LA VALEUR "PRATIQUE" DU FRANÇAIS
Montréal, le 24 octobre 1917.
Monsieur le directeur,
On est trop souvent porté à ignorer les avantages pratiques du bilinguisme. Sans doute, la lutte que nous faisons en ce moment s'inspire surtout de motifs sentimentaux, d'ordre plus idéal que pratique. Nous voulons faire reconnaître nos droits à parler "en plein jour" la langue de nos aïeux et même — ■ ce qui est un contresens — fût-il plus pratique et plus pa3'ant de ne parler qu'une langue, nous insisterions poiu- apprendre la française, afin de rester fidèles à la tradition, afin d'accomplir notre mission ici-bas qui est de continuer ceux qui nous ont précédés. Mais la réalité toute simple et toute nue, c'est qu'il est beaucoup plus paj'ant de savoir le français, à condition de le savoir comme il faut, si on y joint une connaissance suffisante de l'anglais que de ne savoir que la langue de la majorité.
Est-ce fanatisme? est-ce difficulté à surmonter les règles compliquées de l'orthographe et de la grammaire française? mais, le fait est acquis qu'un très petit nombre de nos compatriotes anglais se mettent à l'étude de notre langue. A la vérité, du point de vue anglais et, plus particulièrement, du point de vue du commerce anglais il serait plus payant de faire de ce pays un pays unilingue. Que de comptes de tra- ductions supprimés dans les maisons de Toronto (qui d'ordinaire paient très cher cette informe salade russe qu'on baptise le "français-parisien"), que de fonctionnaires supprimés dans les administrations des compagnies et du gouvernement fédéral, que de commis-voj^ageiu-s recrutés parmi les seuls Anglais ! Mais un réveil opportim a remis en faveur le français dans une province de deiLx millions d'habitants et dans les nombreux îlots français de tout le paj's. Si on veut isoler politiquement ce noyau, il n'est pas question encore de l'isoler économiquement, de l'affamer, car il ne demande rien pour rien et l'argent n'a pas plus de nationalité que d'odeur.
Dans notre pays même — le fait est si banal qu'il vaut à peine d'être mentionné — que de gens doivent leur situation à leur connaissance du
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français; mais ce n'est pas seulement chez nous que le français revêt une valeur économique. Il nous a été donné d'en avoir une preuve éclatante il y a quelque temps où on faisait annoncer dans les journaux que les interprètes français pour servir dans l'armée américaine recevraient de bons salaires; quelques semaines plus tôt, on avait engagé des sténographes canadiennes-françaises, à plus du double du traitement cy.i'elles touchent d'ordinaire, pour les charger de la traduction en anglais de la correspondance de la commission française d'achat aux États-Unis. Après la guerre, les perspectives apparaissent excellentes. Le commerce du Canada, suivant les conseils du mmistre du commerce, sir George E. Foster, cherchera sans doute à s'emparer de nouveaux marchés. Particuliers ou gouvernements devront donc envoyer des agents en Amérique du Sud. Or, personne n'ignore qu'en Argentine comme au Brésil et chez tous leurs voisins la langue seconde est le français. On recommande, par ailleurs, de tirer des profits durables de l'alliance accidentelle du Canada avec la France, durant la guerre actuelle, et, certes, toutes les compagnies qui désireront envoyer des représentants en ce pays seraient bien en peine de les trouver parmi les anglophones. Il leur faudra s'adresser aux nôtres du Québec ou des autres provinces.
Ne perdons donc jamais de vue l'utilité pratique du français et que ce nous soit un encouragement à l'apprendre davantage, à exiger qu'il soit enseigné à nos enfants et à faire comprendre à ceux-ci tout le profit qu'ils retireront, même au point de vue pratique, de la connaissance parfaite de notre langue.
Veuillez croire, M. le directeur, etc.,
Louis Dupire,
Un de nos lecteurs a reçu la lettre suivante: "Voudriez-yous être assez bon de me dire si, à Montréal ou ailleurs, en Canada, il y a une maison canadienne-française s'oceupant de fournir et d'imprimer des sacs de papier, de coton, etc., comme le font la Canadian Bag ou la Smarl Wood Ltd. ? Ces sacs ou poches sont ordinairement pour mettre différentes sortes de farine."
Quelqu'un de nos lecteurs pourrait peut-être fournir cet utile renseignement.
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