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LE GRAND PRIX D'ACTION FRANÇAISE

Nous publions, ci-dessous, une lettre de notre secrétairegénéral, M. Anatole Vanier, que nos lecteurs voudront lire attentivement et à laquelle ils feront l'honneur d'une réponse. Le dévouement à la cause française obtient maintenant quelque crédit, depuis que nous avons une presse libre et propre qui préfère illustrer ses journaux avec des spectacles de beauté morale plutôt qu'avec des éclaboussures de sang et de boue. Nous ne ferons jamais trop cependant pour imposer à l'opinion publique les actes et les hommes qui servent la race en l'honorant. Il n'est pas indifférent à l'âme d'un peuple qu'il accorde son admiration à l'insignifiance ou au mérite, à des fantoches ou à des héros. U Action française n'entend point, en décernant ce témoignage d'honneur, stimuler le dévouement de ceux-là qui font leur devoir pour lui-même, qui ne le feront pas mieux avec l'appas d'une récompense. Elle veut seulement rétablir, pour sa part, dans l'esprit de notre peuple, la hiérarchie des valeurs; elle souhaite aussi, en mettant en vedette des actions d'une certaine qualité, susciter le patriotisme après l'avoir glorifié. Comme nous venons de l'écrire, ce grand prix d'action française sera surtout un témoignage d'honneur. Avec le temps nous espérons lui donner une forme plus concrète. A nos amis de nous y aider.

Monsieur,

L^ Action française se propose de rendre chaque année un hommage aussi solennel que possible au serviteur le plus méritant de la cause nationale. Tant de gloires douteuses sont offertes à l'admiration publique, qu'il convient

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d'attirer l'attention sur d'autres spectacles, pour honorer le vrai mérite et redresser le jugement populaire.

En conséquence, voudriez-vous nous désigner celui des nôtres qui, à votre avis, a accompli, entre septembre 1922 et septembre 1923, l'acte le plus méritoire et le plus fécond pour la défense de l'âme française en Amérique? Il va de soi que chacun de nos frères du Canada et des États-Unis peut avoir droit à cet hommage comme il peut y contribuer.

L^'acte" que nous voulons honorer peut revêtir les formes les plus diverses : il peut être un dévouement momentané ou continu, une défense courageuse du droit, la publication d'articles de journaux, d'une brochure, d'un livre, la fondation d'une œuvre importante..., etc.

Chacun comprendra qu'il importe toutefois d'accorder son suffrage aux actes de la portée la plus générale.

Pour que l'hommage soit entouré de la plus grande autorité morale, nous nous proposons de solliciter, par lettre spéciale, le jugement de toutes les sociétés de chez nous vouées plus particulièrement à la défense catholique et nationale. Nous prions aussi les amis et les lecteurs de V Action française de vouloir bien répondre à notre question.

Les réponses seront reçues aux bureaux de l'Action française, 369, rue Saint-Denis, Montréal, jusqu'au 15 septembre exclusivement. Chaque réponse devra porter la signature de son auteur.

Veuillez croire, Monsieur, à mes sentiments dévoués.

Le secrétaire général,

Anatole Vanier.

PAR NiiRiE BeAUCHEMIN.

Quand on vient de parcourir, pour la première fois, le recueil des poèmes de Nérée Beauchemin, on est sous l'impression d'images et de sentiments qui sortent de la banalité; avant tout autre examen, ce n'est pas trop s'avancer que de dire : ''Cet écrivain est plus qu^un habile artisan en vers, c'est un poète."

Du poète, il a les facultés maîtresses : le don de voir, qui dépasse chez lui le don de sentir, du moins à ce qu'il me semble ; c'est un peintre à la touche très large, aux couleurs plutôt vives; il préfère les grands tableaux aux fines miniatures; il cultive peu le portrait isolé; il campe ses personnages en des scènes vécues, quand il nous représente des êtres humains; mais, en général, il insiste sur les spectacles que lui offre la grande nature, en ses décors changeants.

