DANS LA SOCIETE
Une vieille théorie paradoxale, que Rousseau a reprise à son compte et développée dans une oeuvre fameuse, veut que rhomme soit venu sur la terre naturellement bon et que seule la société de ses semblables l'ait perverti. D^où l'innombrable phalange d'utopies concernant la réforme sociale.
Nous vivons en société, voici le fait. Nous n'avons qu'à ouvrir les yeux pour le constater. Est-ce là un résultat provenant uniquement ou principalement de la libre volonté ou du seul consentement des hommes, comme le voulait l'auteur du Contrat Social? N'est-ce pas plutôt la conséquence de l'inexorable loi de nature, où la volonté humaine n'a rien à voir, qui pousse les hommes à vivre ensemble afin de se prêter le secours ou le concours mutuel dont ils ont besoin, d'abord pour exister, puis pour développer et cultiver les diverses facultés dont ils apportent les germes en 'naissant, enfin pour jouir pleinement des biens que le Créateur a répandus à profusion sur la terre ? De nature, l'être humain est essentiellement social. Voilà encore un fait indiscutable, de constatation quotidienne. Les individus ainsi groupés ont formé d'abord la société familiale. La réunion des familles a amené progressivement la formation d'agglomérations humaines. Cette vie en société comporte nécessairement des droits et des devoirs variables suivant les différentes formes sous lesquelles se manifestent les rapports des individus avec leurs semblables. Considérons l'être humain en tant qu'être social. Voyons-le sous les
divers aspects qu'il peut présenter à nos yeux, suivant l'angle où nous l'observons. C'est à la fois un fils et un père, un époux et un frère, d'où les droits et les devoirs résultant de la société familiale. Cet individu travaille ou fait travailler; c'est un patron ou un employé; il achète ou il vend; il est propriétaire ou locataire. Ces diverses relations économiques créent des droits et des devoirs. Mais cet homme est également un citoyen, habitant d'une ville ou d'un village, qui vote ou qui se porte candidat à quelque poste dans le gouvernement de la cité; qui paie taxes et impôts; qui s'adresse à la justice pour revendiquer un droit ou qui préside le tribunal. Voilà la société civile et politique qui a également ses droits et ses devoirs.
Les études précédentes nous ont fait voir la valeur du catholicisme pour le progrès moral de l'individu et celui de la famille; voyons tout ce qu'il peut être pour la famille sociale qui a nom la cité.
Ce chapitre des moeurs politiques ferait à lui seul l'objet d'une longue étude. Raccourcissons le débat et sans avoir la prétention d'y ajouter rien de bien neuf, voyons un peu ce que sont et surtout ce que devraient être ces moeurs dans un état catholique.
Le foyer famiHal a préservé le coeur du jeune enfant, réchauffé les bons sentiments et les vertus que le Christ y a déposées à sa naissance et que les parents, gardiens naturels, ont vus s'épanouir avec une joie grandissante. L'école et le collège ont donné à l'esprit du jeune homme le complément nécessaire au plein épanouissement de son intelligence et de ses aptitudes; ils l'ont préparé à jouer dans une sphère plus ou moins modeste le rôle de bon citoven.
