CANADA « VEUT DIRE CHEZ NOUS
( Suite )
Maintenant, je n'ai plus qu'une démonstration à faire :
J'ai affirmé que le mot « CANADA » (non n'Kanata ))) (l'un est algonquin, l'autre iroquois) signifie « CHEZ NOUS » (ubi nos nostratesque habitamus), nous allons le prouver, et, chose plus renversante, c'est mon savant professeur et maître, Cuoq, qui se charge do cette démonstration.
Ouvrons ses Études philologiques :
:TA — Etre, exister, demeurer.
Ces deux points ( : ) sont pour indiquer que le verbe a d'ordinaire besoin, aux deux premières personnes, de l'appui d'une préformante, or (( IN » est cette préformante. Or, il faut savoir qu'en sa présence le T se change en D, exemple :
NIND INDA — J'y suis, KIT INDAM — vous y êtes.
Au participe la préformante devenue nécessaire à toutes les personnes, se change en EN :
ENDAIÂN — Moi y étant,
ENDAI AN — contraction : ENDAN — Toi y étant.
ENDATC — Lui ou elle y étant.
ENDAIANG — Nous y étant,
ENDAIANG — Nous et vous y étant.
• ENDAIEG — Vous y étant.
ENDAWATC — Eux ou elles y étant.
1 (Voir Y Action française de juillet et août).
l'action française 469
C'est-à-dire : CHEZ MOI, CHEZ TOI, CHEZ LUI, CHEZ NOUS, CHEZ VOUS, CHEZ EUX.
Voilà pour Cuoq.
Il y a plus :
La racine TA qui indique I'être-la demeure, a une sœur : TE, qui indique le coeur, par extension la famille, le blason. Mais je ne fais ici mention de cette dernière racine que pour montrer les hautes analogies que renferme cette langue barbare (?). Je continue pour l'intelligence de ma thèse. Cette racine TA commuée en DA, INDA, END A indique non-seulement I'être, la demeure, la présence, mais marque aussi la possession.
NIND INDA — Je demeure.
NIND INDANIS — Je réside.
NIND INDANENIMA — Je l'y crois présent,
NIND INDANA PAKWEJIGAN — J'ai du pain chez moi.
KAWIN KEKO NIND INDANASIN — Je ne possède rien.
En poursuivant cette racine à travers d'autres mots, elle nous donne :
INDE — Porte d'une cabane sauvage.
Est-ce fine ce mot ne nous mènerait pas aux Indes ?■
ONDAJE — ici, INDAJE — là.
Temiskaming ENDAnakiang — Nous, les habitants de Temiskaming.
Wemitikojik ENDAnakiwatc — Ceux qui ont des canots de bois où ils demeurent : La France.
Si c'était un Français qui parlait, il dirait : WEMI- TIKOJIK ENDANAKIANG. C'est ce mot qui a tant fait dépenser d'esprit à Victor Hugo
O'NAMEGOS-ENDA. (Nom d'une station du C. P.- R. dans le nord d'Ontario) qui se décompose comme suit :
470 l'action française
0' possessif, comme en irlandais O'Brien, (son) ; NAMEGOS —la truite, ENDA — chez elle : — LE K'ANDA de la truite.
O'KAK-ENDA — le chez lui du PORC-EPIC. Dont les Anglais ont fait l'horrible « Gowganda », célèbre camp minier argentifère du nord d'Ontario.
Avant d'aller plus loin sur ce chapitre, rappelons-nous la remarque que j'ai faite à l'article de « CONDA », mot que les sauvages ont donné à Cartier pour signifier deux choses réellement distinctes, mais qui, dans l'esprit du sauvage, revenaient au même concept. Tout a dû dépendre des circonstances dans lesquelles cette questio \ était posée. Évidemment, en donnant cette réponse, les sauvages avaient une autre idée que celle suggérée par la demande : Rappelez-vous CASMOGAN — « le soleil qui se lève », pour désigner la lune.
CONDA : (la terre et le bois) n'était-ce pas aussi pour le sauvage son « chez soi », son K'ANDA ? Sa terre de chasse, sa forêt, ajoutons aussi sa ferme, puisqu'il cultivait là où il passait sa vie. Ce « CONDA » vient donc admirablement s'unir avec la bourgade pour compléter le chez soi national, le (( home » de l'enfant des bois. Car, en vérité, le CONDA du sauvage était bien plus dans le bois que dans la bourgade où il ne se réfugiait que pour se protéger contre l'attaque ennemie. Cuoq a prétendu que les sauvages (ses Iroquois comme de raison, toujours ses Iroquois) ont voulu répondre à Cartier par le mot Iroquois « Kento » ou Damga » ; « Je ne sais ce que vous voulez dire ».
« Tout à V humeur gascone en un auteur gascon. »
« Asdrubal et « damga » parlent du même ton. »
Pour moi, ce CONDA est clair comme de l'eau de roche: c'est le K'ANDA algonquin dont nous avons suivi la piste jusque chez les animaux des bois et les poissons des lacs.
l'action française 471
Or, si les poissons et les bêtes pouvaient parler, quand ils causeraient de leur pays, ils ne diraient pas : KA NAME- GOS ENDA, O'KAK-ENDA mais, tout comme nous autres : K'ANDA — « chez-nous ».
Pensez-vous que les Algonquins étaient plus bêtes que des truites et des porc-épics? Ils ivaient leur K'ANDA. Mais comme ceux-ci étaient des êtres intelligents, et pouvaient raisonner leur langage, quoiqu'ils ne fussent pas capables de l'écrire, raison de plus pour condenser leurs diphtongues. Voici le concept qu'ils avaient à exprimer KA — ce qui, ce que, où.
NINAWINT — nous
NIINA — les nôtres (nostrates) personnes et choses nous appartenant.
ENDA — contraction de ENDAIAN ou ENDAIANG suivant les personnes ou le nombre.
Voilà l'idée que le sauvage avait à exprimer dans un mot.
Il aurait bien pu dire très correctement en plusieurs mots :
KA NIN GAIE NIINA ENDAIANG où moi et les nôtres demeurons.
Mais, je l'ai déjà dit, le sauvage est simpliste. Une seule idée est renfermée dans toute cette phrase. C'est une idée simple et pour traduire cette idée simple, il a fait un mot simple, ou plutôt, il l'a trouvé tout fait dans son admirable langue et il a dit :
« KA'N'ENDA » dont nous avons fait « CANADA ». Canada, c'est donc le « Chez-nous », la famille des familles, « LA PATRIE ».
Qu'on cesse donc de nous mystifier avec le « Kanata » iroquois et d'échafauder sur cet amas de cabanes une étymologie fausse du doux nom de notre pays.
472 l'action française
Nous avons droit à ce qui nous appartient même, dans le nom qu'on nous donne. Pour nous, comme pour l'Algonquin d'autrefois, le Canada est le « CHEZ NOUS ». non seulement avec ses bourgades, c'est-à-dire ses clochers et ses villages, mais aussi avec ses terres fertiles, ses bois, ses montagnes, ses cimetières où reposent nos pères, ses berceaux où fleurit le renouveau perpétuel de la race, sa religion et la langue sacrée de nos ancêtres.
Remettons en honneur cette origine dont plus d'un grand peuple aurait droit d'être fier; et, puisqu'elle est nôtre, gardons-la, défendons-la au besoin. Apprenons-la à nos petits enfants afin que, devenus hommes, ils sachent rester «CHEZ NOUS».