‹ L'Action canadienne-française (volume 5)Chapitre 140 sur 175 · AU PAYS DE L'ONTARIO · texte numérisé non relu

AU PAYS DE L'ONTARIO

ardent du saxonisme, il déteste cordialement les Canadiens français à qui il déclare une guerre implacable. Cette guerre, il l'ouvre du reste, sur le dos de son beau-frère en lui volant sa place, moyennant des procédés de camisard. Pis que cela, Duffin soudoie la femme et les enfants de Lantagnac contre Lantagnac lui-même.

Au moment donc où Jules de Lantagnac devient l'un des chefs franco-ontariens et le député du comté de Russell, tel il nous apparaît. Bel homme, esprit clair, équilibré, idéaliste que les génies grec et latin et la foi chrétienne ont fini par façonner; caractère généreux et intrépide; orateur à l'éloquence toute française.

Tout à coup la nouvelle se répand que le sénateur Landry a démissionné. Un grand débat va se livrer à la Chambre des Communes sur la question scolaire. A coup sûr, Lantagnac, le représentant officiel des victimes du règlement XVII "l'honneur et la force" de la cause française, devrait y prendre la parole. Seulement, un tel acte de sa part détruira sa maison; le dénouement ne fait point de ioute.

On voit le dilemme: ou sacrifier ses compatriotes à sa amille, ou sacrifier celle-ci à ceux-là. "Ai-je le droit, se lemande avec angoisse Lantagnac, pour le seul intérêt l'une tactique douteusement efficace, de démolir mon foyer, l'opérer la dispersion de mes enfants ?"

Dans cette occurrence douloureuse le député de Russell ourt chez le Père Fabien. Celui-ci, pourtant peu enclin >ar nature aux agitations intérieures, s'émeut, cette fois; hésite, en apparence plus qu'en réalité, je crains bien; raisonne, il argumente, puis il conclut: "Je songe que, evant le public, trop peu au fait de bien des circonstances..., ules de Lantagnac ne peut garder le silence, sans se déshoorcr à jamais, sans ruiner le prestige d'un grand talent...

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Nous ne sommes que partie dans un Etat dont l'action politique est souvent dirigée contre notre existence; nous ne possédons qu'une personnalité nationale embryonnaire. En un tel cas, Lantagnac. vous le savez bien, la responsabilité de toute la race pèse plus lourdement sur chaque citoyen, mais elle pèse sur l'élite plus que sur les autres."

Et Jules cle Lantagnac, qui ressemble beaucoup plus aux héros de Racine qu'à ceux de Corneille, sort de cet entretien sans que la paix, ni la lumière soient entrées dans son âme.

Aussi bien, est-ce si facile de juger quand l'héroïsme devient le devoir ?

Le tragique, c'est que si Lantagnac n'existe pas, à proprement parler en chair et en os, tel qu'il est peint, il existe en mille existences humaines qui se débattent trè réellement entre leurs affections légitimes et leur devoir patriotique.

Au vrai, peut-être pourrait-on observer qu'Alonié de Lestres exprime les sentiments de l'amour avec des accents assez contenus. Un Mistral, dans sa Mireille qui est aussi un roman national, a des émotions autrement chaudes et autrement prenantes. Mais ne nous plaignons pas trop, puisque nous tenons là, sans doute, un indice sur l'habitacle du mystérieux auteur.

Où Alonié de Lestres excelle, c'est quand il raconte ses idées. Car son livre contient une doctrine, tranchons le mot: le nationalisme intégral. Il embrasse bien d'autres questions que celles qui concernent l'Ontario. A nous, il apporte un encouragement précieux dont nous ne connaîtrons bien la portée que dans un avenir assez éloigi A tous les nôtres, où qu'ils soient, il offre des "directive sur une infinité de points, notamment sur la politique cana-

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dienne générale, sur la politique canadienne-française, sur l'éducation nationale...

Peut-être, parfois, le ton s'élève-t-il un peu trop; c'est qu'en d'autres endroits le diapason rétablit l'harmonie.

A travers de réelles beautés littéraires, des mouvements d'âmes vraiment humains et chrétiens, des observations de moeurs nombreuses, des considérations philosophiques qui, souvent, ne manquent pas de profondeur, s'il s'est glissé des imperfections, les critiques le diront, s'il leur plaît. Pour nous, qui vivons, qui sentons, qui pensons a~vec les Franco-Ontariens, nous ne voulons considérer dans Y Appel de la Race, que l'"épaulement moral" dont nous avions tant besoin.

Au demeurant, Y Appel de la Race comble, en partie, une lacune dont souffrent tous les esprits qui s'occupent de notre formation et de notre conservation ethniques. Tant que nous n'aurons pas une littérature nationale supérieure, quelques livres où les jeunes générations se formeront semblablement dans la contemplation amoureuse et palpitante du véritable idéal canadien-français, les adversaires, les ennemis qui nous entourent, qui nous enveloppent, auront toujours chance de finir par nous entamer, par nous diviser, par nous absorber dans leur masse hétérogène.

Alonié de Lestres contribuera , pour sa part, à donner de a consistance à notre mentalité canadienne-française, /oire à notre mentalité canadienne tout court. A la condiion toutefois qu'il soit lu. Or, il n'est personne, que je ache, parmi lesFranco-Ontariens d'abord, parmi les Canadiens français ensuite, parmi tous ceux qui lisent, ussent-ils d'Europe, qui, bientôt, n'aura appris par soiïiême quelle fut l'attitude de Jules de Lantagnac au moment e plus important de sa vie.

( reorges Simard, O. M. ï.

Nous nous pressons, un peu inquiets, vers la cathédrale d'Ottawa. Quel auditoire auront nos conférenciers?

Nous dépassons la marche symétrique de longues files de religieuses et de forts groupes de religieux et de prêtres séculiers... Soudain au détour d'une rue, la cathédrale dresse ses deux clochers et sa masse de pierre: c'est là. Un coup d'oeil nous montre la simplicité et la solidité de ce temple à peine lézardé au cours d'une période qui creuse des rides profondes dans une figure d'homme.

Instinctivement nous songeons à l'édifice social dont la construction s'impose. Il se dessine vaguement dans l'esprit, avec ses grandes lignes, toutes imprécises : les principes fondamentaux de toute société durable qu'il s'agit d'exploiter.

Nous entrons avec la foule... Nos inquiétudes se dissipent: le choeur et le vaisseau sont remplis.

La nef si artistique, une teinte de l'art espagnol, est une réminiscence du gothique du XVème siècle et présente une multitude de belles choses. Le choeur, vrai chapitre d'histoire ancienne écrit par des ouvriers inconnus sous la dictée de l'architecte-prêtre que, timidement, nos doigts désignent dans une stalle, près de l'autel: le chanoine Bouillon, offre ses gracieuses et riches complications architecturales. On se chuchote à l'oreille que les statues de bois sont une oeuvre de jeunesse d'Hébert, que les statuettes en carton-pierre, adoucissant chaque angle, dissimulant chaque coin, coupant chaque retrait sont d'origine française, de la maison Verbout de Paris, que les stalles et les chapiteaux, admirables d'élégance et de proportion, furent ciselés par Philippe Parizeau.

C'est le cadre de la manifestation du 28 août...

Nous continuons à songer à la semaine sociale parce que nous sommes là pour y songer. L'édifice si simple que nous avons imaginé tout à l'heure se complique de ses détails. Chaque statue prise isolément, est un tout complet, beau, voire précieux, mais la grandeur de la cathédrale émerge de l'assemblage de ces sculptures. L'édifice social que nous rêvons résultera de l'agglomération calculée et voulue de chaque conférence, de chaque leçon, de chaque étude... Agencés avec méthode, ces travaux intellectuels, créateurs d'activités, parachèveront le temple social, un temple solide et artistique. Le temps est requis d'apporter sa toute-puissante expérience et l'Eglise est choisie comme l'architecte qui construit pour des siècles.

Temple vivant, symbolisé par ces groupes d'hommes, venus d'un peu partout, depuis le golfe du Saint-Laurent jusqu'aux confins de notre Province, qu'une pensée anime au point de mettre un reflet de lumière dans leur regard: celui de la vérité recherchée et possédée. Temple religieux évoqué par toutes les nuances des costumes ecclésiastiques qui graduent la hiérarchie de l'Eglise depuis le blanc des moines jusqu'au violet épiscopal, par le sens catholique qui s'énonce, à l'ouverture même de la semaine sociale, en paroles vibrantes et que la foi nous permet de saisir sur les lèvres muettes du Christ, caché dans le tabernacle, Vie de cette vie sociale qui s'affirme déjà fortement. Temple vivant et religieux comme cet immense auditoire avide de mieux comprendre les besoins de nos temps, les vraies solutions de nos problèmes économiques et les remèdes infaillibles à toutes les dépressions morales de la société.

De ce coup d'oeil rapide dans la cathédrale naît une impression saisissante: impression de force, de lumière, de sens chrétien...

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Qui sont-ils, ceux-là ? Pourquoi cette réunion dont le but est de voir clair dans les plus épineuses questions actuelles ?

Ils sont les amants de la vérité catholique; ils sont les tenants de la doctrine sociale; ils sont les bâtisseurs du vrai, parce qu'ils sont des chercheurs de la vérité de l'Eglise et les amis de l'homme social. Partant des conceptions les plus élevées de l'ordre, de l'harmonie sociale, du catholicisme intégral, ils tentent d'illuminer l'accord facile entre la volonté de Dieu et les besoins de l'homme. C'est à ce titre qu'ils donnent l'impression d'être une lumière féconde et génératrice de bien.

