PARTIE DOCUMENTAIRE
Ce sont, surtout, deux pages d'histoire : histoire d'une institution, dans la brochure : histoire d'une année, dans VÂlmanach.
La- Ligue d'action française remonte à 1913; elle fut alors créée sous le nom de Ligue des droits du français. Elle naquit, pour ainsi dire spontanément, d'une campagne de presse engagée par le Devoir contre les empiétements excessifs et injustifiés de l'anglais et contre l'apathie de certains Canadiens. Sa première forme fut un secrétariat qui se donnait pour mission de classer et de clamer les réclamations surgies un peu partout. Le secrétariat se baptisa "ligue", afin de préciser son but militant; et il milita. En 1917, pour accentuer sa propagande et pour définir ses principes et son but, il fonda une revue, de format mince et portatif, arme plus que document, qui prit le nom d'action française. Enfin, l'année dernière, en vue d'unifier les différents organes du mouvement, l'association s'est reconstituée en Ligue d'action française.
La brochure qui nous résume cette carrière encore brève et déjà féconde, rend hommage, dès d'abord, à un homme dont j'aime à répéter le nom : le R. P. Archambault, de la compagnie de Jésus. "C'est en grande partie à ce dévoué jésuite, écrit M. Antonio Perrault, l'un des rédacteurs du travail, que revient le mérite d'avoir fondé notre œuvre, del'avoir conservée fidèle à son programme". Il suffit, pour caractériser le P. Archambault, de nommer les deux grandes initiatives auxquelles son nom, chez nos frères canadiens, restera toujours attaché : il est l'apôtre des retraites fermées et le président des semaines sociales. Il a, notamment, composé, sur les retraites, un livre qui est, sans contredit, l'un des plus topiques et des plus vibrants plaidoyers que je connaisse en faveur de ces incomparables exercices. Si nous possédions, à Paris, notre librairie canadienne, je dirais à tous les directeurs d'oeuvres et à tous les chrétiens fervents de s'y procurer les Forteresses du Catholicisme. On ne peut les trouver, pour le moment, qu'aux bureaux de la Vie Nouvelle, à Montréal .
La personnalité du P. Archambault donne une idée de l'esprit de l'Action française. Un paragraphe de M . l 'abbé Groulx complétera cette indication. L'éminent professeur expose que la Ligue ne veut pas se borner à un caractère négatif. "Elle comprend qu'affaiblie par des (emprunts malsains, poursuit-il, notre âme a besoin d'être fortifiée par le dedans. Ces forces de réparation et de nutrition, elle veut les demander d'abord aux deux plus grandes sources de vie, à celle qui coule à Rome et à cette autre, celle de France, d'où nous est venue toute1 notre vie
naturelle. Pour notre élite intellectuelle, nous demandons la culture romaine et la culture française. La première nous donnera des maîtres de vérité, ceux qui fournissent des règles aux esprits, qui font briller de haut les principes sans lesquels il n'est point de ferme direction, point de fondements sociaux intangibles, point d'ordre permanent, point de peuple assuré de sa fin. Dans l'ordre naturel, la culture de France, L'éducatrice immortelle de nos pensées, activera le perfectionnement de nos esprits. Et, quand nous parlons de culture française, nous l'enten dons, non pas au sens restreint de culture littéraire, mais au sens large et élevé où l'esprit français nous apparaît comme un maître incomparable de clarté, d'ordre et de finesse, le créateur de la civilisation la pli saine et la plus humaine, la plus haute expression de la santé intellec tuclle et de l'équilibre mental. Et nous entendons également non p£ une initiation qui tourne au dilettantisme ou au déracinement, mais une culture qui serve sans asservir, qui sauvegarde nos attitudes traditionnelles deyant la vérité, qui, devenue une force réelle et bienfaisante permette à notre élite prochaine de s'appliquer plus vigoureusement à h solution de nos problèmes, au service de sa race, de son pays et de si foi."
La citation est un peu longue; elle a empiété sur la place que j'ai rais voulu consacrer à VAlmanach; mais elle éclaire si bien l'âme catholique et française de l'institution dont elle définit le programme et lt pensée, que mes lecteurs ne l'auront certainement pas trouvée super nue.
De cet Alrnanach de la langue française, je dirai donc simplement qu'il est la réalisation, dans le cadre d'une année, de cet esprit francs et catholique. Et, avec l'amour de cet esprit, le volume atteste l'ardei persévérante que les Canadiens mettent à l'appliquer dans tous 1< domaines: depuis les institutions scolaires, qu'ils multiplient aux loii tains de l'Ouest et chez les Franco-Américains, jusqu'aux fédératioi ouvrières et aux Semaines sociales, qui grandissent, en même tenu; d'une croissance rapide ; depuis les groupements pieux, actifs et studiem comme l'Association catholique de la jeunesse canadienne, jusqu'aux îns titutions économiques et techniques, dont le développement ouvre à race canadienne un champ nouveau.
En vérité, sur les bords du Saint-Laurent, monte une vie inter et féconde; et c'est la sève de France, imprégnée et enrichie de foi, qi l'alimente et l'épanouit.
François Veuillot
MOT D'ORDRE l'action française