L'ANNUAIRE STATISTIQUE DE QUEBEC
Le monde est un organisme fort compliqué. Si on le considère des points de vue économique , social ou politique, on remarque une foule de données qui s'imposent à notre attention et auxquelles il faut souvent se référer. La plupart de ces données se trouvent dans les recensements et les statistiques annuelles des gouvernements. Or, ces inventaires n'ont de valeur et d'utilité que si on les groupe sur un nombre d'années relativement considérable. Les dernières tirent tout leur intérêt des comparaisons qu'on en peut faire avec les précédentes.
Le Québec a son Annuaire statistique; c'est un des services du secrétariat provincial. Déjà considérable dès sa première année de publication en 1914, cet annuaire, qu'on a pas cessé de perfectionner, contribue d'une façon notable à donner figure d'Etat politique à notre province. Avoir son annuaire statistique, c'est, me semble-t-il, posséder un attribut, un indice d'autonomie presqu'aussi important que de battre monnaie et d'imprimer ses timbres-poste. C'est que, dans le monde moderne, pour compter à l'égard des autres, il faut avoir tout d'abord compté ses propres forces.
On chercherait en vain quelle tête de chapitre on a pu omettre dans ce recueil de statistiques bien ordonné, puisqu'il fournit la réponse nette et simple à toute question d'ordre économique et social.
S'il m'était permis de faire quelques réserves, je dirais que l'annuaire se raprocherait encore de la perfection si on soignaint davantage les graphiques, ces ingénieuses récapitulations, en ne perdant pas de vue que les plus simples sont les plus éloquents, et si on voulait s'en tenir aux tableaux et aux graphiques, en restreignant le texte à ce qui est rigoureusement indispensable. On éviterait ainsi de rendre l'ouvrage volumineux, afin qu'il se répande davantage, sans qu'il coûte cher. Emile Miller.
Un peu partout au Canada et même aux États-Unis l'on se prépare à fêter Dollard le 24 mai prochain. La Ligue d'Action française s'occupe d'organiser les diverses manifestations dans la région de Montréal. Voici quelques renseignements au sujet de ces fêtes :
23 mai — Veillée des armes, église St. -Enfant- Jésus (rue Saint-Dominique) à 8 heures du soir. Salut solennel par curé Perrier. Allocution de circonstance par abbé Verschelden.
24 mai — 5ème pèlerinage historique à Carillon. Sous les auspices deLaLiyue d'Action française et la direction du capitaine J.-O. Normand, à bord la Duchesse d'York.
Le départ aura lieu à 7 heures précises du matin, au canal vis-à-vis de la rue Atwater, avec arrêt à Lachine, d'où le bateau partira à 8 heures. Le prix des billets est de $1.50 pour les adultes et de 75 sous pour les enfants. Ils sont en vente aux endroits suivants :
h' Action française, 369 rue Saint-Denis; Le Devoir, 43, rue Saint- Vincent; Librairie Granger, Place d'Armes; Librairie Beauchemin, 79, rue Saint- Jacques; Librairie Déon, 251, rue Sainte-Catherine est, N.-W. Tanguay, 781, rue Sainte-Catherine est; Pharmacie Désilets, 213, rue Bourbonnières, Maisonneuve; Librairie Pineault, 280, rue Rachel est; J.-A. Payette, 1882, rue Notre-Dame ouest; Au Presbytère, 1939, rue Saint-Dominique; A l'Immaculée-Conception, 1083, rue Rachel est. A Lachine : Pharmacie Lecavalier, 135 rue Notre-Dame; Maison Martin, coin 6ème et Saint- Joseph; Alex. Carignan, 417 rue Saint- Joseph.
Buffet au prix de la ville — Dîner à bord $1.00 le couvert. A Carillon des fleurs seront déposées à l'endroit où combattirent Dollard et ses compagnons. Les élèves du collège Bourget, de Rigaud, se sont chargés du chant et de la partie musicale. Quelques allocutons seront prononcées. Nous comptons que notre directeur, M. l'abbé Lionel Groulx, sera de retour de Paris et que ses paroles éloquentes contribueront à rehausser l'éclat de cette fête.
