EST-CE VRAI D^UN BOUT A L^ AUTRE
"Aux Trois-Rivières, dimanche, 6 mai, il y eut une initiation de Chevaliers de Colomb à laquelle assistait le grand chef de l'Ordre, M. O. Flaherty. Avant la cérémonie, il y eut, à la cathédrale, messe et sermon donné par M. l'abbé Vachon, de Québec. M. O. Flaherty était probablement un des rares auditeurs de langue anglaise, et le prédicateur fit son sermon dans les deux langues."
"Â Amherstburg, Ontario (comté d'Essex) le dimanche 15 avril, à une réunion des Chevaliers de Colomb, un des grands maîtres faisait un vibrant appel à ses "frères" pour les engager à s'opposer par tout les moyens à l'envahissement de la province d'Ontario par la province de Québec."
(Le Droit, 19 mai 1923).
Parlant à Ottawa le 5 juin dernier, au banquet du Congrès ontarien des Chevaliers de Colomb, M. G.-H. Boivin, directeur canadien du Conseil suprême de l'ordre, aurait dit, après une allusion à la question scolaire ontaricnne: "Les Chevaliers de Colomb ont favorisé de meilleures relations entre le Québec et l'Ontario et, sous ce rapport, parlant en ma qualité de Canadien français, je dois dire que les Canadiens anglais ont fait preuve de plus de largeur d'esprit que les Canadiens français." (Le Devoir et Le Canada, 6 juin 1923).
Il y en a qui disent que nous sommes une race trop fière !
Un voyage est toujours propice aux observations. 11 En voyage permet de contrôler celles qu'on a déjà faites dsne son propre milieu, de juger si elles lui sont particulières ou doivent au contraire être considérées comme générales.
C'est pourquoi en route, l'autre jour, vers une région assez éloignée de Montréal, où nous attirait le sacre d'un prélat cher à notre œuvre — car outre la collaboration directe qu'il lui a souvent apportée, ses efforts de chaque jour ont maintes fois rejoint les nôtres dans la poursuite du même but — nous avons regardé de côté et d'autre.
Le chemin de fer retint d'abord notre atten- L' Intercolonial tion. Chemin de fer du gouvernement, entretenu par les deniers publics, par les nôtres par conséquent comme par ceux de nos concitoyens anglais, traversant dans son plus long parcours une région essentiellement canadienne-française, il devrait mettre notre langue au premier plan, s'en servir, — sinon à l'exclusion, du moins à l'égal de toute autre, — pour ses avis, ses annonces, ses emoloyés.
Or il est loin d'en être ainsi. Si le français n'est pas complètement ostracisé, si une partie du personnel le parle, si on le rencontre dans diverses inscriptions, c'est la langue anglaise cependant qui prévaut.
y . Elle se trouve partout, elle; sur les lèvres non de quelques
^ , employés seulement, mais de tous, du premier au dernier; anglaise q^j^ ^j^ tous, sur leurs casquettes et leurs habits, à l'exclusion cette fois de toute autre; sur les menus, et encore ici, de façon presque exclusive, pourrait-on dire.
N'est-ce oas en effet se moquer des gens que de faire imprimer un menu bilingue, en aussi beaux caractères que l'on voudra, et de le traiter comme un objet inutile, un ornement quelconque. On y insère chaque jour une feuille nouvelle dactylographiée, la seule qui compte, et rédigée uniquement en anglais. Veut-on voir celle du 30 avril dernier ? La voici dans son texte intégral :
]yjçj^y Pickled Walnuts 15c Lunch Olives 20c
Unilinèue Choice Table Celery 25c
Vegetable Soup 25c Consomme Clear 25c
FISH DONNER 75c
Baked Fresh Haddock or Fried Halibut Steak
Boiled or Mashed Potatoes. Bread & Butter.
Stewed Breast of Lamb with Green Peas 65c
Corned Beef Hasli with Poached Egg 65c
Spaghetti a la Milanaise 45c
Roast Spring Chicken with Dressing 90c
Roast Loin Pork with Brown Gravy 85c
Cold Roast Beef with Potato Salad 90c
Cr«amed Parsnios 20c Buttered Spinach 20o
Tomato & Cucumber Salad Mayonaise Dressing 45c
Ind. Riee Custard Pudding 20c
Cabinet Pudding with Sweet Sauce 20c
Hot Mince Pie 20c. Coooanut Cream Pie 20c
"Canadian" Stilton Cheese with Crackers 25c
Au déjeuner d'ailleurs, le matin du 2 mai, le menu imprimé était uniquement anglais. Le Canadien Pacifique se montre plus respectueux que cela des droits de notre langue. Un des députés dont l'intercolonial dessert la région ne pourrait-il le faire remarquer à qui de droit ?
