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SITUATION DES NÔTRES DANS V ALBERT A

Le groupe que l'on désigne dans la province d'Al sous le nom de « groupe français » est loin d'être un tout homogène. Il comprend toutes les personnes dont la langue maternelle est ] français. Parmi c lles-là, un très petit nombre sont des Français ou des Belges; un nombre plus considérable sont des Canadiens français, engin: soit du Québec, soit du Nouveau-Brunswick, mais ayant fait un séjour plus ou moins long aux États-Unis; enfin, la grande majorité se compose de Canadiens français \ directement de la province de Que'

A quelques rares exceptions, les Canadiens français se sont établis sur des terres nouvelles, merv ment

fertiles; et ceux qui ont eu le courage de persévérer, malgré les difficultés des débuts, ont été largement récompen Nous avons n aroisses canadien-

nes-! us les fermiers sont à l'i

plusieurs même sont riches. Et, quand on se rappelle que tous ces gens se sont établis sur ers terres depuis vingt-cinq ans à peine, ir tout capital qu'un corps

soutenu d'un courage indomptable, on ne peut s'empêcher d'admirer la vitalité de notre race.

La plupart des missions qui furent autrefois établies par les Qblats, soit pour la conversion des sauvag s ou pour les b< soins spirituels dv* métis, ont évolué avec le temps et sont devenues de florissantes paroisses. Un bon nombre de prêtres séculiers sont aussi venus fonder de nouvelles paroisses et travaillent de concert, avec les Oblats pour desservir les divers groupes de nos compatriotes.

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Les prêtres, ici comme au Canada dans les débuts de la colonie, ne se bornent pas à remplir les devoirs de leur ministère religieux; ils sont en même temps les a viseurs et les guides de leurs ouailles dans toutes les entreprises. L<- manque d'institutions d'enseignement secondaire, en privant la Province d'une classe d'hommes instruits qui auraient pu être les guides dans les choses temporelles, a forcé le prêtre à remplir cette fonction nécessaire. Cela, toutefois n'a pas empêché un bon nombre de Canadiens français venus de l'est de se créer ici, des positions enviables dans les professions libérales et le commerce.

M. Olivar Asselin disait dernièrement : « Pour les Canadiens français, la question nationale est une question économique ». Nous croyons comme lui que notre position dans Ja Confédération sera parfaitement assurée, le jour où nous aurons conquis notre indépendance économique. C'est donc une œuvre nationale pour nos compatriotes que d'amasser des richesses pour étendre notre sphère d'influence dans le monde des affaires.

Les Canadiens français, dans l'Alberta comme ailleurs, dès qu'ils ont formé des groupements assez nombreux, se sont efforcés d'implanter toutes les institutions qui nous ont donné dans Québec notre formation intellectuelle et morale. Ils ont contribué à toutes ces œuvres avec une générosité qui témoigne hautement de leur désintéressa ment et de leur patriotisme.

Les institutions que nous possédons actuellement dans l'Alberta sont nos institutions paroissiales et nos écoles.

La contribution pour le maintien des écoles primaires est généreuse. Les instituteurs sont largement rémunérés, si on compare leur salaire à celui des instituteurs des province-s de l'< st ; le salaire minimum dans nos écoles élémentaires, est de mille piastre- par année.

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Les taxes d'écoles sont nécessairement très élevées, surtout dans les villes. Dans la ville d'Edmonton, par exemple, elles atteignent $20.00 pour chaque individu. Chose remarquable, le taux des taxes pour les écoles séparées d'Edmonton, est moins élevé que celui des écoles publiques, quoique les salaires des instituteurs soient les mêmes.

Le gouvernement provincial contribue aussi pour sa large part, au maintien des écoles, par des octrois annuels, basés sur le nombre d'instituteurs dans chaque arrondissement et par des octrois spéciaux 'aux districts qui en ont le plus besoin.

Le programme d'enseignement dans les écoles est celui d'Ontario, considérablement augmenté. On a « voulu faire grand » immédiatement, mais on a dépassé le but. Il n'y a aucun doute que le programme est beaucoup trop chargé. Un programme d'écoles élémentaires qui comprend la musique, la danse, la menuiserie, l'art militaire, la couture, la cuisine et autres sujets fantaisistes, dépasse certainement le but, et au risque de passer pour réaction naire, je crois que les bons vieux programmes qui ne comprenaient que les matières essentielles étaient infiniment supérieurs pour former la jeunesse, que tous ces programmes nouveaux qui ne sauraient poser les bases d'une instruction solide.

