‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 137 sur 232 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La publication de cette correspondance a piqué, dit-on, la curiosité d'un bon nombre Qu'on ne s'efïarouche point. Nous ne voulons nullement rouvrir un débat, encore moins faire œuvre de polémique. Nous voulons simplement apporter une modeste contribution à l'histoire véridique de cet incident politico-religieux.

Car l'histoire de la question scolaire manitobaine est encore à faire. Et cela pour une raison bien simple : les vraies so::rces ou documents, jusqu'ici, nous ont échappé. Nous ne possédons, à vrai dire, que des documents officiels, et encore sont-ils en petit nombre. Très peu de ces mémoi-

res écrits sans nul souci de publication future, de ces correspondances intimes, confidentielles, si révélatrices pourtant, ont été mis au jour. Or, c'est une chose admise en méthodologie historique que le premier genre de documents possède une valeur moindre que le second. ''Leur caractère officiel les rend toujours suspect d 'insincérité; ils donnent ce que l'autorité a voulu qu'il fût dit et qu'il fût cru bien plutôt que la vérité elle-même. Ils ne peuvent être employés sans avoir été soumis à une très sérieuse critique" \ Les mémoires, les correspondances, c'est l'introduction à toute étude intelligente des hommes et des choses. C'est là que l'on trouve de quoi former — le mot est de Sainte- Beuve — "ses premières couches et son fond de tableau". On ne pourra donc écrire une histoire sérieuse de cette question scolaire manitobaine que le jour où l'on connaîtra les correspondances des principaux hommes politiques du temps et de quelques-uns de nos hommes d'église qui furent mêlés à cette affaire. Formons le vœu de voir publier, dans un avenir prochain, tous ces documents de premier ordre. On rendra ainsi un réel service à nos futurs historiens.

Pierre Dupont.

1 L. Brehier et C. Desdevises du Dezert : Le travail historique, p. 54. On me permetti'a de relever une confusion à propos de documents. On dit souvent ce document est authentique. Et ce mot produit une impression de respect qui dispose à accepter le contenu sans discussion; douter des affirmations d'un document authentique semblerait présomptueux ! L'expression authentique est empruntée à la langue judiciaire; elle ne se rapporte qu'à la provenance, non au contenu; dire qu'un document est authentique, c'est dire seulement que la provenance en est certaine, non que le contenu en est exact. La provenance d'un document une fois établie, il reste à examiner la sincérité et l'exactitude du contenu.

Au pays de l'Ontario

Page 1