CE QU'IL EN COÛTE POUR REPRENDRE UN DROIT
Un membre du cercle Saint-Henri de l'A.C.J.C, M. R. Laplante, qui a mené avec ses amis une vigoureuse campagne pour obtenir une édition française du Commercial intelligence Journal, a dû écrire ou faire écrire 663 lettres, pour mettre en branle quelques institutions de commerce canadiennes-françaises, les lancer aux trousses du ministre du commerce à Ottawa et revendiquer une concession légitime qui retardait depuis dix-neuf ans. Nos jeunes amis ont gagné leur point. Mais le ministre du commerce leur annonce que désormais il en coûtera une piastre pour recevoir une publication qu'on distribuait hier gratuitement.
11 ne saurait être question de faire une chronique complète de la dernière fête de Dollard. Les 64 pages de la revue n'y suffiraient pas. Emile Bruchesi raconte ailleurs ce que furent un peu partout les grandes célébrations du 24 mai, ce que fut en particulier le pèlerinage de l'Action française à Carillon. Nous voulons seulement signaler ici l'élan, l'enthousiasme juvénile qui a présidé à toutes ces fêtes, l'espèce d'émotion ou de préoccupation que la jeunesse y a mise. Depuis cinq ans, nous avons pu écrire, à cette même place, que la fête de Dollard gagnait chaque fois en ampleur et en solennité. Nous pouvons écrire la même chose aujourd'hui avec le regret d'égaler à peine la vérité. La célébration du héros se fait désormais avec la spontanéité, l'entrain qui l'élève, en quelque sorte, au rang d'une fête nécessaire, l'une de celles qui ont avec l'âme d'une génération les convenances les plus profondes et que l'on choisit, pour affirmer sous le ciel, des volontés irrésistibles. Quand elle acclame Dollard, on l'a bien vu cette année, la jeunesse proclame sa détermination de maintenir ici, dans sa parfaite intégrité, ce que Dollard a sauvé en 1660. Si elle est si éprise de son héros, c'est qu'il personnifie au plus haut point les vertus françaises et catholiques dont elle aime à parer sa race et son histoire; c'est que la méthode de 1660, le dévouement jusqu'au bout pour la défense de l'héritage sacré, est seul à satisfaire sa générosité. Voici la liste des diverses inscriptions que portaient, par exemple, les jeunes gens de Québec au cours de l'une de leurs parades. Ces mots d'ordre n'ont pas besoin que nous ajoutions à leur éloquence :
Le Canada aux Canadiens.
Parlons français d'abord.
Jusqu'au bout comme Dollard.
Vivent les Unions Nationales !
Fuyons les Associations étrangères.
Du français au parlement fédéral.
Respect à la loi Laver gne.
Gloire à nos héros !
Pour Dieu et la Patrie !
Restons au pays.
Guerre aux blasphémateurs.
A bas le travail du dimanche.
Encourageons le bon journal.
A^ous voulons le sou bilingue.
Nous voulons le timbre bilingue.
LA VIE DE l'action FRANÇAISE 381
Soijons enthousiastes et agissons.
Affichez en français. Francisons le commerce.
L'Union dans la race d'abord.