Que le 24 mai tous portent la rose de Dollard.
CGTHÙ(l£tl€ ke mot d'ordre lancé par Y Action française en janvier , , dernier n'a pas été vain. Dans presque toutes les
OppOTIUrie parties du pays il a suscité ou stimulé de fécondes initiatives. La plus intéressante est sans contredit celle de nos compatriotes de la Saskatchewan. Là en effet, c'est tout un groupe, compact, bien organisé, servi par un vaillant journal et guidé par des chefs intrépides, qui entre en lice.
Après avoir reproduit intégralement la page de VA ction française, l'un des rédacteurs du Patriote de V Ouest, M. Donatien Frémont, avoue qu'un tel appel a déjà retenti plus d'une fois, qu'il n'a peut-être pas encore obtenu, du moins dans la Saskatchewan, de grands résultats mais il ajoute aussitôt ces lignes :
"Là où les efforts individuels ont jusqu'ici fatalement échoué, une campagne organisée et soutenue, partant de toutes nos paroisses, de tous nos groupes, ne peut manquer de produire des résultats. Cette campagne, nous pouvons assurer nos lecteurs qu'elle est sur pied et que nous entendons la poursuivre avec vigueur. Tous les cercles de TA. C. F. C. de la province ont reçu le mot d'ordre et nous avons la ferme confiance qu'il sera fidèlement suivi. Nous réitérons ici notre appel pour qu'il soit entendu de toute la population française de la Saskatchewan."
TTyiû hr ornière Et siënalant sur le champ un des détails de la unv y'v/'MWfatt^ m. Frémont demande à ses compatriotes
VICIOITC d'exiger du service de l'impôt sur le revenu des formules françaises. Ce conseil a été suivi. Si nombreuses furent les réclamations que les autorités durent se rendre. Le point gagné, ontelles même assuré, l'est non seulement pour cette année, mais pour les années subséquentes.
Cette belle ardeur et cette victoire ont vite fait lever dans les provinces voisines, des énergies semblables.
j a La Liberté, l'organe de nos compatriotes du Ma-
Le ^OUVemeUlnitoh^ s>empresse> comme on pouvait s'y attendre,
Se pTOpClge d'adhérer au mouvement. "Nous ne voulons dire
qu'un mot aujourd'hui, écrnVelle, de l'article en question. Le Patriote
y commente le mot d'ordre que donnait, il n'y a pas longtemps à son public d'élite, la revue montréalaise, l'Action française, sur le souci des détails. Nos lecteurs ne sont pas tout à fait étrangers à cette doctrine; nous sommes revenus sur ce sujet à diverses reprises. Pour bon nombre des nôtres ces détails ne sont que des balivernes. Ceux qui ont observé répondent : c'est d'importance majeure, notre vie ne se consume-t-elle pas en détails ? Et après quelques faits, cette conclusion : "Remisons les phrases ronflantes et sortons les petits actes. Mettons-y toute la persévérance que d'autres mettent à nous passer au moule déformateur, et nous aurons bien mérité de la patrie, nous aurons fourni notre part à la défense commune".
Enfin c'est l'Union d'Edmonton qui lance le même appel aux Canadiens français de l'Alberta. Elle signale elle aussi les formules de l'impôt sur le revenu. "Personne ne peut nous forcer de les remplir si elles ne sont pas en français... Soyons fermes sur ce chapitre et n'en démordons pas, nonobstant les remontrances, explications, supplications ou menaces".
Aapfjfo Voilà une campagne bien engagée. Si elle réussit . • * comme il est probable, le mérite en reviendra surtout aux PT6CÎCUX journaux, à cette presse française des provinces de l'Ouest, dont l'effectif est encore peu nombreux mais qui par son patriotisme et son courage vaut bien des gros bataillons. Une fois de plus nous apparaît la puissance incomparable du journal.
