‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 40 sur 104 · PUBLICATIONS NOUVELLES · texte numérisé non relu

PUBLICATIONS NOUVELLES

On trouvera dans l'une de nos pages roses la liste de nos publications nouvelles. On y verra que nous avons fait passablement de besogne, ces derniers temps. D'autres publications sont à l'étude.

Nous nous occupons particulièrement aussi do la préparation de notre Almanaeh. Nous prions les propagandistes de préparer le plus tôt possible leur travail. Le tirage sera forcément limité cette année.

CHRONIQUE D'ART

On nous entretenait dernièrement, ici même, de la belle décoration de M. Ozias Leduc, dans la chapelle du Sacré-Cœur de l'église du Saint-Enfant-Jésus. À quelques minutes de marche de cette chapelle, vers l'ouest, se dresse la nouvelle église que les Irlandais catholiques de ce quartier ont dédiée à saint Michel. Son architecture et sa décoration intérieure déroutent toutes nos habitudes et sont l'une et l'autre d'un puissant intérêt. Cette église est le résultat de la collaboration de M. Beaugrand-Champagne et de M. Nincheri.

Il a fallu du courage à l'architecte et au curé pour proposer à des marguilHers catholiques une église en briques . . . Depuis longtemps nous admirions la synagogue de la rue Sherbrooke ouest, l'église toscane au pied de la côte Saint- Antoine et le temple protestant de l'avenue Westmount, et nous nous demandions s'il y avait vraiment incompatibilité entre notre culte et la brique . . M. Champagne eut donc cette hardiesse de construire une église byzantine, en brique jaune, avec coupole en céramique blanche et verte, et façade décorée de faïence. N'étaient le campanile, dont le couronnement est insolite, et le perron, trop à pic sur le trottoir, nous serions pleinement satisfait. 1

Entrons voir l'œuvre de M. Nincheri. Cet artiste, diplômé de l'Académie italienne des Beaux-Arts, était déjà connu à Montréal par sa décoration du baptistère de Saint- Yiateur. A Saint-Michel, on mit à sa disposition un beau-

1 Nous discuterions peut-être aussi le haut de là façade, et, à l'intérieur, l'exiguïté du sanctuaire.

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coup plus vaste champ : toute la coupole, les quatre pendentifs, l'arc de la tribune et du chœur, enfin la voûte du fond en quart de sphère. Autant la peinture de M. Leduc est d'allure occidentale et de couleur volontairement atténuée, autant celle de M; Nincheri est vive et d'une hardiesse toute orientale. Le chœur n'a conservé de la manière traditionnelle que le troupeau d'agneaux s'abreuvant, posés sur le cadre d'en bas. On y lit l'inscription : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris. l La grande figure du Christ, qu'on voit dans les basiliques italiennes, cède ici la place à un Sacré-Cœur Eucharistique, entouré de têtes d'anges dans des médaillons. Il règne en cette composition une apparente confusion, résultant de la multiplicité des détails. En revanche, combien la nef est éblouissante ! Et quelle nouveauté elle apporte dans notre architecture religieuse ! L'idée en est très simple. Au sommet de la coupole resplendit un immense saint Michel, ailes déployées; plus bas, au-dessus des petites fenêtres, où brillent, comme autant de rubis, de menues croix rouges, une légion d'anges, aux robes précieuses, aux gestes hiératiques, alternent avec des bouquets de fleurs si yhsées ; dans chacun des pendentifs, deux immenses démons - « Father Luke's devils, 2» disent les enfants — tombent du ciel en enfer, vaincus par l'Archange. L'arc du chœur est occupé par les Évangélistes, et l'arc de la tribune par quatre Prophètes. Le reste des surfaces est couvert de vives et ingénieuses arabesques. Quand, par la verrière de l'ouest, le soleil de l'après-midi pénètre à travers les feuilles vertes et les roses rouges, cette décoration de grande envergure produit une authentique impression de beau-

1 Vous puiserez avec joie l'eau vive aux sources du Sauveur.

2 (Luke's Callahan, curé).'

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té. * M. Nincheri, qui est aussi architecte, vient de terminer l'église italienne de Notre-Dame-de -la-Défense; espérons qu'il en entreprendra de même la peinture intérieure.

Dans tous les pays, les églises l'emportent de beaucoup sur les musées, par leur nombre; et c'est dans l'ordre. Il faut cependant admettre que, chez nous, les musées sont trop rares. N'est-il pas inouï, par exemple, que notre métropole n'ait pas l'équivalent de l'admirable « Ontario Muséum » de Toronto? et que notre peuple ne puisse pas, en dehors des écoles, acquérir par la vue quelques notions de minéralogie, de botanique ou de biologie ? Du moins, il existe une Galerie des Arts, dont nous sommes redevables à l'esprit d'entreprise et à la générosité de nos concitoyens anglais. Or, c'est cette Galerie qui va devenir la pourvoyeuse d'un Musée nouveau à ériger, si nous avons bien compris, dans la Vieille Capitale. A défaut d'un ministre des Beaux-Arts, nous avons un Secrétaire provincial, jeune, cultivé, partageant les meilleures aspirations de la génération qui « arrive. » Il a obtenu de son gouvernement des subsides annuels pour l'achat de peintures et sculptures de nos artistes indigènes. Afin que ceux-ci puissent profiter immédiatement de cette heureuse initiative, un jury2 fut tout de suite constitué qui fit un choix parmi les œuvres exposées au Salon du printemps. Ce n'est pas

1 II faudrait dire un mot de l'excellent parti qu'on a tiré de la brique pour le mur inférieur, et louer l'exquis maître-autel ainsi que la table de communion.