Si l'on en vient aux détails de cette œuvre par une lecture plus approfondie, l'analyse en est relativement facile; n'y cherchez pas les détours compliqués du cœur; les sujets sont franchement, nettement délimités et peuvent se classer sous quelques ru' riques très simples : ce rêveur au regard lucide a contemplé quelques scènes du passé, dans l'histoire générale et dans celle de son pays; autour de lui, il a vu se succéder les saisons, avec leurs fleurs ou leurs frimas; il a pénétré dans quelques demeures où les joies et les douleurs familiales ont mis en éveil, dans son âme, de fortes émotions; enfin, il est allé méditer dans les édifices religieux dont il a saisi le profond symbolisme. La matière est assez abondante pour exercer le riche talent de Nérée Beau chemin.

Une des premières pièces du recueil, U Idylle dorée, est d'inspiration évangélique : la Crèche de Bethléem est un thème dont le charme ne s'épuise jamais; selon leur tempérament, les artistes découvrent toujours dans cette nuit de Noël des couleurs nouvelles :

^^Tout réluit sous V humble chaume en ruine; Tout y rutile. 0 nuits de Palestine, De vos ciels d'aube pâle, est-ce un reflet f Lune magique, est-ce ton sortilège f Est-ce V éclat de ta blancheur de neige ? Est-ce ton charme, ô bel enfantelet ?"

Notre poète voit ses personnages surtout par l'extérieur; mais il en note les traits caractéristiques, capables d'évoquer la vie intense qui les anime :

"Z7n homme est là, grave comme en un temple; Hiératique, il admire, il contemple, Ne sachant plus que bénir à genoux.

Dans son long voile et dans sa blanche robe, Pudique et belle, aux regards se dérobe Une humble femme au profil triste et doux."

La silhouette de la Vierge Mère a séduit saintement les yeux de l'artiste et il souffre avec elle du dénûment où se trouve l'Enfant divin; Jésus dort, Marie veille; ni les présents des bergers, ni même les accords de la musique céleste ne peuvent la consoler; mais, quand elle le voit sortir de son sommeil, les tristes réflexions s'évanouissent :

^^Dans son berceau que la mousse encourtine, L'enfant s'éveille, et sa Ihvre enfantine S'ouvre et sourit d'un sounre du ciel.

Sur celte bouche idéalement rose, La Mère, moins songeuse, moins morose.

Pose un baiser mouillé de pleurs de miel."

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On se fait scrupule d'écourter les citations, quand on étudie chaque morceau et qu'on en goûte les strophes vraiment bien venues, les vers coulants comme une onde très pure. Mais nous aurons occasion d'apprécier plus loin ces mérites de la forme. Pour l'instant, il est juste de remarquer que les couleurs de cette nuit étoilée font penser aux poésies orientales de Victor Hugo:

*^Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement, Une immense bonté tombait du firmament."

Dans la pièce intitulée Lumière, nous avons une tranche d'épopée, avec, comme théâtre, la Rome papale du Vème siècle. En solides alexandrins, le poète dresse en pied un pontife qui fut aux prises avec la barbarie ; c'est une ode héroïque d'une fière allure; il faut la lire en entier pour en sentir toute la force. A l'heure où le monde allait sombrer sous les coups d'Attila, venu jusqu'aux portes de la ville éternelle, saint Léon osa le regarder en face et le dominer de sa haute stature :

*^Et l'on vit, aveuglant les fils de Z oroastre, Perçant l'ombre où, la haine occulte écume encor, Brillante des clartés que verse un lever d'astre, Resplendir la tiare aux trois couronnes d'or...

Ce souverain qui n'a que son titre de père. Qui, pour sceptre, n'a plus qu'un roseau de pasteur, Ce prince de douleur, d'angoisse et de misère, Apparaît à nos yeux comme un triomphateur."

Nérée Beauchcmin se prépare ainsi à chanter les gloires de son pays natal; ses vers sont du plus haut lyrisme lorsqu'il célèbre l'apothéose de Christophe Colomb, le précurseur des héros du nouveau continent :

*^ Terre, terre ! 0 genèse, 6 triomphe, ô conquête ! Le voyant a ravi le secret du destin; La barre et la boussole ont franchi la tempête, L'aube du continent rêvé brille au lointain...