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Voici donc agrandi le cercle de ses activités. L'homme a cessé de voir son individualité ensevelie dans celle de ses père et mère; ses intérêts personnels sont maintenant en contact journalier avec ceux dp ses concitoyens; et dès qu'il atteint l'âge de majorité, la loi lui reconnaît un droit dont il est fier d'user, celui de jeter dans l'urne électorale le bulletin de vote qui portera tel ou tel candidat au poste de collaborateur ou de chef de l'administration de la chose publique. De ce droit il importe pour l'électeur d'user avec intelligence, avec honnêteté, avec sagesse. C'est une arme redoutable, dont, hélas î bien peu paraissent se douter souvent. Est-il nécessaire de souUgner que celui qui vend son vote, vend sa conscience, se dv'shonore à ses propres yeux et fait oeuvre mauvaise en ce qu'il devient le complice d'un être aussi vil que lui, l'acheteur? Il nous vient à l'esprit la phrase célèbre d'un de nos pohticiens: ''Une élection ne se fait pas avec des prières." Faut-il conclure que sans argent pour payer le vote de cette partie de la population qui se désintéresse de la chose publique, il soit impossible de faire une honnête élection? Les résultats, connus du public, permettent de répondre dans l'affirmative, dans un grand nombre de cas. C'est chose Abeille, sinon comme le monde, du moins autant que le système électif lui-même. Les bourgs pourris d'Angleterre ont fourni un triste chapitre de l'histoire du dernier siècle, et certains districts électoraux de chez nous pourraient mériter le même qualific£itif. Il y a toutes sortes de manière de trafiquer de son bulletin de vote. D'aucuns en exigent trente deniers, comme Judas réclamait des princes des prêtres le prix de sa trahison; d'autres se contentent d'un verre d'alcool ou vendent au candidat un veau pour le prix d'un boeuf.
Mais ceux-là se rendent-ils compte de l'ignominieux marché autant que celui qui, directement ou par l'intermé-
NOTKE INTÉGRITÉ CATHOLIQUE... 261
diaire d'un agent sans conscience, stimule ce commerce, verse le prix de la trahison ou en profite ? D'habitude chez le candidat on s'attend de rencontrer une instruction plus étendue, une éducation plus raffinée, un caractère plus trempé; mais trop souvent quel spectacle n'offre-t-il pas? Intelligence plus grande, mais rouerie plus grande aussi; conscience élastique, égoïsme d'arriviste pour qui tous les moyens sont bons. Et tel qui devait par le rang qu'il occupe et l'influence qu'il commande, donner au peuple l'exemple d'une honnêteté à toute épreuve, n'est qu'un vulgaire acheteur de votes tout prêt à vendre à son tour sa propre voix. Celui qui se dit catholique chez lui, dans sa famille, à l'église, dans les manifestations publiques, et qui dans la coulisse se fait trafiquant des consciences, la sienne comprise, ne mérite-t-il pas plutôt un prix d'hypocrisie ? Se rend-il compte celui-là de la portée ultime de ses actes? Ne sera-t-il pas tout naturellement enclin à sacrifier le bien et les biens de la nation pour une poignée d'écus ? C'est à croire que les traditions chrétiennes que nous ont léguées nos ancêtres s'affaiblissent graduellement, à mesure que passent les années. Récemment on portait au cimetière la dépouille mortelle d'un ^'ieillard de chez nous qui joua dans la politique un rôle éminent. Tous les journaux et toutes les bouches se plaisaient à répéter à cette occasion — res miranda pop^do — que ce vénérable citoyen avait été toute sa vie la personnification de l'honneur et que la politique ne l'avait pas enrichi. Cette belle unanimité à souligner ce dernier trait, porte le lecteur à croire que pareils exemples sont rares, et le rend plutôt rêveur.
''Si jamais, jeunes gens, vous devez arriver aux chambres de votre pays, disait un orateur à un congrès de jeunes catholiques tenu dans notre province en 1909, entrez-y toujours par la porte large ouverte de la volonté populaire,
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jamais par le soupirail étroit de la corruption électorale." Voilà de fières paroles qu'il faut savoir répéter souvent. Et une fois entré dans l'enceinte parlementaire, le député catholique ne doit pas craindre d'arborer ses vraies couleurs. Dans les conflits entre le capital et le travail il doit se souvenir qu'il existe un guide admirable dans l'encyclique '^Rerum Novarum" de Léon XIII. Il lira dans ces pages, vieilles déjà de près d'im demi-siècle, mais toujours neuves par les idées de justice et d'humanité qui jaillissent de chaque ligne, ''que l'homme n'est pas fait pour servir la machine, mais la machine pour servir l'homme; qu'il ne se doit pas trouver d'intérêts assez puissants pour justifier les abus du machinisme tel que la destruction du foyer familial et la dégénérescence de la race par le travail des femmes et des enfants et le travail de nuit dans les fabriques, la violation de la loi divine du repos dominical, l'insuffisance de salaire et l'exploitation capitaliste". ^
La lettre des évêques de la province ecclésiastique de Québec, sur le travail du dimanche vient à son heure. Souhaitons que nos députés catholiques sachent montrer la fermeté nécessaire devant l'insolence de quelques capitalistes étrangers à notre langue et à notre religion et qui chez eux, dans Ontario, seraient vite mis à la raison, si, d'aventure, ils voulaient forcer leurs ouvriers à travailler le jour du Seigneur sans aucune nécessité.