2 Ce jury se compose de MM. Dyonnet, peintre et professeur de dessin à l'École Polytechnique, de M. Marchand, architecte diplômé de l'École des Beaux- Arts de Paris, de M. Lindsay, ancien conservateur de la Galerie des Arts, de M. Hope, peintre de Montréal, de M. Roy, avocat de Québec.

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sa faute si l'exposition de printemps est la moins « forte )) de l'année et si celle de cette année est moins intéressante que d'habitude. Néanmoins cinq tableaux et deux eauxfortes ont été acquis. » Ce sont tous des paysages canadiens. Nous ne doutons pas que ces acquisitions n'encouragent sérieusement les artistes.

Nous nous sommes demandé cependant, s'il serait bon que le mode d'achat reste toujours le même? La somme allouée ne permettra pas d'acquérir à chaque exposition toutes les œuvres qui mériteraient de l'être. Or, une peinture ne peut pas être exposée deux fois au Salon. Ne faudra -t -il pas, dans certains cas, se rendre à l'atelier et choisir sur la cimaise, telle toile déjà ancienne, mais plus caractéristique de l'auteur et peut-être plus belle ? C'est un point que l'expérience précisera.

Un autre fait mérite l'attention : nous ne le relevons que pour exciter l'émulation. Si vous consultez le catalogue des Salons, vous serez frappé de ce que la très grande majorité des exposants est anglo-saxonne. 2 D'où il résulte forcément 'que les toiles achetées le seront aussi. En soi, il n'y a pas de mal. Mais, dans une province française, les artistes français devraient être les plus nombreux.

Espérons que le geste du ministre sera bien compris : c'est un appel aux talents. :i

Louis Deligny.

1 Ces toiles sont de Mlle Alice DesClayes et de MM. Robinson, Johnstone, Suzor-Côté et Clarence Gagnon; les eaux-fortes de M. Herbert Raine.

2 Dans une proportion, au printemps 1920, de 187 à 27.

bonne volonté s'est manifestée encore avec dclat au banquet offert à M. Rodolphe Plamondon, le samedi 24 avril.

A TRAVERS LA VIE COURANTE

TénttCitê Que la ténacité dans la revendication de nos droits

tïiOfVlt)h(lYlt€r ne so^ Pas ^nu*^e> Qu'elle finisse, sinon dans tous les cas du moins dans un grand nombre, par obtenir ce que nous désirons, différentes preuves en ont déjà été données. En voici quelques autres que je puise dans mon courrier des dernières semaines.

On se rappelle le cas Leclaire. Averti par le ministère des finances de répondre à plusieurs questions concernant l'impôt sur le revenu, toutes rédigées en anglais, ce brave citoyen réclama des formules françaises. Une, deux, trois lettres restèrent sans réponse. Quelques journaux et revues commentèrent le fait. Or le 20 mai dernier, M. Leclaire recevait du « commissaire des impôts » la lettre suivante : « Je regrette infiniment que vos lettres du 26 janvier, 16 février et 19 mars soient restées sans réponse. Veuillez recevoir mes excuses pour ce retard tout à fait involontaire et que je ne puis m'expliquer. J'ai transmis votre communication à l'Inspecteur des Impôts, édifice Shaughnessy, Montréal, avec la demande de communiquer avec vous au plus tôt, et de vous expédier les formules désirées pour remplir votre rapport sous l'impôt sur le revenu avec amplement de temps de vous conformer à la loi. Je dois dire que le temps pour remplir les rapports de 1919 a été prolongé par le mînistre des Finances jusqu'au 31 courant. Après cette date] la pénalité imposée par la loi sera mise en force. Vous voudrez bien accorder une prompte appréciation quant à l'énorme correspondance de ce bureau et l'effort que nous mettons à expédier une prompte réponse à chaque communication. Malheureusement quelques (unissions se produisent de temps en temps. J'espère que ce retard ne vous causera pas trop d'inconvénients ».

L'union Si ce français manque d'élégance et même de

fuit 1(1 fOTCe correction, il marque cependant une victoire, Lente il est vrai, tardive, mais réelle quand même. Un plus grand nombre eussent-ils protesté, que La réponse serait probablement venue plus vite. C'est l'expérience qu'ont faite les gens de Sainte-

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Germaine dont nous avons raconté l'intervention dans notre chronique de mars. Le député, le curé, le maire, les principaux citoyens en un mot, demandèrent que le nom du bureau de poste fût Lac et non pas Lake Etchemin. Une carte récente nous apprend qu'ils ont obtenu, sans trop de retards, l'objet de leur requête.

