‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 59 sur 104 · REMISE DE 50% AUX ABONNÉS EN · texte numérisé non relu

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Chronique Littéraire

L ECOLE QUEBECQUOISE

Les amis de l'Université Laval mènent en sa faveur une campagne de souscription. Pareil événement n'a pas coutume d'intéresser la chronique littéraire. Les zélateurs de ces mouvements visent à de plus tangibles effets que ceux de l'art. Rendons justice pourtant aux propagateurs de Y Aide à Laval, ils y mettent de la discrétion et du goût. Peu de larges manchettes, pas de superlatifs de poids lourd, mais de courtes et substantielles données sur le passé, les aspirations et les besoins de la vénérable institution. C'est original. Et puis l'on évite les comparaisons irritantes, élégance suprême qu'il faut signaler pour l'encouragement des travailleurs. L'union des esprits semble s'achever à l'heure même où les centres d'activité, chez nous, se dédoublent plus absolument. Comme il convenait, c'est sur les sommets, dans le monde universitaire, que ces tendances pacifiques se sont d'abord dessinées : « Maintenant que l'on paraît mieux se comprendre, que les esprits se sont apaisés et que l'union s'est faite, il est désirable qu'on ne réveille pas la discorde endormie ». Ces lignes datent de 1903. .L'abbé Camille Roy y fait allusion aux « multiples et quelquefois pénibles circonstances qui ont accompagné la fondation de la succursale » de Montréal, vers 1876.

Je ne résiste pas au plaisir d'appliquer au temps présent le tableau que traçait le même écrivain, lors du cinquantenaire de Laval, pour peindre l'époque où se fondait la succursale : « La vie de l'Université (Laval) va désormais se développer sur deux scènes différentes : à Montréal,

au milieu du bruit, des agitations d'une ville où fleurissent volontiers le commerce et l'industrie; à Québec, dans le calme et la sérénité dont s'enveloppe de plus en plus la cité maritime, dans la capitale orgueilleuse dont s'éloignent déjà les vaisseaux marchands et qui ose s'essa3rer à ne plus vivre que d'au et de lumière. Mais l'on sait, qu'à travers tout le brouhaha de la commerçante Alexandrie, aussi bien que dans l'harmonieuse quiétude d'Athènes, les lettres et les sciences ont pu progresser, et que la vie intellectuelle s'accommode à la fois des paisibles solitudes et des tumultes de la vie moderne. C'est pourquoi sans doute, à Montréal comme à Québec, l'Université trouvera des éléments suffisants de prospérité.» x

Il me semble que voilà des choses bien vues et joliment bien dites. Elles fixent déjà les caractères de YÉcole québecquoise. Car Québec est trop sainement régionaliste pour n'avoir pas ses nuances distinctives. Plus qu'à Montréal, survivent à Québec les hommes et les idées d'une autre génération. Je voudrais bien que ceci n'eût pas l'air de n'être qu'un blâme. Singulière destinée, tout de même, il fut un temps où l'on prêtait à Québec des tendances modernistes avant la lettre. Et voilà qu'on irait lui reprocher aujourd'hui de retarder ! Il n'y a pas à le nier, plus qu'à Montréal, l'on se plaît — d'autres diraient on s'attarde — aux études sereines, générales, «l'on plane et l'on disserte, comme de bons Athéniens, sous des platanes qui n'existent pas », me disait l'autre jour un homme d'esprit, dans un moment d'humeur. Et il ajoutait, sans aigreur toutefois : « Citoyens d'une ville où l'atmosphère a toujours été de haute pression politique, les québecquois ont les mains libres moins que d'autres; ils s'interdisent les pro-

1 L'Université Laval et les fêtes du cinquantenaire, par l'abbé C. Roy. Québec 1903.

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blêmes qui brûlent; tous ils ont quelque peu un cerveau officiel, ce qui n'est point un cerveau de bravoure. » On l'aura deviné, cette irrévérencieuse charge est d'un montréaliste. Elle ajoute tout juste un peu de piquant au parallèle spirituellement ébauché par l'abbé C. Roy.

