‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 172 sur 232 · RELATIONS DES VOYAGEURS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

RELATIONS DES VOYAGEURS FRANÇAIS

il en donne, du reste, de plausibles explications. Mais ce n'est pas ce qui occupe nos découvreurs et voyageurs, non plus que leur docte jeune chroniqueur. Nous ne cesserons jamais d'admirer avec quelle absolue fidélité M. Marion s'attache au sujet qu'il s'est tracé. Nul ''ancien Canadien" ne l'intéresse s'il est stationnaire et n'écrit pas de relations de voyages ou tout au moins d'annales monastiques. Et nous passons sans transition de Bacqueville de la Potherie, dont ''chacun se souvirnt de n'avoir jamais entendu parler", dirait Veuillot, à Marie de l'Incarnation, dont l'âme haute et ferme embaumera toujours notre histoire comme un lys de France dressé sur un autel. Sous sa plume attentive, la vie canadienne se déroule comme en un miroir aux yeux du lecteur, et sans elle quantité de faits importants nous seraient restés inconnus. Mais la colonie aussi pouvait produire des annalistes féminines remarquables, et c'est avec une fierté plus grande encore que nous apprenons de M. Marion, (p. 126) qu'en 1662, "une adolescente de Québec, Marie Morin, âgée de treize ans et demi, fut la première Canadienne à se joindre à ce modeste groupe d'hospitalières françaises. Ayant persévéré dans son état et fait profession religieuse, elle fut chargée "par ordre", dit-elle, de rédiger les Annales de V Hôtel-Dieu de Saint-Joseph. Elle commença ce travail le 29 juin 1677, à l'âge de 48 ans. Son manuscrit a dormi dans les voûtes du monastère jusqu'en 1921."

Ce chapitre consacré aux grandes Canadiennes de la vie monî^stique se ferment sur cette réilexion de F. Marion: "La littérature canadienne-française se glorifie donc de compter, au nombre de ses pionniers, d'humbles femmes qui, par leurs écrits comme par leurs actes, ont préparé pour la colonie primitive un avenir égal au plus ambitieux des rêves.

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Viennent ensuite de rapides mentions des œuvres laissées par les Sulpiciens Trouvé, de Gallinée, Dollier de Casson, qui fut chargé de suivre M. de la Salle dans ses découvertes, ce qui ne l'empêcha pas de composer une Histoire de Montréal, livrée à l'imprimerie en 1859 seulement, et dans laquelle on trouve énumérés plusieurs des événements les plus importants. Par exemple, il y est noté qu'en 1651-54 M. de Lauzon succède à M. d'Ailleboust comme gouverneur. Les Iroquois redoublent d'audace: Lambert Closse, avec 24 Français, tient en échec et défait 200 ennemis. Marguerite Bourgeoys arrive avec ses compagnes d'enseignement. Puis une accalmie se produit et la paix est signée, bientôt rompue par une agression nouvelle de l'Iroquois. Il faudra que Dollard et ses compagnons les déconcertent par une apothéose de bravoure. Puis M. de Tracy part en guerre et M. Dollier le suit comme aumônier, ce qui ajoute à l'intérêt de sa relation. Et nous voici rendus aux voyages de Pierre Radisson à la baie d'Hudson, de la Salle au Mississipi, du Père Albanel au lac Saint-Jean, ou Pikouagami, dont il est dit; ^'Ce lieu est beau, les terres paraissent bonnes et il y a de belles prairies. C'était autrefois l'endroit on les nations, situées entre les deux mers, faisaient leur commerce; j'en ai vu plus de vingt assemblées.^'

Il existe aujourd'hui, au milieu d'une population de plus de 30,000 âmes établies en effet sur de "bonnes terres" et de ''belles prairies", un canton Albanel qui perpétue le nom du grand apôtre de la foi catholique et du courage canadien; et il n'y a guère de changé dans la topographie locale que le nom de la rivière Ashwapmuchuan, dont le bon peuple du Lac-St-Jean moderne a fait plus commodément la "Saint-Machoîne", appellation pieuse à laquelle il semble que du haut du ciel le bon Père des Pikouagamiens

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