‹ L'Action canadienne-française (volume 4)Chapitre 96 sur 123 · LE PELERINAGE DE JACQUES · texte numérisé non relu

LE PELERINAGE DE JACQUES

Petit Jacques a fait Vautre jour son pèlerinage à Carillon, Sa mère a voulu, avant l'ouverture des classes, lui mettre au cœur la passion cVun beau devoir.

Vous, petits écoliers qui êtes allés, le dernier printemps, « au pays de Dollard », vous devinez toutes les émotions qui, au départ de la maison, ont pris d'assaut le cœur du petit bonhomme. . . Il s'en allait au pays des rêves héroïques, de ses rêves à lui, qui lui venaient, le soir avant de s'endormir, quand il avait lu quelque histoire merveilleuse. Je passe rapidement sur le voyage en bateau, à bord de la Duchess of York, le long du lac Saint-Louis, puis, sur le lac des Deux-Montagnes. Petit Jacques ouvrit bien giands ses yeux qui se baignaient dans l'eau bleu foncé, qui s'élançaient vers les rives ombreuses derrière lesquelles apparaissaient des maisons, des fermes et des clochers tout blancs. Après la grande nappe d'eau du lac des Deux-Montagnes, vaste comme un pan du ciel tombé sur terre, la rivière Outaouais se rétrécit, et la mère de Jacques, lui montrant un point sombre dans le lointain, lui dit : « C'est là ».

La mémoire et le cœur de l'enfant parlaient encore plus fort que la voix de sa maman,que tous les paysages. Qu'était ce Dollard qu'on l'amenait vénérer ? — C'était le héros de sa toute première enfance, le héros d'un affreux combat dont sa mère, un Eoir, lui avait fait le récit. Aussi, malgré les attraits du voyage, il aime que sa mère V entretienne des martyrs de 1660. Jacques a tant hâte d'arriver, que le bateau à peine obordéy

510 l'action française

le premier il enjambe la passerelle, entraînant sa mère avec lui. Tous deux ils marchent quelque temps en silence dans une route que les pèlerins ont maintenant tracée et que jonchent les prçmières feuilles de l'automne; puis, à un détour du chemin, Jacques et sa mère se mettent à gravir une route légèrement m.ontante qui conduit à Venceinte sacrée. Déjà ils aperçoivent, à droite, un enclos que -garde une grande croix blanche. . . « C'est bien ici, dit la mère, en montrant le petit tertre fleuri de peiisées, de marguerites et d'immortelles. C'est ici, mon enfant, qu'il y a deux cent cinquante-neuf ans, le commandant Dollard et ses soldats de la Sainte-Vierge disputèrent aux Iroquois, Montréal, Québec et Tr ois-Rivières, toute la Nouvelle-France. Cela leur était venu, tu t'en souviens, un soir que la grande nature leur avait parlé, que leur patrie nouvelle avait crié : « à l'aide ». Les barbares avaient décidé d'en finir avec elle, dans un carnage suprême. Quel dommage que le fortin oit ils s'étaient retranchés ait disparu ! tu verrais, mon Jacques, de quel héroïsme presque téméraire nos petits chevaliers ont fait preuve. Leur rempart n'était fait que de jnisérables pieux; au dedans, ils manquaient d'eau et ils souffraient de la faim. Huit cents guerriers à face de démon ont combattu et hurlé pendant deux jours autour de celte poignée de héros. Eux se sont battus et ont prié, ils se sont battus « jusqu'au bout )) malgré la trahison ». — Oui, interjeta Jacques, la trahison de ces méchants Hurons! » — « Quand ils ne furent que quelques-uns à se battre, les Iroquois abattirent la palissade et entrèrent dans le fort. A ce moment eut lieu une lutte corps-à-corps; les agonisants furent achevés et les derniers survivants français périrent dans des tortures effroyables. Oui, mon Jacques, c'est bien ici que reposent, confondus avec les sauvages tiiés de leurs maitis, les chevaliers de Ville-Marie, si vaillamment tombés. Le sol qui a bu si avidement leur sang, garde dans son sein une seînence qui

l'actiox française .511

germera, si la jeunesse de plus tard veut être fidèle aux grandes leçons des a/niés. »

« Mais voyez donc, maman, dit Jacques, il produit déjà, le sol, regardez comme les immortelles ont poussé dru sur la tombe des martyrs )) — « Mon petit Jacques, c'est la fleur de la reconnaissance^ celle-là. plantée par des mains pieuses. Mais je veux parler d'une autre fleur qu'attend cette terre tourmentée. Ce n'est pas pour obtenir l'immortalité que les braves de 1660 ont donné leur vie. Quelque chose de plus saint, de plus noble, leur commandait le don d'eux-mêmes. Ce qu'ils voulaient, vois-tu, c'était d'abord répondre^ au commandement du devoir, puis, montrer aux petits Canadiens qui viendraient après eux, que la patrie est ce qu'on a de plus cher au ni'ynde, après la famille, et qu'on doil être prêt à tout sacrifier pour l'empêcher de mourir. La fleur qu'attend la terre de Dollard, c'est l'amour de notre patrie française du Canada. ))