Si on en juge par les déclarations récentes du Ministre de l'Instruction Publique, les résultats obtenus par ce système fantaisiste sont lamentables. Le Morning Bulletin dans un premier-Edmonton intitulé « La Faillite de Nos Écoles )) montre que toutes les innovations de pure fantaisie que nous y avons introduites, sont en train de les ruiner.

Nous avons des écoles séparées qui nous sont garanties par la constitution. Ces écoles ne diffèrent pas essentiel-

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lement des écoles publiques. Elles suivent le même programme d'enseignement avec la seule différence d'un enseignement du catéchisme qui prend place à la dernière demi-heure de classe.

Le droit d'enseigner le français dans les écoles publiques et séparées est aussi garanti par la constitution. Dans tous les districts, il est permis aux commissaires d'écoles de faire donner un cours primaire en français. Mais je ne crois pas qu'il y ait d'école dans la Province qui se prévale de ce droit. On met généralement en force la clause de la loi qui s'applique aux langues étrangères.

Le fait que cette clause spéciale, qui donne le droit à l'enseignement du français, ne peut être changée par la législature sans violer la constitution, donne beaucoup d'inquiétude à notre gouvernement. Il voudrait rendre nulle, la clause, en définissant le cours -primaire par l'A.B.C. ou la première année du cours primaire. Ainsi définie, la clause ne voudrait plusjrien dire; mais les gouvernements ne s'embarrassent pas pour si peu quand il s'agit des droits des minorités.

Nous avions en 1919, cinquante et une écoles bilingues dans les districts ruraux où enseignaient vingt-six instituteurs diplômés et vingt -cinq avec permis. 11 y avait vingt et une classes bilingues dans les districts urbains. Dix-huit professeurs diplômés et trois professeurs avec permis avaient charge de ces classes.

Il y aurait possibilité d'ouvrir de quinze à vingt autres écoles bilingues, si on pouvait se procurer les instituteurs. Le recrutement du corps enseignant bilingue est très difficile, car l'on demande de l'instituteur bilingue une connaissance de l'anglais aussi parfaite que celle du français. Les Canadiens français d'ailleurs tiennent absolument à ce que leurs enfants apprennent l'anglais en même temps que

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le français, et reconnaissent que l'anglais est nécessaire dans une province où nos compatriotes comptent pour moins d'un douzième de la population toi

Sans trop savoir pourquoi, la Province de Québec ne nous fournit pas ou presque pas de professeurs. Les quelques recrues qui nous arrivent viennent des provinces maritimes. Pourtant, il y aurait place pour des instituteurs compétents venant de Québec et ils trouveraient en Albert a des avantages précieux.

L'enseignement supérieur et secondaire est entre les mains de l'Université d'Alberta, sous la surveillance du gouvernement. Nous n'avons pas d'université catholique. Cependant nous avons maintenant l'avantage d'avoir un collège classique fronçais, fondé à Edmonton par les Jésuites. Ce collège demanda d'abord son affiliation à l'Université d'Alberta, mais comme cette dernière voulut lui causer des embarras, en lui demandant de modifier son programme pour se conforme]- au goût des novateurs qui croient avoir seuls le secret de formuler un programme d'enseignement classicjue conforme aux nécessités de la vie moderne, les autorités du collège ne perdirent pas leur temps à discuter avec ces Messieurs 1 1 prirent le moyen le plus simple et le plus logique de trancher la difficulté en s'affiliant à l'Université Laval de Québec.

Comme les diplômes de Laval obtiennent l'équivalence avec eux des autres Universités canadiennes, ils sont de ce fait reconnus en Alberta et les élèves des Jésuites n'ont qu'à présente] Leurs titie>s de bachelier pour être admis à l'étude des professions libérales.

On compr< nd facilement l'immense avantage < i ui s'offre à nos compatriotes de pouvoir faire1 donner à leurs enfante une instruction solide dans une institution de premier ordre. Dans peu d'années 7iems aurons une^ classe diri-

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géante d'hommes nés et instruits dans la orovince, parmi lesquels le clergé et les professions libérales pourront se recruter. La crise générale que nous traversons et dont Québec semble être exempt, dans une large mesure, nous a donné plus de confiance dans notre système qu'on a souvent trouvé arriéré parce qu'il s'attachait trop aux traditions. Tous les Canadiens français qui demeurent dans les autres provinces, sent très heureux d'entendre répéter tous les jours que Qi si un exemple pour la confédération.

