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MISE AU POINT

Nous publions, en partie documentaire, le mémoire que Y Action française adressait récemment au Comité catholique de l'instruction publique. Nous croyons devoir le faire précéder d'une brève mise au point.

Ce mémoire a quelque peu fait parler de soi. Il venait après les articles de Mgr Ross sur Le nouveau programme de V enseignement 'primaire et V enseignement de V anglais ; il en appuyait les conclusions. Comme il fallait s'y attendre— c'est une vieille habitude de nos polémiques — l'on s'est efforcé tout de-suite de faire dévier le débat. L'on n'a voulu voir qu'une attaque contre les Frères où il n'y avait qu'une question de pédagogie.

L'on feint d'oublier tout d'abord que les Frères ne sont pas seuls à diriger des académies ou des collèges commerciaux, et que l'enseignement masculin n'est pas le seul, non plus, qui fasse des sacrifices à l'anglicisation. Puis, l'on passe sous silence ce que nous avons pourtant précisé : à savoir que les autorités de ces académies ou de ces collèges ne doivent point porter, en cette affaire, l'entière responsabilité. Les grands coupables, nous sommes prêts à le confesser de nouveau, c'est nous tous, en somme, avec notre effrojrable manie d'anglicisation, manie qui a fini par don m r à notre province et surtout à nos villes, figure de pays à demi-conquis. Les coupables, au premier chef, ce sont les pères de famille, les commerçants, les publicistes, les politiciens anglomanes qui n'ont cessé, depuis trente ans, de réclamer à cor et à cri l'enseignement de l'anglais et qui on1 réussi à le faire eut ici-, dans nos programmes scolaires, à grandes doses démesurées.

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Sur la question de pédagogie, nos contradicteurs ne se font point faute, non plus, d'accumuler les équivoques.

Les véritables attitudes sont celles-ci :

Tous nous sommes d'accord sur l'utilité d'enseigner l'anglais en notre province; et c'est une malhonnêteté de laisser entendre le contraire. Nous ne différons d'opinion les uns et les autres que sur le moment où il convient de commencer cet enseignement à l'école primaire et sur l'importance qu'il faut lui attribuer.

Les uns le veulent, dès le début, dès l'entrée de l'enfant à l'école ou dès la deuxième année. Nous, avec Mgr Ross qui est lui-même d'accord avec toute la saine pédagogie, nous demandons que cet enseignement soit renvoyé au moins à la troisième année.

D'autres veulent un enseignement de l'anglais qui aille de pair avec celui du français, qui confère aux deux langues un égal degré d'importance et que l'examen final du cours primaire vienne sanctionner cette égalité pratique. Nous, nous demandons que la langue seconde reste toujours à son rang, que jamais, à aucune étape du programme, ne soit sacrifiée la prééminence de la langue maternelle.

Voilà notre véritable attitude.

On parle beaucoup des inconvénients de ne pas savoir l'anglais; on pourrait peut-être se préoccuper des inconvénients non moins graves de ne pas savoir le français.

D'aucuns s'emploient à affirmer que le système d'ensoignement auquel ils ont été soumis, n'offre aucun danger pour la survivance de l'esprit national; et ils ne prennent point garde que le français dans lequel s'expriment la plupart d'entre eux, inflige le plus éclatant démenti à leur affirmation. La langue qu'ils écrivent offre la meilleure preuve que les mots n'entrent pas impunément dans le cerveau, qu'ils portent avec eux des idées, la substance d'une

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culture, et qu'on ne peut saturer d'anglais sa première éducation, sans altérer à jamais ses habitudes intellectuelles.

Le plus grand nombre n'ont que cette invariable formule à la bouche : « Il nous faut plus d'anglais pour mieux réussir en affaires, pour prendre notre part légitime des honneurs et de la vie politique ». Et ceux-là paraissent ne pas voir qu'en cette question de français et d'anglais, entrent tout de même quelques autres éléments que le succès en politique et en affaires. Ils ne tiennent pas compte surtout que pour réussir en affaires, il faut d'abord rester intelligent et qu'une éducation fondée principalement sur la culture française est encore le meilleur gage de supériorité.

On nous répond de côté et d'autre que si l'enseignem ent de l'anglais constitue un danger en la deuxième année, ce danger subsiste tout aussi bien dans la troisième année du cours. Soit, nous en convenons les tout premiers. L'immunisation de l'enfant ne sera pas complète. Mais raison de plus, croyons-nous, pour ne pas diminuer cette immunisation et ne pas rétrécir indéfiniment dans nos écoles l'atmosphère français.

Si nos craintes sont excessives ou imaginaires, qu'on nous le démontre, mais avec autre chose que des signes de tête ou les théories impondérables des pédagogues d'occasion. Après tout, les motifs d'alarmes ne nous manque at point. Tous sont contraints d'admettre, à l'heure qu'il est, qu'aucun pays au monde ne fait, dans ses écoles, à la langue seconde, une place comparable à celle que nous allons faire à la langue anglaise. Personne, non plus, ne peut apporter, en faveur d'un tel système, l'opinion d'un seul pédagogue de valeur; et c'est notre province dont on veut faire le premier terrain d'une aussi dangereuse expérience. Nous supplions qu'on traite avec gravité un si grave sujet et qu'on n'impose point à la province de Québec une sorte de Règlement XVII. La Rédaction

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