‹ L'Action canadienne-française (volume 4)Chapitre 105 sur 123 · POUR · texte numérisé non relu

POUR

L'Action française commence, avec une vigoureuse volonté de vivre et de grandir, sa quatrième année. Chose plus singulière, en dépit de la hausse du papier et de V augmentation du prix de la mxiin d' œuvre — toutes choses qui retentissait douloureusement sur le prix de revient des publications — elle prétend ne pas élever son tarif d'abonnement. Elle compte, pour le même piix, donner à ses lecteurs une matière aussi abondante, toujours plus substantielle et plus va- , riée. De toute évidence, elle ne réussira ce tour de force qu'avec l'appui, actif et constant, de ses ajnis.

Cet appui, Z' Action française le sollicite avec une parfaite aisance. Elle travaille pour tous et ne vit que de dévouement. Ceux qui sont à la tâche depuis le début ont, ce nous semble, le droit de demander aux autres un coup de main.

Premier sernice : régler immédiatement tous ses arrérages. L'abonné ne pense point assez à ce fait qu'en acquittant son abonnement à la fin de l'année au lieu du début, ainsi que le prévoit le tarif, il frustre sa revue de l'intérêt de l'argent, sans compter les nombreuses lettres et démarches qu il impose à l administration — ce qui, pour une revue à SI, a tôt fait de représenter 10, 12, 15 et parfois 20 pour cent du prix de l abonnement. Si la proportion vous paraît élevée, faites le compte de l intérêt, des frais de correspondance exigés par les retards. Pour chaque abonné, ces 12 ou 15 sous sont peu de chose, mais, pour la revue et multipliés par qu£lqv£s mille, cela finit par faire une somme — plus exactement peut-être, un trou dans le budget. Et, notez bien que, de la majeure partie de ce dommage infligé à la revue, l abonné ne profite aucunement.

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Donc, régler tout de suite tous les arrérages. Puis, pour éniter de nouveaux arrérages, pour ne pas frustrer la revue de ce qui lui appartient, acquitter immédiatement Vahonnement de 1920. Puis encore, pour apaiser peut-être des remords, pour faire en tout cas une bonne œuvre, p) ovoquer et susciter de nouveaux abonnements. Ainsi s'étendra le rayon de notre influence; ainsi grandiront auprès des clients d'annonces, notre prestige et la puissance d'attraction de nos pages rouges. — On nous pardonnera ces détails prosaïques; mais, si nous poursuivons un dessein très élevé, nous savons aussi que Vun des moyens de notie progrès, cest la possession d'une solide armatwe économique. Et cette armature, nous nous efforçons de la constituer le plus rapidement possible.

Recueillir de nouveaux abonnés est souvent la chose du monde la plus facile. Beaucoup de gens n'at'endent pour donner leur nom et leur piastre qu'un appel opportun. La publicité faite autour de notre œuvre, la connaissance fragmentaire qu'ils en possèdent les ont depuis longtemps préparés à s'abonner ■ — • mais il faut, pour les décider- à faire le dernier pas, une légère poussée. A nos amis de la donner. S'ils veulent y mettre un peu d'ensemble, nous auions tôt fait de doubler notre liste actuelle d'abonnés.

De notre côté, nous sommes assurés de fournir à nos lecteurs une matière fort intéressante. Ils connaissent déjà noire série d'articles de tête, ils savent qu'elle réunira quelques-uns des noms les plus remarquables et des compétences les plus certaines du Canada français. A elle seule, cette collection vaudrait plus que l'abonnement. Nous inaugurerons dès janvier une série de chroniques trimestrielles qui traiteront de la vie des groupes français en dehors de notre province, du mouvement artistique, des livrées anglais et français publiés au Canada. Nou^ donnerons en même temps des articles

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d'actualité, la Vie courante de Pierre Homier, la Vie de l'Action française et cette précieuse Partie documentaire, dont le temps augmente chaque jour la valeur. Pour en citer qu'un exemple : où trouverez-vous facilement, en dehors de Z' Action française, ces extraits des traités de paix qui visent la prtection des minorités et qui permettent de si intéressantes comparaisons ? Où, trouverez-vous un texte comme celui du congrès de Winnipeg, que nous citons ce mois-ci ?

Il faut donc propager la revue. Il faut la propager à force. Il faut la propager pour soji intérêt propre. Il faut la propager parce qu'elle est le centre et le moteur de toutes nos œuvres, le lien entre le comité directeur de Z' Action française et le grand public. Il faut accentuer aussi la diffusion des brochures, multiplier les conférences, les manifestations et les interventions fécondes. Sur tous les terrains le mot d'ordre reste le même : Agir.

