POUR LA PRONONCIATION CORRECTE DES MOTS SAUVAGES
« K » remplace partout le C dur.
tLE GRAND CHEZ NOUS» C 1ÇT tOUJ°UrS C°mmC CH dans
Il n'y a pas d'e muet Chaque consonne a sa valeur comme en latin; ainsi Cawan — LA PATRIE 'e SUD se prononce t chawanne t.
N.B; Les remarques ci-dessus ne s'appliquent pas aux mots sauvages tirés des listes de Jacques Cartier qui doivent être prononcés selon l'orthographe française.
G se prononce dur.
CANADA — Mot algonquin, non iroquois — Preuves philologiques et historiques. — Idées géographiques des sauvages — Le mot « Canada » est un nom commun —
On lit dans toutes nos histoires que le mot Canada vient du mot iroquois « Kanata » qui, dans cette langue veule-
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ment, signifie un amas de cabanes. C'est à dessein que j'emploie l'adverbe seulement, car on ne réussira jamais à faire entrer ce mot dans la langue algonquine, et encore moins dans la langue française, pour désigner le pays que nous habitons.
Je demande donc permission de m 'inscrire en faux contre cette interprétation que Cartier lui-même semble s'être laissé imposer, ce dont il serait excusable, étant donné son ignorance invincible du génie des langues indiennes.
Les Iroquois peuvent se servir du mot « Kanata » pour désigner une bourgade; c'est leur affaire.
Mais est-ce qu'un pays est une bourgade ?
Le sauvage, si précis dans ses appellations, aurait-il choisi ce terme pour désigner une étendue de pays ? Cela n'est conforme ni à son génie ni à ses habitudes.
Du temps de Cartier il y avait au pays des Toudamans, en plein milieu iroquois, bien des bourgades et de fpmeuses; pourquoi ce pays ne s'appelait-il pas Canada comme tout le monde ?
Il y a une raison :
C'est qu'on a usurpé tout simplement l'assonance d'un , vocable iroquois pour supplanter un nom commun algonquin, une expression verbale algonquine, dont on n'a point compris le sens et dont on a fait un nom propre de pays.
Un nom propre de pays !
Les sauvages n'ont pas de ces façons-là.
Ils baptiseront bien un endroit, un village, une rivière, un lac, une montagne, etc., d'après certaines particularités typiques ou quelques légendes, faits historiques ou autres. Ils diront : K'abak (le promontoire), Ototossak (les mamelons), Temagami (l'eau profonde), Missi-sipi (la grande rivière), Manito-wadji (la montagne de l'esprit); mais jamais ils ne donneront à un pays, à une étendue de contr );
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d'autre nom que celui du peuple qui les habite; et, ce nom de peuple, ils le tirent toujours soit de l'aspect, du caractère, des habitudes, soit de la nature des relations de ce peuple avec eux.
C'est ainsi, par exemple, que les Algonquins appellent encore de nos jours les Iroquois « Natowek » (gros serpents) ; qu'ils nommaient « Poissons-Blancs )> : « Atikamek » une tribu de la hauteur des terres qui faisait la pêche dans le lac Abittibi; les Français: « Wemitikojik (ceux qni ont des canots de bois).
Quand ils veulent parler du pays de ces gens, ils se servent de deux expressions : où ils ajoutent au nom du peuple le mot « Aki )) (terre), ou bien, le participe du verb' « Inda » (demeurer).
S'agit -il de désigner d'une manière générale les peuples ou les pays qu'ils n'ont jamais vus, mais dont ils connaissent ou soupçonnent l'existence, ils se serviront des noms des cruatre points cardinaux : « waban » (le levant) « epangicimotc » (le couchant), « kiwetin » (le nord) « cawan » (le sud). Puis ils ajouteront le mot « aki » (terre) avec le mot « ininiwak » (les hommes).
Voilà toute la géographie du sauvage; elle est peu compliquée, comme on voit.
C'est pour avoir ignoré ce point de vue que nos étymologistes ont traité la question à côté du sujet.
Tous les peuples sauvages, sans en excepter certaines peuplades blanches, ont, chacun par devers soi, la prétention de se croire « la race supérieure ». Grattez l'étymologie du nom qu'ils se donnent et vous trouverez au fond l'idée d7 hommes par excellence. Le voisin, lui, c'est une bête.
Ce sentiment d'exaltation personnelle, chez les différentes races, a dû être voulu de Dieu même pour garder en cohésion les unités distinctes de ces hordes qui, pendant des
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siècles, n'ont cessé de se bousculer pour la possession d'un coin de terre sur ce continent.
La peur et la haine tout ensemble les faisaient errer sans relâche; nomades, non par goût, mais par nécessité, ne possédant aucun territoire assuré, comment auraientelles pu avoir la notion de frontières? Voilà pourquoi la notion abstraite de pays était absente de leurs mœurs comme elle l'était de leur intelligence; les sauvages ne l'ont jamais eue, avant que les Européens ne l'aient fait naître dans leur faculté réceptive. Le sauvage ne donne pas de nom à une chose qui, pour lui, est inexistante.