Tous, d'ailleurs, c'est beaucoup dire. Dira-t-on que la Nouvelle-France, naguère, dans ses articles Erreurs et préjuges, se soit interdit les problèmes brûlants? Je me demande si l'auteur en a touché beaucoup d'autres. Or, c'était un québecquois fervent. Sans doute les remarques citées s'adressent plutôt au monde universitaire. Et de fait, sur le promontoire solennel, la courtoisie, à certains joins do réceptions princières, prend l'allure d'un religieux loyalisme qui peut laisser des traces dans les habitudes de penser. L'historien, le journaliste, l'orateur y gardent volontiers l'attitude et les préoccupations pacifiques des meetings de bonne entente. Québec est une citadelle de l'intérieur, où le canon tonne à blanc pour annoncer les heures ou saluer des frégates pavoisées. Ce n'est plus une forteresse de frontière. Au surplus, le Château a toujours été très près de la citadelle ornementale: d'où; pour chacun, le désir bien naturel de chercher dans son bon cœur, dans son imagination et parfois même dans l'histoire, des raisons profondes qui justifient toutes les déférences et qui alimentent les beaux discours officiels.

Ces aimables procédés ont assez bien servi la cause par le passé. Voyez plutôt : le Conseil législatif est devenu maussade, intraitable, et le gouverneur, atrabilaire. Sans tarder, on négocie poliment avec Downing Street par-dessus toutes ces têtes montées. Et Craig s'en va, et Prévost s'en vient. Allez donc nier la bonne volonté du pouvoir suprême ! S'il y a des gens qui s'oublient au Canadien, le Journal de Québec les rappellera à l'ordre. A chaque crise de notre

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histoire, de sages québecquois s'emploieront à dissiper les vapeurs de nos satrapes, ou bien ils nous feront signe de cesser à temps nos violences patriotiques. C'est dans la tradition. Et cette sagesse héréditaire peut se défendre. Sans elle, eût-on obtenu, plus de trente ans avant Londres, la reconnaissance officielle de l'épiscopat à Québec 9 Elle n'est pas non plus étrangère au fait que l'Université Laval naissante a obtenu sa charte royale, quand Dublin se voyait encore refuser ce privilège. « A toutes les mémoires qui lui sont chères, écrit l'abbé C. Roy, l'Université unit toujours celle de Son Excellence Lord Elgin qui a si puissamment favorisé sa création ». De son côté, Mgr Paquet écrivait dans Y Action catholique du 19 juin dernier : « Il faut rendre à l'autorité royale cette justice qu'elle sut seconder les vues des fondateurs, en leur donnant une charte où éclate la préoccupation d'assurer au sein de la nouvelle institution l'influence catholique dans tous les domaines ».

De tels succès diplomatiques peuvent impressionner de graves historiens. On en a vu ne pas se contenter de ces faits et remonter jusqu'avant 1775 pour trouver, dans les rapports de tous les jurisconsultes, des monuments de générosité anglaise à l'égard de la colonie française. C'est un phénomène commun, sans doute, à toutes les littératures. Les soucis d'école y apparaissent dans des synthèses imposantes, dans des généralisations ingénieuses. On applique instinctivement au passé l'esprit conciliant que toute une tradition, d'ailleurs respectable, a pu tolérer, et que ne combattent pas précisément vos préférences politiques de l'heure actuelle.

Au reste, exiger des professeurs d'université la fougue des patriotes militants, ce serait méconnaître le rôle de ces maîtres. A l'enseignement supérieur de poser les principes, d'éveiller les talents, d'émettre des idées générales que

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d'autres embrasseront avec passion, pour en imposer le respect dans les situations concrètes de la vie politique ou sociale. Il faut du calme sur les hauteurs où s'élabore la pensée de l'élite. Si l'on a pu discuter certains jugements historiques, je ne sache pas qu'on attaque les doctrines et les principes des maîtres de l'Université Laval. 1

Tout ceci aura l'air d'un plaidoj'er. Je ne m'en défends pas. Il serait malheureux qu'on se mît à regarder d'un œil simplement respectueux l'Université-mère du Canada français. Dieu merci ! elle mérite autre chose que les égards dus à la vieillesse et à d'anciens états de service. Elle est en pleine jeunesse après cinquante ans de labeur fécond; elle ne vit pas que de l'acquis; elle a la claire vision des progrès possibles et cela lui fait sagement accepter les secours du dehors.

