‹ L'Action canadienne-française (volume 5)Chapitre 60 sur 175 · PREFACE DE CHARLES MAURRAS · texte numérisé non relu

PREFACE DE CHARLES MAURRAS

tion religieuse née sous l'enseigne de Rome et qu'ils ont si fidèlement défendue contre les infiltrations et les assauts étrangers. La race n'est pas la religion, la religion n'est pas la race, mais ces deux termes sont souvent unis."

"Toute tentative d'unité latine qui comportera la haine ou le dédain de l'esprit catholique est condamnée au même insuccès naturel" (que rencontrèrent certains efforts de rapprochement avec l'Espagne).

Pourquoi, du reste, les peuples latins auraient-ils honte de leur caractère de peuples catholiques ? Le catholicisme n'est cause d'infériorité à aucun point de vue. "Commercial ? industriel ? Regardez l'Argentine, regardez la Belgique. Au point de vue militaire ? Regardez la France et ses généraux victorieux, la plupart élèves des Jésuites. Au point de vue artistique ? littéraire ? scientifique ? Laissons ces enfantillages, revenons au fait, le fait est que, en tenant compte de toutes les différences et de toutes les nuances, l'Occident religieux se distribue entre les peuples qui se sont séparés de Rome au XVIème siècle et ceux qui lui sont restés fidèles. La fidélité à cette tradition fut le partage des Latins. Qu'elle cesse, ils perdront l'un de leurs caractères, un caractère sur lequel peut être assis leur union. Ce caractère peut constituer un grand avantage". Le latin, gardé par le catholicisme pour organe rituel, est pour les pays latins "un moyen permanent de compréhension réciproque". Cette vieille langue "est mise au service des affinités de l'esprit," littérature, philosophie, etc.

Supprimer le catholicisme, c'est désorganiser la latinité. "Le catholicisme est idéalement et moralement organisé, la latinité ne l'est pas. Le catholicisme est formé, la latinité ne l'est pas encore ou elle ne l'est plus. Pour vivre ou revivre, elle peut bénéficier de cette organisation, elle ne peut la suppléer. Ce que perd le catholicisme, elle le

perd donc. Telle est la vérité pratique. Je convie tout esprit politique et toute âme vraiment humaine à y réfléchir. Ne nous détruisons pas nous-mêmes, ne détruisons pas le véhicule des forces qui nous rassemblent, c'est la première des conditions de notre progrès".

Charles Maurras croit retrouver ce conseil jusque dans la doctrine d'Auguste Comte. Cet agnostique reconnaissait la nécessité de s'unir à la papauté contre le désordre universel. Maurras reprend à son compte ce conseil; il l'invoque en faveur de l'union latine. Ses raisons paraissent être du même ordre que celles d'Auguste Comte. Maurras semble être, tout autant que l'était le philosophe positiviste, éloigné, par la pensée, de la métaphysique et de la théologie catholique. Lisez cet aveu :

"J'en parle avec d'autant plus de liberté que je n'ai ni l'honneur, ni le bonheur de compter parmi les croyants au catholicisme. Mais indépendamment de la foi, rien ne peut faire que nous ne soyons pas nés catholiques. Nos habitudes spirituelles et morales ont été contractées entre le baptistère, la Sainte table et l'autel catholique. Cela peut varier d'homme à homme ou de village à village; mais à prendre la grande moyenne de nos populations, nous sommes faits ainsi et pas autrement, cela ne dépend de personne pas même de nous".

"Rentrons dans le pays de Tordre comme un propriétaire rentre chez lui", termine Charles Maurras. Que les Canadiens français n'en sortent jamais, concluons-nous.

Les extraits de ces très belles pages auront suggéré au lecteur d'opportunes réflexions. Quelques-unes s'en dégagent que nous souhaitons n'être jamais oubliées par notre peuple.

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