Nous sommes toujours fiers de redire que c'est parce que Que-! inspiré de ses traditions sur lesquelles est fondé

son et, que nos compatriotes résistent au cou-

rant d'idées révolutionnaires dont souffre le reste du pi

Il n'y a pas d'association combative purement cana-

te-française dans l'Alberta. Un bon nombre de nos compatriotes sont entrés dans l'ordre des Chevaliers de Colomb. Je veux bien croire que cette société fait une œuvre excellente au point de vue catholique en ralliant les forces de l'élite catholique de la province. Malheureusement pour nous ce n'est pas une société canadienne, encore moins canadienne-française. C'est une société fondée aux États-Unis et qui s mble vouloir se répandre assez rapidement dans tout le monde catholique. Mais si nous pouvons espérer compter sur les Chevaliers de Colomb, comme ordre, pour défendre notre foi, il ne faut pas compter sur cornu il, pour défendre .les droits des Cana I

français, comme race. Ce qui ne veut pas dire cependant que les ( anadiens français emi sont Chevaliers de Colomb,

ut pour i protéger les leurs.

Il ne faut pas croire non plus, parce que ! diens

français sonl tous catholiques, que tous les catholiques des autres races sont prêts à faire des sacrifices pour assurer notre survivance nationale. Il faut se rappeler que l'Ir-

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lande catholique a toujours eu les lords catholiques anglais parmi ses ennemis les plus acharnés.

Nous devons cependant reconnaître qu'il existe, entre tous les catholiques de l'Alberta, sans distinction de race, des relations cordiales et une bonne entente qui aide beaucoup à leur progrès. Nous ne connaissons pas ici les divisions malheureuses qui existent ailleurs, surtout dans l'Ontario.

Le gouvernement de l'Alberta est-il favorable aux Canadiens français ? A ceï>e question, la majorité des Canadiens français vous répondraient probablement dans l'affirmative; et, sans savoir justement pourquoi, la grande majorité de nos compatriotes appuient le gouvernement. Il y a, sans doute, ce fait que la création des nouvelles provinces fut l'œuvre de sir Wilfrid Laurier, et nos compatriotes acceptèrent de confiance le gouvernement qui se réclamait de lui.

Il n'y a cependant pas à se faire d'illusion: le gouvernement de l'Alberta, comme tous les autres gouvernements provinciaux à l'ouest d'Ottawa, n'a pas plus de sympathie pour les Canadiens français que pour les Russes ou autres étrangers, peut-être moins. Tous les droits qui nous sont garantis par la constitution, leur paraissent être une sorte d'usurpation à laquelle ils voudraient bien pouvoir mettre bon ordre.

La plus grande préoccupation du Gouvernemenl actuel est de se maintenir au pouvoir aussi longtemps qu'il lui sera possible. Et comme les Canadiens français sont en majorité dans quatre, districts électoraux et sont des minorités très respectables dans autant d'autres, il n'ose rien faire qui pourrait lui aliéner cet apport précieux.

Cependant l'an dernier une loi a été votée qui décrète que « Unless otherwise provided, where any Act requires

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public records to be kept or any written process to be had

or taken, il shall be interprétée! that such records or such process shall be in the English Language ».

Je ne trouve aucune raison valable pour justifier une telle loi si ce n'est celle de se rendre au désir des orangistes tel qu'exprimé dans une fameuse circulaire secrète émanée des loges de Toronto. C'est aussi pour la même raison, qu'en dépit du droit constitutionnel, on voudrait faire disparaître ou rendre nulle la clause de la loi des écoles donnant droit à un cours élémentaire français.

Voici un autre fait qui montre bien l'esprit du gouvernement. On a profité de la mort du Juge Noël, l'hiver dernier, pour faire des changements dans les bornes des districts judiciaires, de manière à mettre les trois quarts du district d'Athabasca, où était le juge Noël, dans le district d'Edmonton qui était déjà encombré. Mais par ce moyen on faisait disparaître la majorité canadienne-française du seul district judiciaire où elle existait. Le nouveau district de Peace River qui renferme environ le quart de la population de l'ancien district d'Athabasca, est exclusivement anglais. Comme il est facile ele le constater, le gouvernement fédéral trouvera là un excellent prétexte pour nommer un juge anglais en remplacement élu Juge Noël, le seul juge canadien-français que nous avions. Je ne sais qui sera nommé; mais si un canadien-français obtient le poste, çà ne sera sûrement pas la faute du gouvernement provincial qui a fait tout son possible pour empêcher cette nomination. '

Jean Lebrun.

Edmonton, 1er octobre 1920.

1 Les événements n'ont pas justifié les prévisions de notre collaborateur. Il aura été le premier à s'en réjouir. Nos lecteurs savent que M. Lucien Dubuc, avocat, a été récemment nommé juge en Alberta.

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