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L ŒUVRE POETIQUE D ALBERT L02EAU

dans ses cartons une cinquantaine de pièces inspirées par la nature: elles paraîtront dans l'édition générale des Œuvres de l'auteur. On remarque, à mesure qu'il avance, plus de sûreté de plume, plus de maîtrise de la langue, plus de fermeté dans l'art si difficile de faire de bons vers, des vers qui traduisent, sans plus, tout ce que renferme l'esprit ou le coeur.

Tout le talent d'Albert Lozeau est fait des insuffisances dont il se plaint lui-même. Ce serait folie de chercher dans ses oeuvres les couleurs puissantes, le souffle vigoureux, la musique à grand orchestre, même lorsqu'il s'essaye à traiter de grands sujets.

Le secret du charme singulier qui se dégage de ses livres est tout autre: ce sont des pastels, des aquarelles d'une touche légère, avec des tons atténués; c'est la manifestation discrète d'une âme prompte à la joie, prompte aux larmes: églogues fraîches, élégies pénétrantes, tels sont ses genres préférés. Il ne parle, à l'ordinaire, que des choses les plus simples, les plus quotidiennes, avec une grâce naïve: poésie diaphane, faite pour les délicats.

Albert Lozeau doit tout à lui-même; parti de rien, sans instruction supérieure, en proie à la maladie, il s'est élevé peu à peu jusqu'aux régions sereines de la pensée et de l'art. Épris de beauté humaine et de mystère divin, poète doublé d'un croyant, il n'aura pas fait oeuvre vaine: ses lecteurs, surtout ceux qui souffrent, trouveront toujours en lui un ami tendre et compatissant.

Abbé F. Charbonnier, Docteur es lettres, Lauréat de V Académie française*

Peu de pays exercent sur les étrangers autant d'attirance que la France. Son climat tempéré, ses sites merveilleux, les richesses de ses bibliothèques, la renommée de ses penseurs et de ses écrivains, l'éclat de son haut enseignement, la magnifique floraison d'œuvres sociales qu'y a fait naître la foi catholique, lui amènent chaque année un nombre élevé de visiteurs.

Pour nous, Canadiens, à ces attraits s'en ajoute un autre, non moins puissant: les traces de nos ancêtres. Nous les rencontrons partout, dans chaque région : ici ce sont les mœurs, là de pieuses et touchantes traditions, ailleurs les maisons mêmes qu'habitèrent les fondateurs de notre race. Ces endroits méritent qu'on s'y rende en pèlerinage, qu'on accoure y retremper son patriotisme.

Tel est bien le cas pour Vauvert, dans le département du Gard, en Provence. C'est le pays de Montcalm. Il conserve les souvenirs de son enfance: le château familial où survint sa naissance, la vieille église où il fut baptisé, les champs où tout jeune il prenait ses ébats. Â visiter de tels lieux, à y faire revivre dans ce cadre catholique et français la figure du grand général, à mettre pour ainsi dire ses pas dans les siens, on réconforte son ame, on lui infuse comme une force latente qui l'aide à se hausser.

Tout progrès en effet, pour être vrai, doit être normal. L'individu et la race, par exemple, ne grandiront véritablement, comme le démontrait ici même en décembre dernier Sa Grandeur Mgr Léonard, que s'ils se développent dans le sens de leur tempérament et de leurs traditions. Or c'est

y contribuer que de prendre contact avec les grands ancêtre?, avec ceux qui modelèrent notre âme nationale.

C'est pourquoi le pèlerinage canadien organisé l'an der-, nier par l'agence Cook, à l'occasion du XXVIème congrès eucharistique international, voulut faire une halte à Vauvert. Nous passions non loin de là, à Nîmes, en route vers Rome. Ne pas dévier quelque peu de notre chemin pour aller rendre hommage au vaillant défenseur de Québec eût été une faute impardonnable. Nous nous gardâmes de la commettre. Le projet, aussitôt suggéré, fut bien accueilli. Et dans l'avant-midi du 12 mai, une dizaine d'automobiles nous transportaient au pays de Montcalm.