De mois en mois, dans la revue même, dans les tracts, des conseils précis sont venus illustrer ces observations générales. D'autres suivront. Nous n' entendons pas ici tracer les détails d'un programme. Nous voulions simplement avertir nos amis que nous commençons Vannée 1920 avec la ferme volonté de faire — et de leur faire faire — le plus de travail possible. Nous voulions les prier de nous aider de toutes leurs forces. Nous voulions par-dessus tout — nous avons gardé le plus a-gréable pour la fin — les remercier, du fond du cœur, de ce qu'ils ont fait pour Z'Action française et ses œuvres.

Nous avons reçu de beaucoup des témoignages répétés de la plus efficace et de la plus touchante sympathie. Que tous nos collaborateurs, connus et inconnus, veuillent bien eux-mêmes recevoir, au seuil de Vannée nouvelle, Vhommage de notre profonde gratitude.

Orner Héroux.

A TRAVERS LA VIE COURANTE

Les lauréats de Sous ce titre, nous annoncions dans

V actiofl iyancaise notre chronique de juin une initiative que

voulait réaliser notre œiTvTe : couronner les gestes fiers accomplis par les nôtres. Différents projets étaient à l'étude dont une séance solennelle où l'un de nos directeurs raconterait, dans un rapport vivant, les exploits de l'année et proclamerait les lauréats de l'action française.

Déjà plusievirs dossiers nous sont parvenus. L'un relate le geste de M. Dupré, de Ver chères, protestant contre l'article paru dans le Tooke Talk ; un autre celui de l'avocat Demers, de Montréal, exigeant du percepteur de biUets, sur un train du Pacifique-Canadien, qu'il lui parle en français; im troisième, l'intervention d'un marchand de l'Alberta obtenant d'une compagnie ontarienne d'Hamilton qu'elle mette de côté son Parisian Franck ; un quatrième, l'attitude du conseil municipal de la Rivière-du-Loup décidant de retourner au Bureau d'hygiène provincial la circulaire anglaise qu'il lui avait envoyée et d'en eager une rédigée en français.

liîfOTTnationS Comme on le voit, nos informations viennent

et doSSieïS ^^ différents endroits. Cela démontre l'oppor-

tunité de notre projet, et nous encourage à le mettre à exécution. Nous faisons donc de nouveau appel à nos lecteurs pour qu'ils nous signalent leurs interventions ou celles de leurs amis, dignes d'être couronnées. Il restera au rapporteur de glaner à travers ces faits et d'en recueiUir les plus méritoires.

Ce sera nous rendre service — qu'on me permette d'j' insister — de rédiger les dossiers aussi clairement que possible, d'y mettre les dates précises ainsi que les noms des compagnies ou des individus en cause (nous les omettrons, si on le désire, dans le rapport), d'y joindre enfin tous les documents nécessaires. A titre de modèle, voici une lettre qui m'arrive de Québec. Elle était accompagnée de chacime des pièces indiquées, dûment numérotées.

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« Cher monsieur,

Aij mois d'août dernier, je recevais deux prospectus d'ime maison anglaise-américaine de Toronto : « The Canadian Laitndry Machinery Co. ». L'un de ces prospectus ( dociunentation i ) était écrit dans un tel français que je résolus, pour le bien de la cause canadienne-française, de signaler à l'encre noire les incorrections les plus saillantes sans les corriger,afin d'attirer l'attention des éditeurs et de les obliger à chercher près d'eux les compétences françaises. Quant au prospectus anglais (documentation ii) je me contentai de le retourner, en écrivant : Du français, s. v. p. J'accompagnai le tout d'une lettre digne autant qu'aimable, disant que le public de la pro\'ince de Québec se refuserait à acheter leurs machines tant qu'ils ne respecteraient pas notre langue et que ce n'était pas en « massacrant » notre parler qu'ils « laveraient » notre linge. Et j'attendis la réponse jusqu'au. . . 28 octobre. Le président m'écri\-it (documentation m) poiur m'annoncer qu'il avait fait préparer un texte nouveau des deux prospectus, me priant de les revoir en dernière main. Malheureusement on avait oublié de glisser dans l'enveloppe ladite épreuve. Je me permis alors de corriger sa letlie, et dans un mot à part, tout en l'encourageant à bien faire, je lui montrai les avantages qu'il aurait à s'entourer d'employés bilingues. Il me répondit aussitôt (documentation iv) en m'envoyant les copies d'épreuves (documentation ibis, ii bis). Vous constaterez qu'il y a progrès continuel dans cette bonne volonté. J'ai cru devoir m'imposer tout ce travail pour faire ma petite part dans le grand travail national que vous avez entrepris et que vous menez si vaillamment. Avant de corriger les dernières épreuves (certes, elles en ont besoin) j'aimais à vous faire connaître le tout, que vous pourrez utiliser quand bon vous semblera.