Il est une autre institution cependant, qu'il faut placer à côté de la bonne presse et qui, sur un plan différent, assure non moins efficacement les victoires de demain. C'est la maison d'éducation, depuis l'humble école de village jusqu'au grand collège classique. Un exemple.
p ^7 • Nos compatriotes de l'Ontario devaient, à leur tour, f . entrer dans cette campagne. Qui allait cette fois prendre UUtGTW ies devants, battre "gaillardement" la marche, stimuler et entraîner la masse ? Un collège, le collège des jésuites de Sudbury. Le Devoir et le Droit ont raconté cette belle manifestation française organisée par les Pères et les élèves et qui dura cinq jours. Si intéressants que fussent ces comptes rendus, il nous a été donné d'en lire un exposé plus attachant encore, plus vibrant surtout.
l'action française
Nos lecteurs ne connaissent probablement pas Le Gaillard, organe du cercle Philippe Landry de l'A. C. J. C. et publié au collège du Sacré- Cœur de Sudbury. C'est une modeste revue, ni mensuelle, ni hebdomadaire — Gaillard paraît, quand il est prêt — mais où bat, en pulsations vraiment françaises et catholiques, le cœur des Franco-Ontariens. Nous y avons lu quelques-uns des discours prononcés par les orateurs de la manifestation où figuraient des élèves de toutes les classes, depuis le grave philosophe jusqu'au jeune élémentaire. Les qualités de la langue française, notre droit de la parler en terre ontarienne, les raisons d'en user constamment, les obstacles qui s'y opposent, les moyens de les combattre... tous les sujets ont été traités avec vigueur et clarté. "Que nos croisés tiennent leurs promesses, écrivait avec raison le chroniqueur de cette inoubliable manifestation, et dans quelques années, la langue française sera remise à la place d'honneur qui lui revient dans les professions, le commerce, l'industrie et les services d'utilité publique, dans tous les domaines, en un mot, où nos compatriotes emploient à peu près exclusivement le français". Bravo, les gars de Sudbury !
T n îpijmp<ï<ïo "^ *e Qu^DecJ s'apprête-t-on sans doute à me deman- •'- . der, le Québec bouge-t-il ? A lui revient l'honneur de
qUCOCCOlSC donner l'exemple ! — La vieille province, je suis heureux de l'affirmer, va faire son devoir. Si la masse de la population est lente à s'ébranler, les jeunes au moins, plus libres d'entraves et au patriotisme sans alliage, sont déjà à l'œuvre.
Voici en effet que Y Association catholique de la Jeunesse canadiennefrançaise a choisi comme sujet d'étude, pour son prochain congrès, la lutte de la survivance française au Canada. Dans un substantiel article que publie le Semeur de mars, le notaire Lucien Germain, l'un des secrétaires de l'Association, précise et délimite ce sujet. L'extrait que nous allons citer est peut-être un peu long, mais il apporte à notre dossier un si précieux document que l'abréger nous paraît difficile.
T^i a, "Dans le très court espace de temps qui la sépare de
^ son prochain conseil fédéral, l'A. C. J. C. se propose une
0,1 CQfnpttgyiCçnqy^ç. e^ une campagne : une enquête sur l'influence anglaise chez les nôtres, et une campagne contre elle. Elle demande à ses membres un effort d'observation et d'initiative : avec les rapports qui lui viendront elle fera le bilan des deux au conseil fédéral. Mais, à ce moment, si l'enquête est terminée, la campagne ne fera que de corn-
mencer. Après entente et plan de campagne bien tracé, les comités régionaux dans leurs districts, les cercles dans leur paroisse, chacun de nous autour de lui, tous nous devrons observer et agir.
"Nous devrons d'abord nous demander comment nous subissons nous-mêmes l'influence anglaise. Par notre langue épaissie d'anglais, ou par celle que l'on parle autour de nous : par les journaux et revues que nous lisons, les théâtres que nous fréquentons, les annonces que nous voyons, les sports que nous aimons, le snobisme que nous pratiquons ou la lâcheté que nous n'avouons pas. Dans notre famille et même celle du voisin, quels sont les facteurs d'anglicisation de notre mentalité? Y lit-on d'autres journaux que ceux qui n'offrent qu'une traduction de nouvelles reçues d'agences anglaises, juives et anticatholiques, des journaux qui puent le scandale et sentent l'anglais à deux cents milles, ou des journaux rédigés d'après des principes honnêtes en une langue soignée et qui ont une âme française et catholique. Dans quelle langue sont, autour de nous, les calendriers accrochés au mur ? Quelles images ornent notre demeure : celles qui rappellent une domination étrangère ou celles qui inspirent la fierté de notre race ? Y reçoit-on des catalogues français, de maisons qui sont nôtres, et fait-on ses achats de ces dernières ? Quelles chansons y sont chantées : "Vive la Canadienne" ou "Mickey" ? Y joue-t-on "Miami shorë1 ou "My Mari" ? Nos fêtes nationales à nous sont-elles observées de préférence aux autres ?
