SUR LES CHEMINS DE FER
On se rappelle l'effort qu'il a fallu mener pour assurer l'adoption de la loi Lavergne. Plus tard, lorsque les idées de justice élémentaire auront fait leur chemin dans toutes les cervelles, cette lutte sera l'un des étonnements des curieux d'histoire. On se demandera comment une époque a pu exister où il fallait, pour permettre à la majorité des citoyens de comprendre les contrats qu'ils signaient avec les grands services d'utilité publique, faire édicter une loi spéciale.
Cela fut cependant. Cela n'est plus heureusement, mais l'on peut se demander s'il ne faudra pas recommencer une lutte pareille pour imposer à un certain nombre de fonctionnaires subalternes des compagnies de chemin de fer le respect de l'esprit de la loi Lavergne et du simple bon sens.
Les lecteurs de VAlmanach de la Langue française sont au courant des incidents du Canadien Nord et du Grand Tronc. Ils savent les difficultés qui sont allées jusqu'à l'appel à la police, auxquelles ont eu à faire face certains de nos compatriotes et les déclarations, très loyales et très nettes, qu'elles ont provoquées de la part des autorités supérieures des deux compagnies.
Car c'est le trait qui achève ces scènes caricaturales. Non seulement en plein milieu français, ou aux trois-quarts français, des fonctionnaires refusent de parler français à des clients français, mais ils font cela contre les intentions précises, nettement indiquées, de leurs chefs. Nous en avons la preuve écrite pom* le Grand Tronc et le Canadien
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Nord, nous l'aurons un jour ou l'autre pour le Pacifique et nous ne pouvons douter des sentiments des chefs de cette dernière compagnie. Tous les journaux ont reproduit les déclarations faites en Angleterre, en faveur de l'enseignement obligatoire du français et de l'anglais par lord Shaughnessy et chacun sait que le Pacifique a été le premier à déclarer qu'il se soumettrait à la loi Lavergne. Cette déclaration a même cassé les reins à l'opposition qu'on essayait alors d'organiser.
Le public connaît déjà, par certains quotidiens, l'incident de Rigaud oii les élèves du collège Bourget, partant pour leurs vacances du Jour de l'An, ont refusé de donner leurs billets, à moins que le chef du train ne les leur demandât en français. Le fonctionnaire récalcitrant finit par mettre les élèves sous clé, par appeler la police, lui aussi, et ce n'est qu'à l'intervention d'un haut fonctionnaire canadien-français que l'incident dût de ne pas aller plus loin.
Presque à la même heure une aventure analogue se produisait sur la voie du Grand Tronc, entre Saint-Liboire et Saint-Hyacinthe. Nous en extrayons le récit, en supprimant, pour le moment, le nom du fonctionnaire incriminé, qui n'importe guère, à la plainte formulée auprès de la compagnie par M. L.-A. Lapalme, du numéro 92, avenue Bennett, Maisonneuve:
"Le 2 janvier courant, je prenais à Saint-Liboire, comté de Bagot, avec ma famille le train de la Compagnie du Grand Tronc venant de Richmond et devant arriver à Montréal à sept heures de soir. . .
"Le préposé aux billets vint noits réclamer nos
billets en anglais. Par un souci de dignité que vous comprenez très bien, je le priai de faire cette demande en français.
M . . . me répondit: I haven't got to speak French, give me your ticket, à quoi je répondis que nous voulions du français. Le poing fermé sur son poinçon, M . . . fit alors mine de me frapper. Un monsieur qui habite Toronto depuis deux ans, M. Davignon Morel, intervint et dit au préposé aux billets qu'il nous fallait du français, que nous ne voulions pas être traités en inférieurs. M . . . répliqua: We are under the british flag, I haven't got to speak. French. Je le priai alors de se retirer, lui disant qu'il n'aurait pas nos billets."
