‹ L'Action canadienne-française (volume 4)Chapitre 66 sur 123 · INNOCENS EGO SUM · texte numérisé non relu

INNOCENS EGO SUM

« Je suis innocent du sang de cet homme juste ! )) Telle est la phrase que Pilate jeta à la foule des Juifs ameutée contre Jésus et réclamant sa tête. Le proconsul se lavait les mains du crime qu'il savait qu'elle allait commettre. Tout l'ouvrage d'Acadia, d'Edouard Richard, tend également à montrer que la Grande-Bretagne peut se rendre ce témoignage : « Je suis innocente des malheurs du peuple acadien ! Je puis me laver les mains de sa déportation, de son exil sur des plages inhospitalières. »

A ce point de vue, le chapitre trentième de ce grand travail, remarquable à tant d'autres égards, avait, dans la pensée de l'auteur, une importance tout à fait exceptionnelle : il marquait le point culminant de la thèse qu'il s'était juré à lui-même de faire accepter du public, et qu'à force de se payer, j'allais dire de se griser de mots, il avait fini par regarder comme une vérité désormais hors du domaine de la discussion. Voici la genèse de cette thèse dans son esprit :

Comme tant de nos hommes politiques canadiensfrançais, Richard était extrêmement épris des institutions britanniques; pour lui, l'Angleterre avait toujours été la grande dispensatrice des idées libérales dans le monde. Ayant étudié le régime parlementaire anglais surtout à travers les considérations tendancieuses et imprécises de publicistes tels qu'un Macaulay par exemple, il s'était constitué au sujet de tout le système de gouvernement britannique un état d'esprit très curieux, à base de bienveillance et d'admiration ingénue. En 1895 ou 96, alors qu'il était à Arthabaska, je me rappelle qu'il publia, dans

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V Union des Cantons de l'Est, un article pour expliquer, dans un sens éminemment favorable, un mot qu'a\ait prononcé Wilfrid Laurier, et qui avait donné lieu à bien des critiques. Se caractérisant lui-même, Laurier s'était appelé British to the cote, expression qui à plusieurs avait paru étrange dans la bouche d'un Canadien français. Edouard Richard prétendit en donner la justification : Laurier avait voulu signifier par là non seulement sa loyauté, mais encore son admiration à l'égard des institutions britanniques en général, et, dans l'espèce, son amour pour la forme de gouvernement que l'Angleterre avait donnée au Canada, et qui, à ses yeux attendris, était comme une sorte d'idéal. Or, dans tout ce commentaire apologétique de la pensée de son ami, l'on sentait que Richard se définissait aussi bien. British to the core lui semblait la formule propre à servir de devise à tout homme politique canadien, et, en général, à tout sujet anglais, à quelque nationalité qu'il appartînt. Pareil état d'esprit datait de loin chez notre auteur. L'on conçoit qu'il en était de meilleurs pour aborder impartialement, et sans parti-pris, une période scabreuse pour la politique anglaise comme l'histoire de l'Acadie, surtout depuis 1710 jusqu'à la déportation et au delà. Il lui fallait donc, à toute force, admettre ce fait brutal — la déportation de tout un peuple, — et, chose difficile ! le concilier avec le hbéralisme britannique, ou du moins faire en sorte que ce prétendu libéralisme ne souffre pas détriment d'un pareil crime. Pour y arriver, le plus simple était de disjoindre les éléments de cette question complexe, et de montrer, d'un côté, les hommes d'État anglais, sinon ignorant tout de ce qui se tramait dans la péninsule acadienne, sinon s'en désintéressant avec un égoïsme superbe et jugeant de très haut cette petite difficulté coloniale, du moins se laissant involontairement tromper par leurs mandataires, incapables,

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de si loin, de voir le fond des choses, ouvrant enfin les yeux aprèsdes années et des années d'inconsciexit aveuglement, intervenant, à la dernière heure, dans la personne du secrétaire d'État, Thomas Robinson, pour empêcher la perpétration du forfait, quand il était trop tard, hélas; — de l'autre, des gouverneurs sans entrailles, un "William Sliirley, de son siège de Boston, un Cornwallis, surtout un Lawrence, qui, de longue main, préparent ce plan d'exil des Acadiens, s'entendent pour que la métropole n'en soupçonne rien, bernent leurs supérieurs hiérarchiques, agissent comme des potentats, méprisent même les ordres si sages qui leur viennent d'outre-mer. Et quand Lawrence, exécuteur des hautes œuvres, s'en oiimra à I^ondres, tout aura été consommé.