C'est un professeur de Laval qui traçait, dès 1903, la liste des desiderata de son Aima Mater. Les zélateurs de l'Aide à Laval n'ont pas eu à chercher bien loin les arguments de leur campagne. On les trouve au complet dans la première partie du volume déjà cité. Je résume la conclusion de cette partie. L'abbé C. Roy constate que « notre pays commence à sortir de l'ombre où sont forcément réduites à vivre pendant longtemps les colonies ». Le monde lui trouve des airs d'autonomie « d'une nation indépendante ». Ce perfectionnement crée des besoins qui n'existaient pas en 1852. La connaissance du sol à coloniser, l'inventaire scientifique des ressources naturelles encore à capter, font regretter « que l'on en soit réduit à aller cher-

1 L'autorité de Pothier a été et reste considérable chez nous. Ce jurisconsulte d'ancien régime a inspiré nos codificateurs. On k cite eouvent devant nos tribunaux, parait-il. Je doute que les professeurs de droit à l'Université Laval acceptent aujourd'hui sa doctrine sur les relations de l'Etat et de l'Eglise. Leurs devanciers se sont attiré làdessus de terribles procès de tendances, on s'en souvient.

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cher à l'étranger les hommes dont nous avons besoin pour diriger nos principales entreprises industrielles ». Mais l'auteur fait justement remarquer que ces études pratiques relèvent surtout de l'École polytechnique.

A l'Université « de donner plutôt un enseignement théorique, une culture scientifique très pénétrante et très désintéressée, une formation philosophique, littéraire et artistique, très ouverte, très sérieuse, et poussée aussi loin que possible ». Une université française doit surtout ce service à notre race et à sa mission en Amérique. Elle peut aider à l'étude des problèmes économiques; on ne devra pas pour autant exiger « qu'elle devienne une grande école industrielle ».

Dans quel sens faut-il qu'elle se développe « pour assurer aux étudiants une large et véritable culture supérieure ». Il faudrait qu'elle pût d'abord « assurer à ses professeurs un salaire qui leur permît de se livrer exclusivement à l'étude de la science qu'ils ont mission d'enseigner. A cette condition se développeront des spécialistes et une science originale qui serait le produit de l'esprit national ».

Nul ne s'étonnera que l'abbé C. Roy ait traité avec complaisance la question de la culture des lettres à l'Université : toutes ses propositions de 1903 sont à l'étude en 1920 où l'on veut donner suite à ses vœux. L'influence de l'Université sur nos lettres et sur nos écrivains n'a été qu'une influence indirecte, générale et peu décisive. Quelques cours publics ne sauraient faire davantage. Il lui faudrait « propager les bonnes méthodes du travail intellectuel . . . par un enseignement suffisamment complet des lettres ».

Il y a des difficultés dans ce projet. Peu d'étudiants d'abord, en ce pays, voudraient s'astreindre à un travail personnel considérable, sous une direction suivie. Mais ce

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n'est jamais le grand nombre qui importe en cette affaire. Et puis, il est une façon pratique de considérer le problème de l'enseignement supérieur des lettres. Pourquoi ne pas « établir à la Faculté des arts de l'Université Laval une manière d'École normale supérieure, où l'on préparerait avec soin ceux qui se destinent au professorat dans l'enseignement secondaire » ? Ces étudiants, séminaristes ou jeunes prêtres, y suivraient des cours variés, et se livreraient à de nombreux travaux personnels, sans lesquels il n'y a pas de formation sérieuse.

Évidemment, cette création entraînera l'organisation des cours supérieurs de sciences pour les futurs professeurs de sciences dans nos collèges. Et l'écrivain que nous analysons conclut : « Il suffit de lire les discours de fin d'année que l' Annuaire publie tous les ans, pour constater combien ces graves problèmes, que nous nous sommes permis de rappeler ici, préoccupent les directeurs de l'Université Laval ». Ils comprennent qu'elle « aurait besoin de puissants et généreux concours », et que le Séminaire de Québec, qui n'a cessé de verser des milliers de piastres pour soutenir l'œuvre universitaire, » ne peut suffire à toutes ces exigences nouvelles que réclame aujourd'hui notre état social ».