L'obstiné fonctionnaire ayant réclamé l'appui d'un policier de Saint-Hyacinthe (ce qui, entre parenthèses, a motivé une démarche de M. Lapalme auprès des autorités municipales de Saint-Hyacinthe, démarche dont nous ne connaissons pas encore la suite), M. Lapalme, qui était accompagné de sa femme et de ses enfants, s'inclina, mais décida de porter sa plainte aux oreilles des chefs de la compagnie. Il le fit par une lettre à M. Quinlan, agent régional du trafic-voyageurs, dont nous avons donné cidessus un extrait, en fournissant les noms et adresses de quatre témoins: MM. Davignon Morel, de Toronto, 329 rue Huron, C. A. Pinsonneault, de Saint-Hilaire, W. Begnoche, 962 Saint-André, Montréal, A. E. Lapalme, Drummondville, et en ajoutant:
"Je sais d'avance, Monsieur, quelle sera votre opinion sur un pareil incident. Le 16 juillet 1916, vous écriviez à M. J.-A. Bernier, du numéro 663, rue Saint-Hubert, Montréal {File JQ-3). "Votre droit de demander d'être servi en français "par 710S employés est parfaitement légitime, et je vous assure "que nous faisons tous nos efforts pour éviter des plaintes "semblables à la vôtre, et j'ai tout lieu de croire qu'à la suite "de l'enquête que j'ai faite, vous n'aurez plus à subir cette "expérience, ni à Coaticook, ni ailleurs, sur notre réseau "dans cette province.
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"Je vous remercie d'avoir bien voulu attirer notre attention "sur ce fait, car cela nous fournit V occasion de remédier à un "état de choses que, malheur eusemeiit, nous rencontrons de "temps à autre, mais que nous ne saurions tolérer.^'
"Je suis donc assuré qu^ après enquête faite, vous tiendrez à affirmer une fois de plus le principe posé dans votre lettre à M. Bernier et à prendre les sanctions nécessaires. Il n'est pas admissible qu'un citoyen usant d'un droit que vous vous êtes plu à admettre vous-même, puisse être l'objet d'insultes telles que celles qui m'ont été faites à Saint-Hyacinthe."
La lettre de M. Lapalme était du 11 janvier. Dès le 13, M. Quinlan lui répondait :
"J'accuse réception de votre lettre du 11 courant.
"Je regrette viveinent cette affaire, et vais procéder immédiatement à une enquête.
"Je vous donnerai des nouvelles le plus tôt possible."
Nous tiendrons nos lecteurs au courant des suites de l'incident.
On voit immédiatement les conflits que peut susciter l'obstination de certains fonctionnaires.
Le plus sûr moyen d'y mettre fin, et de tarir une source d'ennuis possible, c'est d'en appeler tout de suite aux autorités supérieures . . .
Celles-ci se sont montrées jusqu'ici animées d'un excellent esprit. Mais encore faut-il qu'elles soient averties . .
Jean Bourgainville
A TRAVERS LA VIE COURANTE
IflSCTÎÙtiofî de L'ami que je rencontrai ce jour-là, extasié
h 'f ^ IoUyûq devant l'inscription française de ma boite à lettres avait bien cru qu'il me prendrait en défaut. Il ne put en effet s'empêcher de s'exclamer: "C'est bien vrai que tu en as une! Mais où donc l'as-tu prise ? Quand j'ai voiilu faire changer celle qui, en lettres anglaises, décore(!) la porte de ma maison, mon proprio m'a répondu: On n'en trouve nulle part à Montréal en français!"
Nulle part: c'était trop dire. Car la mienne ne venait sûrement pas de. . . Toronto. Je l'avais achetée ici même, chez Larivière, rue Saint-Laurent.
Mais j'ai voulu voir tout de même ce que ce nvlle part recouvrait de vérité. Les quincailUers qui vendaient de ces plaques étaient-ils vraiment si rares que pratiquement on pouvait dire qu'il n'y en avait nulle part?