Le tableau que nous venons de dresser résume la thèsC' capitale de l'autem- d'Acadia, concernant le partage des responsabilités dans l'affaire de la déportation. A l'apparition de son ouvrage, la presse anglaise et française du Canada, comme aussi bien journaux et revues d'Angleterre, naturellement ! avaient accepté sans plus ses conclusions là-dessus. Après tout, comme dirait l'autre, on est loyaliste ou on ne 1 est pas. Et si on l'est !. . . Mais aux États-Unis, le paradoxe sur lequel reposait cette thèse fut clairement saisi et franchement signalé par quelques critiques. L'on nous permettra d'en apporter ici des preuves. Ainsi, le 11 janvier 1896, le Neiv York Times consacrait à l'ouvrage une longue étude qui se terminait par ces réflexions : « M. Richard considère évidemment ce qu'il a à dire sur la question de la responsabilité comme la partie la plus importante de son travail. Il blâme le gouverneur Lawrence pour avoir expulsé les Acadiens, et prétend avoir bien prouvé que cet homme doit porter la pleine responsabilité de ses cruels édits. Il a conscience, avoue-t~il, que le

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gouvernement de la métropole n'a pas autorisé l'acte de ce goaverneui", n'a pas été informé que cet acte devait se produire, ni ne l'a approuvé après qu'U eut été accompli. Or, les preuves qu'apporte M. Richard sur ce point ne nous paraissent pas concluantes. Il y a au contraire des documents, dont l'auteur fait usage dans son livre, qui montrent avec évidence que l'Angleterre, pendant des années, en fait, pendant toute la captivité des Acadiens, voulait se débarrasser de cette colonie [d'étrangers] ; il n'y a pas l'ombre d'un signe qui indique que l'Angleterre se souciait le moins du monde de ce qui pouvait arriver aux Acadiens; enfin, et ceci est grave, il n'y a pas le moindre indice que l'Angleterre ait fait quoi que ce soit pour améliorer le sort de ceux qui avaient été exilés, ou accompli le plus petit acte de réparation envers ceux qui avaient été traités le plus iobumainement du monde. Il nous est impossible de tomber d'accord avec le jugement de M. Richard, h^ Angleterre a été responsable de la déportation des Acadiens et elle doit en assumer l'ignominie. »

L auteur de cette critique s'est donc donné la peine de recenser tout l'ouvrage, et il trouve, avec beaucoup de raison, que les pièces mêmes que l'auteur cite à l'effet d'exonérer la Grande-Bretagne, loin de prouver sa thèse, l'infirment et disent tout le contraire. L'on conviendra que ce n'est pas là, pour un historien, une démonstration que l'on peut appeler réussie. . .

Dans le Midland Magazine d'avril 1896, nous lisons ceci : « ]\I. Richard acquitte généreusement le gouvernement de la métropole de toute participation au crime, nonobstant certaine correspondance publiée qui en porte la responsabilité tout près des Lords du Commerce; de leur bureau de Londres, ceux-ci exerçaient un contrôle direct sur Lawrence, président du Conseil de la Nouvelle-Ecosse.

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L'on tient d'ordinaire un gouvernement responsable des actes de ses agents; et il semble qu'i. y a toutes les raisons de regardeï- les Lords du Commerce comme ayant endossé les mesures prises par leur représentant. . . » Pour finir, voici un extrait d'un long article consacré à Acadia par la New York Tribune : « Le lecteur remarque que l'une des principales « découvertes » de M, Richard est l'innocence du gouvernement britannique dans l'affaire de la déportation. L'expulsion fut un épisode purement et exclusivement colonial. L'auteur a des pages et des pages là-dessus. L'on pourrait en inférer que la question ne s'est jamais présentée à aucun historien antérieur; mais c'est chose connue depuis longtemps qu'en ce cas-ci, comme en tout autre cas du même gem-e, le gouvernement britannique s'arrangea de façon à décliner toute responsabiHté diplomatique. . . »

