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VEILLONS SUR NOTRE HISTOIRE

Il y a déjà quelques semaines, l'un des nôtres, haut fonctionnaire du gouvernement fédéral, portait la parole devant les chambres de commerce de l'empire. Comme moyen de réaliser la bonne entente entre le Québec et l'Ontario, il proposait une revision des manuels d'histoire du Canada dans les deux provinces. Depuis lors, les colonnes libres, les lettres des Our readers de quelques journaux anglais nous ont révélé jusqu'à quel point ce discours avait réjoui les doctrinaires de l'anglicisation. Sur le thème de l'école nationale, on s'est mis à greffer tout bellement l'uniformité de l'enseignement du patriotisme au Canada. Et, comme aux plus beaux jours de la guerre, l'on a prôné un enseignement de l'histoire canadienne, on a british footing.

L'Action française manquerait à son devoir si elle ne dénonçait cette nouvelle manœuvre, l'une des plus étranges, l'une des plus dangereuses qu'aient encore amorcées les pacifistes québecquois.

Et 'd'abord que veut-on avec ce remaniement de nos manuels d'histoire canadienne ou cet enseignement on a british footing ? S'agit-il d'une simple revision des manuels scolaires ou de leur uniformité pour toutes les écoles du Canada ? Les britishers et les autres ne veulent-ils, par exemple, que redresser quelques jugements erronés ou trop sévères, passer quelque prudent rabot bonne-ententiste sur la rugosité ou le relief trop cavalier de quelques expressions critiques ? Pour notre part, nous n'y voyons pas grande objection. Autant il faut tenir au droit de juger en histoire, même au Canada, autant la justice et la vérité

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nous imposent d'éviter les récriminations à vide, les vain< s provocations.

Mais, à ce compte, le travail sera bientôt fait. Nous avons voulu faire notre enquête personnelle à travers la plupart de ces manuels des écoles du Québec, suspects, à ce qu'il semble, d'anglophobie. Nous les avons examinés aux chapitres les plus sujets à caution, à ceux, par exemple, du régime militaire, de l'administration de Craig, de la rébellion de 37-38. Le dirons-nous ? Tous ces livres scolaires nous ont renvoyé la même impression de justice généreuse, de modération sereine, nous ajouterons même, d'excessive placidité. A propos du régime militaire, presque tous ont rejeté l'opinion sévère de Garneau et s'en tiennent aux conclusions les plus récentes. Au sujet de l'Acte de Québec, quelques-uns adoptent même la thèse la plus loyaliste et font de l'Acte fameux, une concession généreuse de la métropole, sans rien de commun avec l'intérêt politique. Et d'autres enfin font s'envoler le « règne de la terreur » du Little King, comme une métaphore trop gonflée.

Que veut-on de plus ? Pour satisfaire et britishers et bonne-ententistes, faudra-t-il donc consentir à une revision qui ne devra plus s'appeler proprement que l'uniformité des manuels ? Pour lors nous avertissons ces messieurs qu'ils se heurtent à un obstacle trop lourd, trop haut pour leurs atteintes. L'uniformité ne saurait s'établir où l'opposition est au fond des choses. Nous avons, en ce pays, une histoire à nous qui n'est pas celle des autres provinces. Nos pères, si nous ne faisons erreur, avaient tout de même accompli quelque chose avant 1760, alors que le drapeau britannique ne flottait pas encore sur la contrée. Qu'on le dise : est-ce cette partie de notre patrimoine historique qu'on voudrait sacrifier ou réduire à trois ou quatre pages pour accorder nos manuels à ceux des écoles anglaises ?

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Et si l'on veut s'en tenir à l'époque postérieure, à notre siècle et demi de régime britannique, ici encore peuton parler d'uniformité ? On aura beau faire, croyonsnous, on ne pourra supprimer l'opposition des deux histoires, pas plus que l'on ne peut supprimer, depuis cent soixante ans, l'opposition des races. Quelles pages, quels faits con viendra -t -il d'arracher à nos manuels ? Sera-ce la bataille de Sainte-Foy, l'heure sombre de 1764, toute la lutte pour la défense même de notre vie jusqu'à 1774 ? Sera-ce le débat de 1792, l'Institution royale, l'administration du gouverneur Craig, les fières résistances de Mgr Plessis, le projet d'union de 1822, les résolutions Russell, les répressions judiciaires et militaires de 37 et de 38, l'Acte d'union de 1841, le discours français de Lafontaine en 1842, les conflits aigus de 1865 et de 1866 pour les droits scolaires des minorités ? Sera-ce l'affaire Riel, la question des biens des Jésuites, la question des écoles du Nouveau-Brunswick, du Manitoba, du Nord-Ouest, du Keewatin, de l'Ontario ? Sera-ce enfin l'abominable et unanime campagne de la

presse anglaise contre nous aux environs de 1917 ?

Décidément l'uniformité des manuels d'histoire canadienne, à l'usage des écoles nationales de demain, ne laisse pas que d'être une entreprise fort hasardeuse, même pour l'invulnérable optimisme de quelques prédicants de la bonneentente.

Ajouterons-nous qu'au-dessus de toutes ces oppositions et de ces divergences, il faut placer cette autre diversité de notre histoire qui en plus d'une histoire française, est aussi l'histoire d'un peuple catholique. Nos historiens ne peuvent négliger cette auguste réalité qui domine toute notre vie, qui est l'âme même de notre passé, qui lui a fait sa couleur et sa beauté originale. Et voici encore qui embarrassera les fabricants d'uniformité, quand, ouvrant les

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manuels anglais, ils ne verront apparaître le facteur religieux, que pour mettre en vedette les querelles des sectes entre elles ou d'incessantes agressions contre nous.