Regardez encore dans l'immense nef. Vous voyez desi éducateurs et des pétrisseurs d'hommes et d'âmes. Tous les jours des enfants et des jeunes gens se pressent autour d'eux en quête de vrai, de lumière. Et s'il est vrai d'attribuer quelquefois la chose enseignée à celui qui l'enseigne, comme on attribue le nom de Lumière au soleil qui produit h lumière, on peut justement donner la qualification de lumière à ceux qui se chargent d'éclairer les intelligences en leur dosant les vérités, de pétrir les âmes en leur exposant les règles morales. Cette impression est palpable dans cette assemblée d'hommes d'oeuvres, d'apôtres, de professeurs, ou de futurs professeurs, d'institutrices et de religieuses qui sont littéralement la pensée de toute une ville ou de tout un pays, parce qu'ils apprennent à penser à tous les adolescents Et certes l'on reste étonné de toute l'étendue que parcourra une vérité doctrinale, jetée dans ce groupe d'élite.

Impression de lumière encore quand l'esprit s'arrête à disséquer les questions mises au programme de la semaine sociale. Ce ne sont pas les plus faciles et les plus évidentes, bien au contraire. Et pourtant la clarté de l'exposition, la solidité de l'enchaînement, la vigueur de l'idée et

la force persuasive de chacune des leçons projettent des Faisceaux de lumière sur tel problème qui, hier encore, paraissait plongé dans la brume. Et nous avons tous besoin de [jette lumière bienfaisante. Il y a peu de jours, un écrivain spirituel reprochait aux Canadiens d'être réfugiés dans l'a peu près, de traiter les vérités à peu près, de se faire une conduite à peu près morale etc.. Sans discuter cette preuve l'expérience, il suffit de se rappeler les cours de la semaine sociale d'Ottawa pour constater que l'a peu près n'est pas général chez nous. De temps à autre une vraie lumière qui ;ouille jusque dans les coins les plus obscurs de notre vie sociale permet de découvrir nos faiblesses et nos travers, illumine les principes de vie et indique les remèdes à nos malaises moraux et sociaux.

Inpression de lumière que la semaine sociale! Impression de force aussi. Ce n'est pas sur des théories vaines ou des systèmes d'écoles que se porte la matière des conférences des semaines sociales. Elles visent les points m litige et les plus brûlants. Quelle force enfermée dans ses deux mots: capital et travail! L'une qui culbute tout jbstacle et renverse toute barrière par la puissance de l'argent; l'autre qui brise tout effort et annihile toute puissance par une résistance opiniâtre, par cette calme et dédaigneuse indépendance, dompteuse des plus solides organisaions. Contre ces deux forces, il faut une autre force prouvée. La semaine sociale nous la présentait ces jours derders par ses enseignements et ses doctrines. Egale à l'autre, lie l'est; supérieure même elle l'est aussi. Ce n'est plus a résistance passive, ce n'est plus l'écrasement de l'or qui rédomine; ce sont les idées de bien, de justice, de charité, e bonheur, de liberté, de fraternité humaine* El ces idées ont tellement concrètes et claires, rattachées au grand rincipe de toute force, le Christ, qu'elles peuvent dominer

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el régler le capital et le travail. Aussi, avec quelle lucidité et quelle audace, les conférenciers descendent dans le champ du prolétaire et lui disent, au nom de la vérité: tu iras jusque-là, mais pas plus loin. Parole divine qui reste divine en passant par des lèvres humaines, parce qu'elle est l'expression même de la providence; aux riches orgueilleux et puissants, ils disent: au nom de la justice intransigeante, au nom de la charité humaine, vous n'avez pas le droit... vous avez le devoir... Et cette impression de force devient de plus en plus saisissante à mesure que les conférenciers se succèdent et que les problèmes passent devant les esprits.

Impression de force encore de constater non seulement le rappel des devoirs de chaque classe sociale, mais l'obligation de les harmoniser dans la poursuite d'une même fin: le bien commun. Le semaine sociale, en effet, porte son effort à la recherche des meilleures solutions de paix et de concorde entre tous les hommes: elle les a trouvées dans les directions pontificales, surtout dans la toujours vivante encyclique Rerum Novarurn.

Cette note distinctive des semaines sociales, de toutes autres semaines, bien à la mode depuis quelques années, est le sens chrétien doctrinal.

C'est une admirable prérogative de la doctrine de l'Eglise de se plier à tous les temps, de s'adapter à tous les milieux et à toutes les évolutions sociales. Et cette facilité d'adaption est particulièrement frappante dans une semaine sociale. Il se rencontre dans ces réunions des esprits de toute catégorie. Or, à toutes ces classes, la semaine sociale rappelle que les principes fondamentaux de toute restauration sociale sont ceux de l'Eglise catholique. Elle se glorifie encore de faire régner efficacement, dans ses méthodes et dans ses enseignements, le Christ lui-même. Personne ne dira bien quel cachet surnaturel s'imprime dans les an

des auditeurs quand elles sentent que cette doctrine sérieuse et pratique est adaptée au grand Restaurateur de tout ordre social: le Sauveur.

La Semaine sociale ne peut omettre cette orientation surnaturelle, parce qu'elle vise, en dehors de l'homme matériel, contraint de gagner sa vie, de tirer profit de son travail, l'homme raisonnable, doué d'une âme immortelle. Et l'on ne mentionne pas l'immortalité sans toucher au vrai sens chrétien de l'individu. Cette impression fut particulièrement frappante à Ottawa. Qui dira la force d'autorité d'une assertion comme celle-ci, par exemple, tombée des lèvres d'un juriste: "En dehors du catholicisme social, il n'y a pas de sociologie, parce que seul le Christ a dit: Je suis la Voie, la Vérité, la Vie..." C'est comme une goutte de divin jetée dans l'atmosphère sérieuse d'une semaine sociale, et, plus pénétrante que la goutte de parfum la plus pénétrante, elle imprègne et l'air ambiant et les âmes et c'est une impression de sens chrétien.

Et une fois de plus, officiellement, en dehors de toute prédisposition diplomatique et de tout préjugé, l'Eglise sort grandie de ces réunions scientifiques et le Christ nous apparaît mieux le sauveur des sociétés.

Ces impressions un peu graves hantaient les esprits de tous les semainiers à la cathédrale d'abord, puis au Monument national, où tous se donnaient rendez-vous trois fois par jour, pour deux heures au moins chaque fois.

Ce contact assidu de personnes venues de partout, inconnues hier, aujourd'hui amies est toute une révélation de cordiale relation, de confiance réciproque et de même idéal.

Au contraire des semaines des Ecrivains catholiques, surtout de la dernière, tenue en France en juin dernier, notre semaine ne fut témoin d'aucune de ces discussions

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un peu vives que suscitent parfois les divergences d'opinions. Est-ce à croire que le travail de chaque conférencier défiait toute critique et toute attaque? Peut-être. Même pourquoi pas, puisque c'était la grande voix de l'Eglise qui tombait en accents autorisés au milieu d'un auditoire foncièrement catholique... Est-ce à croire que l'on avait peur de soulever des points litigieux, de crainte de nuire au succès général de l'organisation ? Il est permis d'en douter. Mais une impression se dégage de cette fréquentation d'esprits droits, c'est leur cordialité. Dans les coulisses, où tous les semainiers étaient admis, dans les salles de causeries où chacun avait rendez-vous avant comme après et entre les séances, des échanges de vues, des interrogations précises, des explications loyales étaient données, reçues, sollicitées. Petit groupe distinct , quelques-uns prenaient occasion d'une organisation locale, faite par eux, chancelante un peu, pour obtenir discrètement un avis , un conseil, voire une direction. N'est-ce pas charmant que cette cordialité entre inconnus ? L'on pourrait noter cette remarque d'un semainier de fort loin: "ce qui m'étonne, ce sont les relations fraternelles qui existent entre le clergé séculier et régulier d'Ottawa." Et nous nous chargeons d'ajouter: la grande beauté de la semaine sociale d'Ottawa fut le groupe compact des religieux, des prêtres et des Soeurs, la parfaite aménité qui régna entre ces groupes et les semainiers laïques, de la capitale ou de l'étranger.

La ville elle-même prêtait à cette cordialité souriante. Elle reçut ses visiteurs dans tout l'éclat de ses beautés naturelles. Florence, disait-on autrefois, est la ville des fleurs. On pourrait appliquer cet éloge à Ottawa. Les fleurs et les arbres surabondent le long de ses rues, dans ses parcs et dans ses promenades et le mirage de son canal et de ses deux rives doublent cette verdure multicolore. Les édifices

mêmes sont tout ouverts à la cusiosité légitime des étrangers ; et cet accueil bienveillant n'est pas le moindre charme de leur majesté. A parcourir cette pimpante ville, nos semainiers apprécièrent davantage cette urbanité caractéristique. Les autos gracieusement fournis par Péchevin Gaulin n'étaient guère pour rompre le charme. Comment être désintéressé de l'oeuvre qui s'accomplit dans un milieu aussi agréable !

Les réceptions, tel le poétique banquet des RR. PP. Oblats, présidé et organisé d'ailleurs par le président local de la semaine sociale, le sympathique Père Rodrigue Villeneuve, telle encore la fidélité continue de M. Olivier Dion à guetter à l'heure des trains l'arrivée des semainiers et à leur trouver immédiatement un logement , proclamaient bien haut cette cordialité attrayante. Il serait délicat pour nous d'apprécier le dévouement prévoyant du bon Père Leduc, secrétaire local. Des fleurs, du soleil, le sourire et... des mets abondants ne suffisent-ils pas par eux-mêmes à mettre de la douceur dans les yeux, de la sénérité dans les figures et de la joie dans le coeur.

C'était proprement le mot d'ordre: la cordialité, jeté parmi les organisateurs, implicitement si vous le voulez, par le toujours très affable, très souriant et très bon Père Archambault, l'âme même des semaines sociales.