Le cri du Découvreur a remué les Mondes. Place aux héros de la civilisation !

Place à tous les semeurs des vérités fécondes ! Place aux conquistadors de la religion !"

Le poète invite tous les pays désormais tributaires de 'Timmortel marin" à dresser un temple à sa mémoire et à le venger des injustices dont ne put le préserver son génie:

"A lui les diamants des fleuves de l'aurore, La guirlande des chainps lointains qu'il aborda, La couronne des verts îlots qu'il fit éclore, A lui l'humble laurier du jeune Canada !"

Une étude plus approfondie permettrait de faire une assez large place à la suite des morceaux évocateurs du passé où Nérée Beauchemin salue au passage ses grands ancêtres, ceux qui luttèrent pour l'indépendance canadienne. Dans les larges strophes intitulées Liberté, il nous fait voir Papineau, l'orateur au ^Verbe d'airain".

^^ Loyal au Roi, mais fier devant l'absolutisme, Magnifique d'orgueil et de patriotisme."

Puis, c'est Bédard, que les despotes veulent enchaîner :

^^Mais la prison ne peut étouffer la parole: C'est le flot qui bondit, c'est V orage qui vole. Nos rivages encore entendent retentir La parole et les fers glorieux du martyr."

Ailleurs, c'est d'Ibcrville qui conduit les siens à l'attaque, dans le poème dédié ''Aux Marins de VAréthuse et du Hussard'\ Ils ont lutté ''un contre trois". Quand le soir vient, avec les "clartés des belles étoiles", le lecteur a

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l'impression crépusculaire de cette ' 'sombre clarté" qui éclaire, dans le chef-d'œuvre cornélien, le récit du Cid Campeador vainqueur des Maures : cela nous donne l'illusion d'être en plein dans la bataille navale où Corneille nous montrait, il y a trois siècles, le triomphe de l'héroïsme contre la force du nombre.

Feuilletons encore ces pages guerrières; voici Québec : que de souvenirs glorieux, aux diverses étapes de l'histoire, s'attachent à la vieille cité, sur son roc intrépide î

^^Comme un fonctionnaire immobile au port d'arme, Dans ces murs où Von croit ouïr se prolonger Le grave écho lointain d'un qui-vive d'alarme, A ses gloires Québec semble encore songer."

Mais le poète a concentré plus longuement toute son attention émue sur "La, Cloche de Louisbourg", qui est peut-être la pièce la plus significative du recueil :

"Les boulets Vont égratignée, Mais ces balafres et ces chocs L'ont à jamais damasquinée Comme l'acier des vieux estocs.

Oh ! c'était le cœur de la France Qui battait à grands coups, alors.

Dans la triomphale cadence Du grave bronze aux longs accords."

Le patriotisme des vieux âges est garant du patriotisme de nos jours; tout un poème intitulé France est une protesta» tion d'attachement à la terre de là-bas :

^* Aujourd'hui, tout comme naguère, Ne sommes-nous pas, trait pour trait.

Le vrai profd, le vrai portrait Du Normand, père de nos pères ?

Frarn;ais, vous êtes nos grands frères."

Un autre poète de bonne race a fait écho, de l'autre côté de l'océan, à ces appels fraternels : Charles-Théophile Féret publiait, en 1904, des vers à ''La Normandie exaltée", au moment où une partie de la France faisait mine de renoncer à toute bravoure : ''J'ai écrit ces vers, disait-il, pour rendre à notre peuple la conscience de son identité superbe. Les Picards, les Lorrains, les Flamands sont nos frères, au moins nos cousins. Ils nous aideront... Et je l'espère, nous ne mourrons pas. Quand on casse des patries, les bons morceaux se ramassent. Et les léopards n'ont pas engendré des chiens". Dix ans plus tard, ces prévisions se réalisaient.

On a pu voir déjà, au début de cet article, que la lyre de Nérée Beauchemin n'a pas uniquement la note combative. La variété de son inspiration apparaît encore dans les vers qu'il a dédiés à La claire fontaine. Nous sommes ici dans le domaine de l'Églogue. A l'abri de ce bosquet virgilien, où l'eau fait entendre un doux murmure, les nymphes modernes viennent prendre leurs ébats.