Nos moeurs politiques ont besoin d'être assainies. Personne ne le niera. Les politiciens les premiers le reconnaissent; des lois ont été passées qui exigent l'affichage des dépenses électorales de chaque candidat. Â lire ces chiffres, pour la plupart très modestes, en regard du déploiement d'activités coûteuses et ordinairement bien payées,
^ Gayraud, Les démocrateslchrétiens.
parce que payées d'avance chez beaucoup de candidats, le bon populo a raison de se demander si ce n'est pas là une farce ajoutée^à bien d'autres. Rappelons aux législateurs catholiques ces belles paroles de Léon XIII:
''Ceux qui rédigent des constitutions et font des lois doivent tenir compte de la nature morale et religieuse de l'homme, et l'aider à se perfectionner, mais avec ordre et droiture, n'ordonnant ni ne prohibant rien sans avoir égard à la fin propre de chacune des sociétés civile et religieuse. l'Église ne saurait donc être indifférente à ce que telles ou telles lois régissent les États, non pas en tant que ces lois appartiennent à l'ordre civil et politique, mais en tant qu'elles sortiraient de la sphère de cet ordre et empiéteraient sur ses droits. L'Église a encore reçu de Dieu le mandat de s'opposer aux institutions qui nuiraient à la religion, et de faire de continuels efforts pour pénétrer de la vertu de l'Évangile les lois et les institutions des peuples. Et comme le sort des États dépend principalement des dispositions de ceux qui sont à la tête du gouvernement, l'Église ne saurait accorder ni son patronage ni sa faveur aux hommes qu'elle sait lui être hostiles, qui refusent ouvertement de respecter ses droits , et qui cherchent à briser l'alliance établie par la nature même des choses entre les intérêts religieux et les intérêts d'ordre civil. Au contraire, son devoir est de favoriser ceux qui ont de saines idées sur les rapports de l'ÉgHse et de l'État, et s'efforcent de les faire servir par leur accord au bien général." ^
Les membres des diverses professions libérales jouent dans l'organisation de la Cité, un rôle do premier ordre.
' Encyclique Sapientiae Christianae.