La cordialité engendre la confiance: cette dernière fut remarquable. Avant que l'assistance fût constatée aussi nombreuse — une moyenne de 300 auditeurs chaque jour — les esprits pessimistes, qui jettent toujours des lueurs nébuleuses sur les oeuvres nouvelles, hochaient la tête en escomptant un échec, ou tout au moins un deini-succès. Ils trouvaient prématurée, à Ottawa, une réunion de ce genre à propos de questions de cette importance. Ils allaient jusqu'à dire que des institutions purement intellec-

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< uelles ne produisent pas de fruits dans un jeune pays comme le Canada. Toutes sortes de courants froids propres à éteindre le l'eu de l'enthousiasme e1 à jeter un voile d'indifférence sur une oeuvre. Même encore, disaient certains esprits droits, mais peu au fait de l'esprit de foi vivace qui existe dans un pays infesté d'hérétiques, tout ce qui sent la note catholique devrait être prudemment écarté des graves questions économiques et sociales...

C'eût été suffisant pour amortir la confiance! Mais la semaine sociale, maintenant un fait enregistré, répond que la confiance à nos futurs semainiers était légitime. Le sens catholique s'est affirmé avec une grande netteté, les principes catholiques et sociaux ont été lancés dans le public à pleines colonnes de journal, les idées ont franchi des distances étonnantes, et l'oeuvre des semaines sociales s'est affirmée. Voilà qui confirme la confiance des organisateurs en leur oeuvre.

Une autre note de confiance vibra dans les relations entre semainiers et conférenciers. Ceux-ci, reçus comme des maîtres, recueillent dans les sourires engageants de tous, dans les chaudes poignées de main, dans la religieuse attention qui préside à leurs discours, l'impression que les esprits convergent au but qu'ils se proposent d'atteindre. On se dit que les orateurs viennent sans parti pris, désintéressés puisqu'ils ne recevront aucune allocation, sûrs de leur doctrine puisqu'ils sont annoncés comme des ouvriers évangéliques. Son Excellence le Délégué disait à l'ouverture de la semaine: "Travaillez, mes chers amis, avec persévérance et avec esprit de confiance. Le Pape, l'Eglise et Dieu même sont avec vous." Corroborant cette déclaration, la voix si autorisée de Mgr Emard se fait entendre aussi: c'est la bénédiction qui tombe sur l'oeuvre et sur les semainiers. D'autres évêques sont tour à tour sur la chaise de

l'auditeur et dans la chaire de l'orateur. Nos Seigneurs Halle et Forbes proclament spontanément la confiance qu'inspirent, que doivent inspirer ces semaines sociales. Et Mgr l'administrateur d'Ottawa n'est-il pas trois fois heureux de recevoir dans son diocèse et de bénir ces laborieux et ces érudits ? Quelles preuves de confiance réciproque plus encourageantes pourriez-vous recueillir en dehors de la présence de ces augustes personnages, même si nous ne mentionnions pas des noms comme Mgr Gariépy, de Québec, Mgr Dupuis, d'Haileybury, Mgr Paquet, de Québec, qui fait savoir qu'il est avec nous de coeur et d'esprit et — ajoutons-nous — ■ avec nous par sa doctrine et ses enseignements toujours utilisés avec grand fruit dans toute oeuvre sociale et catholique.

Confiance plus manifeste encore dans les coulisses et les salles de causerie ou des colloques intimes complètent certains aperçus, précisent certaines notes, grâce à l'obligeance empressée des semainiers.

N'a-t-on pas vu une soixantaine de semainiers se priver d'un repos légitime et venir, dès les premières heures de l'après-midi, se presser autour d'un organisateur d'oeuvres et écouter avidement les conseils d'ordre pratique qu'ils requéraient délicatement ? Plusieurs mêmes de ces semeurs de bien se succédaient à la tribune et exposaient avec franchise et sans le souci des phrases, leurs expériences personnelles et leurs travaux. Cet aspect de la semaine sociale en dit bien long sur ce point de nos impressions, la confiance réciproque.

Elle s'explique facilement parce que tous ceux-là sont venus dans un même esprit, épris d'un même idéal: aider la solution de la question sociale en tâchant à découvrir les vrais principes, les vraies lumières, les solides organisations. C'est dans cet esprit qu'ils s'empressent aux ateliers de Fin-

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trépide semeur d'idées françaises et de vérités religieuses dans le pays de l'Ontario, Le Droit) qu'ils descendent au] célèbres usines de la Compagnie Eddy et s'intéressent ai ouvriers, aux machines et aux produits, condescendances aimables des directeurs de ces deux centres de produits intellectuels et matériels; qu'ils se rendent en grand nombre l assister à la fameuse manifestation ouvrière de Hull où des hommes d'élite lancent , sous le ciel étoile, les grandes vérités sociales et catholiques que les ouvriers comprennent et acceptent avec des acclamations enthousiastes. A l'ombre même des immenses usines qui les font vivre, ces ouvriers ne craignent pas d'acclamer la grande puissance du catholicisme. Voilà l'idéal que chacun voulait!

C'est encore cet idéal, cette vérité sociale et religieuse, qu'ils cherchent, comme un écho des conférences, quand ils parcourent les journaux catholiques et français de tout le pays, celui d'Ottawa, ceux de Montréal et de Québec, spécialement Le Devoir et U Action catholique, tous si hospitaliers pour répandre les idées de la semaine sociale.

Cette soif de savoir, c'est le même idéal qui jaillissait des esprits de tous nos semainiers.

Nous pouvons donc dire en toute rigueur que la semaine sociale d'Ottawa fut la manifestation de la vie sociale et de la vie religieuse. Lumière, force, sens chrétien, servis au milieu d'une cordialité de bon aloi, d'une confiance profonde et d'un même idéal, voilà les vraies impressions qui se dégageaient de cette manifestation de foi et de vie, d'idée et d'action.

Chacun est retourné dans son milieu, mais emportant dans son coeur un grand réconfort: celui d'avoir rencontré une légion d'amis qui travaillent ou se préparent à travailler à la même fin: la restauration de l'ordre social par la doctrine du catholicisme.

Fr. A. Bissonnette, O.P.

Chronique franco-américaine

RECIPROCITE «

Entendons-nous bien dès le début. Il ne s'agit pas ici le réciprocité économique, mais sociale, d'ordre moral et intellectuel, entre le Québec et les Franco-Américains. D'une réciprocité par conséquent apte à favoriser les deux parties sans toucher aucunement à leurs attaches politiques du à leur autonomie particulière.

L'idée de cette réciprocité spirituelle, commandée par .'uniformité de foi, de langue et de traditions entre Canadiens français et Franco-Américains, a déjà été lancée par le directeur de la Semaine Paroissiale de Fall-River, le R. P. Dlivier, 0. P. Et la province de Québec, mieux éclairée aujourd'hui sur ses responsabilités à l'égard de tous les groupes français d'Amérique, s'est tout de suite émue. L'idée d'un congrès de toute la race émise par le R. P. Olivier en vue d'organiser plus effectivement nos forces de

ésistance et de survivance fait son chemin dans le Québec.

U Action française, organe de fraternité et de solidarité

lu service de tous les groupes français d'Amérique, est bien

ans sa mission lorsqu'elle nous offre son appui et demande 2

es précisions sur la nature des secours que les Francoaméricains espèrent du Québec.

La présente chronique est un essai de réponse à cette

)ienveillante sollicitude.

Nous tenons à le déclarer tout d'abord : le Québec ne

lous a jamais abandonnés. La fraternité française a tou-

) Cet article n'a pu paraître dans la dernière livraison de la revue. Il donc été écrit avant le congrès de Lowell. Nos lecteurs pourront

îger combien les vues de notre ami Charles Dollard étaient déjà claires

t précises sur les relations qui doivent exister entre les Franco-Améri-

ains et nous.

( 2) L'Action française, juin 1922, Les Franco-Américains et nous,

ar l'abbé Groulx.

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jours existé, sous quelque forme, entre le vieux pays et nou malgré certains oublis, certaines paroles malheureuses d politiciens en mal de se disculper d'une politique impr voyante. Toujours il y eut relations amicales, aide salu taire, surtout de la part du clergé et des communaut enseignantes du Québec. Notre reconnaissance ne saurai oublier ce qu'a été pour nous le passé.

C'est grâce aux chefs, prêtres principalement, religie et religieuses, hommes de profession formés au Canada et venus chez nous, que le groupe français des États-Unis a pu atteindre le développement matériel et social dont il s'enorgueillit. Submergé dans une population étrangère par la langue, la race et la foi, le groupe franco-américain se serait vite perdu sans ces aides précieuses et vraiment rédemptrices. Quelques centres franco-américains moins favorisés ont déjà fait cette preuve par trop évidente.

Mais aujourd'hui les circonstances exigent un échange de relations plus suivies et mieux organisées. Les assauts dirigés contre l'âme française dans toute l'Amérique non seulement persistent, mais deviennent de plus en plus nombreux et menaçants.

Nous, Franco- Américains, mieux outillés que jamais pour la résistance avec nos églises, nos écoles, notre presse française et nos sociétés nationales, semblons tout de même arrivés au point critique de notre existence. Dans le passé, en dépit de sérieux obstacles, nos pères, peu instruits et pauvres pour la plupart, mais profondément catholiques et attachés à leur âme française, ont pu se grouper et fonder les institutions puissantes et nombreuses qu'ils lèguent intactes à leurs fils. Mais à l'heure présente, ces éléments de force, — ■ gages de survivance — excitent l'attentior jalouse de nos co-nationaux anglophones.

Les uns voient dans ces facteurs de résistance des obstacles à l'américanisation telle qu'ils l'entendent, c'est-àdire :.la fusion complète des différentes nationalités dans l'anglo-saxonisme areligieux et matérialiste, le seul moyen pour eux de former des Américains. De là ces projets de loi visant l'abolition des écoles paroissiales et privées.

