‹ L'Action canadienne-française (volume 4)Chapitre 46 sur 123 · LES PRIX · texte numérisé non relu

LES PRIX

Voici les distributions de prix. L'occasion est excellente de faire de la bonne et fructueuse propagande. Que l'on voie à ne donner dans les écoles que des livres utiles, qui éveillent de nobles pensées et suscitent des sentiments généreux. Qu'à côté des chefs d'œuvre de la littérature française, on ait soin de donner et de muHiplier les ouvrages du terroir, ceux qui apprendront aux enfants à mieux connaître, à aimer davantage leur pays.

Le service de librairie de l'Action française se tient à la disposition de tous ceux, institutions, commissions scolaires ou particuliers, qui veulent se procurer de bons livres de prix.

A TRAVERS LA VIE COURANTE

Questions Le vent est aux questions d'éducation. Elles agi-

d' éduCOtiOfî *^^* ^^^ esprits depuis quelques mois. Elles font le

sujet de maintes conversations. Elles ont même

provoqué, dans les joxzrnaux et jusque sous les voûtes du Parlement,

des discussions passionnées.

De toutes les réformes proposées celle qui rendrait l'instruction obligatoire a surtout soulevé l'opinion. Nous n'avons pas l'intention de traiter ici ce sujet. Non que la question du français n'y soit intéressée. Dès lors que vous touchez, en matière d'éducation, à la liberté des parents, vous mettez en jeu leurs droits les plus sacrés. N'est-ce pas ainsi, comme le prouve clairement dans son récent livre, le R. P. Hermas Lalande, S.J., que s'y sont pris les gouvernements des provinces voisines pour fruster nos compatriotes d'un enseignement qm leur était dû ? Le principe, ime fois admis, peut conduire aux plus désastreuses conséquences. Mais la discussion de cette question nous entraînerait trop loin. Nous préférons renvoyer nos lectexu-s à l'étude du savant jésuite : L' Instruction obligatoire, Principes et Conséquences, ainsi qu'au livre de M. Magnan : A propos d' InMruction obligatoire, et aux excellentes brochiures de l'Œuvre des Tracts : L' Instruction obligatoire : ce qu'en pensent MM. Gouin, Tellier et Langlois; L'École obligatoire par Mgr Paquet.

U CnS6i$,yi€ïyi€'yii H est un autre point que nous voulons examinés iQflQUCS ^®'"" -P*^^^ avoir provoqué peu de débats, il n'en est pas moins important et actuel. On s'en occupe d'ailleurs activement en petits comités. C'est l'enseignement de l'anglais dans nos écoles primaires.

Que cette langue soit nécessaire à la plupart des nôtres, à ceux du moins qui vivent dans les villes, nous l'admettons tous, je crois. Là où il y a divergence d'opinions, c'est sur son degré de nécessité, ou mieux, sur sa nécessité comparée à celle de la langue française. 11 en est parmi nous qui lui sacrifieraient volontiers le parler maternel, qui sont du moins d'avis que l'anglais est la première langue que doit posséder un jeune homme qui se destine aux affaires. D'où chez eux le souci d'un enseignement commercial donné en anglais, d'où encore le désir qu'on mette dans nos écoles primaires les deux langues « sur le même pied ».

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ThéOTÏeS Q^^ penser de ces deux théories? La première

d(2'}îS6T€US6S ^ contre elle la valeur économique, bien établie, du français. EUe la méconnaît en effet. EUe la considère comme nulle, au Canada. EUe affirme implicitement que même dans la pro\'ince de Québec les affaires se transigent communément en anglais, que c'est la langue unique du commerce et de l'industrie, qu'elle est à la fois indispensable et suffisante.

Erreiu-, en vérité, erreur néfaste. Encore un coup, noiis ne nions pas l'importance de la langue anglaise, etqu'unelargesommed'affairesse règle par eUe; mais d'abord elle ne couvre pas tout le terrain industriel ou commercial du pays : une bonne partie reste tributaire de la langue française; ensuite, si sa part est si vaste, n'est-ce pas précisément nous qui la faisons telle ? n'est-ce pas notre apathie et notre snobisme plutôt que la nature même des choses ? n'est-ce pas encore notre enseignement commercial unilingue, de plus en plus répandu ?

Académies et H faut bien l'avouer en effet, il faut

collèges commerciaux l'avouer et le déplorer hautement : la plupart de nos académies et de nos collèges commerciaux nous paraissent manquer sur ce point à leurs devoirs. Ils enseignent le catéchisme, l'orthographe, la géographie, l'histoire, en français; mais dès qu'ils abordent une matière se rapportant directement au commerce : arithmétique, tenue des hvres, dactylographie, etc., c'est la langue anglaise qui entre en jeu et est uniquement employée. Manuels, explications du maître, exercices de l'élève ne connaissent que cette langue.

