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STEEL ET DUPUIS

A propos de la déconfiture du "second Woolvvorth ", la Renie rappelle que L.-R. Steel eût besoin de $23,500,000 de capital, pour faire l'année dernière un chiffre d'affaires de $10,000,000, et elle ajoute ces justes réflexions :

"Avec son seul crédit bancaire (ou à. peu près), Dupuis, dans l'année terrible (1921), faisait pour $4,059,000 d'atîaires et un bénéfice de $200,000. 11 dirige une entreprise fondée il y a 55 ans sans argent, et qui, néanmoins, dans les pires crises commeniali s:, a toujours fait honneur à ses obligations. Il offre à ses actionnaires privilégiés plus de garanties que n'en présente aucun dos titres d'action cotés à la Bourse. Mais il a le grand tort d'être Canadien français; si c'était un Américain très charlatan, pas trop honnête, et surtout, rien sous les pieds, il trouverait tout de suite cinq millions chez nos compatriotes."

La génération de Jules de Lantagnac a-t-elle manqué, oui ou non, de formation patriotique? Un professeur de Québec a remis, l'autre jour, la question devant le public. Et des lecteurs de V Action française invitent Jacques Brassier à s'expliquer plus longuement.

Nous ne revenons qu'avec assez de répugnance sur un sujet délicat entre tous. Il serait malheureux qu'une telle polémique diminuât en quelque chose l'auréole de vieux Hiaitres dont la plus grande infortune fut, en somme, d'avoir été de leur temps. Contre les lacunes presque inévitables de leur enseignement, personne, croyons-nous, ne les a défendus avec plus de respect que le directeur de V Action française, dans le premier chapitre (.VU ne croisade d'adolescents. Mais enfin la vérité historique a ses droits. Et nous le répétons une fois de plus: le mérite de nos vieux éducateurs n'a pas besoin d'être défendu aux dépens de la vérité.

Pour éclairer ce point d'histoire nous allons apporter, nous aussi, des témoignages et des faits.

LES TÊMOIGxNAGES

Un témoignage que le professeur de Québec s'est bien gardé d'invoquer, c'est celui même de M. l'abbé Camille Roy. En l'année 1904, soit quatorze ans après que la génération écolière de Lantagnac eut pris le large, M. l'abbé Roy ne croyait point, à ce qu'il semble, que les petits jeux littéraires des académies collégiales dussent suffire, même à Québec, pour la formation du patriotisme. L'éminent

professeur réclamait encore, même en ce temps-là, ''une éducation plus nationale", par un enseignement moins étriqué de l'histoire et de la géographie du Canada. ^ Un élève du petit séminaire de Québec, M. Antonio Perrault, écrivait, du reste, vers le même temps, dans la Vérité, (1er déc. 1905):

Je sais des jeunes hommes qui en se ralliant à rA.C.J.C, il y a trois ans, entendirent parler pour la première fois du rôle social à remplir en ce pays. Ils avaient traversé les collèges, écouté discourir sur la question sociale, voire le socialisme, comme de points noirs étrangers à notre pays; ils avaient noté que, si la Providence ne les appelait pas au sacerdoce, ils devaient "aller dans le monde" et s'j' tenir du côté du vrai et du bien. Mais de carrière libérale vue et pratiquée de haut; mais de rôle politique ou social rempli pour le peuple et dans l'intérêt vrai du pays; mais de défense active, intelligente, raisonnable et partant efficace du cathohcisme et des traditions de notre race, ils n'avaient peu ou point entendu parler, et en tous cas, n'avaient sur ces questions rien de précis ni de ferme.

Nous voulons bien que M. Antonio Perrault s'en prenne avant tout à l'éducation sociale de son temps. Mais certaines expressions vont beaucoup plus loin: ses plaintes s'adressent aussi à l'éducation du patriotisme. Or, de tels jugements, M. l'abbé Roy a-t-il cru qu'on pût les écarter d'un trait de plume ? Commentant ces paroles de M. Perrault, qu'il trouvait ''un peu sévères peut-être", il ajoutait très loyalement qu'il "n'y a guère de personnes qui puissent mieux que nos élèves nous juger, et constater, à l'entrée de la vie, les lacunes de la formation que nous leur avons donnée". ^ Puisque ces témoignages valent à tout le moins des archives d'académie, nous allons donc en citer quelques autres, car nous croyons que M. l'abbé Roy a

^ Voir cette page de l'abbé Roy, dans notre dernière livraison, pp. 121-123.

^ Abbé Camille Roy, Nouveaiix essais sur la littéi'ature canadienne, p. 321.

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raison d'accorder à l'enseignement de l'histoire et de la géographie nationales plus de valeur éducative qu'aux essais fantaisistes des petits parlements-écoles. Et voilà pourquoi nos témoins ne répondront que sur l'efficacité du véritable enseignement.

