PARTIE DOCUMENTAIRE
lent encore un français importé tout vivant au XVIIème, au XVIIIèrae siècle... Il ne manque pas de gens pour appeler patois ce qui est notre langue même. L'erreur est plaisante ! Un peu d'accent ne fait pas un patois, et quant aux mots dont l'usage s'est perdu en France et conservé au Canada, je déclare que beaucoup sont savoureux et qu'il est fâcheux qu'on ne nous les serve plus".
Je ne vous demande point, monsieur, de publier dans les Tablettes cette lettre peut-être un peu longue. Serait-ce trop exiger que d'espérer un mot de rectification ? Ce serait empêcher que ne s'attachât un souvenir malheureux à une visite qui n'avait laissé chez nous que les sympathies les plus vives. Ce serait également faciliter la tâche à ceux .qui comme vous, j'en suis sûr, ont à cœur de rapprocher les uns des autres, tous les groupes de la famille française.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.
Lionel Groxjlx, -ptre Professeur à l'Université de Montréal.
N.B. — Il va de soi que ni Tune ni l'autre de ces lettres n'a reçu de réponse.
Note de la rédaction.
La libre 'parole, de Paris (12 janvier 1922) a publié un sympathique article sur les Choses du Canada. Les lecteurs de V Action française seront heureux d'y lire une flatteuse appréciation de notre œuvre.
"Certains Français ont parfois reproché à nos frères canadiens d'oublier l'ancienne mère-patrie. La vérité, c'est que les Canadiens se sont, par moments, tenus sur la réserve à notre égard, parce qu'ils nous accusaient de les tenir nous-mêmes en oubli. Les plus profonds malentendus entre les deux branches de la grande famille française ont eu ce point de départ. Irrités et peines de notre indifférence, les Canadiens se sont repliés sur eux-mêmes et se sont habitués à chercher uniquement dans leurs propres ressources la force de vivre. Mais, quand même, il sont toujours demeurés fidèles à la langue et à la rare, — et, souvent plus que nous autres, à la foi.
La langue et la culture françaises, ils s'y cramponnent et les gardent avec unepassion tenace, fervente et, au besoin belliqueuse. Ils ont créé des associations pour les maintenir dans leur pureté traditionnelle, ou pour les défendre contre toutes les attaques.
On n'a pas oublié l'émouvant et puissant congrès du Parler français qui se tint, voici quelque douze ans, à Québec. M. Adjutor Rivard, qui en fut l'un des plus ardents promoteurs et l'un des collaborateurs les plus précieux, continue le travail patient d'enquête et d'érudition qu'il avait entrepris dès cette époque. Il pourchasse impitoyablement, dans le vocabulaire canadien, les infiltrations britanniques et met, au contraire, en relief, les vieilles survivances françaises.
Mais le Parler français n'est point la seule société qui se préoccupe de sauvegarder et de faire rayonner la langue des aïeux. La Ligue d 'action française, étabUe à Montréal, mène aussi Ja bataille; elle s'attache surtout à maintenir les droits de la langue, contre les méconnaissances et les dédains anglo-saxons.
L'un de ses principaux dirigeants est M. l'abbé Lionel Groulx, professeur d'histoire canadienne à l'Université de Montréal, actuellement en séjour d'études à Paris. Cet écrivain des plus distingués a composé plusieurs ouvrages qui pourraient figurer avec honneur dans les bibliothèques françaises. A côté d'œuvres historiques, telles que le recueil de ses conférences sur la Naissance d'une race, il a donné, sur la vie rurale au Canada, un petit chef-d'œuvre intitulé Les Rayaillages. C'est un recueil de tableautins, qui s'apparente au Chez Nous, de Rivard, récemment couronné par l'académie française. Il faudrait que les travaux de ce genre et de ce prix fussent connus en France; ils sont d'une langue et d'un esprit beaucoup plus français que certains volumes écrits sur les bords de la Seine, affichés aux vitrines des librairies et même couronnés par certains cénacles. Malheureusement, les livres canadiens sont introuvables à Paris.
En attendant, M. l'abbé Groulx a bien voulu me donner, ces jours-ci, deux petits livres, dont je ne puis conseiller l'achat à nos lecteurs,— ils devraient les demander au 369 de la rue Saint-Denis, à Montréal — mais que je veux du moins leur signaler.
Le premier, une simple brochure, expose, sous le titre Consignes de
demain, la doctrine et les origines de l'Action française', le second, c'est
VAlmanach de la langue française, édition de 1922, publié par l'initiative
et les soins de la Ligue.
Comme ces deux publications pleines, alertes et bien troussées, sentent la France et sentent la vie !