Croyez-moi votre tout dévoué,

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IntBYVCntioU H est une intervention qui mériterait certes,

OÙÙOïtUHC ^^ ^^^^ réussissait, un diplôme d'honneur. Dès

maintenant nous nous engageons à couronner l'heureux mortel capable d'obtenir de quelque marchand montréalais du papier à photographie avec l'inscription française : Carte postale. Impossible actuellement, paraît-il, d'en trouver. J'ai déjà raconté comment, de passage à Paris, j'étais allé aux bureaux de la maison Lumière exposer mes doléances. Notre succursale montréalaise, m'avait répondu le gérant, relève de notre agence de New- York qui fabrique elle-même la plupart des produits utilisés en Amérique. Rien d'étonnant qu'ils portent des inscriptions anglaises. Mais que cette agence, mise en branle par des cHents de Montréal, nous demande les cartes que vous désirez, elle les aiu-a sans tarder. De loin, je confiai aussitôt l'affaire à un ami. Elle ne me paraît pas avoir abouti. Pourquoi ne pas la reprendre aujourd'hui ? Je suis persuadé qu'un amateur de photographies, qui fait ime dépense courante assez considérable de ces cartes, peut finir par les obtenir. De quelle manière ? Voici. Qu'il se présente chez son foiuriisseur habituel et expose sa demande. Il essuiera un refus. Qu'il s'adresse alors directement au gérant du magasin et lui explique son cas :

— Je suis un de vos bons clients. J'achète chez vous, chaque mois, tant de cartes et vous fais faire tel et tel ouvrage. Or vous me refusez une chose bien simple : des cartes avec inscriptions françaises, une chose que vous pouvez m'accorder, si vous le voulez. Vous n'avez, en effet, qu'à en commander soit à la maison Lumière, — elle en a, — soit encore, ce qui ira plus vite, à votre fabricant de Toronto : c'est facile pour lui d'en imprimer. Devant votre inertie ou votre mauvaise volonté, je me vois obligé de vous retirer mes commandes. J'irai ailleurs.

— En obtiendrez-vous ailleurs ?

— J'essaierai. Et si je ne réussis pas du premier coup, parce que nouveau chent, probablement qu'avec le temps et de grosses commandes je finirai par gagner mon point.

— Mais c'est une dépense supplémentaire que vous nous demandez. Le débit de ces cartes n'étant pas considérable — vous êtes le premier qui en exigez — elles nous coûteront plus cher.

— Je vous promets que vous en vendrez beaucoup. Nous vous ferons une grosse réclame, nous les signalerons dans V Action française que lisent tous les patriotes ( ! ) etc., etc.

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Si le marchand ne se rend pas, qu'on mette à exécution le projet, qu'on aille aillevirs, même si on n'est pas mieux servi. L'important est de faire marcher son homme. Puis on reviendra le voir au bout de quelque temps pour savoir s'il persiste toujours dans son refus, pour lui dirç qu'il a perdu ce mois-ci telle et telle commande, et qu'il en perdra encore bien d'autres ...

Lq, lice est Un seul client réussira-t-il avec cette tactique?

OUVêTtê ^^ ^^ crois. Dans tous les cas, ce dont je suis abso-

lument certain, c'est que trois ou quatre, agissant de concert auprès du même fovu-nisseur, réussiront infailliblement.

Allons ! qui va commencer ? qui va rendre ce service à sa langue ? qui va devenir lauréat de l'action française ? Il n'j^ a pas de temps à perdre. C'est aujourd'hui même qu'il faut se décider, qu'U faut dresser ses plans, qu'il faut voir à leur prompte exécution. La lice est ouverte : jeunes gens, jeunes filles, hommes ou femmes qui aimez le clair parler français, entrez-y. C'est pour lui, poiu: sa sm^ivance, que vous allez guerroyer ! Si vous le voulez, les paysages de chez nous ne s'en iront plus à l'étranger — comme j'en ai vu jusque sur les tables de notre commissariat à Paris et jusque dans les Salles de l'Exposition universelle de Gand — promener des inscriptions anglaises et laisser croire que la langue des pionniers de la terre canadienne y est maintenant éteinte. Il dépend de vous qu'on nous sache fidèles au parler ancestral, et qu'en admirant la beauté de notre sol on admire aussi la vitalité de nos traditions et l'irréductible fierté de notre sang.

