LE BILINGUISME DANS L^ONTARIO
Aveuglés par la fiévreuse préoccupation d'atténuer le nombre grandissant des Canadiens français par la dénationalisation des générations nouvelles, les francophobes ontariens ont oublié toute notion pédagogique dans la rédaction des règlements qu'ils ont fait édicter. C'est au point que, sans la résistance des pères de famille canadiensfrançais, les écoles fréquentées par leurs enfants seraient aujourd'hui des institutions où tout serait ordonné à l'étude exclusive de la langue anglaise et non pas, comme toute école doit être, des foyers de développement intellectuel, moral et social.
Dans une école bilingue française organisée en vue du meilleur développement intellectuel des enfants, l'étude de la langue anglaise sera introduite à la période indiquée comme matière d'enseignement d'abord, tout comme l'histoire, le calcul, la géographie etc. A mesure que l'élève se familiarisera avec la langue nouvelle, il devra être graduellement initié à s'en servir comme moyen direct d'exprimer ses sentiments, ses pensées, ses désirs, tout comme on a fait au début, pour l'enseignement de la langue maternelle.
On se servira à cette fin de répétitions en anglais de leçons déjà apprises en français, de compositions en langue anglaise et de problèmes déjà faits dans la langue maternelle. Avec cette méthode qui divise les opérations de l'esprit de
il faut les leur rebattre cent fois et cent fois, avant qu'ils puissent s'en ressouvenir une seule fois, n'ayant rien à quoi se tenir, ni les mots, ni les choses, ni ce qu'ils entendent dire tous les jours"
"N'est-il donc pas plus naturel de se servir de ce qu^ih savent déjà pour leur enseigner ce qu'ils ne savent pas puisque la définition de la science de la méthode d'enseigner nous montre à en user de la sorte ? Guyot, "Lettre à un lecteur".
La dernière conférence impériale d'éducation ne s'exprime pas autrement : "La langue mieux connue et mieux comprise par l'enfant à son entrée à l'école, est au point de vue pédagogique, le moyen le plus efficace de l'instruire aux premiers degrés de son éducation scolaire". (Impérial Conférence cf Education, 1923. — Principles for Bilingual Teaching) .
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l'élève et le fait passer méthodiquement du connu à l'inconnu, on assurera rapidement et infailliblement son succès dans l'étude des deux langues et l'on hâtera son développement intellectuel. C'est cette méthode qui a donné, pour l'étude de la langue anglaise en particulier, les magnifiques résultats constatés par le Dr James L. Hughes, ancien inspecteur général des écoles publiques de Toronto, dans les écoles d'Ottawa. ^
Voilà pour l'instruction proprement dite. L'éducation véritable ne peut être donnée efficacement qu'en suivant les mêmes principes. Éduquer, en effet, c'est parfaire, perfectionner, c'est développer harmonieusement les facultés de l'homme. Le devoir de dispenser l'éducation est la souveraine prérogative des parents. De cette sorte, considérée dans l'individu, l'éducation est infailliblement la résultante des diverses influences qui ont agi sur l'esprit, l'âme et le cœur de l'homme, le reflet du milieu où il a vécu, de la civilisation à laquelle il appartient. L'école, prolongement de la famille, doit donc raisonnablement représenter ce milieu, cette civilisation, tout au moins, trier et canaliser
3 "J'ai examiné les élèves des écoles séparées françaises d'Ottawa, dans la lecture, la conversation, la composition anglaises et dans leur facilité à comprendre l'anglais quand ils l'entendent parler".
"Dans la lecture, déclare le distingué pédagogue, j'ai trouvé les élèves capables de lire les morceaux nouveaux aussi bien que ceux déjà lus avec autant de facilité et d'expression que les enfants des districts de langue anglaise d'Ontario...".
"J'ai trouvé l'écriture, l'orthographe et la composition dans toutes les écoles tout à fait aussi bien que dans les classes anglaises correspondantes en Ontario..."