On le voit, si les maîtres de l'Université Laval ont l'œil sur son passé pour en retenir les très nobles traditions religieuses et patriotiques, s'ils entendent bien ne pas renoncer au dévouement qui lui a communiqué la vie, ils ont aussi en vue l'avenir et les progrès nécessaires. Ces lignes modestes veulent rendre service à l'entreprise de l'Aide à Laval, tout en indiquant au passage quelques-uns des traits caractéristiques de l'école québecquoisc. Au risque d'être un peu long, je ne puis passer sous silence le plai-

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doyer doctrinal que l'on attendait de la plume de Mgr Paquet, en faveur de l'Université Laval.

La chronique littéraire de Y Action française aurait dû, depuis longtemps, étudier le dernier volume des mélanges canadiens publié en 1919 par ce maître, sous le titre Etudes et appréciations. Qu'on le relise, c'est avoir profité que de savoir s'y plaire ! On y verra que l'auteur tient à l'école québecquoise « pour la hauteur sereine de son esprit, poulies panoramas d'idées qu'il affectionne, — je cite l'ami de Montréal, qui ne sait pas que censurer — il s'affranchit de son milieu par le courage et la franche liberté de son œuvre, par son sens aigu de nos réalités contemporaines » : le féminisme, recueil démocratique, le socialisme d'Etat, le préjugé sectaire, défauts et déformations, etc.

Mais il nous faut choisir une tranche limitée dans son œuvre immense. Pour le moment, bornons-nous à recueillir la substance de see articles sur Y Oeuvre universitaire. Ecrits pour Y Action catholique, ils ont l'allure et la portée d'articles de revue sérieuse. C'est toujours par les sommets, en maître de la philosophie, que Mgr Paquet traite une question, mais il analyse puissamment, et s'il éclaire les grandes routes de la pensée, il ne laisse dans l'ombre aucun des détails, aucun des faits sur lesquels se peut vérifier la valeur de toute haute abstraction. La série comprend six articles.

On y étudie d'abord Yimportance de l'œuvre des universités catholiques comme celles de Montréal et de Québec : « Ce sont, tout ensemble, des foyers de science et des pépinières d'hommes ». Et la proposition se déroule avec ampleur en ses deux parties. L'histoire en main, l'auteur rappelle l'intérêt que l'Église donne toujours à ces foyers de science, parce qu'il importe, tout en propageant la foi au nom de l'autorité divine, d'en « montrer les singulières harmonies avec l'esprit de l'homme ».

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L'Université catholique n'est pas la seule pépinière d'hommes : « des hommes de principes et d'influence peuvent sans doute surgir en dehors d'elle. Nous en avons d'illustres exemples au milieu de nous » Mais « lorsque les maîtres ont su s'élever à la hauteur de leur tâche, l'Université laisse dans la pensée et dans l'âme de ses élèves une empreinte. . . Il se crée dans le monde une élite, d'où partent les mots d'ordre qui rallient les forces et les exemples qui entraînent ».

L'importance de l'œuvre universitaire dit déjà quelle en doit être l'orientation religieuse : « En face des envahissements de l'athéisme si puissant dans certains pays, les avantages d'un organisme universitaire foncièrement confessionnel, ne sauraient être célébrés trop haut ». Car il n'est pas permis d'oublier que toutes les activités humaines, dans la famille, l'école ou la société, ont pour objectif suprême de consolider le royaume de Dieu dans les âmes. Aucune n'a le droit de s'affranchir de ces exigences de la fin dernière. Les lettres donc, comme les sciences, ont, avec la religion, des rapports nécessaires.

« L'Université catholique, par un enseignement littéraire haut et sûr, développe chez ses élèves les délicatesses du sens moral, en même temps qu'elle offre à leurs regards les intuitions pénétrantes de la foi. Elle ne sépare pas le culte du beau de la culture du vrai. »

Et les sciences ne répondront à leur vocation que si elles s'éclairent du double flambeau de la foi divine et de la philosophie. « Il n'y a pas deux philosophies, mais une seule, sortie des plus fortes têtes de l'antiquité païenne et de l'âge chrétien ». La scission de la science et de la métaphysique a causé dans le domaine juridique la pire des calamités : la négation des libertés les plus sacrées. Dans le

monde des sciences physiques, cette scission aboutirait au matérialisme, qui est proprement l'immoralité.