De quoi causer le long du voyage qui dura environ une heure, si ce n'est du héros de la fête ? Nous revécûmes l'épopée glorieuse que fut la carrière du grand général au Canada. Et dans une joute amicale deux de ses admirateurs débattirent à quel moment de son existence il avait été le plus grand: à Carillon où vainqueur il fait dresser une croix et rend au Christtoutl'honneur delà journée..., sur les plaines d'Abraham où, vaincu par la trahisonet la force du nombre, il lutte jusqu'au dernier soufPe de sa vie qu'il offre généreusement pour son pays . . ?

Mais nous sommes arrivés en face du monument élevé au héros, dans la petite municipalité de Verdrix. À notre grand étonnement, le village est en liesse. Prévenus de notre visite, les habitants ont voulu prendre part à la fête. Ils sont là assez nombreux. Â leur tête, le curé de Vauvert et le secrétaire de la municipalité, remplaçant le maire absent.

Du coup notre humble manifestation prend des proportions inattendues. Puisque c'est une fête française, il y faut des discours. Ils se succèdent brefs et chaleureux. Français et Canadiens louent à tour de rôle celui qui jeta sur les deux pays le lustre de sa vie héroïque et croyante. Puis

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deux gerbes de fleurs sont déposées au pied du monument: Tune au nom de la Société Saint- Jean Baptiste, de la Société historique et de V Action française de Montrésil, représentées par quelques-uns de leurs membres; l'autre au nom des habitants de Verdrix. De leurs parfums mêlés monte vers Montcalm l'hommage de ses deux patries reconnaissantes. Et l'hymne national ''O Canada" termine la cérémonie

Mais ce n'était là qu'une première étape Le curé de Vauvert aurait eu bien de la peine à nous pardonner si, rendus à quelques milles de son église, nous ne les eussions parcourus pour lui faire une courte visite. Nous y voici, après avoir salué en passant le château de Montcalm dont la masse impesante se dresse dans un cadre sévère.

La première église érigée à Vauvert était consacrée à la Vierge. Elle reçut de nombreux pèlerins. Des rois y vinrent: saint Louis s'embarquant pour la croisade, François 1er, Charles IX. En 1305 on y vit même un pape, Clément V. Mais les guerres de religion la détruisirent au XVIème siècle.

L'église nouvelle, celle qui existe encore aujourd'hui, ne devait être construite que cent ans plus tard. Fléchier, évêque de Nîmes, la bénit en 1689 Et le culte de Notre- Dame de Vauvert retrouva ses fidèles. Montcalm en fut sans doute, étant d'une famille pieuse, et porté lui-même à la dévotion. Il dût venir souvent s'agenouiller devant l'image de la madone et répéter ces quatre vers qu'y inscrivit quelque artiste provençal:

Elle est mère, elle est vierge, cette belle princesse. Elle tient son cher Fils, Jésus, notre Sauveur, Et d'un doux entretien, le prie et le caresse De voir tous les mortels de son œil de douceur.

Rien cependant ne rappelle ici le souvenir du grand général, l'un des plus illustres fils de Vauvert. C'est cet

oubli que veut réparer Texcellent curé. Il nous le confiait lors de notre passage. Il vient de nous le redire dans une lettre récente. Et c'est sur nous, Canadiens français, qu'il compte pour mener à bon terme son projet. Il a raison. Cet honneur nous revient. Ses desseins d'ailleurs sont modestes Il voudrait une simple plaque faisant face à celle qu'on érigeait dernièrement aux morts de la grande guerre et rappelant celui qui donna, lui aussi, sa vie pour sa patrie. Un pèlerinage canadien doit passer cet été par Vauvert. La. Ligue d'Action française y sersi représentée. Ne seraitce pas une excellente occasion d'inaugurer cette plaque ? Il serait facile, je crois, de recueillir dès maintenant les fonds nécessaires. Une fois de plus, nous aurons été fidèles à notre devise : Je me souviens. ^

Joseph-Papin Archambault, S. J.

^ Depuis que ces lignes ont été écrites, le comité des Amitiés françaises à décidé que l'inauguration de la plaque en l'honneur de Montcalja aujait lieu le 15 juillet prochain, lors du passage du groupe Canadien. Il en a, paraît-il, assumé lui-même les frais — (Note de l'auteur).

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