L€S fêtes du Comme je ne sais si cette chronique par^-ien-

HOUVCl GH ''^^^ ^ °^^^ lecteurs avant les fêtes du nouvel an,

j'hésite à leur en parler. Un mot du moins pour demander qu'on les célèbre suivant l'esprit de la race. Échanges do cadeaux et de bons souliaits, dîners de famille, — au foyer et non dans les hôtels, — bénédiction paternelle: conservons ces saines coutumes, telles que les ont établies nos pères. Ne permettons pas qu'on les américanise, qu'on les vide de leur parfum français et catholique. Elles sont puissantes sur l'âme de notre peuple, elles le gardent des assimilations funestes et des dégradations mortelles.

Pierre Ho.mier, 8 décembre 1919.

JOURNAUX, LIVRES ET REVUES

« COULEUR DU TEMPS » i

Michelle Le Normand réunit, sous un titre qui en indique assez la variété de tons, un certain nombre d'articles parus dans le Devoir et le Nationaliste. Ces chroniques — ou billets — dont aucune ne se rapporte étroitement à l'actualité, ont conservée la fraîchem* et la nouveauté de l'inédit.

Michelle Le Normand est cette jeune fille qui, en 1916, eut l'audace de se présenter au public, — plutôt sceptique quant aux talents de son âge et de son sexe — tenant d'une main ferme un premier livre immortel ! Le public le lut d'abord pour voir; le charme opéra, et la masse des lecteurs fut conquise au point que le petit Uvre : Autour de la Maison, en est au cinquième nulle, en attendant les autres.

C'est que l'auteur avait fait entendre une musique nouvelle aux oreilles blasées, qu'il avait parlé des enfants de chez nous sans puérilités, — ce qui est extrêmement difficile — et qu'il avait mis sous les yeux de tous des choses que tout le monde avait vues et que personne n'avait dites aussi bien que lui. Il s'était penché affectueusement sur le coin de terre natal, avait regardé, écouté, puis écrit. Il en résulta, n'hésitons pas à l'affirmer, un chef-d'œuvre du terroir, un li^nre qui restera tant que des enfants canadiens joueront dans les vieux \-illages, autoiu" des vieilles maisons, et tant qu'il y aura des papas et des mamans cjui voudront revi\Te leur enfance.

Le nouvel ou^Tage de Michelle Le Normand, s'il n'a pas l'unité de composition de son prédécesseur, démontre de pareils dons de style et d'observation. Les pièces qui le composent pourraient être divisées en trois groupes principaux, sous la désignation respective : analyse du « moi », d'un « moi » non haïssable ! — portraits ou « caractères » — description ou tableaux de nature. Chacim de ces genres est marqué d'un signe original qui l'apparente à une personnalité bien distincte. Chaque page présente un aspect de ce riche talent. Rien de prétentieux, de tendu, de femme de lettres, mais la parfaite simpli-

' Couleur du Temps, par Michelle Le Normand. Édition du Devoir, Montréal, 1919. (Prix : 75 sous, plus 5 sous pour le port. Distributeiu: pour le commerce : Service de librairie de l'Action français e.

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cité dans le bon sens et la joie de vivre, où les dons de l'esprit et d u cœur s'équilibrent, s'harmonisent et se fondent : charme, grâce, intelligence !

Michelle Le Normand regarde curieusement en elle-même; elle s'examine, réfléchit, médite. . . En apprenant à se connaître, elle apprend à se décrire, elle et les autres, puisqu'il est un fond commun par quoi tous les humains se ressemblent. Bien qu'elle s'étonne de l'étrange compUcation de son « moi » et qu'elle déclare maintes fois n'y rien comprendre, nous pouvons en déduire que c'est déjà posséder vme grande connaissance de soi-même que de se rendre compte qu'on n'y comprend rien ! C'est se connaître autant qu'il est possible que de se savoir « divers et ondoyant ». Xe se « déchiffre » pas qui veut; l'âme est im abîme où l'on s'enfonce, où s'accimaulent d'épaisses ténèbres qui n'ont pas de fin; c'est déjà beaucoup que d'y rencontrer un peu de lumière et de la faire briller aux yeux d'autrui, par charité chrétienne.

Michelle Le Normand revient souvent du fond d'elle-même avec des rayons dans les mains, qu'elle offre aux moins bien douées, en disant : Voyez comme je suis, voyez comme vous êtes ! La lumière qui m'éclaire vous éclaire aussi. Regardons en nous : il y a du bon et du mauvais. Extirpons le mauvais, cultivons le bon, améUorons le meilleur. Embellissons-nous, mes sœurs, pour Dieu et la patrie ! Saurait-on mieux prêcher ?

