‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 45 sur 104 · C.-A.-M. Paradis, ptre · texte numérisé non relu

C.-A.-M. Paradis, ptre

(à suivre,)

A TRAVERS LA VIE COURANTE

DciflS le domaifie Du domaine des mœurs, aventurons-nous j Jni\ ce mois-ci, si l'on veut bien, dans le domaine

des lois. Juges et avocats sont en repos. C'est le bon temps de nous occuper d'eux Ce ne sera pas d'ailleurs pour leur chercher noise. Ils pourraient vite nous rattraper, aux pro- ( haines assises ... Et pris ainsi entre l'enclume et le marteau nous courrions grand risque de passer un mauvais quart d'heure.

Non, notre intent;on n'est pas de médire des disciples de Thémis. Nous voulons au contraire, signaler quelques faits récents qui méri ent d'être retenus et son" plutôt à leur honneur.

Légalité Et d abord un jugement. Il fut rendu par le juge

j • Lebœuf, en mai dernier, dans une cause de Truaish

contre la compagnie Childs. Le demandeur réclamait la somme de $65.00, prix d'un paletot et d'une paire de gants qui lui avaient été volés dans un des restaurants de la défenderesse, alors qu'il y déjeunait. Celle-ci se refusait à paj'er cette somme. N'avait-elle pas fait afficher dans ses salles des avis où elle déclinait précisément toute responsabilité dans de pareils cas ? — Fort bien, répondait !e demandeur, mais ces avis sont uniquement en anglais. Or la loi veut qu'ils soient rédigés en français et en anglais. — Vous comprenez l'anglais, rétorquait la compagnie, c'est même votre langue. Qu'avez-vous alors à vous plaindre ? — Là n'est pas la question, reprenait le demandeur. Je m'en tiens à la loi. Elle est explicite. J'ai le droit d'en bénéficier.

Et le juge donna raison à M. Truaish. Le public, déclara-t-il, qui fréquente les restaurants, les salons de coiffeurs, les lieux d'amusements, a droit à une certaine protection de la part des propriétaires de ces lieux et ceux-ci ne doivent pas tenter de se soustraire à leurs obligations au moyen d'avis qu'une importante partie de la population ne pourrait pas lire.

Voilà, si je ne me trompe, une jurisprudence nouvelle. Elle peut avoir ses inconvénients, même pour les nôtres. Elle forcera quelques petits établissements où une seule langue est en usage, à afficher des avis bilingues parfaitement inutiles. Par contre, le français pénétrera

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ainsi dans de grandes maisons d'où il était systématiquement exclus. Et cet avantage semble bien l'emporter sur les inconvénients.

Une législation Mais cela ne regarde que notre province.

uniforme Voici un autre sujet qui concerne tout le Pays-

■' Il ne s'agit plus, il est vrai, de jugement. Ce

sont simplement deux expressions d'opinion que nousvoulons rapporter. L'autorité cependant de ceux qui les ont émises et la gravité de la question en jeu leur donnent une importance considérable.

Cette question c'est l'unification des lois canadiennes. Chaque province, on le sait, outre certaines lois communes adoptées par le Parlement fédéral, en possède qui lui sont propres et où se reflètent ses idées et ses mœurs. Or un groupe d'hommes influents s'agite depuis quelque temps pour faire disparaître ces lois particulières et donner à notre pays une législation complètement uniforme. Ils ont d'abord proclamé assez haut leur dessein, puis devant certaines oppositions, se sont avisés qu'il valait probablement mieux travailler sans bruit. Cette deuxième méthode est plus dangereuse que la première. Elle est de nature à endormir les résistances. Dénoncer ce projet néfaste, ne pas laisser croire qu'il est mort, c'est donc faire œuvre salutaire. Cette tâche, deux avocats éminents l'ont accomplie récemment.

PïOtestCltionS Dans un dîner donné au mois de mars par le

maniirpii<iO<i barreau de Québec à sir James Aikens, président

° de l'Association du Barreau canadien, le bâton-

nier, M. Ferdinand Roy, n'a pas craint d'attaquer, devant un tel hôte, ce projet d'unification. Nous y sommes opposés, a-t-il déclaré énergiquement au nom des avocats qu'il représentait, parce qu'une telle mesure sacrifierait nos droits et privilèges provinciaux.