''[Les jeunes filles, le dimanche, Y vont nu-tête, fleurs au front, En mai, sous le chêne qui penche,

En jupe blanche.

Danser en rond''

Ces vers ont tout le charme de "Sara la baigneuse" de Victor Hugo, avec un accent plus chaste et plus intime. Dans les strophes qui suivent se déroule un roman en raccourci, comme il fallait s'y attendre. Un jeune imberbe, à peine âgé de dix-huit ans, s'est aventuré parmi ces naïades et il n'a pas eu de peine à arrêter son choix sur l'une d'elles qui "se mirait dans la source ombreuse". Mais la belle

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inhumaine s'est effarouchée de ses premières déclarations. Au lieu d'insister, il va partir, devenir soldat et faire la guerre, sans oublier, sans être oublié non plus :

*^ Trois ans après, un militaire, Sac au dos, couvert de poussière, De la fontaine solitaire,

Bâton en main

Prit le chemin.

C'est lui ! — C'est elle ! — Sans rien dire. Le soldat aux yeux attendris.

Et la chère âme qui soupire,

Dans un sourire

Se sont compris."

Comme pour faire suite à cette idylle, nous trouvons toute la poésie qui se dégage des berceaux dans Anne-Marie ^ autre pièce aux couleurs tendres, où le regard ne se détache de la physionomie maternelle que pour se fixer sur 'a rayonnante figure d'une enfant qui va s'endormir.

Mais il y a, hélas! des yeux d'enfants qui se ferment pour le grand sommeil: si l'on veut se donner la peine de lire lentement l'élégie intitulée Grand deuil, on se rendra compte que le poète a pleuré sur le cercueil d'une victime prématurée de la mort.

N'est-ce pas là toute l'histoire de la vie humaine ? Héroïsme, amour, sourires, larmes ! Celui-là est poète qui sait voir avec des yeux de primitif et sentir avec un cœur toujours jeune les différentes scènes qui se déroulent au cours de nos années.

Je pourrais trouver bien d'autres motifs d'inspiration si je voulais m'étcndre sur les pages où Nérée Beauchemin s'est attardé dans la contemplation des grands spectacles de

la nature, selon l'alternance des saisons; sur ces toiles aux riches couleurs se détachent quelques monuments d'art religieux, comme La Chapelle des Miracles, sanctuaire de Sainte- Anne de Beaupré; d'autres fois, il nous dépeint un prêtre aperçu en pleine campagne, portant le Viatique; et ici encore, notre poète est à l'éco'e d'un grand maître. Chateaubriand, admirateur de la beauté de notre religion dans son Génie du Christianisme,

Mais la critique n'est qu'une amorce pour qu'un auteur soit lu par le public trop souvent mal initié aux œuvres d'art; bien que les Floraisons matutinales datent de 1897, sont-elles suffisamment connues? Je les traite ici comme une œuvre nouvelle et je laisse au lecteur le plaisir de découvrir lui-même d'autres beautés, en le prévenant de quelques défauts qui sont loin de compromettre l'ensemble du livre; chemin faisant, je tâcherai de faire ressortir tout ce que demande de talent la versification où Nérée Beauchemin semble s'être joué des difficultés, grâce à un vocabulaire qui sert à merveille son abondante inspiration.

Les défauts proviennent sans doute de cette incroyable facilité de l'écrivain; l'imagination, on l'a vu, est sa faculté dominante, sans exclure la sensibilité: les images, solennelles ou familières, baignent toujours dans l'atmosphère du sentiment. Mais il n'a pas pris soin d'ordonner ses tableaux, d'en grouper les divers éléments autour d'un sujet central; nombre de ses pièces manquent de cette unité, indispensable en peinture comme en poésie; on y parcourt des énumérations brillantes sans doute, mais qui ne valent que par chacune de leurs parties; chaque strophe semble vouloir se suffire, sans entrer dans un cadre bien défini, dans un dessin préalablement médité et composé avec une logique rigoureuse.

