditera la pièce couronnée aux conditions qu'elle fait habituellement aux auteurs. Le lauréat gardera ses droits d'auteur.
N. B. — Les concurrents sont priés de s'inscrire le plus tôt possible au secrétariat de l'Action française.
L'ACTIOX FRANÇAISE.
A TRAVERS LA VIE COURANTE
COÎICOUTS de Les Frères des Écoles chrétiennes ont inauguré
(ÎOCtylOPTGÙhiê en décembre dernier, des concours périodiques de dactylographie bilingue. Le premier essai, couronné d'un réel succès, a assuré la permanence de l'entreprise. Ces concours auront lieu maintenant trois fois par année. C'est une initiative dont il faut se réjouir. Un trop grand nombre de Canadiens français, à l'emploi d'importantes maisons de commerce, ne font qu'en anglais leur correspondance, même si ces maisons sont de leur nationalité. Habiles en effet, en dactylographie anglaise, ils sont presque nuls en dactylographie française. Ces concours vont les encourager à acquérir la compétence qui leur fait défaut.
Ltt SOUTCe Pour bienfaisante que soit cette initiative, elle n'at-
dlt ÏYlCll teint pas cependant le mal dans sa source. Le vrai
remède, — ■ qu'on nous permette d'y revenir, — c'est celui qui s'appliquera à l'école même. L'enquête que nous avons conduite il y a quelque temps, et dont nous avons donné alors le résultat à nos lecteurs, a démontré clairement que la plupart des académies commerciales n'enseignaient qu'en anglais les matières les plus immédiatement utilisables. Or là est le grand mal. Quelques-uns de nos éducateurs commencent heureusement à le comprendre. Nous savons que l'article du P. Dugré, paru en août, en a remué plusieurs. Un mémoire que recevront bientôt les directeurs de ces établissements achèvera, je crois, de les convaincre.
Cette réforme de notre enseignement commercial a attiré l'attention de la Ligue des Droits du français dès ses débuts. Nous pourrions constituer un important dossier des différentes initiatives et des interventions multiples auxquelles elle a donné lieu. Mais nous préférons montrer leurs résultats. Et nous les montrerons, n'en déplaise à nos détracteurs. Qu'ils se produisent lentement, ceux-là seuls s'en étonneront qui ignorent combien le mal était profond et qu'une plaie de ce genre ne se guérit pas en un jour. La publication récente de différents manuels (de dactylographie, de comptabilité, etc., ) français ou bilingues a fait disparaître un des principaux obstacles à la réforme désirée. Elle ne peut maintenant que s'accentuer.
RÔlc Restent, il est vrai, les générations actuelles. Et
des élites celles-ci peuvent masquer, pour un temps assez long, le redressement de celles qui montent. Que faire avec elles ? Comment les ramener dans la voie droite ? L' 'Action française n'atteint qu'un petit nombre dans la masse, mais ce petit nombre ne pourrait-il pas agir sur les autres? N'est-ce pas une des grandes lois de l'histoire que les transformations profondes sont opérées par les élites ?
Si chacun de nos lecteurs non seulement donnait à la langue française la place qui lui revient dans le commerce et l'industrie, mais encore invitait ses fournisseurs à faire de même, d'excellents résultats ne seraient-ils pas rapidement obtenus ? Pharmaciens, épiciers, quincailliers — pour ne nommer que ceux-là — se laissent trop facilement imposer des pancartes anglaises. Les montres et les devantures de la plupart de nos magasins l'attestent. Pourquoi ne pas exiger énergiquement que ces pancartes soient rédigées en français ? Un seul homme l'obtiendra peut-être difficilement. Mais dix, vingt, cinquante, cent? Mais toute une association? A quoi servent les groupements de pharmaciens, d'épiciers, etc ? A protéger leurs intérêts professionnels? N'est-ce pas y porter atteinte que d'annoncer dans une langue qui n'est pas celle de la clientèle? La Ligue des Droits dit français, la Société Saint-Jean-Baptiste, d'autres sociétés encore peuvent bien intervenir. Elles l'ont déjà fait plus d'une fois. Leur intervention cependant aura moins de poids, moins de portée, que celle du marchand, bon client, qui dit à son gros fournisseur : « Cette annonce ne vaut rien pour moi, elle peut même me faire du tort ! Donnez m'en une en français ». Nous espérons que tous nos lecteurs adopteront cette attitude.
NOS députés La langue française compte plusieurs amis
^édéïClUX dévoués au parlement d'Ottawa. Nous attendons
de leur patriotisme quelque chose du même genre. Leurs fournisseurs à eux, ce sont les différents ministères. Qu'ils ne les laissent donc point mépriser aussi insolemment la langue française ! Ne peuvent-ils pas exiger, par exemple, que la Bibliothèque du Parlement ait du papier à lettres et un sceau avec une inscription française ? Ne peuvent-ils exiger que sur les enveloppes dont ils se servent, où lis mettent leurs initiales en signe d'affranchissement, qui contiennent souvent à l'adresse de leurs électeurs le récit de leurs prouesses en
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faveur de nos droits, ne peuvent-ils exiger qu'on n'affiche pas sur ces enveloppes un immense ITtKK '.'
Ah ! je connais le vieux refrain avec lequel on va encore me répondre : Détails, détails insignifiants que tout cela, et qui nous distraient des luttes essentielles. . . Je le connais et ne m'en émeus pas plus aujourd'hui qu'hier. Dans toutes les luttes les détails sont importants. Celle qui se livre autour de nos droits n'échappe pas à cette loi. L'importance même que nos adversaires accordent à ces « minuties » suffirait à nous le prouver.
DCVOIT Nous y attacher nous-mêmes plus que jamais doit
d.€ VhdUTC (\'mc être un des mots d'ordre actuels de tout vrai Canadien français. Ce sera assurément celui de notre œuvre. Nous n'excluons pas par là les autres moyens de résistance, les autres manœuvres nécessaires. Mais, groupe de plus en plus ferme, maître d'une doctrine, d'une autorité, d'une vie qui circule maintenant dans tout le corps de la race et l'affermir, l'Action française doit porter ses efforts sur tous les points où la survivance de notre nationalité se trouve menacée. Et c'est pourquoi, à côté d'initiatives et d'articles consacrés aux grandes questions, elle fait une large part aux détails, aux mille et mille choses de la vie courante. Ainsi a-t-elle compris son rôle dès ses origines, ainsi continuera-t-elle à le remplir.
Pierre Homier.
6 avril 1920