LE MIRACLE CANADIEN
Nos compatriotes en général, attribuent à M. Maurice Barrés la première origine d'une formule aujourd'hui, très en vogue : « Le miracle canadien ». D'autre part, des écrivains d'une probité exemplaire, comme MM. Henri d'Arles et Edouard Montpetit. en font publiquement hommage au Révérend Père Lamarche, op.
Mieux vaut régler cette divergence avant que le temps ne se charge de brouiller li s sources,
Quelques dates et références suffiront d ailleurs pour établir une mise au point dont l'opportunité ne saurait échapper à ceux qui professant encore en littérature la doctrine du mien et du tien.
Cesl le dimanche S mars 190S, que le R. P. Lamarche terminait ainsi la première de ses conférences de carême à Saint-Jacques de Montréal :
.Mi-, trères, une république petite par le nombre et puissante par la seule maîl lise de l'àrl el de la pensée; habite à cou\ rir sous tics formes
l'action française 189
sociales raffinées son intime faiblesse et sa corruption; marchant vers la décrépitude et la mort au son de la lyre et d'un pas mesuré; entraînant ses sujets, par le dispositif même de ses lois, aux sereines hauteurs de l'Idéalisme classique; et de là, malgré tant de sophismes, rayonnant sur les âges postérieurs une si profonde influence que les intellectuels de tous les temps rêveront d'un pèlerinage vers son Acropole chargée de toutes les gloires, vibrante de toutes les harmonies, cela, c'est « lo miracle grec », comme on se plaît à le nommer.
Une nation issue de barbares surhumains, ramenée aux lois et proportions de l'équilibre par la sagesse de ses conquérants, puis, lavée dans le sang du Christ et investie d'une mission supérieure; tour à tour consciente et oublieuse de son rôle : « étonnant le monde », on le disait, ou plutôt, on le chantait dernièrement, « étonnant le monde au penchant des abîmes par des sursauts libérateurs, qui toujours, quelles que fussent ses erreurs ou ses fautes, la ramenaient pleine de vie vers ses destins providentiels », (A. de Mun), cela, c'est le miracle français.
Mais un pauvre petit peuple ignoré du vaste univers, ni secouru, ni même applaudi dans le drame de son existence; riche simplement des promesses de l'avenir et des virtualités prodigieuses de la nature et du sol; qui, manquant de soldats, tout entier se fait soldat; qui vingt fois agonise, et vingt fois se relève, et toujours dans une vue de foi, avec les armes de la foi, sous l'unique égide de Dieu, de la Vierge et des Anges, cela, c'est le miracle canadien ! Sommes-nous donc les enfants du miracle ? Nous sommes les enfants du miracle !
(Voir La Presse, 9 mars 1908.)
Et c'est le 12 décembre de cette même année 1908, que M. Maurice Barrés reprenait à son tour la même formule, en tête d'un célèbre article reproduit par toute la presse du pays, et qu'on peut lire in extenso dans la Revue Canadienne, livraison de janvier 1909. (Chronique des revues, par M. l'abbé Élie-J.-Auclair.)
Un Lecteur.
Nous annonçons ailleurs les prochaines publications de l'Action française, ainsi que son concours d'art dramatique. Notons ici simplement, à raison du défaut d'espace, la fin de nos conférences de Montréal. M. Guy Vanier, dans une étude très fouillée, a traité de Nos ressources méconnues. Ce travail sera très probablement publié en brochure. Il apportera au public d'utiles et nombreuses indications sur l'importance de l'enseignement secondaire et les progrès de la législation et des œuvres sociales, particulièrement en Belgique. M. l'abbé Curotte avait bien voulu accepter la présidence d'honneur de cette réunion et a prononcé une allocution, de même que M. Ernest Guimont, avocat, qui a présenté les orateurs.
Noue avons lieu de nous féliciter du ton de notre série de conférences. Elles continuent dignement celles des années précédentes. Pour l'année prochaine, nous réservons à nos amis une intéressante surprise. — J. B.