NOTRE AVENIR POLITIQUE
Sous la signature de M. l'abbé Ferdinand Vandry, aumônier du cercle Bégin de l'A. C. J. C, la Voix de la jeunesse catholique (Vol. III, no 20), nous apporte une éloquente approbation de l'attitude de V Action fiançaise sur notre avenir politique. M. l'abbé Vandry est un ancien professeur de théologie au Grand Séminaire de Québec. Nous dédions cet extrait de son article aux petits docteurs sans bonnet qui nous condamnent ex cathedra, sans nous avoir lu. M. l'abbé Vandry signale d'abord les écueils du chauvinisme, puis il ajoute :
Est-ce à dire pour cela que le Canada français doive cesser d'occuper la première place dans notre cœur, et qu'il nous faille rabaisser notre idéal national au niveau d'un fédéralisme exagéré et superstitieux ? Pas du tout; ce n'est pas notre pensée. Bien que notre patriotisme se doive à lui-même, tant que subsistera la Confédération canadienne, de pousser son élan et son influence salutaire au delà des frontières de la Province de Québec, il r este vrai, je crois, que nous devons garder le meilleur de nos affections pour le Canada français, qui ^^doit l'emporter dans notre amour sur toute autre région". Plus que cela, ne nous esi-il pas très légitime, je vous le demande, d'appeler de tous nos vœux le jour où la Providence divine, qui dispose de la vie et de l'avenir des nations, permettra à la race française, émigrce en terre canadienne, d'atteindre au parfait épanouissement de sa liberté et de goûter enfin, après de longues années d'assujettissement, la pleine autonomie des nations juridiquement indépendantes f
Le désirer serait-il donc un crime f *^ Aucune nation capable de se gouverner elle-même, nous dit Mgr Paquet, ne porte sans frémir le joug d'un conquérant. L'instinct d'indépendance est ancré au cœm des peuples. Et si certaines circonstances, certains droits historiques peuvent parfois imposer à cet instinct de justes lois, il n'en est 2>as moins conforme aux desseins de la nature et aux aspirations communes que les sociétés se développent dans le sens de leur autonomie." Certes il ne peut être question pour nous de travailler à la rupture du lien britannique ou du lien fédèratif; ce serait mal de le faire, mais il nous est bien permis de chercher à découvrir ce que nous réserve l'avenir; il nous est bien permis surtout, de nous préparer à tirer le parti le meilleur des perturbations politiques que les années mena-
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cent de nous apporter. Est-ce donc du chauvinisme que de prévoir avec sagesse le jour où des événements que nous n'avons pas voulus nous mettront malgré nous dans V obligation d'opter entre V indépendance et V annexion f Est-ce du chauvinisme que d'avoir un idéal national bien précis, nettement conçu et clairement exprimé, surtout lorsque cet idéal répond si bien aux aspirations naturelles que le bon Dieu a mises au cœur de tous les peuples f Nous ne le croyons pas. Ne craignons pas de donner à notre idéal national un peu de consistance, de lui trouver enfin une formule, une formule claire et expi essive, qui ait quelque chance de nous faire comprendre ce que nous voulons dire lorsque nous parlons de patriotisme canadien-français"
Voici ce que nous lisons encore dans la Voix de la Jeunesse catholique:
A notre dernier congres régional, on s'informa de la nature des relations qui devaient exister entre T Action française et notre Association. Voici, en substance, la réponse très catégorique que fit à cette question M. Joseph Blain, président général de VA. C. J. C. :
^*La Ligue d'Action française et VA. C. J. C. sont deux associations, deux entités absolument distinctes, indépendantes l'une de Vautre; mais, vu que nous poursuivons partiellement le même but, nous devons nécessairement nous rencontrer sur plusieurs terrains. Sans être venu ici comme avocat de Z' Action française, je vous prie cependant de ne pas oublier, quelles que puissent être vos opinions personnelles par ailleurs, que cette Ligue d'Action française est formée de gens fort distingués, très sincères et très dévoués, dont plusieurs, de plus, sont des fondateurs ou des anciens membres de VA. C. J. C. Enfin, il importe surtout de rechercher ce qui tend à nous unir, plutôt que ce qui pourrait nous séparer."
Nous sommes bien reconnaissants envers notre président, M. Blain, de s'être exprimé si clairement et si énergiquement. C'est cette direction très explicite que la ^^Voix de la Jeunesse" s'est efforcée de suivre jusqu'ici à Végard de TAction française, et c'est bien celle, naturellement, à laquelle elle entend continuer d'être fidèle.
Telle elle fut dans le passé, telle elle sera dans V avenir.
Nous aimons cette explication, encore que la nécessité d'une telle mise au point, dans un milieu de Jeunesse catholique canadienne-française, donne à penser sur l'ouverture de quelques esprits. Jalouse de son indépendance, V Action française a toujours respecté celle dos autres. Il est vrai qu'elle n'a jamais recommandé à la Jeunesse catholique l'usage du bâillon et du cache-nez, et le coton dans les oreilles, com.me des
moyens infaillibles de formation à l'apostolat; mais elle n'a jamais essayé, que nous sachions, de faire dévier de leur but les œuvres qu'elle n'avait pas fondées. Elle n'a jamais demandé à personne d'autre adhésion que l'adhésion libre et réfléchie que peuvent mériter ses activités et sa doctrine. Si elle s'accorde avec les meilleurs éléments de toutes les œuvres catholiques et patriotiques, c'est que tous ensemble, nous regardons à la cause avant de regarder à des intérêts de coteries. L'étiquette politique nous importe même assez peu, en dépit de certain droit naturel.