Les législateurs ont de tout temps recruté chez eux leurs sujets les plus brillants. Et de nos jours il semble que le champ de leurs activités ou de leurs ambitions se soit étendu, car ils fournissent de plus en plus d'excellentes recrues à la grande industrie, à la finance et même au commerce. De l'importance de leur rang dans la hiérarchie sociale et surtout de l'influence de leurs gestes et de leur attitude, il semble que la meilleure preuve soit l'acharnement déployé par les Bolchévistes de Russie pour les détruire et les exterminer à jamais. Dans une société catholique, les classes professionnelles doivent franchement harmoniser leur conduite avec leurs croyances; c'est chez elles surtout que la conscience doit être droite, le jugement sain, l'honnêteté inattaquable. Chez les notaires, héritiers de ces vieux tabellions que le régime français avait transplantés chez nous, doit exister bien vif le désir de conserver à leurs clients une vieille fortune ou des épargnes souvent péniblement gagnées. En maintes occasions, par de bons conseils, ils éviteront que des membres d'une même famille s'aillent brouiller à jamais pour un petit héritage ou parfois une simple vétille. Et surtout, ils ne se feront pas les serviteurs aveugles d'individus qui moj^ennant finances, voudront les rendre complices de conventions ou de contrats où la justice et l'équité seraient outragées. Ils se souviendront qu'ils sont des témoins. Quant aux disciples de Thémis, ils ont déjà, paraîtil, à combattre la tendance qu'ont certaines gens à les calomnier. Déjà, dans des temps reculés, on disait du mal d'eux, s'il faut en croire le bréviaire romain qui prend la peine de préciser que Saint- Yves, leur patron, était un honnête avocat, — ''advocatus sed non latro — ". Il se présente des cas oij la conscience du praticien catholique est mise à l'épreuve. Il ne s'agit pas évidemment ici de discu-
ter la fameuse thèse qui nous montre, par exemple, un homme intelligent et au coeur droit et qui par devoir professionnel réussit par son talent à faire acquitter un individu qu'il sait être coupable de crime. Du divorce il ne sera pas davantage question, car la doctrine catholique ne l'admettra jamais. Mais il se présente des cas où l'honneur d'un individu ou d'une famille, ou la fortune de l'un ou de l'autre est en jeu et un bon avis qui sera moins rémunérateur qu'un procès, il est vrai, peut sauver la situation. Le Barreau doit être le défenseur du Droit et de la Justice. Chez nous dans notre province catholique et française, il doit joindre à l'intégrité la plus inattaquable, une pointe d'idéal nécessaire pour réagir contre l'ambiance matérialiste de nos voisins.
Les médecins sont certainement de tous les professionnels en contact plus fréquent et plus intime avec la population. Est-il nécessaire d'appuyer longtemps sur les devoirs qui leur incombent, outre celui d'exceller dans leur vocation, afin d'arracher à la maladie et à la mort le plus grand nombre de vies possible. L'influence du médecin au point de vue moral est considérable. Si la simple loi naturelle défend au médecin chrétien l'emploi de certaines méthodes que la loi des statuts qualifie de criminelles, que faut-il penser de ce médecin qui se dit catholique et qui, par mollesse de caractère et surtout par l'espoir d'un gain à la fois facile et élevé, consent volontiers à supprimer la vie avant qu'elle éclose? Ou encore comment qualifier la conduite de cet autre qui connaît les dangers des drogues et des narcotiques, qu'on ne manipulait autrefois qu'avec grande précaution, et qui ne craint pas d'en distribuer à droite et à gauche à des malheureux que guettent la foUe et la mort? Ceux-là sont des criminels que les tribunaux
punissent sévèrement, mais le mal est fait et trop souvent irréparable.
Notre XXe siècle, qui a vu se multiplier les inventions les plus merveilleuses dans tous les genres et tous les domaines, lumière, transport, électricité, automobilisme, aviation, téléphone et radio, pour ne pas oublier la dernière en date, aura contribué par le journal et par le livre jetés en pâture à la foule, à des millions d'exemplaires grâce à de merveilleuses machines, aura contribué à établir, dis-je, un contact plus rapide et plus étendu entre les citoyens d'un pays et les nations de l'univers. Le livre, si l'on nous permet l'expression, fait pénétrer son influence en profondeur dans l'esprit et l'imagination du peuple. Mais le journal que tout le monde lit, mais que personne ne conserve, gagne en surface ce qu'il perd en profondeur. Tous les deux ont une influence souveraine sur l'esprit et sur le coeur, sur les principes et les moeurs du lecteur. Tous les domaines réclament le concours indispensable du livre et du journal, la science comme le commerce, la politique comme la littérature. C'est le grand véhicule des idées et des projets. La presse, sous toutes ses formes fait et défait les gouvernements, prépare la guerre, est la grande éducatrice des masses et bien souvent la maîtresse incontestée de l'opinion publique; toutes les classes, tous les âges subissent son influence à des degrés divers. Cette arme puissante est au service de toutes les causes bonnes ou mauvaises. C'est elle qui a fait à la religion et à la morale la pire lutte, surtout dans les pays du vieux monde, et ceux du nouveau emboîtent le pas au journalisme ''jaune". Le divorce lui doit d'être aujourd'hui inscrit dans les lois de nombreux pays. Les journalistes catholiques ont des devoirs graves et multiples. C'est à eux qu'il appartient de réfuter les sophismes, de combattre Terreur, de déjouer la calomnie,
d'éclairer l'opinion, de secouer les énergies, et à l'occasion de grouper les bonnes volontés. Oeuvre de zèle, oeuvre de dévouement, oeuvre éminemment fructueuse, telle doit être l'ambition du journaliste catholique. Sa plume doit être la sentinelle toujours au poste faisant bonne garde et prête à repousser l'attaque du dehors.
