‹ L'Action canadienne-française (volume 2)Chapitre 90 sur 104 · NOS SOUHAITS · texte numérisé non relu

NOS SOUHAITS

Nos lecteurs recevront le présent numéro de l'Action française aux approches du jour de l'an. Nous en profitons pour faire à tous nos meilleurs souhaits de Bonne et heureuse année. Que sera co 1921 qui va poindre? Pour une bonne part, ce que nous aurons décidé de le faire, avec l'aide de Dieu. Bien des points noirs s'élèvent à nos horizons et inquiètent nos meilleurs esprits. Souvenons-nous de faire vaillamment notre besogne de bons patriotes. Souhaitons-nous, à la fin de cette année prochaine, de retrouver notre race plus forte, plus éveillée au sentiment de ses devoirs, notre langue plus respectée, non seulement par nos ennemis mais par nous-mêmes, nos œuvres de défense nationale mieux comprises et mieux aidées. Quand nous aurons fait notre devoir, Dieu fera le reste.

A TRAVERS LA VIE COURANTE

ÇpYljjrpo Nous avons raconté naguère de quelle

. façon injuste le ministère des Postes traitait

gouvernementaux la jangue française. Il nous aurait été agréable de constater et de signaler une pratique plus équitable dans les autres services gouvernementaux. Les faits ne nous le permettent pas. On dirait au contraire que quelque mauvais génie s'évertue par mille tracasseries, par mille retards, à reléguer au dernier plan l'une des deux langues officielles du pays. A l'heure où le premier ministre du Canada proclame bien haut son estime de notre race et son respect pour nos droits, cette attitude de ses subordonnés est vraiment étrange. Faut-il croire que ces déclarations sonores ne sont que de vaines paroles : aes sonans?

Voyons plutôt . A la session de 1919 le Parlement fédéral adopte une loi sur les faillites qui modifie sensiblement la législation alors en vigueur. Une proclamation du conseil des ministres, datée du 31 décembre 1919, avertit le public que cette loi sera appliquée dès le 1er juillet suivant. De fait, le 30 juin, les nouvelles formules sont distribuées.

T)û rûfnr/Jc otn D'après notre constitution, la loi doit être

, , publiée dans les deux langues. Notre gouverne-

TeiUTuS ment va-t-il se conformer à cette obligation?

Oui ... et non. Il publiera en effet et le texte français et le texte anglais, mais celui-ci avant même que la nouvelle législation entre en vigueur, et l'autre plus de deux mois après, alors que bon nombre d'avocats ont été obligés, faute de mieux, de se procurer le texte anglais . . .

Qu'on ne m'accuse pas d'exagération. J'ai là, sous les yeux, la lettre d'un membre éminent du Barreau canadien. Il écrit à Ottawa pour obtenir la version française en septembre, puis de nouveau en octobre, et chaque fois on lui répond : elle n'est pas encore prête. Il ne l'a reçue qu'en novembre. Combien n'ont pas attendu, n'ont pas pu attendre, et ont acheté le texte anglais. Conséquence : le texte français paru en retard sera peu demandé, et nous entendrons dire un jour ou l'autre: « A quoi bon cette dépense supplémentaire? Les Canadiens français ne se soucient guère d'avoir un texte dans leur langue. Quelques-uns seulement l'achètent ! »

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A la Par? du Autre exemple. A la nouvelle gare du

„ j. at j Canadien-Nord (chemin de fer du gouverne-

Landaien-J\ OTU ment), rue Lagauchetière, à Montréal, les inscriptions ne manquent point. Il y en a plusieurs imprimées en gros caractères sur les murs. C'est excellent. On sait ainsi de quel côté aller, où s'adresser, etc. Mais pourquoi diantre sont-elles toutes en anglais ? Sleeping, dining and parlor car dept. — Men's waiting room. — Parcel and baggage room. — Smoking room. — Train arrivai Bulletin. — To trains. — To offices. — In — Ont.