Ces diverses citations montrent bien que Richard n'a persuadé de Tinnocence du gouvernement anglais dans l'affaire de la déportation que ceux qui, pour une raison ou pour une autre, étaient d'avance convertis à cette idée, ou encore ceux qui ont accepté de confiance sa thèse, sans prendre la peine de la confronter avec les textes. Mais les esprits indépendants, libres de tout préjugé en l'espèce, et qui ont examiné la question de près, n'ont pas manqué de voir que l'auteur, en voulant exonérer la métropole, s'était d'abord lancé dans une entreprise risquée, maladroitement chevaleresque, que, pour son malheur, les documents mêmes qu'il citait ruinaient par la base. Il avait eu beau solliciter les pièces ofiicicllcs, et les tirer par les cheveux, leur sens obvie donnait souvent un démenti formel à ses commentaires et annihilait au préalable l'effet de ses triomphantes conclusions. Encore un coup, ce n'est pas là un résuitat dont un historien puisse être très fier.

Et donc, sa thèse héroïque, qui s'accordait si bien à son état d'esprit, presque inexplicable chez un descendant direct d'un peuple persécuté à mort par les Anglais, et dont il avait, au surplus, emprunté les grandes hgnes à Casgrain, Edouard Richard l'avait énoncée dès la préface de son ouvrage; il y était revenu fréquemment au cours des vingtneuf premiers chapitres, parfois sans apporter l'ombre d'une preuve propre à l'étayer, et parfois, — ô merveille d'illogisme ! — à l'occasion d'un document ofl&ciel qui se retournait contre l'idée même qu'il voulait mettre en relief : en sorte que le lecteur tant soit peu averti ouvrait de grands yeux, et se demandait ce que venaient faire ces éloges intempestifs de la largeur de \'ues, de la sagesse poUtique, du libéraUsme des hommes d'État britanniques, quand les dépêches émanées de ces hauts personnages allaient à rencontre de ces belles affirmations. ]Mais c'était au chapitre trentième d'Acadia qu'il se réservait de produire la maîtresse-pièce qui allait, selon lui, éclairer d'un jour aveuglant la magnifique ordonnance de sa construction arbitraire, et lui donner ime solidité telle qu'elle s'en irait vers la postérité revêtue de toutes les garanties possibles de durée. Ce point d'histoire sortait désormais du domaine des questions discutées et passait au rang des vérités définitivement acquises à l'esprit humain. Aussi, il faut admirer avec quel accent triomphal l'auteur chante sa découverte et de quels dithyrambes il l'accompagne ! Nous doutons que Pindare lui-même se soit élevé plus haut dans l'échelle du IjTisme. Seulement, pourquoi faut-il que toute cette dépense d'enthousiasme, ce chquetis de mots sonores et vides, cette éloquence à froid tombent à piat devant la réalité? Voici, en effet, des réflexions de bon sens qui jettent une douche sur ce beau feu, et qui calment ces

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ardeiu's dont la générosité n'a eu que le tort de se tromper d'adresse.

Il s'agit donc de la « fameuse » dépêche du secrétaire d'État, Thomas Robinson, si chère au cœur de tous ceux qui \'oient dans la politique coloniale britannique un modèle d'humanité, et dans son attitude à l'égard des Acadiens, en particulier, le nec plus ultra d'un libéralisme où la tendresse le dispute à la justice sociale. Cette dépêche est datée du 13 août 1755. Fut-elle expédiée surle-champ? Quand arriva-t-elle à destination? Les archives que nous avons pu consulter ne le disent pas. Tout ce que nous savons, c'est que Lawrence l'avait reçue avant le 30 novembre 1755, puisqu'il la mentionne dans une lettre écrite ce jour-là au même personnage. lAii était-elle parvenue beaucoup plus tôt ? ou venait- elle seulement de lui êti'e remise? Là-dessus nous nous perdons en conjectures. Maintenant, prenons cette dépêche pour ce qu'elle n'est pas, à savoir : une protestation contre la déportation projetée, une défense d'opérer pareille chose, alors 1° Nous pouvons trouver que cette défense vient bien tard: quand, par ses communications datant déjà d'un an, Lawrence avait donné clairement à entendre que c'était cela qu'il voulait, expulser les Acadiens, pourquoi le ministre avait-il tant attendu avant de se mettre en travers de ce plan et de l'étouffer dans l'œuf ? 2° Puisque Robinson affirme que, dès le mois de mai 1755, uçie sorte de concordat avait été conclu entre l'ambassadeur de France et le roi d'Angleterre, pour régulariser le sort des Acadiens, pourquoi n'est-ce qu'en août, c'est-à-dire trois mois après, qu'il s'est décidé à en faire part à Lawrence ? 3 ° Devons-nous plutôt prêter à Robinson un réel machiavélisme, et croire qu'il aura envoyé cotte dépêche sans se faire d'illusion aucune sur sa portée piatiquc, et seulement pour se couvrir, lui et son