Mais laissons le train pour descendre à Rimouski. RiîîîOUski C'est la deuxième fois que nous venons dans cette intéressante petite ville. La première, — il y a de cela six ans — , nous en avons fait lentement le tour. Nous vouHons voir de près sa physionomie. Elle nous parut bien française, quoique entachée trop souvent d'annonces anglaises. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Et de bon matin, tandis que chacun se prépare pour la grande cérémonie, nous nous en allons refaire seul notre promenade de 1917. La ville s'est développée. De nouveaux et spacieux édifices ont germé de terre. La partie commerciale cependant, où s'attardent nos pas, a peu changé. Comme autrefois, on n'y entend que du français. Cela repose de Montréal et de Québec. Mais, hélas ! comme autrefois aussi les annonces anglaises sont nombreuses. Ce sont les mêmes, je crois bien, qui trônent encore aux devantures des magasins, les mêmes d'ailleurs vues en cent endroits différents de la province : Magic Baking Powder, Old Dutch Cleanser, Comjoit Soap, Cowan's Perfection Cocoa, NvjQqeVs Shoe Polish, etc., etc. Le même Théâtre populaire aussi est là, la façade placardée de quatre grandes affiches illustrées : The Victini, toutes les quatre en anglais.
Siéne Hâtons-nous cependant d'ajouter qu'à côté de ces
■t . vieilleries, d'autres annonces s'étalent, maintenant, en
" français celles-là, et dont la couleur encore fraîche sem-
noUVeailX j^i^j^ indiquer la récente apparition. Signe, sans doute,
des temps nouveaux.
Entre toutes, celles des produits pharmaccutiaues nous ont frappé.
378 l'action française
Elles venaient de deux maisons : Wampole et Na-Dru-Co. Artistement dessinées, elles faisaient dans les vitrines un excellent effet. Et nous n'avons pu nous empêcher de remarquer que maints pharmaciens canadiens-français exhibent encore les annonces anglaises de ces maisons. Qui en est responsable ? Eux ou elles ? Il nous sera facile de le savoir. Nous nous proposons d'adresser à tous les pharmaciens canadiens-français une lettre à ce sujet. Nos lecteurs pourraient peut-être aussi nous aider en y allant de leur petite enquête.
Dernière observation. Les fêtes de Rimouski Le drapeau avaient amené un magnifique déploiement de drapeaux.
d'azur ils flottaient nombreux et variés. Mais l'un d'eux les dominait tous. L'évêché l'avait arboré, puis le collège et les couvents, puis le palais de justice et les banques, — Banque Nationale et Banque d'Hochelaga, — puis la plupart des magasins et résidences : c'était le drapeau d'azur, traversé de la croix blanche, orné des quatre fleurs de lys, et portant fièrement, au centre d'une guirlande de feuilles d'érable, le Sacré-Cœur de Jésus.
Rimouski tient à ce drapeau, nous disait un personnage éminent. — L'arbo]^e-t-on souvent ? avons-nous demandé. — Â chaque occasion, nous répondit-il, aux fêtes civiles comme aux fêtes religieuses, aux manifestations patriotiques surtout. — Ah ! souhaitons que le jour vienne où groupés autour du même signe, tous les Canadiens français se reconnaîtront enfin un drapeau national. Ils auront fait, ce jour-là, un pas de plus vers l'autonomie tant désirée.
La Rédaction.
PROPAGANDE MALHEUREURE
La comiKignie du Pacifique Canadien vient de puMier une brochure contenant onze vieilles cliansons françaises. Cela est bien. Ce qui l'est moins c'est la préface mise à cet opuscule. Son auteur, M. Marius Barbeau, eut dû en retrancher certains paragraphes. On répandra cette brochure en Europe. Triste réclame pour notre race. L'analyse que fait M. Barbeau de l'attitude religieuse de l'habitant canadien-français estelle conforme aux faits ? Au lieu de parler de notre "paganisme" et de notre "christianisme de beaux dimanches", M. Barbeau eût aocomipll plus équitable besogue en rappelant ce que notre nationalité doit à l'Eglise et à notre clergé, quolle leçon d'endurance et de durée elle puisa dans sa foi cliréticnne. Il se trouve toujours un Canadien français pour jeter ridicule et mépris sur quelques-unes de nos traditions. Il est regrettiiMe que la compagnie du Pacifique Canadien propage la deirnière injure imaginée par M. Barbeau.