‹ L'Action canadienne-française (volume 3)Chapitre 5 sur 232 · H. DOMBROWSKI · texte numérisé non relu

H. DOMBROWSKI

Montréal, le 8 janvier 1923.

L^APPEL DE LA RACE

Le provincial d'un ordre religieux nous écrit : Cher monsieur,

Je crois vous être agréable en vous faisant connaître le jugement flatteur qu'un de mes correspondants de France porte sur i' "Appel de la Race". Dans une lettre datée du 2 décembre dernier, le personnage en question, dont vous m.e permettrez de taire le nom, s'exprime comme suit :.."J'ai lu le roman d'Alonié de Lestre. Et je comprends maintenant la question canadienne. Nous autres Français, nous ne soupçonnons pas les drames qui se jouent de l'autre côté de l'océan pour la défense de la langue française et de l'esprit catholique: le roman, qui est plutôt une thèse, chaude et vibrante, m'a éclairé mieux que les livres les plus documentés. Je vous assure que désormais je ne négligerai plus aucune occasion de m'instruire sur cet émouvant sujet... et quel est l'auteur?"

Vous pouvez toujours vous flatter de n'avoir pas écrit inutilement : bien sûr vous n'avez pas crié dans le désert! Les échos de votre appel ont été entendus jusqu'en France...

Et puisque j'y suis, pourquoi ne vous dirais-je pas ce qu'on m'a écrit de Rome, au sujet toujours de votre roman: "J'ai lu le petit livre d'Alonié de Lestres. Je le trouve merveilleux, tout simplement. Si j'étais riche, j'en mettrais un exemplaire, à mes frais, dans chaque famille canadienne, surtout chez les snobs du collège Loyola et.d' Ottawa." Ces témoignages ont bien, ce me semble, le mérite de la sincérité et sont dignes de la sainte hardiesse qui a inspiré l'^Appel de la Race".

M. Austen Chamberlain réunit, le 19 octobre, au Carlton Club, les unionistes de la Chambre des Communes pour obtenir leur adhésion au maintien de la coalition et de la coopération avec M . Lloyd George et les libéraux-nationaux. Le projet de M. Chamberlain échoue. Lord Salisbury, chef reconnu du mouvement Die-Hard, Sir George Younger, Sir Robert Sanders, etc., sont résolus à secouer le joug de M. Lloyd George. L'assemblée du Carlton Club par 187 voix contre 87 désavoue M. Chamberlain et ses collègues en décidant que le parti doit reprendre son indépendance complète. M. Bonar Law dont l'attitude était demeurée jusque là énigmatique intervient et prononce l'arrêt de mort de la coalition. Le publicista libéral, M. J. A. Spender, montre, dans la Westminster Gazette, l'extraordinaire confusion introduite par M. Lloyd George dans la vie publique britannique. La coalition ne fut pas autre chose qu'une '^cohue, à laquelle manquaient la discipline et la loyauté qui sont de règle dans les partis". Cette foule versatile a abandonné ses chefs dans un sauve-qui-peut général.

Dès qu'il apprit l'issue des débats du Carlton Club, M. Lloyd George démissionna. Le souverain chargea M. Bonar Law de former le ministère. La proclamation royale du 26 octobre prononçait la dissolution du Parlement, fixait la ''désignation" des candidats au 4 novembre et les "élections" au 15 du même mois.

Partisans et adversaires de la coalition se préparent à la lutte électorale. Le parti libéral indépendant (que l'on désigne sous le nom de Wee Free) pubhe son programme: paix et désarmement assures par la Société des Nations; abandon des aventures militaires au dehors; paix industrielle; libre-échange absolu; égalité politique et juridique de l'homme et de la femme; introduction de la représentation

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proportionnelle. M. Asquitli et Lord Grey mettent en lumière l'attitude désastreuse du gouvernement dans la crise orientale. Les ''leaders" des Wee Frees participent à d'importantes manifestations publiques organisées de longue main par Lord Gladstone.

Le parti libéral-national ou libéral-coalitioniste est dominé par M. Winston Churchill. Sa profession de foi paraît dans le Times du 7 novembre. L'ancien ministre des Colonies n'entend pas déserter M. lAoyà George et ''les conservateurs éclairés" qui sont en butte à de méchantes intrigues. Il parle de la nécessité d'améliorer la condition des ouvriers et dénonce le péril socialiste.

M. Chamberlain et les conservateurs coalitionnistes sont fermement décidés à perpétuer avec les libéraux nationaux le parti unioniste. Lord Birkenhead se refuse à combattre aux élections ses alliés d'hier.

A Leeds, M. Lloyd George fait l'apologie de la coalition. Il se présente comme un démocrate et ménage ses adversaires. Il est embarrassé de choisir entre la gauche et la droite. Il se contente de présenter une défense de ses propres actes et désappointe ses partisans. Le "vieil acteur" piétine sur place. A Londres, il paraît déterminé à créer un parti du centre afin de mettre obstacle au rétablissement de l'unité libérale et de l'unité conservatrice.