Ce n'est pas la première fois que cette discussion est portée devant le public. Il y a déjà dix ans, en 1913, M. Henri Bourassa qui avait pu constater, autour de lui, quelques ignorances plus particulières aux hommes publics, pouvait écrire:

Il faut bien l'avouer, l'enseignement de cette histoire (celle de l'Angleterre et du Canada) fait de manière à inculquer à la jeunesse canadienne la connaissance véritable des droits et des obligations du peuple canadien, est déplorablement défectueuse, ou plutôt inexistante, dans nos maisons d'enseignement secondaire et supérieur, anglaises comme françaises. {Devoir, 3 sept. 1913).

MM. les abbés Groulx et Chartier se portèrent alors à la défense de notre enseignement secondaire. Mais l'un et l'autre, à qui l'on accordera peut-être qu'ils savaient un peu ce qui se passait dans leurs collèges, durent donner raison à M. Bourassa pour le passé. M. l'abbé Emile Chartier écrivait entre autres choses :

Nous l'avouons: avant 1891, avant 1900 même, les faits et gestes de Sémiramis, d'Alexandre, de César et de Napoléon, nous étaient plus familiers que les exploits militaires de Salaberry, de Montcalm et de Doilard, que les prouesses parlementaires des Bédard, des Lafontaine et des Cartier. Mais aussi, qui eût cru, alors, que nos annales eussent de quoi séduire le cœur des petits Canadiens ? Qui eût pensé à en faire un instrument d'éducation ? Entendait-on parler beaucoup du Canada à l'école primaire? L'étonnant, c'est que les collèges n'eussent pas emboîté le pas. {Devoir, 10 nov. 1913).

Un ami nous fait passer sous les yeux une lettre toute récente d'un Père Jésuite qui fut contemporain de Lantagnac. Voici ce que lui écrit le révérend Père, en toute Uyauté:

Le bon apologiste (il s'agit du critique de V Événement) crie à la calomnie contre le clergé, à propos de l'éducation du patriotisme. N'empêche que ceux qui fii'ent leurs études classiques de mon temps — entre 1830 et 1888 — savent fort bien qu'on souffrait alors d'une grosse lacune à ce sujet, dans à peu près tous nos collèges, y compris ceux des Jésuites.

Veut-on lire, après cela, ce que nous écrit un prêtre éminent de Montréal qui n'a pas étudié au petit séminaire

de Québec:

Du temps de Lantagnac, on ignorait à peu près tout des réalités canadiennes. En géographie, on recherchait avec soin les sources du Rhône; il importait peu de remonter le Saint-Laurent jusqu'aux grands lacs. On apprenait par cœur les noms de tous les départements de la France: la province de Québec n'était pas jugée digne de retenir quelque peu notre attention. En histoire, on finissait par savoir qu'il y eut un jour une colonie française jetée sur nos bords; un ouragan emporta de l'autre côté de l'Océan, le drapeau français. La colonie française devint colonie anglaise. Elle l'était encore à cette date. Qu'en était-il advenu? Quels seraient un jour nos devoirs envers elle? A-t-on jamais à cette époque éveillé en l'âme de l'élève ses responsabilités de Canadien français, la fierté de sa race, le désir de la servir ? Si on l'a fait, je n'en eus, certes, jamais connaissance.

Ces critiques, qui prenaient la forme de regrets plus que de blâmes, nous les trouvons, encore aujourd'hui, sous la plume d'écrivains qui sont d'une génération postérieure à celle de Lantagnac. Un jeune journaliste de grand talent, qui n'est sûrement pas une mauvaise tête, M. Ferdinand Bélanger, de V Action catholique, a écrit tout récemment :

Dans nos maisons d'éducation qui furent, grâce au dévouement de notre clergé, les assises de la survivance canadienne-française, il y a bien quelques lacunes. Alonié de Lestres signale des manques importants dans la formation du patriotisme. Et c'est peut-être l'idée la plus courageuse et la plus vraie de tant de doctrines qu'il prêche en l'ormulea vigoureuses. (Apôtre, pp. K^5-137).

Ce procès de l'éducation nationale a été fait tout ré-

•cmment encore dans un roman paru à Québec. Cette

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fois la critique a presque le caractère d'une charge. Et cependant, faut-il le dire en passant? L'on ne voit pas que sur ce point, la critique québecquoise ait abominé ce roman, paru à Québec, avec les sévérités hautaines qu'elle réservait à V Appel de la race paru ailleurs.

Citerons-nous, pour clore ces témoignages, une parole encore plus étonnante quand on songe que l'homme qui l'a prononcée n'est nul autre que Mgr Adélard Lange vin, l'intrépide chevalier de l'Ouest: ''Avant de mettre le pied dans le Manitoba je ne savais pas, moi, ce que c'était que le patriotisme".

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