Non, il vaut mieux y renoncer. L'uniformité des livres d'histoire ne sera possible chez nous, que le jour où les Canadiens français seront morts à eux-mêmes, où ils auront renié et enfoui leur passé comme une honte. D'ici là ils devront la repousser, non seulement au nom de la vérité, mais au nom même de leur éducation du patriotisme.

L'enseignement de l'histoire nationale dans les écoles ne peut être absolument désintéressé ni purement spéculatif. Il constitue l'un des éléments de la formation morale et civique. Albert Vandal le disait un jour au public de l'Académie française : « Laissons l'histoire s'échauffer au contact des actions exemplaires et au son des accents virils. Il est bon qu'elle parle haut et clair aux générations qui s'élèvent ». Or, pour nous du Canada français, l'enseignement du patriotisme doit tendre à éveiller dans les âmes jeunes, des vertus d'une certaine espèce. Notre situation dans la confédération canadienne n'est pas celle de la majorité. Nous avons des biens spéciaux, un idéal spécial à défendre et à prolonger. La fortune d'une race française et catholique est à part. Minorité en péril et n'ayant survécu jusqu'ici que par miracle, nous avons besoin de professeurs d'histoire qui utilisent au mieux notre patrimoine moral et qui nous recréent sans cesse des hommes à même les cendres des héros.

Qu'on nous pardonne de nous attarder, hélas ! à des vérités si banales et de mettre à nu de trop évidentes absurdités. Mais nous avons payé cher, depuis quelques années, pour apprendre que les projets les plus étranges ne sont pas toujours les moins réalisables. Du reste, toutes ces manœuvres sont commandées, de la part des nôtres,

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par une formule de circulation récente, formule de l'unité canadienne, excellente au fond, si elle n'inspirait d'injustifiables attitudes.

Le mot le plus malséant du vocabulaire bonne-entenliste est bien assurément celui de «provincialisme». Il semble entendu que le mot doive s'accompagner de l'inséparable épithète « étroit » et de quelques autres adjectifs de même senteur. Aussi est-ce pour faire cesser, parmi nous, l'étroitesse du provincialisme que de nos gens veulent nous prêcher, de préférence devant les auditoires anglais.

Mais, en vérité, le « provincialisme étroit », l'avonsnous tant pratiqué ? Et y a-t-il lieu de tant battre notre coulpe ? Nous comprenons qu'on ait à se plaindre d'un certain provincialisme, de celui-là qui s'est comporté, en notre pays, comme si la grande patrie n'existait pas, qui a légiféré comme si la constitution fédérative n'avait jamais été qu'un texte mort, provincialisme fait d'égoïsme féroce qui a immolé les droits des faibles aux droits de la force, aux ambitions iniques d'une race et d'une secte, provincialisme qui, pour servir ses fins immorales, a commis et maintient dans quatre ou cinq provinces, des dénis de justice périlleux pour la paix du pays, provincialisme, enfin, dominé par un esprit de race qui est prêt à sacrifier à un rêve orgueilleux de domination universelle, l'autonomie et l'unité canadiennes.

Mais nous en connaissons un autre qui n'a rien commis de ces immoralités politiques, qui, dans sa législation, a toujours respecté la lettre et l'esprit du pacte fédératif, provincialisme qui n'a rien entrepris contre les droits des autres ni contre la paix du pays, qui, pour ne pas troubler l'union, a même consenti des sacrifices injustifiables, provincialisme qui, par ses institutions, ses valeurs morales et sociales, est le meilleur soutien de la communauté cana-

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dienne, provincialisme enfin qui croit aux destinées du Canada, qui est le seul à rêver d'indépendance pour la patrie et qui, de toutes les forces de la raison et du sentiment, entend s'opposer au Moloch impérialiste.

De quel côté se trouve donc l'étroitesse ? Et avonsnous tant besoin, devant les hommes des autres provinces, d'afficher ces allures contrites qui ressemblent, à s'y méprendre, aux génuflexions des vaincus ?

Veillons sur notre histoire et veillons sur nos attitudes. Une minorité n'a rien de son patrimoine à mettre sur le marché.

Lionel Groulx, ptre

L'encombrement des matières nous oblige de supprimer notre partie documentaire. Nous aurions voulu y publier les protestations nombreuses qui se sont élevées en ces derniers temps, contre l'anglicisation de l'école primaire. Ont déjà protesté publiquement : la Commission scolaire de Charlesbourg, le Cercle Catholique des Voyageurs de Commerce de Montréal, le Cercle catholique des Voyageurs de Commerce, de Québec, la Ligue nationale de Colonisation, le Ralliement français en Amérique. D'autres probablement nous échappent. Nous espérons publier prochainement la protestation personnelle de M. G. Pascal de Passaïc, New-Jersey, É.-U.

L'opposition est plus vive et plus générale qu'on ne le pense contre ce mouvement néfaste. Nous espérons que nos amis ne s'en tiendront pas là. L'Action populaire de Joliette (21 octobre 1920), Le Progrès du Golfe, (29 octobre), Le Crédit Canadien, (novembre), Le Devoir surtout, ont aussi publié, sur la question, des articles nets et courageux.

A TRAVERS LA VIE COURANTE

Du PûTtsidU Le Devoir signalait récemment le mauvais

FîCflch français que le Standard, journal anglais de

Montréal, mettait au bas de ses gravures. Ce n'est pas, hélas ! le seul cas du genre qu'on puisse relever. Ainsi un ami de notre revue nous envoie le billet qu'on lui a remis sur le chemin de fer du gouvernement (Canadian National Railways), lors d'un voyage de Québec à Jonquières. Voici la partie française :

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