Presque tous les mouvements de l'âme sont envisagés dans ce vokune La tristesse s'y montre quelquefois, et même l'angoisse devant l'inconn, de la vie. Mais ces troubles, ces inquiétudes sont vite maîtrisés, com me supérieurement dominés par une confiance illimitée en la divine Providence, et suivis de l'abandon serein du petit enfant dans les bras de sa mère ! Si nous ne craignions d'écraser l'auteur délicat sous le poids de termes trop lourds à porter, nous dirions que Michelle Le Normand est par-dessus tout un moraliste pénétrant, un excitateur de bien, un professeur de vertu sociale et patriotique. Et nous ajouterions au plus vite: tout cela est coupé d'éclats de rire, de propos enjoués, d'entrain . . . endiablé, — dont s'accommodent fort bien la mora le et le lecteur ! Un parfum de saine jeunesse flotte entre les chapi très, un souffle frais et pur circule dans les phrases, tandis qu'une pieus c ardeur spiritualise souvent le style, qui prend alors des ailes.

Méditez sur les morceaux suivants : Mauvais silences, Paroles vives, La Girouette, Les pires heures. Anxiété, Le Phare, etc.

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Isolons - — car il ne cadre bien nulle part — l'article intitulé Psychologie dentaire, si plein de verve et d'enfantine drôlerie. Il y a là une admirable étude en raccourcis de la lâcheté commune aux deiLx sexes, devant la perspective d'une sieste dans le fauteuil de torture, de la peur qui temporise et retarde la fatale opération. Une page où tout le monde revit ses transes est mie page parfaite.

Un des côtés les plus brUlants du talent de Michelle Le Normand consiste en une faculté d'observation aiguë. Les types, tous les personnages sortant de l'ordinaire uniformité, sont croqués sur le vif comme par un appareil cinématographique, avec leurs tics, leurs manies, leurs mouvements caractéristiques des membres et du visage, et campés siu" la page gesticulants, grimaçants, — nous serions tentés d'écrire : pantelants, — ridicules ou touchants. Voyez, par exemple : Attitudes de qucteux, La Commère, Sa Clairvoyante, etc.; et les autres, ceux qui frappent par leur frivolité ou leur snobisme : La jeune jllle bien, etc. ; et ceux qui sont presque sublrhies dans leur accoutrement ancien et dont le cœur est un ti'ésor toujours neuf : Le « docteur » ; et encore, cette courageuse vieille paysanne qui se détache en relief : Grand' tnkre Audet, noble fille des ancêtres qui sauvèrent la race en l'implantant fermement dans la campagne canadienne.

Il faut aussi s'arrêter un moment, pour l'admii'er en détail, devan t ce morceau de sentiment exquis : La -petite fdle au turban ; elle est la sœur, par la délicatesse et la grâce, de cette autre petite morte nommée Gabnelle, et qu'une page à'Aidour de la Maison a tendrement ressuscitée.

Michelle Le Normand ne fait jamais de description toute pure; ses paysages sont des états d'âme, selon le mot d'Amiel. Ils n'en sont que plus vrais. Sa touche est fine, les détails abondent sans nuire à l'ensemble, les couleurs sont justes. Elle a du goût, de l'ordre, de la mesure. Elle dessine d'un trait net, sans hésitations, presque sans retouches. Bref, elle a le don. Lisez : Raquetteurs, dans la nuit sereine, Les Quais, Chez 7wus, chez vous. Qui me donnera. . ., etc.

Si ces notes rapides — c'est l'heure d'aller sous presse ! — avaient la prétention d'être une critique, il nous faudrait, pour doimer du poids à nos éloges, reprocher quelque chose à MicheUe Le Normand. On peut toujours signaler des négligences ou des faiblesses aussi bien chez un auteur jeune que chez un vieux ! Personne n'est parfait. Et puis, nous préférons avouer tout de suite que nous n'avons relevé aucun gros défaut dans ce livre. Au contraire, nous en avons goûté le style

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nuancé mais solide, riche mais discipliné, harmonieux et. . . facile, quahté que l'on remarque plutôt avec inquiétude, tant elle dégénère rapidement à l'usage. Nous sommes tranquilles pom* le reste. Que l'auteur garde profondément enraciné cet amour du terroir qui le classe à part, et qui l'a élevé si haut dès son premier essai. Et qu'il continue !

Albert Lozeau.

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