Ainsi orientée, l'œuvre universitaire devient une influence sociale dont nous devons souhaiter l'accroissement. L'heure presse, en effet, d'inculquer à l'élite la doctrine sans laquelle on ne saurait résoudre les problèmes aigus qui se posent dans la société moderne. D'effroyables erreurs dévoient l'opinion. L'œuvre de la pacification sociale requiert le concours harmonieux de l'Église, de l'État et des particuliers.

On comprend l'urgence d'un enseignement supérieur où les jeunes talents, sous la direction de maîtres compétents, s'éveilleront à leur vocation et s'outilleront pour la lutte. L'Université Laval n'a rien négligé par le passé à ce sujet. Mais elle aperçoit la nécessité de se doter d'une chaire spéciale de sociologie. On y apprendra moins la casuistique des questions sociales que les principes auxquels il faut toujours remonter : « Plus la lumière descend abondante sur le sol où l'on pose le pied, moins l'on risque de buter contre les obstacles ou de s'empêtrer dans les halliers ».

La pensée de l'auteur, selon son habitude, va se particularisant. L'œuvre universitaire se doit d'être aussi patriotique que religieuse : c'est le sujet de l'article intitulé son cachet national. Il est une suprématie que nous devons ambitionner comme race : celle du spiritualisme. « C'est pour faire triompher autour de nous le règne de l'esprit que nous avons été jetés sur ces plages d'Amérique ». Retenons cet avis : « Nos universités tromperaient l'attente de l'Église et l'instinct de la race, si elles ne se proposaient de discipliner des esprits et d'éclairer des consciences avant de forger des instruments de richesse ».

En voici le développement : « Les Universités sont des oyers de doctrine. Et la doctrine, qu'elle soit sacrée ou

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profane, se compose de principes, d'énoncés, de démonstrations, dont la vérité rayonne au-dessus de toutes les frontières... Mais cette discipline générale n'exclut pas le souci d'une formation nationale. Les plus petites patries ont leurs cadres, leurs horizons, leur vie, leur âme, leur langage, leurs héros, leur histoire, leurs luttes, leurs problèmes, leurs intérêts, leurs ambitions, leurs aspirations. Ce culte de la patrie a sa place toute marquée dans la sphère où se meut l'Université catholique. Dm souffle 'patriotique qui anime V enseignement naissent de grandes passions, des visions d'avenir, des résolutions de virilité ».

Dans un cinquième article, Mgr Paquet résume la pensée des supérieurs et des maîtres de l'Université Laval sur ses besoins. Elle se voit forcée de compter sur le public, non pas pour subsister, mais pour se développer. En tête des desiderata, vient la nécessité de donner au personnel enseignant des recrues qui aient fréquenté les plus hautes écoles de savoir : « Ce n'est calomnier ni notre pays ni notre race que de dire tout l'avantage d'études supérieures faites à l'étranger ». Des bourses pour nos jeunes étudiants à Rome rendraient de ce chef des services à l'enseignement de la philosophie, de la théologie et du droit canonique, pour ne parler que de ces matières.

La Faculté de Théologie a réalisé des progrès. Mais des cours spéciaux de patrologie et d'éloquence religieuse devraient s'ajouter encore.

Dans la Faculté de Droit plusieurs voix réclament « un cours où les principes du droit naturel, fondement du droit civil, seraient rappelés et commentés avec élévation et avec ampleur, et rehausseraient, dans l'esprit des étudiants, le concept de la loi et de la carrière légale ».

Une circulaire a saisi les anciens élèves de l'importance, pour la Médecine, de réorganiser et de compléter les labo-

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ratoires dont on dispose déjà à l'Université. Et l'auteur pose un point de doctrine toujours opportun : « Développer la médecine dans le sens de l'analyse et de l'observation, la rattacher d'une part, par son sommet, aux principes d'une psychologie qui ne sacrifie rien des éternelles vérités du spiritualisme et de la morale. Voilà un double besoin de tout temps reconnu par l'Université, mais que les circonstances rendent de plus en plus sensible ».

La Faculté des Arts voudrait ajouter à sa section scientifique quelques chaires, outre celle de sociologie. Elle entend, grâce à de nouvelles ressources, étendre ses programmes à l'application des sciences physiques, mathématiques, chimiques, à l'agriculture, à l'industrie et au commerce.