Pour d'autres — • coreligionnaires hélas ! — ■ l'anglicisation des groupes non-anglophones serait le moyen le plus actif d'assurer l'expansion de l'Église catholique aux États- Unis. Entendez plus justement : le seul moyen de garder entre leurs mains la domination qu'ils possèdent et prétendent bien retenir, malgré la disparition des leurs par l'assimilation suivie de l'apostasie. Cette ambition nationale si peu apostolique les aveugle à ce point qu'ils vont préparer aux autres nationalités encore survivantes le sort douloureux qui affligent aujourd'hui des millions de leurs compatriotes.

Donc, ilest vrai de dire que nous, Franco-Américains, au cinquantenaire de notre existence, sommes au point le plus décisif de notre histoire.

De là ce mouvement pour chercher des secours à l'extérieur, à la source même de nos origines, en vue d'y trouver un rajeunissement et un raffermissement de nos caractéristiques de race.

Le Québec veut nous aider. Que pouvons-nous attendre de lui ? Des secours correspondants à nos besoins sans doute. Ceux-ci se résument à conserver notre âme avec sa foi, sa langue, ses qualités natives. Disons tout de suite que d'aide financière nous n'avons pas besoin. Nous ne désirons point, non plus, d'immigrants nouveaux. Québec a besoin de tous ses enfants et doit faire l'impossible pour les retenir chez lui. Les secours que nous attendons sont I d'ordre moral et intellectuel, comme ceux, dirons-nous, qui

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vinrent de France au Canada français. Puisque nos lutte sont les mêmes que celles du Québec et que l'enjeu est iden tique, nous attendons avant tout du Québec l'appui moral qui vient du bon exemple. C'est donc chez lui que nous" chercherons tout naturellement les secrets de vigueur morale qui font les races fortes : la pureté de la foi, l'intégrité des traditions et la fierté du sang.

Nous sommes fiers déjà du bon renom dont jouit la province de Québec, dans tout le Dominion et même dans le monde entier. Cette réputation, elle la doit à la pureté de ses mœurs familiales et sociales, au bon ordre et à la paix qui y régnent dans le monde industriel, grâce à ses syndicats catholiques et à l'action respectée du clergé; elle la doit aux bonnes et nombreuses institutions de charité, à l'efficacité supérieure de son système scolaire, à la bonne entente qui a toujours existé entre l'Église et les autorités civiles. Ce sont là autant de facteurs de prospérité matérielle et de grandeur morale que nous souhaitons lui voir garder et fortifier de plus en plus. Pour nous, nous n'avons rien de mieux à faire qu'à imiter le Québec dans la garde jalouse de ces éléments fondamentaux de sa vie. A son exemple nous voudrions maintenir le respect de nos croyances religieuses, un solide esprit paroissial franco-américain; nous voudrions nous approprier, par adaptation, tout ce qui peut nous être serviable dans la formation et la conservation de notre physionomie nationale.

A cette fin aussi nous désirons que le Québec nous continue l'envoie de ses religieux, Frères et Sœurs, pour l'éducation de nos enfants. Ces enfants sont l'avenir de la race. Et cet avenir doit rester entre les mains de ces dévoués religieux. C'est là notre plus cher désir et notre meilleur espoir. Les sacrifices que nos frères aînés devront

consentir, resteront considérables. Mais nous osons dire

que ces sacrifices sont nécessaires pour rendre nos enfants dignes de leurs pères et en faire les gardiens et les continuateurs de l'œuvre admirable fondée par eux. Donnez-nous des religieux de la province de Québec pour nos écoles ! — c'est le cri unanime de nos prêtres clairvoyants et patriotes.

L'aide du Québec doit être en plus d'ordre intellectuel. Pour nous le Québec doit être un peu ce que la France intellectuelle catholique a été et est encore pour le Canada français : un foyer intellectuel d'où rayonne une influence bienfaisante sur tous les groupes français d'Amérique. Nous avons bien notre collège classique franco-américain — ■ et nous l'estimons beaucoup — ■ mais pour longtemps il restera incapable de recevoir tous nos enfants désireux de faire des études classiques. Que les autres s'en aillent donc au foyer de la Nouvelle-France, recevoir leur formation secondaire Cela vaudra mieux que la fréquentation des "high-schools" et des collèges anglais des États-Unis. Leur culture classique les préparera mieux aux universités même américaines, sans compter qu'ils y recevront une robuste formation française capable de les protéger contre les influences dangereuses de nos milieux universitaires, et en général contre l'atmosphère malsaine que l'on sait. Nous avons eu dans le passé d'excellents prêtres, médecins et avocats formés dans le Québec dont le rôle jusqu'à l'heure présente reste bienfaisant pour les nôtres. Qu'on nous i fasse encore de ces chefs, hommes compétents dans leur spé- : cialité, mais aussi patriotes assez désintéressés pour s'occu- ; per des intérêts généraux de la nationalité franco-américaine.

Puis, il y a l'influence intellectuelle et française qui peut venir des livres du Québec, de ses bons journaux, de ses bonnes revues. Si nos braves familles recevaient celles-ci et ceux-là plutôt que ces revues et journaux québécois qui

232 l'action française

rivalisent en jaunisme avec nos pires publications, que de pensées saines et catholiques elles en tireraient qui \e\it seraient autrement profitables que les nouvelles à sensation et les histoires scandaleuses. Une campagne qui aiderait à la diffusion de la bonne littérature du Québec parmi les nôtres serait fort désirable et de nature à faire grand bien. Enfin, par un échange de conférenciers, à l'occasion de certaines fêtes, telles la Saint-Jean Baptiste et la fête de Dollard, comme il a été suggéré déjà par M. Héroux dans le Devoir, les deux groupes pourraient se rendre d'utiles services et se donner un salutaire appui moral. Ce serait là faire acte pratique de fraternité et de solidarité française.

Nous n'oublions pas qu'il s'agit de réciprocité, d'échange de services.

Que pouvons-nous donc, Franco-Américains, rendre à notre tour au Québec?

Tout d'abord notre aide pour être utile doit se conformer aux aspirations légitimes de la province natale. Elle entrevoit dans l'avenir la création d'un État français. Nous, de la république voisine, suivons avec un vif intérêt le retour de cette aspiration ancienne et nous en souhaitons cordialement la réalisation. Pour le plus grand bien du Québec, notre patrie d'origine, et pour la puissance d'attraction qu'il constituera, nous souhaitons l'avènement d'un État français homogène, prospère, grand par ses qualités morales et intellectuelles, destiné à devenir la France de l'Amérique et à y répandre une civilisation supérieure.

Nous souhaitons également que nos émigrants francoaméricains se dirigent vers le Québec, de préférence aux autres provinces de la Confédération. Les Franco- Américains, il est vrai, sont ici à demeure pour la plupart. Il s'en trouve cependant qui retournent au Canada. Ne

vaut-il pas mieux qu'ils prennent le chemin de la vieille province, où, en fortifiant le foyer même de la race, ils contribuent au bien de tous les groupes ? C'est là une aide digne de considération. Puis, pourquoi nous, Franco- Américains, n'imiterions-nous pas nos compatriotes de langue anglaise qui font de gros placements dans le Québec ? Notre argent naturellement irait à des entreprises canadiennes-françaises, et ce serait là, à notre avis, un moyen pratique d'aider un État en formation. Ces placements ne sauraient être en plus grande sûreté dans une province qui, lu dire de tous, offre les meilleures garanties d'honnêteté 3t de moralité en affaires. D'ailleurs, dans le domaine industriel, dès maintenant et pour l'avenir, nous pouvons être le quelque secours au Québec en faisant connaître aux États-Unis la qualité de ses marchandises et en favorisant eur écoulement ici. N'est-ce pas là toujours de la fraterlité française bien comprise ?

Mais, dans l'ordre intellectuel et moral, que doit atten- Ire le Québec de nous ?

Tout simplement que nous gardions avec grand soin ;e qu'il nous a donné et ce qui constitue notre meilleur léritage : notre foi, notre langue, notre âme. Qu'à cette fin îous n'épargnions aucun sacrifice, ayant horreur de tous les narchandages et de toutes les faiblesses. Nous voulons dvre. Prenons-en tous les moyens possibles, en proté- ;eant et en fortifiant nos croyances catholiques contre outes les influences délétères; en veillant sur la famille et s traditions familiales; en maintenant notre forte organisaion paroissiale; en perfectionnant notre système scolaire t en le gardant toujours bilingue ; en inculquant à nos ;ens une grande fierté de race par une meilleure connaisance de l'histoire.

234 l'action française

L'histoire est une force de première importance poui un peuple qui veut vivre; elle Test par les mâles et nobles vertus des aïeux qu'elle prêche sans cesse, et par les lumières qu'elle projette sur l'avenir par les leçons du passé. Notre peuple connaît trop peu son histoire. De là l'admiration et l'indifférence qu'il entretient pour les plus nobles de ses origines. Sait-il que son histoire est celle de la France depuis l'aurore de sa vie jusqu'à 1760 ? Qu'elle est celle du Canada français jusqu'à 1870 au moins? Nos gens savent-ils le rôle joué par nos ancêtres dans toutes les guerres des États Unis ? par les découvreurs et les civilisateurs français dans ce pays, pionniers de tout l'Ouest américain et fondateurs de l'Église catholique américaine?

Cette ignorance est évidemment un grave danger pour nous. N'est-il pas grand temps d'y remédier surtout par l'école? Enfin, pour nous garder toujours catholiques et français d'âme, tout en restant — est-il besoin de le dire — , sincères citoyens américains, faisons la guerre aux mariages mixtes de croyances et... de nationalités; faisons la guerre aux sociétés neutres ou sectaires; à l'anglomanie, à l'influence déprimante des mauvais journaux. Développons et grandissons l'influence de notre bonne presse française et catholique. Pour cela un peu d'esprit de désintéressement : moins de journaux à annonces et incolores, plus grande diffusion de ceux qui répandent des idées et remplissent une mission. Poussons nos gens à entrer dans nos sociétés nationales. Ne permettons pas que ces dernières s'éloignent trop de la pensée d'utilité sociale qui a présidé à leur fondation.