Avant que les Européens ne vinssent ici faire des cartes géographiques, il n'y avait donc pas de pays de Canada.
Faites attention, je vous prie, de quelle manière, au second voyage de Cartier seulement, le nom de Canada a été prononcé pour la première fois et par qui ? Lisez la relation :
« Et par les deux sauvages qu'avions pris le premier voyage nous fut dit que c'étoit de la terre devers le Su et que c'étoit une isle, et que par le Su d'icelle, étoit le chemin à aller de Hunguedo (où nous les avions pris le premier voyage) à CANADA et, qu'à deux journées, delà du dit Cap et Is e, commencoit le Royaulme de Saguenay à la terre devers le Nord allant vers le dit CANADA. »
Remarquez-vous ici que pendant que Cartier parle du Royaulme de Saguenay, il ne dit pas, dans la présente circonstance du moins, le royaume ou pays de Canada, mais simplement à Canada, vers le dit Canada?
Et qui parlaient ainsi ?
Deux jeunes sauvages qui disaient venir de ce pays et qui, en le mentionnant, se servaient tout bonnement d'un nom commun que Cartier et les siens ont pris pour un nom propre.
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Ils avaient dû le répéter souvent, ce nom qui voulait dire « Chez nous, » car, je le prouverai, « Canada » ne veut pas dire autre chose.
C'est ainsi qu'en passant vis-à-vis les bouches de li rivière Trinité, Domagaya et Teguragny firent observer au capitaine que le grand fleuve Hochelaga (comme ils le nommaient) allait vers l'Ouest en se rétrécissant jusqu'au pays de Canada.
Ils connaissaient donc bien ce dont ils discouraient, puisque nous savons que tel était le cas; et que voulaient-ils dire ? Tout simplement, qu'à partir du point qu'ils nommaient, ils entraient « Chez eux », dans le pays des leurs, que ce <( Chex eux » se prolongeait le long du fleuve des deux côtés, mais que passé CANADA, c'était si loin que jamais homme n'avait été au bout qu'ils eussent ouï.
Ils ne voulaient certainement pas dire par là que le Canada allait jusqu'au bout du fleuve, comme Cartier aurait pu se l'imaginer. D'ailleurs, ce fleuve, qui de si loin apportait ses eaux à travers leur pays, s'appelait Hochelaga, du nom de la bourgade au-delà de laquelle nos sauvages ne connaissaient plus rien. Voilà, à coup sûr, la manière de parler d'un sauvage; ce langage dénote une fois de plus, le sens de leurs conceptions géographiques.
Remarquez encore, qu'au moment dont nous parlons, l'équipage n'était plus qu'à environ sept lieues des bouches du Saguenay (nom algonquin (( Sagina » qui signifie estuaire, décharge), débouché d'une rivière dans la mer ou dans un lac. Sont-ils précis, ces sauvages? De l'entrée de la rivière, le nom s'est étendu à toute la rivière et à tout le Royaulme. Je n'ai pas encore digéré l'imprudence du jeune écrivain qui, dans un compte-rendu du congrès de Chicoutimi l'été dernier, s'est aventuré à dire que le nom de Sague-
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nay voulait dire eau profonde ! ! Qu'il n'y retourne plus, le malheureux !
Plus tard, Cartier fera entendre que son « Royaulme » de Saguenay allait jusqu'à l'île aux Coudres puisque, suivant lui, c'est là que commençait son « Royaulme » de Canada. Mais cette persuasion, qu'il tenait de ses sauvages, est une preuve de plus que ce nom de Canada était interprété par les naturels dans le sens strict de « chez nous » dont ils restreignaient la portée et l'étendue au circuit dont Stadacona était la capitale. Or, l'on sait, par Cartier luimême, que quatre autres bourgades en aval et deux en amont, formaient, dans leur ensemble, le pays de Canada. C'étaient, en haut, Hachelay et Touquenondy; en bas, Ajoasté, Sternatam, Tailla et Satadin. Ces sept villes primitives constituaient la Pentapole Canadienne et démarquaient les limites du Canada, c'est-à-dire qu'en dehors d'icelles, on entrait de plein pied chez l'étranger.
Voilà le Canada des Algonquins, le seul pays qui portât ce nom et qui eût droit de le porter, parce que peuplé par des Algonquins, et appelé ainsi en langue . algonquine par des Algonquins. Si le Kanata iroquois était une bourgade, le Canada algonquin était un pays, et pays il est resté.
Or le CANADA pour l'Algonquin, c'était « le grand chez nous » ; le petit chez nous était le village et le chez moi, la porte de sa cabane que l'Algonquin appelle <( Inde » mot qui est bien le fils et le petit fils des deux autres. Le grand CANADA c'était le chez moi hiérarchisé, la famille des familles :1a PATRIE.
Cette étymologie, pour nous, Canadiens, vaut bien l'iroquoise qu'on a voulu nous imposer.