gouvernement, devant la postérité, et se laver ainsi les mains du crime qui allait être perpétré ?

La vérité est beaucoup plus simple que tout cela. Et la vérité est qu'il n'y a pas trace, dans ce document, de protestation contre la déportation. Le temps pi-essait cependant, et Robinson n'était pas sans le savoir. Pourtant, toute la première partie de sa lettre est consacrée à ergoter sm- les divers sens possibles des mots : to drive away the French inhahitants, que Lawrence avait employés dans sa dépêche du '?'<§ juin 1755, relative à la prise de Beauséjour, et à laquelle Robinson répondait. Oui, comme un pédagogue en mal de distinctions, il repasse les significations variées que l'expression susdite pouvait avoir dans l'esprit du gouverneur. Et pour conclure à quoi ? L'on s'imagine, en bonne logique, que Robinson, après ce préambule, va dire à Lawrence : « Quoi que ce soit que vous ayez entendu par là, et que vous ayez voulu parler de tous les habitants français de la péninsule, ou des Acadiens des villages avoisinant Beauséjour, ou seulement de ceux qui étaient dans Beauséjour même, nous ne voulons admettre aucune de ces diverses interprétations, et nous vous défendons absolument d'exécuter quoi que ce soit qui ressemble à une expulsion partielle ou générale. » Si le secrétaire d'Etat avait parlé ainsi, l'on pourrait encore trouver qu'il s'y était pris un peu tard pour intervenir en faveur des Acadiens; du moins y aurait-il eu intervention véritable de la part de son gouvernement; et la dépêche en question constituerait un argument sérieux, irréfutable même, à l'appui de la non- complicité de l'Angleterre dans le martyre infligé aux Acadiens.

Au lieu d'une conclusion semblable et d'une pareille fin de non-recevoii", voici à quoi Robinson aboutit :

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« LET YOUR INTENTION HAVE BEEN WHAT IT WILL, IT IS NOT DOUBTED, BUT THAT YOU WILL HAVE ACTED UPON A STRICT PRIN- CIPLE OF IMMEDIATE AND INDISPENSIBLE SECURITY TO YOUR GOVERNMENT. . . »

C'est-à-dire : « Quelle qu'ait pu être votre intention, et quelque signification qu'il faille attacher aux mots de votre lettre : io drive away the French inhahitants, il n'est pas douteux que vous ayez agi en vous inspirant du strict principe de la nécessité d'assurer le salut public; vous aurez pris pour base de la mesure que vous aurez adoptée, quelle qu'elle ait été d'ailleurs, l'indispensable nécessité de procurer la sécurité de votre gouvernement. ))

La phrase est au passé. Qu'est-ce à dire ? Sinon que Robinson considère que ce drive away the French inhahitants, sous quelque forme que Lawrence l'ait conçu, est déjà accompli. Et c'est là la dépêche que l'on arbore triomphalement pour établir que la Grande-Bretagne s'est opposée à la déportation ! Tout ce qui inquiétait le secrétaire d'État était que l'alarme se répandît dans le camp acadien, qu'une révolte y éclatât, ou que, chassés de la province, ces habitants n'allassent renforcer les colonies françaises avoisinantes. La question dîhumanité n'entre pas en Ijgne de compte ; l'intérêt matériel prime tout. Et du moment qu'il saura que Lawrence s'y est pris de façon que non seulement il n'ait pu y avoir de révolte, pour la bonne raison que l'on aura eu la précaution d'enlever aux Acadiens leurs armes, et que, sous prétexte de les convoquer pour leur donner lecture d'une proclamation royale, l'on aura emprisonné des centaines de chefs de famille; du moment qu'il saura que Lawrence s'est arrangé de façon que la déportation ait lieu, mais pas à l'avantage des établissements français voisins, puisque les Acadiens auront été