Formons-nous des chefs qui voient clair et loin, qui soient fiers de leur race et de leur foi, possesseurs d'une solide culture intellectuelle et d'une solide formation morale, capables de diriger leurs frères dans la voie de notre

vocation commune qui est de faire rayonner partout en Amérique la pensée catholique et française. Ainsi atteindrons-nous la fin souverainement pratique de notre fraternité. Car tout groupe français qui se garde bien est un appui pour les autres, par cela seul qu'il est un exemple.

Charles Dollard.

Pour rAlmanach.

Un moyen aussi facile que fécond de répandre l'Almanach, c'est d'organiser, parmi les enfants des écoles, des concours de vente. Quelques-uns de nos amis du Sault-Récollet, de la Pointe-Saint-Charles et d'ailleurs ont recours chaque année à ce procédé et ils en obtiennent de merveilleux résultats. Les enfants vont offrir l'Almanach de perte en porte. Et le concours se termine par une soirée récréative où les gagnants sont couronnés en présence de leurs parenis venus là pour entendre aussi parler de patriotisme. De cette façon, les enfants apprennent à collaborer de bonne heure aux généreuses besognes et toute la paroisse profite d'une soirée d'action française. Quel est celui de nos amis qui ne peut organiser un pareil concours ?

Au Canada ou en Russie ?

"Enfin on exclut la langue polonaise des chemins de fer, même appartenant à des compagnies privées, et l'on alla jusqu'à commencer à la bannir d'institutions sans aucun caractère officiel, comme les sociétés de crédit, par exemple. Un étranger traversant la Pologne n'entendait dans le train que la langue russe, car défense était faite au personnel de s'adresser en polonais aux voyageurs; il ne voyait que des inscriptions russes, et, même dans les gares, il ne rencontrait aucune annonce privée en polonais... Notre étranger ne pouvait pas même se douter que le pays qu'il traversait était un pays polonais." (R. Dmowski, La Question polonaise, p. 7). Dans cet extrait que l'on vient de lire, il n'y aura il qu'à écrire "anglais" au lieu de "polonais," et ce serait à se croire dans la province de Québec. Et pourtant il s'agit là de procédés d'assimilations employés en Pologne, sous le régime des tsars.

Depuis son enquête sur nos forces économiques, Y Action française n'a cessé de maintenir à l'ordre du jour la question de notre orientation industrielle.

Il faut sans doute compter comme l'un des plus beaux fruits de cette nécessaire insistance, l'étude compréhensive, élaborée par les membres de l'Association de la jeunesse, au cours de leur congrès de 1921, à Québec. l

Nous venons de parcourir le rapport de ces travaux. L'occasion semble bonne de prendre, une fois de plus, une vue d'ensemble de ce problème, le plus difficile peut-être de l'heure présente.

Et d'abord, pourquoi parler d'essor industriel ? A qui nous le demanderait nous répondrions sommairement : pour nous défendre, pour agir.

Nous avons conquis nos libertés politiques de haute et noble lutte. C'est entendu. Notre principale force nationale, le moule propre de la race, ce fut et ce devra toujours être l'agriculture. Entendu encore, et tous les motifs que nous allons invoquer le réclameront avant tout. Mais par notre faute et celle des circonstances les conquêtes passées ne suffisent plus. Le moule doit être élargi quelque

1 Le Problème industriel au Canada français. Publié par l'A.C- J.C., 1922. — Prix $1.50.

L'aspect économique, l'aspect social, l'aspect national y sont examinés et discutes tour à tour par les rapporteurs et les compétences dont la prudente jeunesse avait sollicité le contrôle et l'appui. Ainsi peu de choses nous échappent de celles qui font la gravité et la complexité du problème. On y voit exprimée avec grande liberté et hauteur de vues l'opinion d'hommes comme l'Hon. J.-E. Perrault, ministre de la Colonisation, M. Joseph Versailles, M. J.-E. Grégoire, professeur d'économie politique à Laval, M. J.-H. Fortier, président de l'Association des Manufacturiers du Canada, section provinciale, e autres.

peu, avant d'y jeter la coulée traditionnelle, enrichie avec sage discrétion d'un élément nouveau.

En effet, après un siècle de ténacité héroïque, la fierté même de nos chefs se mit à fléchir. L'or étranger nous avait séduits. Nous n'avons plus rien vu, en nous, qu'infériorité. Et nous avons connu d'étranges défaillances, de honteux reculs, de lâches abandons. La paralysie, la désagrégation de la vie nationale, le servilisme d'un peuple qui n'est plus maître de ses richesses naturelles, qui dépend de l'étranger pour le vêtir et le vivre, c'est pour nous chose déjà trop vécue. Et nous voilà en face d'une nouvelle indépendance à conquérir, notre indépendance économique.

Grandement compromise par les défections ou les erreurs du passé, la lutte se trouve encore aggravée par notre ituation particulière et la crise que traverse le monde. Compénétrés d'anglo-saxonisme mercantile; menacés d'une immigration stupide, qui jetterait chaque année un million d'hommes, peut-être, sur nos bords, nous devons encore compter, jusque dans nos idées et nos mœurs, avec l'emprise américaine au cœur de notre province, avec la loi et l'épée du plus fort à nos frontières.

Ajoutons la fièvre d'impérialisme économique qui agite nos démocrates voisins, 2 non moins que les grandes nations d'Europe, et bien aveugle qui ne verra pas l'urgence pour notre survie et notre essor national, d'une libération économique aussi parfaite que possible.

Notre situation politique elle-même n'a plus rien de stable. Dans un avenir que le déséquilibre européen tend chaque jour à rapprocher, nous serons mis en mesure ou en demeure de fixer nous-mêmes nos destinées. Et si alors nous ne sommes pas les maîtres de nos ressources, si nous nous trouvons incapables de nous suffire?..

2 Action française, juin 1922, p. 330.

238 l'action française

Songeons seulement à ce que l'argent, au cours de l guerre, a pu faire de notre grande presse, de notre parlement.

Nos bras et nos cœurs se sont affaiblis. Pour nombre de nos fils la vie aux champs est devenue trop rude, trop monotone. Le luxe et le plaisir qui gagnent nos campagnes... en automobile, ne peuvent que fortifier et répandre la tentation. Si nous laissons la fascination s'exercer au delà du seul quarante-cinquième, à la porte des seules industries parasites, confinées dans la grande ville, le moyen de mettre fin à l'exode anémiant, aux agglomérations corruptrices?

"Le Québec a charge d'âmes" 3, Nos frères dispersés comptent sur nous. Est-il difficile de comprendre l'appoint que nos ressources et nos libertés économiques joindraient, pour eux, à l'appui des forces morales et intellectuelles ? Il y a plus. Nous sommes ici de par la volonté de Dieu, pour y servir la cause de Dieu et celle de la culture française, essentiellement humanitaire. Pas n'est besoin pour le démontrer de récrire le "Discours sur l'Histoire universelle". Une foi quelque peu robuste, un regard sur notre histoire suffisent. En dehors du peuple de Dieu, en est-il beaucoup dont les origines soient aussi pures, aussi imprégnées surnaturel? Ferment de culture catholique et française, enfoui, comme le levain de l'Évangile, sous la masse qui nous enveloppe, masse d'âmes, lourde de tout le poids de l'hérésie et du naturalisme, nous avons mission de soulever, pour notre part, 4 cette masse jusqu'à Dieu, jus< ces régions supérieures où se proclame la souveraineté de l'esprit sur la matière, du droit sur la force, de la solidai sur l'individualisme, bref où se définit le vrai progrès, la civilisation vraiment humaine.

3 Action française, juin 1922, p. 363.

4 Aucun catholique préoccupé de l'intérêt prééminent des âmes

Mais le peuple comme l'individu qui veut exercer autour de soi une action morale et intellectuelle, doit d'abord d'une façon ou de l'autre, gagner l'estime. Qu'il s'agisse de la maison, du cœur ou de l'intelligence du voisin, le moyen le plus sûr de pénétrer chez lui, est encore de passer par sa porte. Fort étroite, je le veux bien, celle d'esprits "dont l'unique étalon pour évaluer toutes choses reste toujours le chiffre du dollar et le poids du lingot." 5 Passons quand même. S'agirait-il d'aligner toute une théorie de millionnaires ? Non, il y a mieux à faire : mettre chacun en mesure de prendre la ferme attitude de l'homme libre, seul maître et juge de son portefeuille, de son accoutrement, de son menu. Rien de tel pour libérer du coup, intelligence, [langue et geste, pour inspirer du respect à gens d'une certaine mentalité.

Ce respect une fois conquis et, Dieu aidant, il n'est rien ians le rôle bienfaisant et glorieux de la France, notre mè :e, que nous ne puissions ambitionner pour nous-mêmes, mi cours des siècles prochains.

Aussi bien les ressources mêmes du pays où la Provilence nous a conduits et nous conserve, sont un indice ^u'Elle nous a voulus libres et forts.

Notre sol est riche. Sait-on tout ce qu'il renferme, Goût ce qu'il pourrait produire ? La culture intelligente de

ie saurait entendre sans émotion le cri d'alarme jeté par V America du > août dernier. Après enquête M. James J. Walsh M.D., écrit : "If vhat I hâve found is at ail true, then the outlook is alarming. The Tish Catholic families are not only failing to reproduce themselves in >ur génération, but are disappearing rapidly". P. 365, 2ème col. St plus loin: "Apparently from what I hâve found, if the church is to lepend on the reproductive increase of the Irish Catholics of this country or its membership the future looks blank indeed."

Plaise à Dieu d'écarter ce malheur ! Mais nos charges et nos esponsabilités de catholiques en seraient aggravées d'autant. Tironsn du moins une leçon de vigilance plus étroite sur nos berceaux. Ce lui suppose d'abord la vaillance à les remplir. 6 Action française, juillet 1922, p. 14.

nos champs brise un peu partout la ruineuse routine, valeur de nos récoltes a passé de $88,589,000 en 1913, $330,000,000 en 1920. 6 Mais que nous sommes loin encore du chiffre des rendements possibles !