"En conversation anglaise, les réponses indiquaient de l'initiative intellectuelle chez les élèves et une bonne connaissance de l'anglais..."
"J'ai vu les meilleures écoles de l'Amérique des lies Britanniques, de la Belgique et de l'Allemagne et je n'ai jamais vu dans aucune autre classe du premier livre un enseignement qui m'ait laissé une impression d'efficacité plus vivante que l'enseignement de l'anglais que j'ai vu dans une classe de petits enfants qui commencent à apprendre l'anglais dans l'une des classes séparées françaises d'Ottawa..." — (Traduclion) .
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les saines influences éducatives qui s'en dégagent. La famille est-elle française, l'école primaire surtout, devra être, elle aussi, française, l'atmosphère devra y être française. A plus forte raison, l'institutrice, les classes et les manuels pour l'enseignement des spécialités doivent y être français, sans exclure toutefois ce qui est nécessaire à l'étude aussi complète que possible de la langue anglaise.
C'est plonger l'enfant canadien-français dans une atmosphère très préjudiciable à son éducation, celle que requiert le génie de sa nationalité, que de lui apprendre, principalement au cours primaire, l'histoire de sa race, au moyen de manuels rédigés dans une langue et un esprit étrangers, sinon adverses. Cela est particulièrement vrai de certains manuels d'histoire des écoles d'Ontario. On ne voit pas comment un enfant canadien-français qui apprend l'histoire de son pays dans ces manuels, puisse conserver toute la fierté de sa nationalité et le respect de ses propres ancêtres!
Il en est ainsi proportionnellement des autres matières du cours, en particulier de la littérature. Est-elle enseignée exclusivement en anglais, outre le grand dommage de n'avoir acquis aucune connaissance des chefs-d'œuvre français et d'avoir été, dès l'école, séparé de la vie intellectuelle de sa nationalité, l'élève canadien-français acquerra rapidement une mentalité qui n'est pas celle du génie de sa race: idées, sentiments, goûts, habitudes, usages, mœurs, tout sera anglais chez lui; ce sera un français affublé d'un cerveau anglais et à moins qu'il n'ait une intelligence d'élite, il sera rarement une personnalité, un homme supérieur, ni parmi ses compatriotes ni parmi ceux dont il aura pris la mentalité.
Conséquemment, dans les endroits où des élèves de langue française et de langue anglaise fréquentent la même
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école primaire, il va sans dire que les élèves doivent être groupés dans des classes distinctes et confiés à des instituteurs de leur nationalité respective. On ne développe pas un cerveau français à la manière anglaise; et vice versa, le cerveau anglais s'assimile mal les éléments de formation française et latine. ''Quand j'ai commencé à visiter les écoles de Montréal en 1906, déclare M. l'abbé Ph. Perrier, j'ai trouvé de petits Anglais et de petits Français dans le même cours ; l'avant-midi on enseignait le français et l'après-midi l'anglais. Le résultat net obtenu, c'est qu'à la fin de l'année, les élèves ne savaient ni l'une ni l'autre des deux langues." Autant vaut dire que le système n'est bon qu'à faire des ignorants!
Les unilinguistes ontariens, adversaires de l'enseignement et de l'usage de la langue maternelle comme langue première pour l'éducation, méconnaissent le principe de pédagogie le plus élémentaire et le plus fécond. Ils condamnent les enfants canadiens-français à l'ignorance et, ce qui est plus criminel encore, à la déformation nationale; ils obtiennent ce but en empêchant, par tous les moyens que leur donnent la force et l'autorité, le groupement des élèves par nationalité; en imposant aux petits Canadiens français, des institutrices de langue ou de mentalité anglaise, des manuels anglais; en un mot, en les forçant à changer pour une atmosphère étrangère, la douce et réchauffante atmosphère française.
C'est à cette tyranniquo oppression que les Canadiens français d'Ontario résistent depuis 1910 surtout, au prix des plus grands sacrifices et des plus magnanimes désintéressements.
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