PREFACE DE CHARLES MATJRRAS
drait voir le système monarchique adopté par tous les peuples et en tous pays? Non. "Je ne viens pas prêcher la monarchie à l'Amérique... Monarchie, République, ne sont que des moyens, comme la liberté ou l'autorité. Chacun vaut ce qu'il vaut pour donner aux peuples l'ordre, le progrès, la justice, la prospérité et la paix. Il y a des pays où la république est une nécessité nationale. Il y en a d'autres où, comme l'a observé notre Renan, ce mot est synonyme d'un certain développement démocratique malsain et signifie un encouragement, une excitation à l'anarchie."
Maurras croit que la France est de ceux-ci, que la monarchie y assura longtemps la sécurité, la force, l'influence et l'honneur, que 1' "esprit de la Révolution y fut importé", qu'il y "vint de Suisse avec Rousseau, de Londres avec Montesquieu, de Prusse avec Mirabeau", qu'il "provint plus profondément de l'influence trouble développée depuis le XVIème siècle par l'esprit politique de la Réforme". A son jugement, les idées révolutionnaires ne sont ni françaises ni latines; on ne les trouve pas dans l'héritage gréco-romain. Le moyen-âge exalta et pratiqua les idées de hiérarchie et de subordination; la Renaissance porta au comble le sentiment d'inégalité entre les vivants; la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, aux époques de grande prospérité politique, intellectuelle et morale, ignorèrent les idées révolutionnaires ou les combattirent avec vivacité. "Pour des causes historiques et géographiques, l'Angleterre de Cromwell et du Co venant a trouvé le moyen de vivre et de durer en composant avec l'anarchie religieuse et le parlementarisme : quel est le peuple latin qui s'est bien trouvé du rotativisme, de la révolution, du gouvernement des partis ?... "Nulle part les erreurs de la démocratie révolutionnaire n'ont plus complètement échoué que dans l'Europe latine.
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C'est peut-être qu'elles y sont un produit germanique, n'y représentant rien de naturel, de spontané, d'indigène. C'est peut-être aussi que nos populations sont trop sensibles à la parole des tribuns qui les agitent et les bouleversent : les institutions d'un peuple ne doivent pas correspondre uniquement à ses défauts, mais les équilibrer par la discipline de ses vertus." Bismarck et après lui Guillaume II affaiblirent la France en la divisant par le régime des partis. Ils lui imposèrent "la manie anticatholique", nous séparant ainsi moralement, note Maurras, "de nos frères de race ou de culture, les Espagnols, les Canadiens, les Belges, et même de cousins brouillés avec qui nous aurions pu nous entendre, comme les Autrichiens, les Hongrois et certains Allemands du sud".
Si les idées révolutionnaires menacent de dissociation intérieure chacune des nations qui composent le monde latin, l'anticatholicisme peut détruire "la matrice de son unité future". Au jugement de Maurras, le catholicisme est étroitement lié au maintien du monde latin et à son progrès. Comment se fait-il "que latinisme ou latinité aient été si longtemps donnés pour les synonymes d' anti-catholicisme, autrement dit d'admiration du protestantisme? Peuples latins, peuples catholiques, dit l'histoire, exception faite pour la lointaine Roumanie. Qu'est-ce qui a opté pour Léon X contre Luther? Est-ce la Saxe, est-ce le Brandebourg, est-ce l'Angleterre ? Non : les peuples latins. Conv ment la Belgique, en partie néerlandaises, s'est-elle séparée de la Hollande pour affirmer son âme, sa foi et sa nationalité? Par sa fidélité au catholicisme. Où la Réforme a-telle réussi à fond dès le premier jour? En des pays germaniques et anglo-saxons. Les peuples latins sont ceux où la Renaissance a réussi, où la Réforme a échoué".
On ne peut que par une "abstraction monstrueuse'' "dissocier l'histoire des Latins d'avec l'histoire de l'organisa-