LE PROBLEME AGRICOLE
Le problème agricole est devenu chez nous de la plus grave actualité. Une double désertion de la campagne exerce de nouveau ses ravages; l'on s'en va vers les villes et l'on s'en va à l'étranger.
D'oît vient cette épidémie f D'oii vient cette haine de la terre ? Ce n'est pas répondre à la question que de faire voir le même fléau sévissant dans toutes les provinces canadiennes. A ce mal il y a sûrement des causes d'ordres divers. C'est parce qu'il manque de science agricole, qu'il tient mal sa comptabilité, qu'il ne sait que faire de ses fils et de ses filles, qu'il regarde la colonisation comme une lâche surhumaine, qu'il n'est pas aidé d,' institutions corporatives, que la main-d'œuvre lui coûte trop cher, qu'il vend ses produits à perte et n'équilibre point son budget que l'habitant déserte la paroisse. Mais les causes d'ordre moral n'y sont-elles pas aussi pour quelque chose ? Comment expliquer cette facilité légère avec laquelle on s'exile, n'emportant plus rien dans son âme de l'émouvante nostalgie de l'émigré de 1850 f D'où, vient cette défense si molle contre la fascination de la ville à laquelle on cède depuis trente ans ?
Le mal est des plu^s graves. La perte de notre classe rurale c'est la perte de l'une de nos meilleures forces. Si elle s'eidasse dans les villes, c'est rabaissement fatal de la moralité et de la natalité; c'est la décadence de la famille; c'est la chute de nos meilleurs espoirs.
À l'œuvre, hommes de pensée et hommes d'action ! Il y a chez nous un problème agricole, le plus troublant de nos problèmes. Sortons de notre optimisme et de notre insouciance. Une désertion du sol en des proportions si considérables est le signe d'une province qui ne se porte pas bien. Cherchons le remède loyalement et appliquons-le sans retard.
L'Action française.
Vol. IX, No. f)