‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 27 sur 104 · SOYONS MIEUX CE QUE NOUS SOMMES · texte numérisé non relu

SOYONS MIEUX CE QUE NOUS SOMMES

M. Aimé Dion, avocat au Barreau de Québec, donnait récemment une causerie dont nos lecteurs nous sauront gré de leur offrir quelques extraits. Le sujet est d'une vive actualité et particulièrement pour les lecteurs de Y Action française.

« A une causerie précédente, on nous a posé la question : Devonsnous diminuer l'intensité de notre formation ? Et l'on a élargi encore le problème : Devons-nous nous écarter du chemin séculaire de la culture et de la mentalité latine et nous rapprocher de la culture saxonne ? On nous a dit : la culture générale française fait les hommes au point de vue moral, mais ne leur donne pas les moyens de se servir de leur puissance pour ce qui est en somme la fin première de tout individu : vivre; vivre, c'est-à-dire gagner sa vie, travailler, produire de l'argent. . . On nous a parlé du poignement douloureux de notre jeune génération condamnée à une infériorité absolue en présence du génie commercial anglo-saxon. . . On s'est demandé ce que nous a donné l'idéal dont nous nous sommes enthousiasmés dans le passé et on a répondu : Ni la fortune, ni le respect, ni la paix, ni l'harmonie, ni la conciliation . . . On nous a dit que nous ne saurions plus nous dire satisfaits d'être en Amérique l'Ilot français... On nous a proposé l'exemple des Etats- Unis : s'enrichir d'abord, assurer la puissance matérielle, but de leur vie. . . Puis, on nous a louange l'aristocratie de l'argent et on nous a déclaré qu'on n'en craignait pas les effets démoralisateurs . . . Et on a semblé croire que nous étions en ruine, et que nous devions rebâtir comme les nations d'Europe. . .

« Messieurs, devons-nous nous matérialiser? Devons-nous travailler à devenir des surhommes? Ou bien, devons-nous viser à être l'homme simple et vrai et par là même harmonieux et complet, réalisant le plus le chef-d'œuvre de la création, ce Latin qui trouve sa plus forte expression dans le Français?...

« Le peuple français s'est montré le premier du monde dans l'intelligence e! la direction de la dernière guerre; il a été le premier dans

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l'endurance, il a été le premier dans la résistance; Après 1870, il à montré une vigueur économique qui a désarçonné l'Allemagne ellemême. . .

« Voici le témoignage que lui rendait le cardinal Mercier, l'autre jour : « Parmi tous les peuples du globe, le plus attachant, le plus beau' le plus grand par le rayonnement de sa pensée, par la précision et le charme de sa langue, par la bravoure souriante de ses soldats, par son caractère chevaleresque et l'élan de son apostolat, par la fécondité de son héroïsme chrétien, c'est, n'en doutez pas, le peuple français ».

. . « Gardons nos idéaux, Messieurs, restons fidèles à notre civilisation ancestrale. Xe versons pas vers le matérialisme qui abrutit, courbé vers la matière, et ne permet' pas de lever la tête. Xe soyons pas des surhommes empesés et séchés par l'égoïsme et le mépris des autres hommes; soyons des hommes avec une âme, un cœur, une volonté, soyons des humains respirant, vivant, chantant, aimant ». « La valeur de l'homme, a dit Castelnau, se mesure surtout à l'élévation de son intelligence, à l'énergie de son caractère et à la bonté de son cœur. Xe vous laissez pas séduire par les méthodes d'éducation étrangère. Xos alliés de l'Ancien et du Nouveau-Monde ont dû puiser largement, très largement, on ne saurait trop le répéter, dans la source puissante et abondante de l'intelligence française. Moi je vous dis : Ayez confiance dans l'éducation française; elle a produit, sans doute, des soldats admirables; mais elle a produit aussi des cadres incomparables, elle a produit la première armée du monde ». Xe méprisons donc pas notre bien. Sachons ce que nous sommes. Soyons un peuple non avec des millionnaires — parce que chaque millionnaire généralement se paye de trop de quêteux, mais soyons un peuple de gentilshommes, l'une des plus belles réalisations de la vieille civilisation chrétienne. X 'accumulons pas L'argent en quelques mains, mais laissons-le circuler dans toute la communauté. Soyons des individus sains, dans un pays bien organisé. Parce que le inonde a la fièvre, nous ne sommes pas obligés d'être malades. Nous étions 60,000, nous sommes 4,000,000. La province de Québec, nous l'avons toute conquise et nul peuple au monde n'est plus libre chez lui que nous. Nous sommes un quarl de million en Ontario, propriétaires du sol. Nous envahissons les provinces maritime-. La Nouvelle-Angleterre nous voit prospérer. . .

« Le danger qui commence à nous étreindfé, nous de la province de Québec, c'est le millionnaire, c'est la pieuvre du trusi aspirant la richesse du pays, désagrégeant la famille, corrodant les pouvoirs pu-

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blics; c'est l'accaparement durable tuant la concurrence des petits; c'est le dépeuplement de nos campagnes vers les villes congestionnées, c'est le leurre de l'argent rapide et du luxe qui attire et brûle les éphémères et crée des déficits nationaux; c'est la diminution du nombre des petits propriétaires, source de bien-être et de prospérité générale et l'augmentation du nombre des machines humaines au service du trust sans âme et sans autre Dieu que l'argent. . .

« Nous avons une des meilleures populations qui existent dans un pays plein de richesses et de promesses. C'est un bien grand devoir de la diriger dans un développement proportionne et conforme à son caractère et de protéger ses biens en présence de ce mot qui s'appelle le progrès. Que de gens à ce nom se croient obligés d'empirer leur sort ! . . .

« Ne soyons pas différents de ce que nous sommes, mais soyons mieux ce que nous sommes.»

TRIBUNE DE NOS LECTEURS

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