POUR LA FÊTE DE DOLLARD
Je viens de feuilleter le plu.-; touchant dos recueils : une liasse de lettres, où sont racontées les manifestations de la fête de Dollard en mai dernier. Et d'abord, ces lettres, elles viennent de partout, des centres français les plus lointains. 11 y en a, du collège d'Edmonton, de Saint- Boniface, d'Acadie; il en est même des États-Unis, du collège iiiéricain de Worcester, de l'Union Saint-Jean- Baptiste d'Amérique. Ces seuls nom- attestent déjà l'universalité de la célébration. Ils témoignent aussi d'un autr : Dollard n'a eu besoin cpie d'apparaître, que d'être tiré de son oubli, pour devenir tout de suite le héros favori, l'orgueil de toute notre race. Dans, notre effroyable dispersion il aide à maintenir la fraternité de notre histoire.
On l'aura deviné : ces rapports de fêtes rendent tous le même son d'enthousiasme. Rien qu'à remuer ces paperas-
un souffle chaud vous monte à la figure. Le contact établi avec l'histoire héroïque de- la Nouvelle-France a produit ce qu'il devait produire : une secousse de richt s et chevaler< sques émotions. Ce mot vibrant d'une religieuse nous révèle quel ébranlement en éprouva l'âme de notre jeunesse : « Aux heures d'un, fanatisme antinational qui voudrait faire oublier notre origine et la valeur de notre belle langue française, i os él sont fait un honneur
d'affirmer la vitalité de nos traditions, 1:! fierté de notre sang ».
Partout la fête a iris 1- caractère pratique d'une fortifiante leçon d'histoire. Le matin du 24 mai les maîtres, les maîtres» s sesoni levés ei . les uns dans Paillon, les autres dans F< rland, ont lu à leurs élèves attentifs l'exploit du
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Long-Sault. A Québec c'est un Père Oblat qui, pendant toute la sema : t la fête, fait le tour des écoles pour y
dom çon d'histoire. On fait de même à Beauhar-
nois, à Saint-François du Lac, à Sainte-Germaine du lac Etchemin; on pavoise dans les villages et les enfants portent la rose des martyrs. I,; revient ici à nos amis de Saint-Boniface où la Ligue des demoiselles canadien firançaist la rose sur 2,500 poitrines. Mais peutêtre aussi faudrait-il la donner à la jeunesse de Lévis où le cer< le Madeleine de Verchères de VA .C.J.F. et celui de A i Darne de Léi o icertent pour vendre, je ne sais plus r< de centaines de roses et envoient ite on chèqi éreux à plusieurs œuv lion française. Au collège d'Edmonton, les élèves se- livrent fiévreusement à m: concours d'histoire. Et pour lui donner plus d'éclat. borités remettent la- proclamation du résull distribution des prix de la fin d'am
d'autres endroits, et notamment dans nos col! et aussi à Saint-Sauveur de Québec, on exécute l'im sionnante cérémonie de l'appel d'honneur. Rhétoriciei philosophes font résonner leurs cours de harangues chaleureuses, et, à l'Assomption, M. le Supérieur vient en personne clore la fête, .h- m'en voudrais toutefois de ne pas signaler à la fin do ma chronique . autre initiative, Tune des
plus h' ii îment, d'un cercle de jeunesse qui a, voulu
remémorer la veillée d'armes de 1G60 et qui, le 23 mai au soir, ant le Si ut.
bie es1 donc gagnée. Nous voulions une tète de Dollard. Nous pouvons 1. fondée. Le
printemps dernier le mot d'oreb venu tard. Un
ensemble de contretemps f î i manquer la fête de Montréal qui s'annonçait éclatante. En dépit de tout, le premier effort est devenu un triomphe et il a prouvé combien cette
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célébration du 24 mai parle à l'âme populaire, s'accorde avec le réveil français de ces derniers temps. Chacun a pu suivre, dans les journaux du mois de mai passé, le mouvement de nos sociétés nationales venant, les unes après les autres, adhérer au projet d'une fête de Dollard annuelle. L'important est que la jeunesse le veuille. Et elle le veut. Le geste des petits écoliers d'Hawkesbury, faisant plusieurs milles à pied pour se rendre à notre manifestation de Carillon, indique ce qui se passe dans l'âme des jeunes et de leurs maîtres. En un mot d'ordre à ses camarades, le nouveau président de l'Association catholique de la Jeunesse canadienne française rappelait l'autre jour qu'il appartient surtout à la jeunesse de glorifier Dollard et qu'elle entend bien s'acquitter de cet honneur.
Mais peut-être, se diront encore quelques esprits chagrins : à quoi bon ces fêtes d'enthousiasme, ces dépenses
d'émotions? Nous n'avons pas à démontrer la valeur
sociale des héros et de leur culte. Ces fêtes sont plus pratiques que ne le pensent les chevaliers du terre à terre. Par le culte qu'il rend à ses grands hommes, les authentiques, un peuple peut apprendre où il en est moralement. Un peuple se traduit en ses admirations aussi parfaitement qu'en ses formes d'art. Fêter des héros comme ceux de la Nouvelle-France c'est exalter une haute humanité, celle qui affirme la prééminence des valeurs spirituelles, celle qui va jusqu'au sacrifice de la vie, avant même que la cause le commande.
Attendons. Les hommes de demain nous diront ce qu'ils doivent à ces réveils d'histoire, eux qui, aux heures fécondes de leur jeunesse, auront vu passer, devant leurs yeux, la chevalerie émouvante du Long-Sault.
Lionel Groulx, ptre