C'est aussi ce qui donne aux démarches des voyageurs de commerce tant de poids. Quand ils sont là cinq, dix, quinze, vingt, à réclamer la même chose il n'est pas facile de la leur refuser. Lorsque tel et . tel grand hôtel se sont récemment décidés à faire imprimer des menus bilingues, ils sentaient bien qu'ils ne pouvaient plus résister, sans compromettre leurs intérêts, à la poussée puissante de tout un groupe de leurs clients habituels.

IflCldcflt de Rendons cependant aux voyageurs le témoignage

cheïYlîïl de feï q^^ême isolés, ils savent revendiquer avec énergie nos droits. Le remarquable article du président de leur Association catholique, M. Alfred Bernier, vient d'en fournir maintes preuves. Qu'on me permette d'en ajouter une nouvelle, des plus récentes. La scène s'est déroulée, comme plusieurs autres, dans une voiture de chemin de fer. Le conducteur demande en anglais son billet à un voyageur de commerce. Celui-ci prie qu'on lui parle français, il fait même remarquer que c'est un droit auquel il tient. « You belter give me your ticket immediately, reprend l'autre, as I dont hâve to speak french, you are only an agitator. » Xotre voyageur remet alors tranquillement son billet dans sa poche. Au bout de quelques minutes, intervention du serre-frein. Mais lui aussi est unilingue. Résultat négatif. On arrive cependant à Farnham, et là, le conducteur fait monter un homme de police et lui demande de s'emparer de cet « agitator » qui refuse de payer. « L' agitator » prend ses deux valises et descend, flanqué de son nouveau compagnon. A terre il lui explique son cas, se dit prêt à le suivre, mais l'avertit qu'il tiendra la ville de Farnham responsable de tous les ennuis qu'il subira. « Remontez, remontez, s'écrie le constable, vous êtes dans votre droit. » Tous les deux remontent en effet sous les yeux étonnés des employés. Un peu honteux de la besogne qu'on avait voulu lui imposer, le brave gardien de paix leur dit, en montrant le billet que tenait à la main le voyageur : « Cet homme est en règle. Il a le droit de rester ici. » D'un jzr 'ste prompt, le conducteur se saisit aussitôt du billet, le met dans sa poche et file, heureux probablement que l'incident se terminal ninsi.

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11 devait cependant avoir une suite. Un exposé complet de toute l'affaire a été remis aux autorités de la compagnie qui ont promis de rendre justice. Celle-ci évidemment ne désirent pas que de tels incidents se produisent. Trois ou quatre suffiront probablement à rappeler nos droits et à obtenir qu'ils soient respectés. De fait, ce sont ces interventions énergiques, poussées jusqu'au, bout qui ont obtenu les principales victoires des dernières années. Sans elles, nous n'aurions ni employés, ni billets, ni menus bilingues.

BllTCClU Au sujet de ces menus un de nos lecteurs cons-

dc tfUblititê *a^e f*ue 'eur faction française laisse à désirer.

J'ai rapporté, dansle Devoir du 2 septembre 1915, ce que faisait un marchand qui recevait de ses fournisseurs des catalogues ou des circulaires en anglais ou en mauvais français. Il leur signalait le tort qu'une telle littérature pouvait leur causer, puis il ajoutait, en homme pratique : « Si vous voulez une annonce rédigée en bon français, adressez-vous donc à la Ligue des Droits du français, 30, rue Saint- Jacques, Montréal ». Dès sa fondation en effet, la Ligue des Droits du français s'est occupée de ce point important. Voici ce qu'on lit dans son premier manifeste tiré à plusieurs milliers d'exemplaires : « Une autre initiative nous a paru s'imposer. C'est l'établissement d'un bureau français de publicité. Il est déjà en partie organisé. Deux écrivains de talent, possédant à fond les langues française et anglaise, sont à notre disposition. Ils reviseront, traduiront, rédigeront, moyennant une rétribution raisonnable, tout travail qu'on voudra bien leur confier : annonces, catalogues, prospectus, etc ».

Ce bureau n'a pas cessé de fonctionner. Notre ahnanach de 1916 faisait remarquer que d'importantes maisons anglaises s'adressaient à lui. MM. Albert Lozeau et Léon Lorrain y ont accompli un travail très effectif. Que plusieurs compagnies ontariennes ignorent encore l'établissement de ce bureau et confient la traduction de leurs circulaires à des employés incompétents, cela n'est pas pour nous étonner. Nous n'avons jamais eu les moyens d'annoncer noire reuvre sur tous les toits. Il existera toujours d'ailleurs des gens qui se fermeront les yeux pour ne point voir et les oreilles pour ne point entendre. Que de Canadiens français, par exemple, semblent ne pas même soupçonner actuellement, malgré la large publicité qui leur est faite, l'existence de plusieurs «le nos maisons financières et vont placer leurs épargnes dans des institutions étrangères de moindre valeur !

Pierre HoMIER.

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