(( Ils étaient des saints, chère mère, nos grands frères de ce temps-là », répond l'enfant avec enthousiasme, et les yeux fixés sur les coteaux verts et le firmament plus bleu, il continue, avec beaucoup d'exaltation: « Je voudrais choisir un aussi beau décor pour mourir, moi. »

f- Descendons, dit la mère, le monument n'est pas loin' Vois-tu cette tête de bronze au haut d'une stèle de granit f C'est lui.yt A mesure qu'ils approchent, tout le monumerit se dresse. Le médaillon du bas attire tout de suite les yeux de Jacques. ((Mère, voyez donc cette tête. Avec ses cheveux épars, son nez pincé et ses lèvres amincies, on dirait un homme qui projette toute son ânie dans un effoit suprême. C'est lui Dollard f » — « Oui, cest Dollard, répond la mère, reprenant son récit. C'est Dollard qui jette désespérément son dernier commandement. Il vient de parer à un désastre, comme tu sais. Un baril de poudie chargé coniie l'ennemi vient d'éclater dans

512 l'action française

Je Jort, se7nant la mort 'parmi les combattants français. Dollard qui reste debout avec quelques autres, lève une dernière fois son épée pour la Nouvelle-France qui là-haut — tu vois cet autre médailhn — accueille le sacrifice du héros. . . »

« Et ces noms gravés dans le granit, reprend l'enfant, ah ! oui, ce sont les noms des seize. » Et Jacques commence, olennel, V appellation des héros, des soldais de Ville-Marie qui, au mois de mai 1660 « donnèrent généreusement leur vie pour la Nouvelle-France. » Comme ils résonnaient fièrement sur ses lèvres les noms de Dollard des Ormeaux, de Christophe Augier. dit Desjardins, de Jacques Brassier, de René Doussin, etc., etc.

« Je te Vai déjà dit, compléta la maman, ces braves étaient pour la plupart de petites gens, de simples gens de métier; il y avait parmi eux un armurier comme Jean Tavernier, un serrurier comme Nicolas Tillemont,. un chaufournier comme Alo7iie de Lestres. Ce qui prouve, mon Jacques, que les beaux devoirs, les nobles sacrifices sont à la portée de tout le monde; il suffit qu'on soit généreux, qu'on garde bien son cœur et qu'on le laisse grandir. Le bon Dieu quand II veut opérer de grandes choses, ne demande pas à un jeune homme s'il a du bien ou s'il vient d'une grande famille. Il lui demande s'il a du cœur, de la volonté, du courage. Alors, Il le remplit de sa grâce et lui confie ime missioyi. Les petits soldats de Dollard travaillaient beaucoup, mais priaient de même; ils vivaient dans une compagnie de très nobles gens oit il y avait M. de Maisonneuve, Lambert Closse, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys; ils respiraient une atmosphère d'héroïsme. Aussi quand sonna l'appel de Dieu et de la N ouvelle-France, il les trouva prêts. Le matin de leur départ, comme tu sais, ils communièrent et tous, entre les mains du prêtre, firent le ser-

l'action française 513

7nent de ne jamais demander quartier, de combattre jusqu^au bout. »

Jacques écoutait, bouleversé, ému, le récit où Iq, maman avait mis toute son âme et toute sa force persuasive. « Maman, dit-il vivement, si je demandais au bon Dieu de me confier une mission, à moi aussi? » — « Mais, mon "petit Jacques, elle est tout indiquée, ta mission. Elle est celle de tout Canadienfrançais catholique. Etre digne de sa foi, être digne de sa race, et les servir, les défendre toutes deux. Jacques, demain peut-être la patrie aura besoin de héros. Lève la main vers Dollard et vers les héros du Long-Sault et fais ton serment à la Nouvelle-France, ce serment que j'ai formulé pour toi. » Jacques s'approche du monument, la main droite vers la stèle des héros, Vautre un peu tremblante, tenant le petit carré de papier que vient de lui tendre sa mère, et, la poitrine gonflée par Vémotion, les yeux remplis d'une flamme ardente, il prononce bien haut :

« 0 Dollard, je t'apporte le serment de mon enfance. Comme toi, je veux être le chevalier de ma race et de ma foi. Par ma vie d'aujourd'hui, je veux apprendre le goût des nobles devoirs, l'amour des grands dévouements. Je me souviendrai que le héros est le fruit de nobles semences. Je serai\fort, généreux, laborieux, pur dans ma jeunesse, pour être un jour vaillant et héroïque. J'écouterai la voix de la terre, de la patrie, la voix des morts; je laisserai entrer dans mon âme les inspirations de notre histoire; je laisserai tout féconder par la prière, par la vertu divine, et, jusqu'au bout, ô mon grand frère, je le promets, je servirai la Nouvelle-France. »

Jacques prononça ces derniers mots pendant que sa mèret les yeux mouillés, regardait au loin l'écume blanche du Long-Sault et, par delà, le mirage sombre de la terre ontarienne.

Joyberle Soulanges.

A TRAVERS LA VIE COURANTE

Quelques-unes de nos faiblesses

Un ami, dont le zèle pour la langue française est inlassable, m'adresse une longue lettre où il signale, point par point, quelques-unes de nos faiblesses dans la vie courante et en indique, du même coup, les remèdes.

Nous allons parcourir ensemble, si mes lecteurs le veulent bien, cet intéressant mémoire.

Les pïOdUltS Et d'abord, écrit notre ami, « pourquoi nos

des distillciteUTS distillateurs, même canadiens-français, nous ofïrent-ils des bouteilles flanquées d'inscriptions anglaises? Mexican Cream Soda, Minerai Water, Ginger Aie,' Cidcr, etc., ne peuvent-ils pas se traduire? »

^^^ Boisson de Luxe ^^^

Page 1