DEUX ÉTUDES
La Revue Canadienne publie, dans sa livraison d'octobre, deux remarquables études lues aux cours de vacances de l'Université Laval de Montréal et qui se rattachent à la question de langue: l'une, du R. P. D. Charette, du collège de JoKette, sur la Grammaire historique du français: son emploi dans V enseignement; l'autre, du R. F. INIarie-Yictorin, de Longueuil, sur les Sciences naturelles au Caiiada.
Dans la première, l'auteur définit la grammaire historique, dit comment l'enseigner et analyse les origines du français. Patriote éclairé, il n'oubhe aucune des conclusions pratiques qui découlent de son travail." Deux extraits suffiront à montrer que le savant se rappelle les reproches que l'on prodigue quotidiennement à ses compatriotes et que la plus haute fierté habite son cœvu:
"Dans sa conférence intitulée la Langue française au Canada, et lue devant l'Union cathohque de Montréal, le 10 mars 1001, M. J.-P. Tardivel a démontré péremptoirement que nos Canadiens du XV Ile siècle et du XVIIIe parlaient la langue alors usitée à Paris et même à la cour de Louis XIV. Quand nos habitants, il y a vingt-cinq ans et même à une époque plu^reculée, prononçaient dret, je cré, je craj^ais, qu'ils prononcent encore de même, ils étaient, et iU sont dans la vieille tradition. Les preuves que le directeur de la Vérité apporte, reposant en majeure partie sur les témoignages, sonl extrinsèques. A l'aide de la grammaire historique, on peut fournir des preuves intrinsèques. On peut démontrer scientifiquemenl que le langage de nos aïeux était réellement du français.
"Une science qui ouvre des horizons nouveaux sur la langue, qui permet d'en saisir le génie avec plus de netteté et d'en savourer les finesses, mérite à bon droit l'attention des professeurs et des édvxMteurs consciencieux. Telle est la grammaire historique. Par elle, l'élève, connaissant mieux la noble origine de sa langue et ses affinités glorieuses, l'aimera davantage et saura la défendre, à l'occasion, avec plus de conviction. Quand on viendra lancer à la face d'un jeune Canadien-français renseigné en matière de langue cette affirmation, aussi erronée que grossière, que 7ios aïeux ne parlaient
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qu'un vulgaire patois, il pourra se dresser hardiment, corriger le mensonge et prouver scientifiquement que le parler de ses ancêtres était le français de Corneille et de Bossuet.
"Mettre dans l'enseignement de notre langue une dose convenable de grammaire historique, ce n'est donc pas seulement faire l'oeuvre du savant et du pédagogue soucieux d'appliquer les méthodes les plus efficaces; c'est encore agir en patriote sage et résolu à ne rien négliger pour tremper fortement l'âme de notre jeunesse canadienne-française. Que V enseigncmeid du français dans nos classes fasse de nos élèves des Canadiens-français plus fiers de leur race et de son verbe si pur, c'est notre ambition à tou^. A cette oeuvre, à la fois éducative et patriotique, la grammaire historique peut apporter un précieux appoint. Souhaitons qu'elle coopère efficacement à la conservation du doux parler des aïeules et des aïeux sur les lèvres fraîches de nos neveux et arrière-petits-neveux."
Le travail du R. F. INIarie-Victoriu, qui touche à tant de choses importantes: utilité économique et pédagogique des sciences naturelles, etc., contient des pages fort curieuses sur les erreurs de botanique commises par Fréchette et Chapman. Il y a là, du simple point de vue httéraire, une étude du plus vif intérêt et qui tend, comme celle du R. P. Charette, à ime conclusion fort pratique. C'est que, si les écri^'ains canadiens veulent édifier oeuvre durable, faire connaître et aimer leur pajs, ils doivent essaj^er de le voir dans sa magnifique réahté et ne pas composer, avec des couleurs empruntées, des tableaux factices.