Les industries rurales et celles qui en découlent, sucre, beurre, fromage, cuirs, lainages, etc., sont susceptibles de fournir surabondamment l'essentiel, voire le luxe à notn garde-robe, à notre table. Notre pain pourrait être fail avec nos blés. Nous achetons à l'Ontario quantité de produits alimentaires faciles à fabriquer chez nous. 7 Le chiffre de nos $362,400,000 d'importations serait diminué d'autant.

Ces possibilités et celles que nous laissons dans l'ombre prennent des proportions indéfinies, quand on songe auî 24 millions d'acres de nos régions de colonisation. Elles appellent des millions d'hommes. Il y a longtemps qu'elles recevraient le trop plein de nos vieilles paroisses si nous avions eu la prévoyance d'y lancer des chemins de fer, d'y multiplier les routes carrossables, dût notre trésor en souffrir pour un temps. 8

6 Voir le discours de l'Hon. J.-E. Perrault, Le Problème industriel au Canada français, pp. 63, et suiv.

7 Nous sommes contraint de nous en tenir aux généralités. On trouvera des chiffres instructifs, Ontario et Québec comparés, dans le rapport de M. Yves Tessier-La vigne, Le Problème industriel, pp. 174, et suiv.

8 Nous connaissons pour notre part un vaillant cultivateur, père de quinze enfants, dont trois déjà mariés, et qui, il y a cinq ans, serait allé avec les siens s'établir dans tel canton de l'Abitibi, si seulement un chemin praticable lui eût permis de s'éloigner à- quelques milles de la voie ferrée. Histoire banale malheureusement. Nous ne songeons pas du reste à méconnaître ce qui se fait, ni à restreindre les responsabilités. Mieux vaut que chacun en prenne loyalement sa part. Au fond de la désertion de nos campagnes il y a tant d'insouciante ignorance, parfois de calculs mesquins, de la part des conseillers naturels de notre peuple.

Pour aider nos missionnaires de colonisation, n'y aurait-il pas lieu et moyen de créer une sorte d'association de prêtres colonisateurs ? Par le caractère même de sa vie, notre clergé a toujours été le plus apte à comprendre les intérêts supérieurs de la race. Ils se confondent, quand

Après les champs la forêt. "Il reste encore à l'État pour les besoins futurs de l'industrie, nous apprend M. Perrault,. 78,000,000 d'acres de forêts à affermer, soit une superficie presque deux fois aussi considérable que celle qui est actuellement sous licence".

L'apport de notre province au comptoir des fourrures se chiffre, pour l'année 1919-20, à $4,587,110, presque le quart de la valeur totale pour le Dominion.

Les forces hydrauliques disséminées sur notre territoire, peuvent suppléer au charbon pour les besoins de l'industrie. Elles faciliteraient en même temps la multiplication des petits centres industriels.

Notre sous-sol est de même formation que celui de l'Ontario. Pourquoi ne renfermerait-il pas les mêmes minerais? Des prospections insignifiantes nous ont déjà révélé la présence des plus riches métaux. Nous produisons 85% de la production mondiale de l'amiante.

Nos pêcheries rapportaient $4,568,733 en 1919. L'exploitation pourrait en être beaucoup plus rémunératrice.

Il est bon de nous remettre souvent sous les yeux ces données générales. Elles incitent aux enquêtes ultérieures. Qu'avons-nous fait de ces ressources ? Ignorance, incurie, aliénation imprévoyante aux mains de l'Anglais, du Juif, de l'Américain, et, par ces derniers, exploitation sans vergogne de la plus belle part de notre patrimoine national. Voilà le bilan du passé.

on parle de colonisation surtout, avec ceux de la foi. Le lien de cette (association pourrait n'être qu'un bulletin spécial. Ce dernier aurait comme objectif de montrer où sont vraiment ces intérêts supérieurs, quels sacrifices ils exigent en particulier de nos prêtres. 11 fournirait encore à messieurs les curés tous les renseignements qui leur permettraient d'orienter sagement ceux de leurs paroissiens qu'une mésaventure du les besoins d'une famille nombreuse, pousseraient à quitter la terre du le village.

242 l'action française

Les forêts qui nous restent sont les moins accessible Nos pouvoirs hydrauliques sont exploités par des compagnies étrangères pour la plupart, et fournissent l'énergie aux industries américaines. L'amiante brut extrait, l'an dernier, du sol québécois, pour une valeur de $12,000,000, rapportait $82,000,000 à des industriels du dehors. Nos pécheurs pauvres et routiniers travaillent également à enrichir l'étranger. Ceci nous amène à une autre constatation impressionnante. Tandis que notre capital humai incomparable reste pour nous à peu près improductif, no seulement nous avons prêté nos bras à la dévastation de la plus belle part de nos richesses naturelles, mais notre intelligence, nos forces, nos qualités d'artisans, nos vertus mêmes font le succès d'industries parasites, venues chez nous se mettre à l'abri des crises -du travail, chercher un meilleur rendement, au bénéfice premier toujours des adversaires nés de nos croyances, de nos aspirations, de notre indépendance politique peut-être, demain. Il en est résulté des anomalies comme celle-ci : un million de dollars engagés dans la mise en conserves des fruits et légumes; $2,500,000 dans la fabrication des instruments aratoires, industries de première nécessité, à côté de $37,962,311 dans l'industrie des cotonnades. Les menaces d'industrialisation excessive viennent encore de ce côté particulièrement. Ce genre d'industries est le plus responsable du drainage de la campagne vers la grande ville.

Comment réparer le passé et préparer l'avenir? A s'en tenir aux généralités il faudrait encore pour répondre, citer la plupart des résolutions du congrès de Québec, y; joindre les sages mesures que préconisait M. Georges Pelletier dans Y Action française du mois d'août.

Insistons seulement sur ce qui nous paraît être le plus pressé. Une double éducation s'impose, celle de la masse et celle -des compétences. Il importe d'abord de pousser le développement de la conscience nationale, en l'appuyant sur sa base la plus solide : la persuasion de ce que Dieu attend de nous comme catholiques et français.

A prendre les choses à ces hauteurs on se tient plus près de la vérité. On en redescend avec autre chose au cœur que des amours et des antipathies instinctives, aveugles. Il est assez ordinaire de concevoir de l'estime et de l'affection pour ceux que l'on se croit mission de secourir. Qu'ils veuillent bien y réfléchir ceux-là surtout des nôtres, qui redoutent toujours de voir notre patriotisme verser dans l'outrance, lorsqu'il cherche à se nourrir des leçons du passé et des prévisions de l'avenir. Tout peuple catholique est par cela même un peuple élu, avec devoir de communiquer à d'autres le don de sa foi. Mais parmi les peuples il en est à qui la vocation d'apôtres s'impose plus particulièrement, parce qu'ils en ont reçu les qualités, le tempérament. Nous sommes de ceux-là. Ce que nous disons de l'ordre surnaturel, il faudrait le répéter des biens de l'ordre naturel.

Or c'est dans la conviction de son élection divine, rivée à l'âme de chacun de ses fils, que le peuple juif a trouvé le secret de cette solidarité devenue qualité de race et qui, aujourd'hui encore, malgré la déchéance et l'émiettement, rend ce groupe ethnique si étonnamment imperméable à toutes les compénétrations du dehors, fort et redoutable, fût-il une minorité, partout où il s'insinue. La part faite Ides réserves nécessaires, il faudrait également que le plus humble des fils de notre peuple fût pénétré, dès son enfance, de ces hautes pensées . En nous faisant ce que nous sommes, Dieu nous a donné le droit à la vie, défendu le suicide. En

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nous faisant catholiques et français, sa Providence nous a imposé des devoirs et des responsabilités particulières.

Pour que nous puissions y faire honneur, chacun est tenu de concourir à rendre la race grande et libre.

A mesure que ces persuasions imprégneront les sphères diverses de nos activités, l'ensemble de notre vie nationale prendra la force de cohésion dont le défaut nous a valu, entre autres faiblesses, notre déplorable situation économique. L'entr'aide deviendra notre mot d'ordre. Tandis que notre législation continuera son évolution franchement nationale, producteurs et consommateurs, patrons et ouvriers comprendront qu'en vue des intérêts supérieurs, des sacrifices mutuels doivent être consentis.

Pour être quelque peu concret, nous apprendrons que pour nous comme pour le Turc anxieux de refaire sa vie économique, "gaspiller une piastre est faire tort à la nation". Nous serons soucieux de confier nos épargnes à nos institutions financières, d'acheter à nos maisons de commerce. Ce sera permettre aux unes et aux autres de se développer et d'offrir, soit les garanties, soit la qualité de marchandise que nous cherchons ailleurs. 9

D'autre part le sentiment des hautes obligations apportera les tempéraments désirables à l'âpre soif de fortune rapide, qui a déjà tué chez trop des nôtres, le sens de la justice et celui des responsabilités sociales. Nos patrons consentiront à se reconnaître d'autres devoirs que celui des gros profits. Nous ne -serons plus attristés et humiliés de voir l'organisation catholique des relations du capital et

9 Nous fournissons à l'étranger le capital qui manque au développement de notre industrie. Nos banques ne reçoivent que 40% de nos épargnes. Une seule de nos petites villes verse annuellement $75,000 à ^ la maison Eaton de Toronto. %

LE PKOBLÈME INDUSTKIEL AU CANADA 245

du travail, tenue en suspicion et paralysée par des patrons catholiques, les directions pontificales utilisées par les protestants avant d'être acceptées par nous.

Nous laissons aux réflexions individuelles le soin d'achever notre pensée.

