EELATIONS DES VOYAGEURS FRANÇAIS
sur le même sujet: aveu empreint d'autant de modestie que de connaissance exacte de la situation. Du reste, le premier coup d'œil du lecteur un peu averti lui révèle qu'il s'agit ici d'une thèse à l'objet exclusif, et non pas d'un traité englobant tous les aspects, même accidentels, se pouvant rattacher à son sujet. Autrement dit, M. Marion n'a pas fait, ou refait, l'histoire du Canada, mais simplement et strictement un résumé, une récapitulation fidèle et sobre des diverses relations de voyageurs français en Nouvelle-France, ce qui n'exclut pas plus, on le pense bien, Joliette que d'Iberville, la Salle que Champlain. Et cette détermination fermement pratiquée, cette course solitaire et quelque peu rigide sévèrement suivie, font que le lecteur éprouve d'abord une certaine déception, une impression d'être maintenu à distance d'événements qui l'intéresseraient pourtant, auxquels il était accoutumé d'être mêlé, de gens qu'il aurait eu plaisir à rencontrer une fois de plus. Répétons-le pour plus de clarté, M. Marion suit ses explorateurs et ses apôtres dans leurs courses et ne se préoccupe pas de ce qui se pouvait passer en dehors de leurs itinéraires. Ainsi, lorsqu'il nous emmène à la suite de Marquette à la découverte du Père des fleuves, il oublie ce qui pouvait arriver à Québec au même moment, comme il fera, du reste, en suivant d'Iberville à la conquête des ports anglais de la baie d'Hudson. C'est donc moins une page, ou une époque d'histoire du Canada, qu'il nous présente là, qu'une carte blanche, sauf les contours, sur laquelle le crayon du Destin aurait suivi à la trace nos héroïques fondateurs, découvreurs et missionnaires et nos infatigables coureurs des bois. Nous irons même plus loin pour exprimer le regret qu'une carte reconstituée à même les documents de l'époque n'accompagne pas ces ''Relations", afin de les rendre plus sensibles à l'esprit et pour ainsi dire plus visibles.
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Hâtons-nous de dire cependant que le talent du compilateur-historien supplée autant qu'il était possible à cette lacune, peut-être inévitable. La manière de M. Marion, son style d'écrivain se rapproche en effet plutôt du chartiste sobre et net que de celui du chroniqueur fleuri et lyrique et peut-être cette précision un peu austère trouverait-elle avantage à se détendre un peu à l'occasion.
Relations de grands voyageurs, mais notre histoire en est pleine, et nous dirions, resplendissante! Un coup d'œil à la table des matières révèle l'impossibilité de leur rendre justice en nos lignes trop brèves; que l'on regarde seulement les noms; voici Jacques Cartier, avec les ''Récits" de ses premières traversées, François de la Roque, et Samuel de Champlain, aux interminables et toujours fructueuses randonnées; M. Marion s'est vu obligé de laisser de côté tant de ''substantifique moelle", pour courir à d'autres aventures avec Marc Lescarbot, le Père Biard et ses collègues Jamet, Le Caron, Le Clercq, le Frère Sagard, et déjà il tombe aux mains du P. LeJeune qui dix ans durant rédigea les premières et si substantielles Relations des Jésuites, qui firent tant pour faire connaître en Europe le jeune pays qui voulait tant grandir.
L'hommage que rend cependant M. Marion au fondateur de la colonie s'aligne en belle place à la suite de plusieurs autres signés de noms prestigieux. ''Doté d'une riche nature, d'un jugement sûr et calme, d'un esprit prompt et délié, d'un caractère éminent bien équilibré, Champlain a su comprendre les hommes et les événements. Il semble n'avoir rien laissé au hasard... Navigateur de génie, aussi hardi qu'expérimenté, il a traversé 26 fois l'océan sur des coquilles de noix, sans être victime d'aucun