Enfin, l'Université veut fonder une école normale de lettres, selon le vœu que publiait en 1903 M. l'abbé C. Roy. « Là, écrit Mgr Paquet, pourront se former à l'enseignement secondaire nombre de jeunes professeurs incapables d'aller

se perfectionner dans les écoles littéraires de France'

Cette fondation mettra l'esprit de notre jeunesse en contact plus immédiat avec les chefs-d'œuvre des vieilles civilisations. Sans le déraciner du sol où il doit grandir, elle lui apportera toutes les clartés, tous les secours, tous les stimulants toutes les forces de croissance et d' efflorescence que peut fournir à la race franco-canadienne la richesse du génie latin ».

Dans un sixième et dernier article, Ses espérances, Mgr Paquet développe les motifs qui lui font espérer que l'appel des amis de l'Université Laval sera entendu.

Il y va d'abord de l'intérêt public. Le sens social s'éveille chez les nôtres. On aura vite saisi que « ce que les institutions enseignantes reçoivent en secours pécuniaires et matériels, elles le rendent, elles le dispensent sous une forme ennoblie ».

La loi de la charité est également en cause. A ce mobile

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plus noble, les catholiques du pays ne voudront pas résister : (( La vertu de charité n'a pas seulement pour objet de venir en aide aux personnes physiques. Il entre aussi dans sa fonction de soutenir les personnes morales, les œuvres, les institutions ».

Enfin, citant le Mandement collectif de Nos Seigneurs les Êvêques de la province ecclésiastique de Québec, du 17 mars 1920, l'auteur conclut que rien n'est plus patriotique que de soutenir les œuvres où s'alimente la vie nationale. Or, « il se forge à l'Université, pour les luttes de l'Église, pour les revendications de la langue, pour la conservation de tout l'ordre social, des armes précieuses qu'il ne tient qu'à nous de rendre plus puissantes encore ». Nos compatriotes sont trop sagaces pour ne pas se convaincre que « l'argent donné pour les progrès de l'œuvre universitaire est un placement bien supérieur à ceux qu'effectuent, dans le monde des affaires, les financiers les plus habiles ».

On ne nous blâmera pas d'avoir ramassé en quelques pages ces deux appels distants de dix-sept ans, l'un de la plume d'un maître de nos lettres, l'autre d'un maître parmi nos théologiens. La manière québecquoise s'y reconnaît; il n'en est pas de plus française, de plus conforme à la culture latine. Une idée générale précède. Vous en suivez les divisions, sans jamais perdre de vue le principe posé. Et vous vous félicitez de marcher dans une telle clarté. Française encore par la discrétion, la mesure, le tact. On vous épargne les rapprochements ou les contrastes que peuvent offrir d'autres centres. On ne semble pas avoir de peine à admettre que le bien se fait et se fera ailleurs. Et cela est bien humain, et cela fait justice de la légende qui veut que, sur le cap Diamant, on ait été plutôt concentrique dans ses admirations. Française encore, par une légitime fierté qui s'abstient de nous donner comme argument

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décisif ce que déboursent pour leurs institutions les Anglais ou les Américains, et comme idéal à copier, les méthodes étrangères de culture supérieure. Une campagne de souscription en faveur de l'œuvre universitaire doit être éducatrice. Rendons grâce à YÉcole québecquoise : dans une entreprise où elle ne songeait guère à faire de la littérature, elle nous a donné pourtant un exemple de ce que ses traditions lui suggèrent en présence d'une question vitale : on peut trouver sa sérénité quelque peu olympienne, on ne peut s'empêcher d'admettre qu'elle a le sens des réalités. Elle est d'une sagesse qui peut agacer nos goûts d'action hâtive; il faut admettre que, sauf sur des questions historiques, — où il est si difficile de se flatter d'avoir prononcé le jugement décisif— elle n'est guère obligée de revenir sur ce qu'elle écrit ou inspire.

Pour toutes ces raisons, il faut souhaiter qu'Alexandrie ne boude pas Athènes. Elles se complètent dans notre vie nationale et religieuse. Et je sais plus d'un professeur de l'enseignement secondaire des deux provinces ecclésiastiques qui applaudira à ce désir exprimé récemment par Mgr Gauthier, Recteur Magnifique de l'Université de Montréal, à Mgr François Pelletier : « Il est à souhaiter que nos professeurs des enseignements secondaire et supérieur, des deux sections de la province de Québec, aient encore plus de relations entre eux quep ar le passé ».

François Hertel.

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