Cette éducation de la masse s'impose comme un devoir à tous ceux qui ont une plume en main, une parole en bouche, leur action dût-elle se limiter au cercle des relations quotidiennes. Il convient de compter principalement sur l'influence des maîtres de notre jeunesse.

On sait quel rôle l'instituteur a joué dans l'organisation de la puissance allemande. A nos maîtres donc de baigner l'âme de nos enfants et de nos jeunes gens, dans les sentiments du haut patriotisme qui doit éclairer et guider l'évoution de notre vie. x ° A eux encore de faire connaître nos ressources, la nécessité de les garder pour nous, pour les générations à venir, de les exploiter selon nos besoins, à notre profit. Aux fils de nos agriculteurs ils diront que 10s espoirs reposent avant tout sur eux, sur leurs vertus, eur fidélité à la terre et les rendements progressifs que leurs abeurs intelligents sauront en tirer. Aux fils de nos ouvriers ils inspireront le souci de contribuer par l'efficacité ît la perfection de leur travail, au succès du patron qui les era vivre. Qu'ils aient en outre l'ambition d'occuper à 'usine les postes supérieurs. Trop longtemps nous nous ommes contentés de celui de manœuvre, jusqu'à créer la égende de notre inaptitude native aux fonctions directrices.

1 9 Nous gardons tous le souvenir de ces maximes morales, imprinées en gros caractères, encadrées modestement et qui frappaient notre égard un peu partout sur les murs, à l'école des Frères. Nous voulions voir ainsi le programme national entier, formulé en sentences iompréhensives, affiché dans toutes nos écoles, aux murs des classes ans un corridor, au-dessus d'une porte, partout où tombent souvent les reux des élèves. On sait la puissance psychologique du procédé. On n devine les fruits pour peu que le maître attache d'importance à ces

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Un sage discernement de ce qu'on a appelé la "voc tion d'industriel", fera sortir de nos collèges classiques 1 chefs que réclament la finance et l'industrie. 1 1

Grâce à cette action commune nos écoles technique verront s'accroître normalement l'effectif de leurs élève Elles nous donnent les compétences attendues.

Les vœux de tous appellent encore la création d'une commission nationale d'initiatives économiques. Son rôle, I nous en avons déjà plus qu'une esquisse dans les efforts de Y Action française pour préparer la solution du problème économique.

Inventorier nos ressources; déterminer les possibilités agricoles, commerciales, industrielles de chaque localité; aviser aux facilités de transport en vue de la décentralisation ; indiquer les industries à créer, celles dont le développement serait nuisible; aller au producteur, ici, pour susciter des initiatives, là, pour indiquer des procédés plus avantageux, des débouchés nouveaux, pour tirer d'une situation précaire, tels sont quelques-uns des services que pourrait rendre une semblable commission. x 2

Pour nous résumer, notre survivance et notre liberté d'action, du point de vue catholique et national, exigent

mots d'ordre, s'il en fournit des commentaires appropriés. Dans les classes supérieures de nos collèges, il y aurait mieux à faire. Ces maximes offriraient avec double profit maints sujets de devoirs, de discussions, d'études académiques.

11 "Sage discernement", prescrivons-nous après d'autres plus autorisés. Si les besoins de l'ordre économique exigent au plus tôt leur part de nos belles intelligences, il faut pourtant nous garer des engouements funestes. Nous pourrions provoquer d'ici quelque vingt-cinq ans une crise d'industrialisation excessive, un abaissement peut-être du niveau des autres professions, du clergé.

1 2 11 serait temps, semble-t-il, de créer chez nous des chambres de métiers. Sur leur nature et les services qu'elles rendent ailleurs, on trouvera quelques données intéressantes dans les Etudes", 5 juin 1922. La question de l'apprentissage. Les Chambres de métiers, par Joseph Berteloot, p. 584 et suiv.

une prompte libération économique. Il faut la chercher avant tout dans le développement de l'agriculture et des industries connexes.

Quant à nos autres ressources il faut adopter sans délai tout un programme d'action industrielle : veiller rigoureusement à une exploitation conservatrice de la part de notre patrimoine perdu pour ceux de notre sang; veiller plus rigoureusement encore à garder pour nous ce qui nous en reste; en outre, intensifier chez tous, le sens de la solidarité légitime et nécessaire; donner à ceux qui peuvent être les artisans de notre essor industriel, du législateur au financier, du chef d'entreprise au simple manœuvre, une préparation morale et technique conforme aux exigences de l'heure; contrôler le développement de la grande et de la petite industrie d'après la claire vue de nos possibilités et de nos besoins; multiplier les petits centres industriels comme moyen d'enrichir la masse, et comme sauvegarde tout à la fois de la paix sociale et de la santé physique et morale de l'ouvrier. Pour tout dire en un mot, substituons les directions de l'intelligence à l'ignorance et à l'empirisme hasardeux du passé.

A ces conditions l'essor industriel du Québec pourra se produire avec le maximum de bienfaits et le "minimum d'inconvénients pour la vie religieuse et morale, intellectuelle et physique de notre population."

Le volume-rapport qui nous a suggéré ces lignes, se clôt sur les commentaires de la presse autour du congrès de Québec. Qu'il nous soit permis de terminer également par un hommage à la vaillante Association de la jeunesse.

C'est dans les rangs de ces jeunes que les éveilleurs de icrtô et d'énergies ont trouvé l'écho le plus fécond. Déjà

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les travaux de leurs congrès ont éclairé la pensée du public et du législateur. Mais nous devons surtout escompter le renouveau sauveur que produira demain, dans notre société, l'influence de ces hommes de prière et d'étude, façonnés à l'action, familiarisés avec tous nos motifs et nos moyens de survivance.

Heureux jeunes gens qui ont pu grandir avec l'obsession de devoirs clairs et précis envers Dieu, envers leur pays et leur race ! Nous en savons un bon nombre qui devront à l'entraînement de leur groupe, d'avoir vu leur jeunesse plus noblement préoccupée, moins dominée par l'égoïsme vaniteux ou jouisseur, et partant plus pure, plus heureuse.

Cela seul serait un gain net pour notre vitalité catholique et française.

André Lacroix.

Universalité Savez-vous l'une des choses qui frappent le

j I plus les nôtres en voyage d'Europe? C'est

l'universalité du français, son usage fréquent langue française dans ies pays dont il n'est pas la langue nationale, et surtout lorsqu'il s'agit d'affaires, de commerce, de tourisme.

Oui, voilà une chose vraiment étrange. Ici, au Canada, où la langue française est officielle, où elle est la langue naturelle de près d'un tiers de la population, il faut se battre, dans les grands hôtels, sur les trains, au comptoir de plusieurs gros magasins, pour obtenir qu'on l'emploie. Ec cet ostracisme est si bien entré dans les mœurs qu'il a fini par engendrer une conviction dans les esprits : la langue française peut être une langue de salons et de conférences, elle n'est pas une langue d'affaires.

„ T .. Or un court séjour en pays étranger nous convainct

du contraire. Prenez l'Italie, par exemple. A Rome, à

Florence, à Venise, dans toutes les grandes "illes, vous pouvez vous faire

servir en français chez les principaux marchands. Même constatation

aux hôteis. Le personnel parle français. Dans quelques-uns même et non des moindres, — tel le Grand Hôtel, à Florence — les robinets dans les chambres portent : Froid-Chaud.

C'est un petit détail, si vous voulez, mais combien significatif. Sont-ils nombreux, à Montréal et à Québec, les hôtels qui ont de ces inscriptions? Même dans nos bonnes familles, dans nos communautés religieuses les plus attachées à notre langue, le constructeur de la maison l 'a mis — sans qu'on y prenne garde sans doute — que des inscriptions anglaises. Et de s'en débarrasser, une fois posées, est toute une affaire.

t» ^ . . Je m'empresse d'ajouter, pour rendre justice aux

Reaction * r . *\ „ .

communautés religieuses, que chez elles au moins une

Salutaire réaction s'opère. Nous avons pt visiter quelques maisons récemment édifiées, — ainsi le noviciat des Frères des Ecoles chrétiennes à Laval des Rapides, la Villa Manrèse à Québec — et nous y avons admiré de belles et claires inscriptions françaises. La même chose nous a ravi à l'évêché de Sherbrooke.

Qu'est-ce donc qui empêche nos grands hôtels, dans des villes comme Montréal, Québec, les Trois-Rivières, etc., d'imiter cet exemple ? Qu'ils aient au moins des inscriptions bilingues. Nous suggérons vivement cette réforme à la compagnie qui bâtit actuellement le vaste Mont- Royal dans notre métropole. J'entendais quelqu'un se réjouir un jour, au nom de la race, que parmi les directeurs de cette grosse entreprise il se trouvât un Canadien français. Si vraiment il y a là pour nous quelque profit, l'occasion est excellente de le faire voir. Semblable initiative s'obtiendra peut-être moins facilement des autorités du Château Frontenac, à Québec, pour l'aile nouvelle en construction. Mais qui ne tente rien n'a rien. Les cercles de Y Association catholique de la Jeunesse canadienne-française ont décidé de faire cette année, de l'action française, de combattre énergiquement les infiltrations étrangères. Si ceux de Montréal et de Québec tentaient une démarche...

p. p» ■... De ce bilinguisme pratique que nous voulons voir

* " triompher au Canada, la Belgique nous donne un exemple frappant. Sa situation, on le sait, se rapproche de la nôtre. Là aussi deux langues sont officielles : le français et le flamand. Mais ce n'est pas en théorie seulement. Ce qu'exige la justice, ce qu'autorise [la constitution, les actes le ratifient. En fait comme en droit, la Belgique est bilingue. Et le Canadien qui y voyage ne peut s'empêcher de remarquer cet emploi simultané, dans les différents services d'ordre

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public, dans le commerce et l'industrie, de la langue française et de la langue flamande.

