‹ L'Action canadienne-française (volume 4)Chapitre 45 sur 123 · LES CONTES DE LA SAINT- JE AN- BAPTISTE · texte numérisé non relu

LES CONTES DE LA SAINT- JE AN- BAPTISTE

Vous vous souvenez de la scène pathétique de TAiglon : un précepteur, à qui on a fait la langue, raconte au duc de Reichstadt les événements de 1800 à I8I4 à sa façon. Quand le père était le centre de l'univers, quand c'était lui qui faisait Vhistoire du monde, le cuistre signale au fils comme seul fait important une éruption volcanique ou une secousse sismique.

N'était-ce pas naguère un peu le fait du petit Canadien français f Ses pères ont été les croisés de l'histoire moderne; dans un monde nouveau ils ont fait les gestes des Français et ont égalé par la foi et l'héroïsme les preux les plus hauts. Cependant, que racontaient au bambin de quatre à douze ans les livres à gravures que l'on mettait entre ses mains, sous ses yeux ? Les exploits de Turenne ou de Hoche, de Condé ou de Bonaparte, mais jamais ni un trait ni une prouesse de la vie sublime des bâtisseurs de pays qui furent ses ancêtres. Un très grand nombre de petits Canadiens n'auraient-ils pas eu raison de croire jusqu'à ce qu'ils ouvrissent en classe (quand ils y restaient assez longtemps) leur manuel, que la parole du gouverneur anglais: «ïes Canadiens sont un peuple sans histoire)) était cruellement vraie ?

La Saint-Jean-Baptiste, dont les heureuses initiatives se multiplient sans cesse, a changé tout cela. Le bambin de chez nous peut désormais dès qu'il sait lire, ou plutôt, dès qu'il sait voir, connaître les richesses de cet « écrin de perles ignorées. )) L'imagerie d'Épinal le cède à l'imagerie canadienne et des historiens avertis, des écrivains réputés se sont associés

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à des artistes habiles pour faire V instruction 'patriotique des petits enfants.

Je rie sais rien de plus beau, ni rien de plus utile, car qui pourrait indiquer la limite du bien résultant de cette innovation f Ses effets se multiplient à l'infini comme les ondes de la nappe d'eau où tombe une pierre.

Autour de la table familiale, les petits se pencheront sur les images aux couleurs vives que les artistes ont choisies ainsi, moins parce que leur art le leur commandait que parce qu'ils voulaient plaire à de jeunes yeux, lesquels, disent les éducateurs, aiment surtout le rouge et le jaune. La légende nette et courte est facilement intelligible, mais il faudra tout de même la compléter, expliquer certains mots, éclaircir certaines époques, décrire certains costumes ou certains usages qui apparaissent mystérieux à des cerveaux enfantins.

Qui se chargera du commentaire ? Peut-être une sœur aînée, peut-être la maman. Et ainsi la leçon d'histoire pénétrera la conversation générale, reviendra dix fois, vingt fois peut-être, grâce à la charmante manie des petits qui radotent comme les très vieux et reviennent sans cesse sur une chose qui a frappé leur imagination.

Toute la maisonnée s'associera donc, se retrempera donc dans ces vertus des ancêtres et qu'en pourra-t-il résulter, sinon un enseignement de fierté nationale, la prise d'une résolution qui a été formulée dans une phrase lapidaire: ((noblesse oblige.)) Le cœur de la génération d'aujourd'hui rythmant ses battements sur ceux des cœurs des héros, elle trouvera bien léger le fardeau qu'elle doit porter, méprisables les luttes qu'elle doit livrer pour se maintenir dans la tradition de ceux qui luttaient contre la sauvagerie, contre l'isolement, contre des ennemis barbares, contre la mort les guettant derrière chaque tronc d'arbre.

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Les contes merveilleux de la Saint-Jean-Baptiste changeront en autant de professeurs d'énergie et de patriotisme, suivant le noble mot de Vun des conteurs, les héros de notre histoire, leur dresseront une chaire dans chaque famille et un autel dans le cœur de milliers de petits Canadiens.

Nous pouvons beaucoup compter sur la génération qui aura déserté les récits des guerres napoléoniennes pour le récit du sacrifice de Dollard, de l'exploit de Madeleine de Verchères, du martyre des pères Brébeuf et Lallemant.

Louis DupiRE.

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