I^e parti conservateur est bien armé. M. Bonar Law et ses partisans affirment leur fidélité aux traditions et leur espoir de rendre aux tories la place qu'ils occupaient au temps de Disraeli. Le premier ministre adresse aux électeurs de sa circonscription de Glasgow (Centre) un manifeste. Il préconise la réunion d'une conférence économique impériale. Il se préoccupe du développement commercial et industriel, de la suppression du chômage, de la stabilité à l'intérieur et à l'extérieur qui permettra à l'esprit d'entre-

prise et à l'initiative des citoyens de se donner libre cours. En réalité, le nouveau ministère ne présente à la nation qu'un programme inconsistant et vague.

Au contraire, le parti travailliste publie une déclaration précise qui comporte la révision des traités de paix, la participation de toutes les puissances au règlement des affaires orientales, la conclusion d'un accord général sous les auspices de la Société des Nations pour la réduction des armements, l'établissement d'un impôt sur le capital, la nationalisation des mines et des chemins de fer, l'augmentation des salaires agricoles, le respect du Parliament Act. Le Travail, dit M. Arthur Henderson, déclare la guerre à l'entreprise privée.

La campagne vigoureuse que mène le Labour Party est soutenue et alimentée financièrement par les comités locaux, les '^trade-councils" du parti travailliste indépendant et des grandes ''trade-unions". Le 1er novembre 1922, les élections municipales en Angleterre, en Ecosse et dans le pays de Galles marquent la défaite des travaillistes. Depuis 1919, ils occupaient une situation très forte dans les ''borough councils" anglais et gallois. Le dernier scrutin leur fit perdre environ 300 sièges. Dans onze quartiers de Londres, ils n'ont plus aucun représentant. Cette défaite est surtout imputable au mécontentement provoqué par les extravagances auxquelles se sont livrés les Conseils municipaux où les travaillistes avaient la majorité. L'envoyé du Times à Manchester écrit: ^^11 ne faut pas attacher une 'importance trop considérable à Véchec du Travail aux élections municipales car beaucoup de jeunes gens qui passent pour être gagnés aux idées socialistes possèdent seulement le droit de v^te aux élections parlementaires,^^

Le 4 novembre, ''nomination day", 56 candidats ne rencontrant aucun concurrent sont proclamés élus: on

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compte 30 conservateurs, 7 libéraux-nationaux, y compris M. Lloyd George, 5 libéraux indépendants, 3 travaillistes, 10 unionistes d'Ulster, 1 nationaliste irlandais. Il reste à pourvoir 558 sièges que se disputent 1458 candidats dont: 461 conservateurs, 414 travaillistes, 336 libéraux indépendants, 135 libéraux-nationaux, 13 unionistes irlandais, 57 indépendants, 32 femmes.

Les élections du 15 novembre portent au pouvoir les conservateurs qui, pour la première fois depuis 1874, ont une majorité nette de plus de 80 sièges. La position du parti de M. Bonar Law est particulièrement solide à Londres, dans le sud de l'Angleterre, les Midlands et le Lancashire. Les libéraux (nationq-ux et indépendants) sont déçus. Les partisans d'Asquith ne comptent que 60 élus. Ceux de Lloyd George possèdent une cinquantaine de sièges. Les collaborateurs les plus notoires de M. IJoyd George furent défaits: M. Winston Churcbchill, à Dundee, M. Kellaway à Bedford, M. Guest à Dorset-Est, M. Dudley Ward à Southampton, Sir Hamar Greenwood à Sunderland. Cette défaite fera peut-être comprendre aux libéraux la nécessité d'une réconciliation. Pour l'instant, ce grand parti historique s'efface devant le Labour Party. Le grand vainqueur des élections, déclare Sir Hamar Greenwood, c'est le parti travailliste. Fondé en 1900, il a fait d'importants progrès:

Élections Nombre de sièges

1910 (janv.) 40

1910 (déc.) ;. 42

Les travaillistes réalisent leurs gains principaux en Ecosse, à Sheffield, dans la région nainière du Yorkshire, du Durham, du Korthumberland. Ils partagent le Lancashire avec les conservateurs. Un tableau de la répartition des suiïrages fait voir la situation respective des partis devant l'opinion publique.

Novembre 1922 TOTAL DES VOIX

Conser- Libéraux Libéraux

vateurs indé- nationaux

BOURGS pendants

Nord 1,131,673 679,300 242,166

Londres 570,928 217,888 95,052

Autres bourgs anglais. . 925,627 391,233 177,212

Pays de Galles 58,124 31,652 34,282

Ecosse 226,557 182,506 155,541

Universités 11,954 2,603

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