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dispersés parmi les colonies britanniques, et qu'on ne leur aura pas même laissé la liberté de choisir le lieu de leur exil, alors, sir Thomas Robinson n'aura plus qu'à battre des mains devant tant de prévoj-ance de la part du gouverneur de la Xouveile-Écosse et qu'à ratifier sa belle action. Ce que lui et ses collègues n''ont pas manqué de faire du reste, ainsi qu'on le peut voir dans la lettre édifiante des Lords du Commerce à LawTence, en date du 25 mars 1756. « Xous avons soumis au secrétaire d'Etat de Sa Majesté le passage de votre lettre relatif à la déportation des habitants français et aux mesures que vous avez prises pour l'exécuter ; et comme vous représentez que cette déportation était indispensablement nécessaire à la sécurité et à la protection di la Province dans la présente situation critique de nos affaires, nous ne doutons pas que votre conduite à ce sujet ne reçoive l'approbation de Sa Majesté.» {N.S.D. page 298)

Que si, malgi'é la phrase condamnatrice de la dépêche du 13 août, l'on osait encore soutenir contre toute é^àdence que ladite dépêche renfermait le veto du gouvernement au projet de déportation, alors que restait-il à faire à l'égard du téméraire qui avait passé outre à l'ordre de ses chefs? Le devoir de ceux-ci n'était-il pas de le casser, de le rappeier, de lai faire son procès, de le désavouer? C est la pratique constante du pouvoir en pareil cas. Or, cela n'a pas eu lieu pour Lawrence. Au contraire : en récompense, on l'a nommé immédiatement, de président du conseil et Heutenant-gouverneur qu'il était, gouverneur-en-chef de la Nouvelle-Ecosse. Singulier désaveu de sa conduite ! Et quand, malgré tout cela, nos historiens persistent à vouloir exonérer la Grande-Bretagne de toute compUcité dans cette affaire de la déportation, en vérité ils s'enfoncent dans l'inexplicable et s'abiment dans l'absurde.

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Il nous a été très pénible de constater que, dans son manuscrit original, aussi bien que dans l'édition anglaise, Acad^a^ Edouard Richard avait laissé de côté, dans sa citation de la dépêche de Robinson, la petite phrase, mais d'une importance souveraine en la matière ! — où la déportation est considérée comme une chose du passé. Nous ne soupçonnions pas d'abord qu'il avait ainsi amputé cette lettre de sa partie la plus essentielle; nous nous en sommes aperçu en confiontant son texte avec celui de Akins (N.S.D. 278-9-0.). qui est officiel. Et cela nous a fait mal. Casgrain en avait fait autant, il est vrai. Et Richard serait excusable dans une certaine mesure s'il n'avait eu sous les yeux que Casgrain. Mais il était à la source, il possédait la compilation des Nova Scotia Documents. Seulement, il 5' avait, dans la source, quelque chose qui le gênait. Et, tout comme l'auteur de Un Pèlerinage au pays d'Évangéline, il a écarté cet obstacle, il a sauté prestement par-dessus une toute petite phrase, parce que cette phrase malencontreuse ruinait l'échafaudage de ses sophismes et de ses paradoxes, tenacement monté dans le seul dessein préconçu d'exonérer l'Angleterre de participation à l'un des plus grands crimes de l'histoire. Et cela n'est pas à sa louange, nous le disons à regret , mais la probité nous y oblige.

Après tout ce que nous venons d'examiner, la conclusion qui s'impose est celle-ci : l'Angleterre s'est rendue responsable de la déportation des Acadiens.

La conscience religieuse n'a jamais ratifié l'absolution que Pilate se donnait à lui-même quand il disait : « Je suis innocent du sang de ce juste ! »

La conscience humaine ne peut pas davantage ratifier le verdict d'innocence que les historiens, complaisants ou intéressés, accordent à la Grande-Bretagne dans la question de la déportation acadicnne.

Dans un cas comme dans l'autre, les faits sont là, qui en disent plus que toutes les paroles : et ces faits sont accablants. Henri d' Arles.

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