LE BILINGUISME, PRINCIPE D'ÉDUCATION
Tels que les Canadiens français l'entendent pour les écoles fréquentées par leurs enfants, le bilinguisme comporte V enseignement de la langue française comme langue première
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et son usage comme langue principale de renseignement et des matières du cours, et l'enseignement de l'anglais comme langue seconde. Ils sont sur ce point aux antipodes du régime que les unilinguistes veulent imposer par le Règlement XVII aux écoles fréquentées par des enfants canadiensfrançais où ils n'ont pas encore prohibé totalement notre langue, à savoir: l'enseignement de l'anglais comme langue première et son usage comme langue exclusive des matières du cours et l'enseignement incomplet et restreint de la langue maternelle comme langue seconde. ^
Un instant de réllexion suffit à convain re de l'absurdité de cette méthode pour le développement normal et aussi rapide que possible de l'intelligence des élèves.
Les deux motifs principaux qui déterminent le père de
Ml y a dans tout F Ontario environ trois cents écoles primaires séparées ou publiques désignées par le gouvernement sous le titre d'anglofrançaises ou bilingues. Pas moins de soixante-quinze autres écoles des deux mêmes catégories sont fréquentées exclusivem.ent ou en majorité par des élèves canadiens-fiançais. En vertu de l'article premier du Règlement XVII, il est illégal d'enseigner la langue française ou d'en faire usage dans ces soixante-quinze écoles. A moins que des changements ne se produisent, notre langue continuera d'être légalement prohibée dans ces écoles et dans toutes celles que nos compatriotes établiront dans l'avenir.
Il y a dans la province six cent-vingt-une écoles séparées catholiques.
D'après le recensement de 1921, la population canadienne-française d'Ontario se chifîre à 248,493, alors que l'ensemble des catholiques y compris les Canadiens français, est de 575,266.
Dix évêchés et archevêchés et un vicariat apostolique ont leur siège dans l'Ontario. Sa Grandeur Mgr Arthur Béliveau, archevêque de Saint-Boniface, Manitoba, et Sa Grandeur Mgr Ovide Charlebois, évêque du Keewatin, Manitoba, étendent également leur juridiction dans notre province.
Le nombre des Canadiens français dépasse la mioitié des catholiques des diocèses de Pembroke et de London. Ils sont la grande majorité des catholiques dans les diocèses d'Ottawa, Alexandria, Sault Sainte- Marie, Haileybury et dans le vicariat apostolique de l'Ontario nord. (Recensement de 1921).
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famille à envoyer son enfant à Técole, sont sans contredit de parfaire d^ahord son éducation et ensuite de Vinstruire. Instruire et éduquer sont deux opérations qui naturellement devraient se compléter Tune par Tautre; l'on éduque en instruisant et Ton instruit en éduquant. On peut toutefois les considérer séparément.
Instruire, c'est développer l'intelligence, lui faire acquérir des connaissances nouvelles. Les moyens ordinaires d'acquérir l'instruction sont le langage et l'étude. Familiariser l'élève avec les éléments du langage et surtout développer son pouvoir d'intellect ion apparaissent donc, après l'initiation aux exercices de la pensée, la première gymnastique que requiert l'esprit de l'enfant à l'école primaire.
Et quelle langue mieux que la langue maternelle favorisera ce développement initial, à un âge où le pouvoir d'assimilation de l'esprit ne dépasse guère l'intuition sensible et ne va que rarement jusqu'à la conception claire, produit de la réflexion ?
La saine pédagogie et l'expérience autant que le bon sens attestent que si l'on se sert de la langue déjà comprise par l'élève, celui-ci fera de rapides progrès. Sa faculté de s'exprimer encore inerte à son arrivée à l'école s'éveillera aisément; il acquerra vite la capacité d'apprendre, de concentrer son esprit, de comprendre vraiment, d'aller de l'idée à l'action, terme générique de l'instruction autant que de l'éducation. Demander au contraire, au jeune élève, l'étude d'une langue étrangère et surtout la lui imposer comme langue exclusive des sujets d'enseignements, c'est le plonger en pleines ténèbres alors qu'il a le plus besoin de clarté; c'est présenter à son esprit encore trop faible, une difficulté insurmontable. Si, à la longue, on parvient à lui inculquer des connaissances, elles seront nécessairement des
connaissances mortes, produit de la mémoire surtout et qu'il ne saurait appliquer, parce que l'enseignement, n'ayant pas observé une marche conforme aux lois de la psychologie, aura manqué son but qui est avant tout le développement harmonieux de l'intelligence.
C'est pourquoi, les pédagogues de tous les temps, ont condamné le système que l'on veut imposer aujourd'hui aux écoles fréquentées par les enfants canadiens-français d'Ontario et ce par le Règlement XVII ou le régime que nous avons défini. Ils vont plus loin, ils déclarent nuisible au développement de l'intelligence de l'enfant, toute introduction d'une langue seconde, avant que l'élève ait appris à lire et à écrire sa langue maternelle; ils proclament que celle-ci doit rester la langue prédominante de communication entre maîtres et élèves pendant toute la durée du cours primaire. En agir autrement pourrait aller jusqu'à retarder très considérablement le progrès de l'élève dans l'étude de la langue nouvelle elle-même que l'on veut si hâtivement lui apprendre. ^
2 Dès le XVIIème siècle, on avait déjà formulé cette loi de pédago gie. Guyot écrivait :
'*Je dis donc, en premier lieu, que c'est une faute très grande que de commencer comme on le fait d'ordinaire à montrer à lire aux enfants par le latin et non par le français. Cette méthode est si longue et si pénible qu'elle ne rebute pas seulem.ent les écoliers de toute autre instruction en prévenant leur esprit, dès leur plus tendre jeunesse, d'un dégoit et d'une haine presque invincibles pour les livres et l'étude; mais il rend les maîlres impatients et fâcheux...
"Or les Français savent déjà le français dont ils connaissent une infinité de miots; pourquoi donc ne pas leur faire apprendre à lire premièrement en français, puisque cette méthode serait beaucoup plus courte et moins pénible ? Car, ils n'auraient qu'à retenir les figures des lettres et leurs com.binaisons et assemljlages; en quoi la mémoire des choses et des mots qu'ils savent déjà avec ce qu'ils entendent dire continuellement dans le commerce du monde, les aident peu à peu à se ressouvenir; au lieu qu'en latin, ils ne sont aidés de quoi que ce soit; tout leur est barbare et nouveau; ils ne peuvent s'attacher qu'aux caractères et aux combinaisons qu'on leur montre; ce qui fait qu'ils ne les retiennent qu'avec une extrême peine et un fort long temps,durant lequel