Les citoyens d'une ville et surtout d'une grande ville, comme celle de Montréal, par exemple, ont à coeur la propreté de leur cité, la belle harmonie de ses squares et de ses avenues, la beauté de ses monuments. Ils souhaitent que disparaissent au plus tôt ces longues eff ilades de poteaux téléphoniques que les grandes villes américaines du nord et du sud ont chassés depuis déjà plusieurs années. Ils ont hâte de voir fonctionner une commission d'urbanisme qui ferait enfin dessiner un plan d'ensemble de la ville et dirigerait le développement des quartiers excentriques, lequel jusqu'à présent s'est fait à la bonne franquette.
Les habitants d'une grande et belle ville sont fiers de promener les visiteurs étrangers à travers de belles rues larges, bien pavées, où tout respire la fraîcheur, le bien-être et l'activité. Orgueilleux de la belle tenue physique du coin de terre où ils vivent, ces mêmes citoyens doivent être également jaloux de la toilette morale de leur cité. Sans désirer vivre à Toronto, où le dimanche, on ne peut acheter ni un journal, ni un cigare, il est légitime de souhaiter que, ce jour-là, les théâtres de comédie ferment leurs portes et que les cinémas attendent l'après-midi pour ouvrir les leurs. Le travail du dimanche doit être formellement interdit par les autorités, sauf le cas de nécessité urgente. Pas plus que l'ivresse, le blasphème ne doit être toléré. Sans aller jusqu'à la prohibition, qui n^enfante qu'hypocrisie partout
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où elle passe, la tempérance doit être en honneur, dans une ville chrétienne et catholique et les débits sévèrement surveillés.
Un mal qui semble chronique à toutes les grandes villes a été cause tout récemment à Montréal d'une fort vive controverse. Ce n'est pas la première fois, nous dit-on. La maison de désordre, refuge du vice exploité comme un commerce, doit-elle être tolérée, réglementée ou impitoyablement supprimée et ses habitantes pourchassées sans relâche ni merci ? Le problème n'est pas nouveau. Des statistiques et des rapports ont été récemment publiés et, ne seraient-ils exacts qu'à moitié, indiquent de trop éloquente façon l'étendue des ravages causés par les affreuses maladies qui s'échappent de ces mauvais lieux, comme les odeurs pestilentielles des corps en putréfaction. Les grandes villes d'Europe ont essayé les unes la tolérance, les autres la réglementation avec visites médicales; toutes semblent admettre que le mal ne peut pas disparaître et que la meilleure politique est de le circonscrire. C'est d'ailleurs, si nous ne faisons erreur, ce que Saint-Louis, Roi de France, a tenté de réaliser en créant à Paris le cordon sanitaire, autour de certains quartiers. Faut-il nous résigner à cette politique ? Sans aller jusqu'à reconnaître l'existence d'un mal nécessaire, admettons qu'il s'agit là d'un mal affreux, contre lequel il importe de nous protéger d'une façon ou d'une autre et qu'il est du devoir des autorités d'en diminuer les ravages tant physiques que moraux. La doctrine catholique qui fournit des solutions à tous les problèmes, ne saurait être impuissante à résoudre celui-ci. L'essentiel est qu'on s'y mette et que soient respectés les principes divins au'aucune législation ne saurait blesser impunément. Contre les malheureuses victimes du vice, on ne devrait pas refuser, non plus, l'assistance de ces maisons
bénies où T Église, grande thaumaturge, guérit mieux que les corps. Qu'importe que le miracle ne s'accomplisse pas toujours? Le simple bon sens recommande, pour ces malheureuses, la détention qui s'accompagne de la plus haute bienfaisance morale.
