UNE MAISON HISTORIQUE
La commission scolaire catholique d'Ottawa, réintégrée dans ses droits par la décision du Conseil privé, a aujourd'hui pour quartiers-généraux, pour centre administratif, l'Ecole Guignes. Ceci ramène dans la pleine lumière de l'actualité cette maison fameuse et l'on ne sera pas surpris que V Action française commence par la photographie cijointe la série de ses illustrations.
L'école Guignes est située en plein milieu populaire, rue Murray, entre Dalhousie et Cumberland, dans la paroisse Notre-Dame d'Ottawa. C'est, ainsi qu'on le peut voir, une maison de belle allure. Elle est fréquentée par plusieurs centaines de garçons et offre cette particularité rare de réunir dans son personnel enseignant trois types de professeurs: Frères des Ecoles chrétiennes, Sœurs Grises d'Ottawa, institutrices laïques. La direction générale est exercée par un Frère des Ecoles chrétiennes; aucun des professeurs n'habite l'école.
La chapelle qui apparaît dans la photographie est aujourd'hui occupée par les congréganistes de la paroisse. C'est là que se réfugièrent, avant d'utiliser les magasins dont VAlmanach de la Langue française de 1916 a donné l'image, Mlles Desloges et leurs élèves, lors que les deux jeunes institutrices eurent reçu des tribunaux ontariens l'ordre de quitter l'Ecole Guignes. C'est là que se produisit, en présence des élèves qui n'avaient pas voulu quitter leurs maîtresses et des parents, la première grande manifestation
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populaire et que furent offertes aux jeunes institutrices les fleurs de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
Le conflit scolaire paraît entrer dans une période d'apaisement et nous ne voulons rien faire pour le passionner inutilement. Aussi nous contenterons-nous de marquer que si l'agitation s'étendit à toute la ville et si les maîtres, les élèves (et leurs parents) de toutes les écoles bilingues eurent un mérite qui a été hautement loué par les personnages les plus dignes, et devant lequel il convient de s'incliner, c'est à l'École Guigues que se produisirent, par le fait de circonstances qu'il serait trop long de rappeler, les plus dramatiques incidents: la rentrée des jeunes institutrices ramenées par les mères de famille, le 3 janvier 1916, la prise d'assaut de l'école, le 7.
Plus tard seulement, quand l'histoire entière s'écrira et qu'il sera possible de marquer le lien des événements, on pourra mettre dans sa vraie lumière la lutte autour de l'Ecole Guigues.
Pour aujourd'hui, l'Action française veut simplement offrir à ses lecteurs une photographie que commande l'actualité et l'image d'une maison déjà historique.
Omer Héroux
PARLONS MIEUX
Loin de nous plaindre de la difficulté du français nous devrions nous en féliciter, car cette difficulté inéme exige de nous un effort intellectuel dont les bienfaisants effets se font sentir dans tous les domaines. C'est pourqiwi — pour parler net — l'étranger qui apprend le français en devient plus intelligent.
Or nous, qui avons pour idiome une langue que les étrangers les plus distingués se flattent de connaître, que ne devons-nous pas faire pour la posséder?
Ne dites pas: ^^ C'est si difficile! . . ." On comprendra: "C'est trop difficile pour moi." Et au lieu de vous excuser, vous vous accuserez de paresse d'esprit ou d'atrophie intellectuelle. Que penseriez-vous, lecteur prompt à juger autrui, d'un étudiant qui aurait passé deux ans à l'Université et qui vous confierait: "Je m'en vais entrer dans la police, parce que, voyez-vous, le droit c'est si difficile!" . . . Ek bien, prenez garde qu'on ne pense de vous ce que vous penseriez de ce jeune étudiant.
Le français n'est pas aisé, c'est entendu; nier qu'elle est difficile, c'est ignorer notre langue. Du reste, d'une façon générale, il convient d'avoir de la méfiance à l'égard de celui qui trouve tout facile, qui n'hésite jamais, fût-il chirurgien, chauffeur ou cuisinier. Honneur à celui qui hésite, qui tâtonne, qui réfléchit, car on n'arrive à la sûreté, dans les arts et dans les métiers, qu'après avoir longtemps hésité, réfléchi.
Il y en a peu parmi nous qui parlent ou écrivent avec maîtrise; nous en sommes encore presque tous à la période de préparation. Si vous le voule-- bien, chaque mois, dans l'Action française, nous hésiterons, nous réfléchirons ensemble; nous appellerons à notre aide les dictionnaires, le meilleur usage, les classiques, et nous franchirons ensemble les passages ardus conduisaîit à la perfection.
Léon LORRAIN