Chez les Me voici donc au centre de la ville, en plein
OUinCGillieTS QU^J'tier canadien-français, rue Saint-Denis. Près de la rue Sainte-Catherine, un magnifique magasin de ferronnerie où doit se trouver sans doute l'article en question.
J'entre. — Vous avez des plaques pour boite à lettres, monsieur ? — Certainement. — En français ? — Le commis me regarde, hoche la tête, fait la moue, puis vide, fébrilement mais en vain, son tiroir. . . Nous n'en avons plus !
Le propriétaire de mon ami aurait-il raison ? Mais continuons. Rue Saint-Laurent. Un premier magasin qui semble, lui aussi, bien fourni et tenu par des Canadiens-Français. Quelle déveine: l'article,, ici encore, est introuvable! Et de deux.
Un peu plus bas, près de la rue Craig, Surveyer. J'arrête. Même demande, même. . . . mais non! Cette fois, je suis exaucé. Et j'ai le plaisir — oh! la jouissance délectable! — de lire enfin, incrustées dans le rude métal, les lettres du doux parler français! Avec Larivière, cela fait toujours deux. Deux contre deux. Les citoyens du centre de la ville sauront toujours bien où aller!
Mais les autres. . . ceux des lointains faubourgs? Mon Dieu! qui ne vient de temps en temps dans le centre de la ville ? Les autres, d'ailleurs, sont-ils si mal partagés ? J'aurais voulu continuer cette^ enquête. Les loisirs nécessaires m'ont fait défaut. Un jour cependant,.
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au hasard d'une course, j'ai découvert l'article recherche dans un magasin du nord de la ville, le magasin de ferronnerie Royal, 1129 Rachel est. Cette liste est sans doute incomplète. A nos lecteurs d'y ajouter les noms qui manquent. Nous les publierons volontiers.
A. r hôtel En attendant, et puisque nous parlons de lettres, me
des tfOStCS s^^^'t'i^ permis de signaler à l'administration des Postes une regrettable lacune constatée dans son Hôtel de la rue Saint-Jacques ?
Au dernier étage, département des douanes, afin d'éviter l'encombrement dans l'étroit couloir qui se trouve le long des comptoirs, on a appo.sé des affiches. A un bout: Way in, à l'autre: Way ont. Et c'est tout. Résultat : on s'y heurte et s'y bouscule autant, sinon plus, qu'auparavant. Encore l'autre jour, un brave paj^san dont l'ample personne remplissait, presque à elle seule, l'espace libre, tenta de sortir tout bonnement par où il était venu. De peine et de misère il passa derrière ses deux premiers voisins, citoyens à la taille plutôt svelte, mais quand il arriva au troisième — ime citoyeime, cette fois, aux proportions plus vastes — dame! ce fut autre chose. Autant aurait valu faire passer un chameau par le trou d'ime aiguille! Le têtu campagnard s'obstina quand même. X'avait-il pas le droit de s'en retourner ? Il y eut des heurts et des gros mots, mais de passage point ! Force fut à l'homme de rebrousser chemin. Il le fit maugréant et tempêtant. Tout ce bruit aurait pu être évité si, se souvenant des lois qui nous régissent, les autorités postales avaient placé, à côté des affiches anglaises, les simples mots: Entrée, Sortie.
jAu pClT΀97îeiîi Cela relève du gouvernement fédéral, voici de Québec ^^ dépend du provincial. Il ne s'agit plus d'une
inscription, mais d'une formule, d'un mot que nos parlementaires ont sans cesse à la bouche et que nous avons même surpris l'autre jour — ô horreur! — sur les lèvres augustes de notre premier ministre. On discutait en français un projet de loi. Comme on venait de finir la lecture d'une des clauses, une voix forte — voix de maître — retentit : dropped. Et les échos de répéter sur vingt sièges voisins: dropped, dropped, droppedl O mânes de Chapleau et de Mercier, voilez-vous, voilez-vous!