La Cité, en tant qu'agglomération d'individus et de familles, reflétera dans son gouvernement les moeurs, qualités et défauts des humains qui la composent. Bien imparfaitement, nous avons indiqué à quoi les principaux groupes dirigeants de la société doivent viser, s'ils veulent voir régner autour d'eux l'ordre, la discipline, la justice. De même qu'à l'individu et à la famille il faut le secours d'une religion , de cette religion enseignée par le Christ et par son Église, ainsi la société doit-elle accepter l'assistance et le concours de cette même Église. C'est le christianisme, l'histoire nous le prouve, qui a libéré l'individu de l'esclavage où le tenait autrefois l'État. Avant lui, la personne humaine était sans droit inviolable devant l'État omnipotent. l'Église a d'abord enseigné aux hommes qu'il fallait accepter d'obéir aux princes en tout ce qui est juste et raisonnable; puis aux princes, elle a dit qu'ils doivent respecter la personne humaine, que le despotisme est odieux et contraire à la dignité de l'homme.
Hors de l'Église, pas de salut. Ceci s'applique à la société comme à l'individu. ''Car ce n'est que reliées à Dieu que des créatures et des sociétés raisonnables peuvent être reliées entre elles et vivre sociablement. Et pour être reliée à Dieu, la créature humaine, le composé humain que nous sommes, appelle décidément une médiation d'Église. Â qui veut ouvrir les yeux, le témoignage est irrécusable; tout esprit sérieusement en quête d'ordre social, devra s'engager sur la voie qui, par l'Église catholique, mène à Dieu; et à tout observateur attentif et impartial de l'his-
toire, il apparaîtra, en effet, que, par cette seule voie, le règne de l'ordre arrive." ^
Dans une œuvre remarquable traitant de VOrganisasation du Travail. Le Play faisait, il y a une cinquantaine d'années, le grand honneur à notre pays de le citer en modèle aux nations de son temps. Devant la corruption qui se manifestait en Angleterre et aux États-Unis surtout, les deux plus grandes nations selon lui, corruption engendrée par la création de divertissements publics à caractère scandaleux, par la diffusion du scepticisme, par la jeunesse riche et par les attaques menées contre la religion, au nom des sciences de raisonnement et d'observation, en face de ces maladies. Le Play s'inquiétait. Sans pouvoir discerner s'il s'agissait là d'une décadence réelle ou seulement d'une défaillance momentanée dont aucun peuple ne saurait se défendre, il ajoutait cependant que l'humanité ne resterait pas sans modèles. Elle les retrouverait dans l'État de Québec, l'un des États de la Confédération Britannique de FAmérique du Nord.
Ce que Le Play admirait davantage chez nous, c'était la liberté religieuse et toutes les libertés de la vie privée, le respect des prescriptions de la coutume et du décalogue, l'union, la stabilité et la fécondité des familles. ''Aucun peuple, dit-il, n'a mieux mis en lumière, par sa propre histoire, les forces incomparables que l'humanité trouve dans le catholicisme."
Cet éloge tombé de la plume d'un sociologue tel que Le Play, dont Sainte-Beuve et Montalembert ont dit qu'il les émerveillait par sa science et la rectitude de son jugement, vaut qu'on s'y arrête. Puisons là un motif d'encouragement et formulons le vœu que notre petite patrie puisse
toujours le mériter. ^
* Emile Bklchesi.
' J. Vialatoux, Revue des Jeunes, février 1923.