De son côté, l'un des directeurs de l'Action française dont nos lecteurs ont pu apprécier plus d'une fois la vigueur et la rectitude d'esprit, M. Antonio Perrault, chargé de tirer les conclusions de la première semaine sociale de Montréal, à sa séance de clôture, s'est arrêté au même sujet. Il l'avait déjà traité l'an dernier dans une conférence magistrale. Il a voulu y revenir cette année au point de vue de la législation ouvrière. Qu'on nous permette de citer tout le passage. Il met en vive lumière l'aspect principal de la question.

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RÔlc de flotte <( Les l°is adoptées au parlement fédéra] et

Iûûi<:ïnti/rû dans les huit autres provinces, sont marquées

* de la même mentalité, l'anglo-saxonne. Elles

se ressemblent. Les unifier est facile. Il en va autrement des lois de la province de Québec. Elles ont, en général, leur caractère propre. Aux yeux de certaines gens, elles font, à cause de cela, tache sur le fond anglosaxon. On veut donc les faire disparaître. De quelque nom que l'on pare la chose, quelle que soit la dorure dont l'on enveloppe la pilule, c'est le but poursuivi. On nous amènera à sa réalisation, si nous n'y prenons pas garde. Unifier les lois canadiennes relatives aux ouvriers, cela ne peut signifier, au jugement de la majorité, que d'étendre à la province de Québec, les lois ouvrières édictées dans les provinces anglaises . Y a-t-il profit à accepter le cadeau? Les ouvriers canadiens-français et catholiques gagneront-ils à laisser le contrat de travail, leur régime de vie industrielle, les relations de toute nature qui se forment entre eux et leurs patrons, sous l'emprise de lois à mentalité anglaise et protestante? Je crois que l'esprit latin, l'esprit français, l'esprit français catholique, a sa façon de penser et de rédiger les lois. La Législature de Québec, il est vrai, l'oublie parfois. Ce n'est pas une raison de fermer ses portes ou de la réduire à l'inutilité et à l'impuissance, en nous dotant de lois rédigées à Ottawa, à Toronto ou à Victoria. Amenons-la plutôt à reconnaître les devoirs que lui impose la condition particulière qu'elle occupe sur cette terre d'Amérique. Seul parlement, de ce côté-ci de l'océan, où l'esprit français puisse promulguer des lois marquées de sa lucidité, de sa clarté, de sa logique, de sa hauteur de vue, que la Législature de Québec édicté une législation digre de cet esprit, une législation adaptée à nos mœurs, à notre manière de comprendre et de sentir. Elle introduira alors, jusque dans la rédaction de ses lois ouvrières, un sens de la justice et de la charité que les autres provinces nous envieront et dont se glorifieront nos ouvriers. Faire de notre province un point de mire en matière de législation du travail; rendre, à ce sujet, la législation québécoise, non l'imitatrice des provinces anglaises mais leur initiatrice, leur guide; inspirer ses lois ouvrières, y faire passer l'influence de la doctrine catholique et le reflet des choses de chez nous, ce sera la seconde résolution que nous emporterons de cette semaine sociale. »

SyynptÔtïieS On ne saurait mieux dire. Et les applaudisse-

mnçnlrnils rnents chaleureux qui ont souligné ces paroles —

approuvées si hautement quelques instants plus lard

par l'archevêque de Montréal — ont démontré qu'elles répondaient

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pleinement aux idées des auditeurs. Puissent ces applaudissements être suivis d'actes !

Il semble bien d'ailleurs, que nos groupements les plus actifs comprennent de mieux en mieux quel appui vigoureux ils sont tenus de donner à la revendication de nos droits. Avant le groupe des Semaines sociales, c'était Y Association des Voyageurs de commerce qui dans son Congrès fédéral plaçait la question du français au premier rang de nos préoccupations, et le lendemain, l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française, fidèle à ses traditions, faisait le même geste. Ces manifestations sont de bon augure. Le jour où nous aurons secoué pour de bon notre propre apathie, nous aurons gagné notre cause.

Pierre Homier.

10 juillet 1920.

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