Le résultat d'un tel sj-stème est évident. Les jeimes Canadiens français ainsi formés prennent rang dans la grande armée des comptables, des commis, des marchands, des industriels qui font leurs affaires en anglais. Non seulement chacun l'augmente d'une unité nouvelle, mais encore il lui apporte souvent l'influence de la maison qu'il sert ou qu'il dirige. Si cela ne s'appelle pas trahir les intérêts de sa race, qu'estce donc?

KïTeUT La seconde théorie n'est pas moins condamnable,

ÙédaSO^ioue ^^l® pèche, ceUe-ci, non seulement par manque de

patriotisme, mais aussi par erreur pédagogique. On

ne saurait apprendre parfaitement, du même coup et de la même

manière, sa langue maternelle et une langue étrangère. La nature a

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des exigences qu'on ne peut impunément méconnaître. Elle finit toujoiu-s par prendre sa revanche. Qui veut créer, malgré elle, un prodige, produit un. monstre, vm homme, dans l'espèce, ne sachant bien aucune langue et dont l'esprit formé par des influences diverses manque d'unité et d'équilibre. C'est ce que proclamait récemment le provincial des

Jésuites, au Canada, le R. P. Filion, quand il déclarait à une réunion d'amis et d'anciens élèves du collège Loyola, qu'on ne pouvait élever de la même manière {along the same Unes) des Français, des Anglais ou

des Italiens.

Que quelques-uns de ceux qui s'occupent actuellement de la réforme de notre enseignement ignorent ces vérités, leurs propos et leurs écrits le montrent amplement. Ne nous en étonnons pas : la pédagogie est une science qui ne s'apprend ni dans le maniement des chiffres ni dans les spéculations immobihères.

JLe ïGpPOït C'est une tout autre mentalité heureusement, c'est J?QÇQ une doctrine non improvisée, mais basée siu une réelle

connaissance de l'école primaire, une expérience personnelle de l'enseignement, une vraie compréhension de nos besoins et des vues à la fois traditionnalistes et progressives, qui se manifestent dans le rapport présenté récemment, sur sa demande, au conseil de l'Instruction publique, par le distingué principal de l'École normale de Rimouski, Mgr F.-X. Ross.

L'idée-mère de ce remarquable travail, celle sur laquelle s'appuient les différentes suggestions qu'il contient, c'est le retour de l'école primaire à son véritable rôle : l'enseignement élémentaire des connaissances indispensables à tout homme. De spécialisation commerciale ou autre, il ne saurait être ici question. Aux écoles complémentaires ou spéciales d'y voir, non à celles dont la tâche est simplement d'y préparer les esprits. Ainsi, par exemple, dans ces écoles complémentaires seulement commence, en Belgique où la vraie notion de l'école primaire est comprise, l'étude de la langue seconde.

Une SU^^estion Scrait-ce aller trop loin que de suggérer ÙTClti0U€ l'adoption ici, pour le problème qui nous occupe,

d'un i)lan analogue? Il a fait ailleurs ses preuves. On s'efforcerait principalement, à l'école primaire, de former l'oreille du petit Canadien français aux mots saxons, de lui tourner la langue dans le sens que requiert leur prononciation . . . quitte à lui accorder plus tard l'étude approfondie dont il aurait besoin.

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Grâce à cette méthode, nos jeunes compatriotes ne seraient pas exposés à subir, durant leur stage scolaire, une formation composite, faite d'éléments hétérogènes, bonne tout su plus à créer des mentalités embrouillées et des âmes flottantes et suaves.

VCTS les écoles Les écoles « nationales » nous effraient à

"flQtîOHClles" ^^° droit. Nous les repoussons avec indignation quand quelque sectaire ontarien parle de nous les imposer, mais franchement les théories utihtaires de quelquesuns des nôtres ne nous acheminent-elles pas inconsciemment vers le même but, vers un enseignement neutre qui moulera tous les enfants du pays sur un même type ? Que nos écoles placent siu- le même pied la langue française et la langue anglaise, ne seront-elles pas envahies peu à peu par des enfants des autres nationalités? Et ceux-ci une fois entrés, ne tentera-t-on pas de mettre de côté l'enseignement reUgieux, confessionnel, afin de ne pas blesser leiu"s croyances ? N'est-ce pas ce qui se passe actuellement pour les écoles protestantes que fréquentent les Juifs ? Ainsi le culte exagéré de la langue anglaise nous aura conduits à démolir nous-mêmes, avec la plus naïve inconscience, le meilleur rempart de nos traditions et de nos droits, que nous étions prêts d'ailleurs à défendre, unguibus et rostro, contre tout venant. . . de l'autre race. En vérité, il est temps que les amis clairvoyants de notre langue se comptent et s'unissent pour sauver ses positions.

Pierre Homieh.

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