LA REVUE
Elle va toujours, recueillant réguHèrement ses cent nouveaux abonnés par mois. Elle recueille aussi cette autre monnaie non moins excellente qu'est l'applaudissement, et quelquefois la reconnaissance émue de ses lecteurs. Il est peu de revues canadiennes, croyons-nous, à qui l'on écrit des choses comme celle-ci : ^^h' Action française est toujours intéressante, toujours vivante, toujours inspiratrice d'idées et d'action. Bravo !" (Un prêtre du Séminaire de Québec). — "Mgr est enthousiaste de votre travail. Encore tout dernièrement c'est l'Action française qui lui a servi de thème dans une allocution qu'il a prononcée à la fête de Dollard... Continuez votre travail... Vous rendez grandement service à la cause commune." (Un prêtre de Saint-Bonif ace) . — "Je vous bénis et je vous souhaite succès dans les travaux patriotiques que vous faites malgré les difficultés inhérentes à ce travail." (Un archevêque). Enfin voici notre ami de Ford City, le Dr Saint-Pierre qui voudrait donner à tous ce mot d'ordre :
"Répandons partout et toujours VAction française... Faisons constamment autour de nous de la saine propagande pour cette œuvre incomparable, essentielle, si efficace... qui est destinée à sauver la situation, à donner à nos compatriotes de la fierté... du cœur au ventre, à créer, selon l'expression du Père Lalande, un certain snobisme pour tout ce qui est véritablement canadien-français et catholique. Voilà, il me semble, la plus belle, la plus recommandable politique de tout bon Canadien."
PUBLICATIONS
La conférence de M. Olivar AsseHn, Y Œuvre de l'abbé Grotilx, est actuellement en vente. C'est la première étude d'ensemble qui ait encore été faite de l'œuvre de notre directeur; et l'on sait que cette conférence fut l'un des événements littéraires de l'hiver dernier.
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Nous venons de mettre également en vente le 35ème mille des Refrains de chez nous. Dans \ine quinzaine paraîtra la Sème édition de V Appel de la race qui continue de se vendre et d'occuper la critique. Vers le même temps, paraîtra aussi la Semaine sociale du Canada, (session de Hull : Capital et travail), ouvrage important qui devra se trouver dans toutes les bibliothèques des travailleurs de l'esprit.
Voici en quels termes élogieux le critique musical du Devoir, M. Fred. Pelletier appréciait récemment (26 mai) Dollard, chant patriotique du Père R.-C. Larivière, C. S. V. :
J'ai reçu du R. P. R.-C. Larivière, C. S. V., Dollard, chant patriotique canadien-français qu'il a fait chanter le 21^. mai 1922 par les élèves du Collège Bourget au pied du monument Dollard, à Carillon, et qu'il vient de publier en quatre éditions ; a) 4 voix mixtes sans accompagnement; b) 3 voix d'hommes sans accompagnement; c) 2 voix égales avec accompagnement de piano; d) pour voix seide avec accompagnement de piano.
S'en est-on servi hier? A l'heure oit ceci est écrit, il est encore difficile de le savoir, les exigences de la mise en page voulant que ce qui paraît le samedi soit remis le jeudi. Mais l'œuvre est bien conçue et bien écrite.
L'œuvre musicale patriotique est difificile à écrire. A part de rares chants comme la Marseillaise, le Chant du Départ, le Rule Britannia, il est curieux de voir que le sentiment patriotique n'ait, en aucun paijs et en aucun temps, véritablement inspiré musiciens et poètes. Mais des œuvres honorables ont été écrites dans ce genre et le Dollard du P. Larivière peut compter parmi celles-ci. C'est sous sa forme à 4 voix mixtes sans accompagnement que je le préfère; l'accompagnement de piano le ramène à l'air de salon, ce qui lui convient moins. Dans cette réalisation, le quatuor solo répondant au chœur lui donne une allure solide qui lépond bien à sa destination première. Les autres éditions seront cependant très utiles pour les groupes peu nombreux.