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Narrations aux tons variés, mais sans assez de relief, odes oratoires où la trame du discours sent trop souvent l'improvisation, poésie éloquente où l'esprit du lecteur est parfois dérouté, même quand le cœur s'échauffe au contact de celui de l'écrivain, telles m'apparaissent les défaillances dont la seule excuse est dans le tempérament trop riche de Nérée Beauchemin.

Il y a peu de choses à reprendre dans la facture des vers: ils coulent de source; ce poète, ou je me trompe fort, n'est pas de ceux qui font ''difficilement des vers faciles". On le dirait né avec l'instinct de la mesure musicale; l'orchestration de ses hémistiches est brillante et demeure généralement classique, qualité dont on ne saurait trop le louer, eu égard à l'époque où parut son livre. Les seules défectuosités que j'ai relevées sont des fautes de style, plutôt que des infractions aux lois des vers. D'abord, quelques néologismes : ''eau agatisée — doigts ivoirins". Ailleurs, deux rimes forment un jeu de mots désagréable : "lit vide — livide". Cela prête à sourire dans un sujet très grave. Plus souvent, on rencontre des épithètes accolées à l'avant et à l'arrière d'un substantif, sans aucune conjonction, ce qui est d'un effet fâcheux: "vertes terres neuves — ancien parler pur — nobles temps anciens — chaste apothéose exquise — clairs jolis yeux doux — clair feuillage vert-tendre — clair rire fou".

La langue abondante, la facilité verbale dont dispose ce poète le dispensait, j'en suis sûr, de recourir à ces redoublements d'adjectifs qui passeraient, chez tout autre que lui, pour de pénibles chevilles destinées à compléter la mesure du vers; il lui suffirait d'un peu d'attention et de quelques retouches pour nous donner du parfait, au point de vue de la forme.

Serai-je autorisé à terminer ces critiques, qui n'atténuent pas ma sincère admiration, par un conseil, vieux de quatre siècles, qu'adresserait Joachim du Bellay aux poètes de son temps, dans son fameux manifeste : Deffence et Illustration de la langue française ; ^'Qui veut voler par les mains et les bouches des hommes doit longuement demeurer en sa chambre; et qui désire vivre en la mémoire de la postérité doit, comme mort en soy mesmes, suer et trembler maintes foys; et autant que notz Poètes courtisans boy vent, mangent et dorment à leur ayse, endurer de faim, de soif et de longues vigiles."

Ce texte court les manuels de littérature; mais il n'est pas mauvais de le rappeler à la jeune Pléiade des poètes canadiens dont la situation, dans l'histoire des lettres de la Nouvelle-France, offre quelque analogie avec l'époque où là-bas, une autre Pléiade jetait les fondements de futurs chefs-d'œuvre.

M. Henri de Noussane les en a avertis, dans un récent article du Correspondant, article inspiré par l'immense intérêt que portent les meilleurs écrivains de la Mère-Patrie à leurs confrères canadiens : ''Le Canada français littéraire, y lisons-nous, est un diamant d'une eau pure et d'une valeur inestimable; mais il n'est pas encore taillé de manière à resplendir de tous ses feux sur le diadème de la pensée humaine."

Cet avertissement, je tiens à le dire, pourrait s'adresser avec autant de justesse à une foule de poètes français nés en France, qui essayent, comme ici, de faire renaître la littérature provinciale, trop dédaignée par les cénacles parisiens. Lisez le recueil édité actuellement à Paris, chez Delagrave:

Les Poètes du terroir. Vous y trouverez des faiblesses autrement graves que chez Nérée Beauchemin.

Ce n'est pas un motif, tant s'en faut, pour décourager ce mouvement de décentralisation littéraire; il y a, au contraire, une émulation qui doit piquer Tamour-propre des divers groupes de poètes pour qu'ils visent toujours au plus parfait. La beauté vaut bien qu'on travaille à la conquérir dans la plénitude de son idéal éclat.

Abbé F. Charbonnier, Docteur es lettre de l'Université de Paris.

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