"Au bureau de poste et à la gare, les avis sont-ils en français? Y exige-t-on de la papeterie française et des billets libellés en français ? Les cultivateurs de notre paroisse laissent-ils croire aux voyageurs des chemins de fer que leur blé est du blé anglais en le laissant rouiller à l'ombre d'un panneau-réclame anglais ou permettent-ils au voyageur anglosaxon de dire: Ce grange est à moâ, en permettant qu'une maison anglaise la peinture en anglais, avec de la peinture anglaise pour annoncer une marchandise anglaise ? Il est temps que nos granges cessent de prendre du Castoria, de fumer des Players et de mâcher du Stag.
"Avez- vous songé, dans votre paroisse, à protester contre l'unilinguisme de notre monnaie et de nos timbres-poste ? Avez- vous demandé à nos gouvernants leurs publications, édition française ?...
TyiifintiDû Voilà, certes, des questions pratiques. Pourquoi v . . non seulement les cercles de 1 A.G.J.C. mais tous nos
u l/fllltT groupements à base nationale : les comités de la société Saint- Jean-Baptiste, des Artisans, des Voyageurs de Commerce, etc., n 'entreraient-ils pas dans le mouvement?
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Plusieurs de nos associations se demandent souvent de quelle façon intéressante occuper leurs séances régulières. La chasse aux conférenciers devient de plus en plus difficile... Mais n'y a-t-il pas dans cette enquête une mine inépuisable ? Nous avons déjà signalé la méthode. Chacun fait, durant la semaine ou le mois, sa cueillette d'observations dans les conversations, les journaux, les annonces ou affiches, etc. Son enquête porte autour de lui, autant que possible. Et la séance venue, il rend compte de son travail : J'ai entendu tel anglicisme, comment le faire disparaître ? L'épicier du coin ne met que grocer sur sa vitrine, comment l'amener à s'amender ? Notre bureau de poste ne donne pas de formules françaises, comment en obtenir ? L'outil dont je me sers n'est connu que sous un nom anglais, comment l'appeler en français? etc., etc. Que de séances intéressantes et fructueuses auraient ainsi lieu. Le temps alloué à ce sujet s'écouleiait trop rapidement... Des cercles pourraient même être fondés uniquement dans ce but, des cercles de cinq, huit, dix membres. Composés d'éléments actifs et énergiques, ils assainiraient peu à peu leur milieu, ils feraient œuvre de reconstruction française. Nous serions, pour notre part, très heureux d'aider leur bonne volonté, de guider leurs premiers pas.
Campagne opportune, campagne urgente, campagne A VOCUVTG nécessaire, a-t-on répété de tous les côtés. Nous croyons ces paroles sincères. Eh bien ! qu'on agisse ! Nous avons mérité trop longtemps de passer pour de beaux parleurs. L'heure est venue de mettre nos actes d'accord avec nos paroles. Le champ d'action est bien délimité. Les moyens aussi. Ne tardons pas davantage. Piétiner sur place maintenant serait trahir.
Pierre Homier.
P. S. — Il nous tombe sous la main un article de YÉvangéline de Moncton. Il n'est pas tout à fait récent, mais peu importe. L'essentiel c'est la doctrine qu'il prêche. Or, lui aussi prône la même campagne, la même lutte par les détails pour la langue française. Donc d'un bout à l'autre du pays, c'est le même mot d'ordre qui retentit, qui stimule les volontés languissantes, qui fouette les faiblesses et les lâchetés. Cette unanimité ne présage-t-elle pas la plus belle des victoires ?