Sur chaque gare de chemin de fer, par exemple, on lit deux noms, ainsi : Bruxelles- Bxussel, Gand-Gent; dans les voitures : Défense de fumer- Niet Rooken; à l'angle des rues: Rue Saint-Michel-Sin Michiels straat; sur les billets de banque: Banque nationale de Belgique, un franc-Nationale Bank Van Belgie, Eenfrank; sur les timbres: Belgique-Belgie; et de même sur les cartes postales, les télégrammes, les affiches industrielles et commerciales, etc., etc.

n.j. . . La Belgique souffre- t-elle de ce dualisme? Loin

de là. Sa prospérité, avant la guerre, était justesauveur ment renommée, et des ruines que lui a apportées

l'occupation allemande, elle se relève rapidement plus peut-être que toute autre nation. Des divisions de race ilest vrai, la déchirent actuellement, mais ce n'est pas l'emploi simultané des deux langues qui les crée. Bien au contraire. S'il est un fait qui tend à apaiser, à diminuer ces divisions, c'est bien celui-là.

Alors, pourquoi n'en jouirions-nous pas, nous aussi? Pourquoi tous ceux qui veulent la prospérité de notre pays, et savent encore ce que c'est que la justice, ne s'uniraient pas pour instaurer ce régime de bon sens et d'équité ? Pourquoi en un mot, n'aurions-nous pas des timbres-poste, des cartes postales, de la monnaie bilingues ? Et pas dans une partie seulement du Canada, mais d'un bout à l'autre de notre vaste territoire.

T » A mon humble avis, cette réforme pacifica-

trice n'aura vraiment chance d'aboutir que le

en masse jour ou ceux qU>eue touche davantage, ceux dont

elle satisfera les légitimes exigences injustement méconnues à l'heure actuelle, se lèveront en masse pour la réclamer. C'est de notre faiblesse surtout que vient la force de nos ennemis. Et cette faiblesse, notre

manque d'union en constitue le principal élément.

Unis comme un seul homme dans la revendication de ce droit incontestable, nous recevrions, il me semble, l'appui d'un grand nombre de nos concitoyens anglais chez qui l'équité n'est pas morte. Et notre triomphe serait assuré. Qui des nôtres refuserait de marcher sur ce terrain si droit et si net ? Que résonne donc le coup de clairon qui ralliera toutes les forces de la race, qui les tendra, énergiques et disciplinées, vers le même but! Il annoncerait en même temps notre victoire décisive. *

Pierre Homier.

La première de "Contre le Flot".

C'est le 7 novembre prochain au soir, dans la salle académique du Grésu, que sera créée la comédie de Magali Michelet, couronnée l'année dernière, à notre concours dramatique. La soirée sera sous la présidence de M. l'abbé Philippe Perrier; M. Léon Lorrain y fera une allocution. On se souvient que nous avions désiré, afin de fortifier nos moyens de oropagande, une pièce contre l'anglomanie. Magali Michelet obtint jle premier prix dans un concours où les juges étaient M. l'abbé Olivier iMaurault, MM. Edouard Montpetit, Fernand Rinfret et Léon Lorrain. On viendra donc applaudir Contre le flot, se moquer un peu des déconvenues et des ridicules manies de l'anglomane, prendre quelques bonnes résolutions, puis constater encore une fois que la sottise de nos snobs est assez grande pour susciter beaucoup d'autres comédies.

Des prix d'Action française.

Nous croyons annoncer une bonne nouvelle à nos lecteurs. Il y a longtemps que l'Action Française souhaitait faire quelque chose pour les vaillants qui, sur un point ou sur un autre, dé-;- [fendent et jusqu'à l'héroïsme quelquefois, les droits de la langue et de la survivance. Il s'est accompli souvent, au service de cette cause, des actes superbesmais qui restent dans l'obscurité, parce qu'ils paraissent tout simples à de trop modestes héros. Ces gestes méritent mieux que le silence ou la renommée éphémère qu'on leur accorde. Un peuple comme le nôtre doit pouvoir marquer sa gratitude à ceux des siens qui défendent son patrimoine et alimentent, par leurs sacrifices, son capital moral. Il y a des actes qui sont en plus une prédication, qui emportent avec eux une puissance suggestive. Ce sera l'intérêt de tous de les apercevoir dans une plus grande lumière, pour que rien ne soit perdu de la beauté qu'ils contiennent, non plus que de l'énergie bienfaisante qui est en eux. Le printemps prochain, l'Action française décernera donc des récompenses à ces actes plus méritoires. Ce sera, en une séance solennelle, comme une distribution de prix de vertu patriotique. Nous donnerons bientôt, sur ce projet, des détails plus précis. ■ Mais tout de suite, nos amis peuvent nous préparer des dossiers sur les dévouements dont ils auront été les témoins au cours de l'année. 11 va de soi que nous entendons récompenseras bons combattants de toute l'Amérique française. Du reste, l'Action française n'entend bien demeurer, en cette initiative, qu'un modeste interprète de la gratitude de tous. Elle

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distribuera 1rs couronnes et les prix ; mais il faut que ce soit l'hommage I de toute la race qui s'en aille à ses fils les plus méritants.

Le Congrès de Lowell.

Le 17 et 18 septembre dernier, se tenait à Lowell, Mass., E.U., le congrès de la Fédération catholique des sociétés franco-américaines. Les assises prenaient cette année un caractère particulièrement solennel parce qu'on y devait discuter l'opportunité d'un congrès de toute la race. Invité par les Franco- Américain s à leur apporter sur ce point l'opinion du Québec, le directeur de l'Action française, dans une conférence qu'il a prononcée à l'ouverture du congrès, a préconisé ce qu'il a appelé Y Amitié française d'Amérique, alliance étroite et vigoureuse de tous les groupes français du Canada et des États-Unis,pour la sauvegarde de la foi commune et de l'idéal latin. Le congrès de toute la race — ou ce qu'on se propose d'appeler le Congrès de la pensée française — a été décidé. Il aura lieu, croyons-nous, l'année prochaine. Il convient de se féliciter d'un tel mouvement vers une solidarité plus effective Nous sommes une force qui s'est trop longtemps ignorée. Mais le Québec doit se rendre digne des responsabilités nouvelles que l'Amitié française va lui imposer. Il est le frère aîné; on se tourne vers la vieille maison pour y chercher un appui. Que le Québec s'apprête à ses devoin

Le pèlerinage à Boucherville

Nous l'avons fait le premier octobre, un dimanche après-midi, pa: un temps superbe. Un millier de personnes venues des environs et de Montréal s'étaient donné rendez-vous au vieux manoir de la Broquerie pour y entendre évoquer le souvenir de Pierre Boucher. L'évocation fut faite éloquemment par le Père Louis Lalande, S. J., l'historien de Boucherville. On écouta aussi avec émotion, M. Anatole de Boucherville et M. l'avocat Joseph de Boucherville, le premier parlant au nom des Boucher de France et de l'île Maurice, le second au nom de la descendance canadienne. M. Antonio Perrault et l'abbé Groulx exposèrent le but des pèlerinages historiques de Y Action française. Ce que l'oi veut avant tout, c'est fortifier le patriotisme enjui donnant son fond ment rationnel: la connaissance de la terre et des morts. La patrie n'i point que son visage physique; elle a aussi sa ph}'sionomie morale q lui est faite par les empreintes de l'histoire. Retrouver ces empreinte c'est glaner la gloire des aïeux et c'est mieux connaître et mieux aim son pays.

Nos publications.

A l'heure où nous écrivons, plusieurs milliers de lecteurs ont déjà u le roman de notre ami Alonié de Lestres, Y Appel de la Race. Le succès ist tel qu'il nous faut réimprimer. La deuxième édition sera mise en rente très prochainement; elle apportera un texte soigneusement expurgé des fautes typographiques. Plusieurs de nos amis ont fait spontanénent de la propagande pour Y Appel de la Race; nous les en remercions ;t les prions de continuer encore quelque temps. Il n'y a qu'à feuilleter es chroniques mondaines, pour se rendre compte que le mal dénoncé mr Alonié de Lestres fait toujours ses ravages parmi nous.

U Amitié française d'Amérique, conférence de notre directeur au 'écent Congrès de Lowell, sera prochainement mise en brochure. Les congressistes franco-américains ont même lait, de cette publication, l'objet de l'une de leurs résolutions. L'on saisira partout l'opporiunité de répandre un discours qui prêche, entre tous nos groupes, un •approcheraient devenu si nécessaire. Dans YOntario et jusque dans la *5askatchewan, au Patriote de VOuest, l'on a acclamé avec bonheur la décision prise à Lowell de tenir un congrès général de la pensée française.

L'Almanach de la langue française.

Il faut faire une part spéciale à cette autre de nos publications, l'une des plus importantes de la Ligue d'Action française. On se plaint partout de l'insuffisance, pour ne pas dire de la malfaisance des lectures dont se nourrit notre peuple. On sait comme il est difficile de faire arriver jusqu'à lui les mots d'erdre les plus simples, les notions les plus élémentaires du patriotisme. Et pourtant, il faut que le peuple soit conscient, lui aussi, de ses périls, de ses devoirs, de sa mission. L'Almanach de la langue française, le premier de ce genre qui ait été publié en notre pays, essaie de monnayer, sous une forme populaire, la doctrine du patriotisme canadien-français. C'est donc l'AImanach qu'il àut faire entrer dans tous les foyers. Nous nous adressons aujourd'hui, à tous nos propagandistes, à tous ceux qui applaudissent de loin à nos efforts et qui gémissent souvent de ne pouvoir faire davantage pour nous. C'est l'heure de nous aider. Les directeurs de ['Action française qui donnent gratuitement leur temps et leur dévouement, ne peuvent ;out faire par eux-mêmes. 11 nous faut partout des collaborateurs qui reprennent nos idées, nos initiatives ec qui les prolongent dans leurs régions. Allons, qu'on se mette à l'< euvre, pour que VAlmanach de la langue française dépasse encore ses succès dis minées dernièri

Jacques Brassier.

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