Une pancarte récemment affichée, indiquant les heures de quelques trains et écrite à la main, est la seule inscription française. Et cependant les voyageurs de notre langue sont nombreux sur cette ligne. L'autre jour, le train qui nous menait de Cartierville à Montréal ne contenait que des Canadiens français. Est-ce là pratiquer l'égalité des deux langues reconnue par la loi ?

Circulaires et Grâce à de nouvelles et énergiques représen-

. , tations le ministère des Postes paraît vouloir

enVOlS pOSîaUX s'améliorer. Il vient d'adresser aux différentes revues des circulaires. Celles que nous avons reçues sont doubles : une feuille française et une feuille anglaise. Louable effort dont nous prenons bonne note. Il appelle cependant une réserve. Nous n'avons pas d'objection à ce bilinguisme pourvu qu'il soit également appliqué dans les autres provinces. Or nous doutons fort que le Free Press ou l'Orange Sentinel aient été favorisés, avec le texte anglais, d'un texte français. Pourquoi encore un coup cette différence de traitement? On ne nous accusera pas de partisannerie si nous ajoutons que même notre gouvernement provincial n'est pas exempt de fautes sous ce rapport. Les chèques de son trésorier ont déjà été signalés. Nous en avons vu quelques-uns dernièrement. Ils étaient complètement en anglais. On nous montrait en même temps plusieurs envois de l'Annuaire statistique. Ils portaient à côté de l'adresse du destinataire, ces mots imprimés en gros caractères : Statistical Year Book. Fait grave : cet annuaire est expédié non par la Trésorerie mais par le Secrétariat provincial.

Pour uns ^ v0^ ^u'rï ^aut lutter> lutter encore, lutter toujours.

, Quelques-uns heureusement le comprennent et ne

OanqUeS reculent point devant les interventions nécessaires.

Je veux relever le geste d'un excellent patriote de Clarke City, sur la

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Côte Nord. Une librairie française d'Avignon lui avait envoyé une traite par l'intermédiaire d'une banque anglaise. Il se hâta de la retourner, puis écrivit cette lettre au libraire :

« Je viens de retourner une traite libellée en anglais. Cette traite était présentée par une banque anglaise. Je l'aurais certainement acceptée si elle était venue d'une banque canadienne-française : Hochelaga, Provinciale ou Nationale. Cette dernière a une succursale à Paris, 14 rue Auber, et se fait une spécialité de ces sortes de transactions. Les Français devraient passer par ces banques quand ils font affaire avec des personnes françaises, surtout lorsque ces personnes demeurent dans la province de Québec. La banque Royale de Québec va me renvoyer ma traite rédigée en français, comme je le lui ai demandé, et j'en profiterai pour lui rappeler que la langue française doit être respectée non seulement dans cette province mais par tout le Canada. Que les Français de France nous aident ! Nous luttons pour eux et pour nous ! »

lo hr.whnwiwio Je trouve aussi dans mon courrier une lettre

, , ... circulaire invitant les Chevaliers de Colomb a

l\0(il envoyer leurs enfants fêter le bonhomme Noël

dans les salles du Conseil Lafontaine. Ce sera, y lit-on, « une fête essentiellement canadienne-française dont le but principal est de récréer les petits sans doute, mais qui s'applique aussi à faire renaître, avec force et vigueur, une tradition essentiellement canadienne-française, en substituant au vieux boche Santa Claus la belle figure enneigée du Bonhomme Noël. »

Si, comme le notait Mgr Latulippe dans notre dernière livraison la vraie tradition canadienne-française, celle à laquelle il faut avant tout tenir, c'est la venue de l'Enfant Jésus au foyer, les mains chargées de bienfaits, il n'en reste pas moins vrai que l'initiative du Conseil Lafontaine marque un progrès dans nos mœurs. Je ne forme qu'un souhait : que le bonhomme Noël ne ressemble pas comme un frère — ainsi qu'il arrive souvent — ■ au grotesque Santa Claus. Le changement de nom serait peu de chose, s'il n'entraînait un changement de physionomie, si on ne reconnaissait dans le populaire bonhomme un personnage céleste envoyé, comme le veut la tradition, par l'Enfant Jésus pour récompenser les enfants sages.

Pierre IIomikk 29 novembre 1920.

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