Hiunblement, aux représentants de la seule législature française du Canada, nous soumettons que ce mot pom-rait bien être : rejeté ....
Pierre Homier
NOTRE ALMANACH
h' Almanach de la Langue française a valu à la Ligue des Droits du français les témoignages les plus flatteurs. Nous n'en citerons que deux, mais particulièrement topiques et qui, avec le sommaire de l' Almanach, en démontrent le caractère d'intérêt permanent.
La Nouvelle-France d'abord disait:
"C'est un bijou d'almanach, bien rédigé puisque toutes, ou à peu près, nos meilleures plumes canadiennes y ont collaboré; bien patriotique, puisque la note dominante c'est l'attachement à la langue maternelle, le devoir sacré d'en sauvegarder et d'en défendre les droits; bien instructif, car plusieurs des articles qu'on y a contribués ou insérés sont de véritables leçons de choses, en particulier l'ingénieuse représentation graphique de la force numérique des catholiques de langue française au Canada, dont l'évidence saute aux yeux, ce qui est mieux que de les crever même au figuré; — bien imprimé comme tout ce qui sort des ateliers du Devoir. — Nous souhaitons plein succès à ce vaillant messager de la parole française, dont la Ligue des Droits du français est l'inspiratrice intelligente et dévouée. De tous ses procédés pour consolider et accroître le salutaire mouvement qu'elle a entrepris, la publication de son Almanach ne sera pas le moins efficace."
Le Parler français ajoutait:
"Voilà un almanach qui est un almanach et qui cependant est un livre!
"Ceux qui tiennent au calendrier trouvent celui de 1917 dans le.s dernières pages de la brochure; et dans les 110 premières pages ils ont un beau petit livre, où nos meilleurs écrivains disent le mieux du monde les choses les plus intéressantes sur les sujets les plus variés. Le meilleur éloge serait de reproduire la table des matières; mais tous nos lecteurs la connaissent. A ceux qui, par hasard, ne se seraient pas encore procuré l'Almanach de la Langue française, nous conseillons fortement de le demander sans retard au libraire le plus proche."
La table des matières suffirait en effet à dire la variété et l'intérêt de l'Almanach. Nous citons : "De 10 000 à 25 000; Sur l'Almanach de la Langue française (Albert Lozeau); Droits des parents en matière
d'éducation (Abbé Philippe Perriek); Le Saint-Laurent (Albert Ferland); Philippe Beauparlant (Pierre Homier); Aux Petits Ontariens (texte photographié); Green Valley, avec gravures (Joseph Gauvreau); a méditer; Un vieux garçon dépareillé (Abbé Lionel Groulx); Notre langue et notre littérature CAbbé Camille Roy); Dans la forge du Boche (dessin); Au tableau d'honneur; La lutte du français au Manitoba (Hector Heroux); Notre rôle (Fadette); Notre titre historique (Thomas Chapais) ; La Fédérationfranco-américaine; Les Gardiennes (Albert Lozeau); La Société Saint-Jean- Baptiste de Montréal (V.-E. Beaupré); L'égahté des races (dessin); Sommeil et Réveil (drame); Aux Petits Ontariens (texte imprimé); Conflit des races (N.-A. Belcourt); Des textes qu'il faut connaître (Art. 133 de la Constitution canadienne; art. 23 de la loi du Manitoba; loi Lavergne; art. 10 du règlement Lam-ier-Greenway) ; Jouets français (Leox Lorrain); Tables de mulfipHcation (dessin); Pour l'action efficace (Déclarations du Grand-Tronc et du Canadien-Nord); Le bilinguisme postal (docimient américain); Les catholiques de langue française dans la Confédération canadienne — Représentation graphique de leur force numérique; Simple hommage (Omer BLeroux); L'année française (J.-C. Martineau); Louis-Hippoh-te La Fontaine (portrait); Statistiques canadiennes — La population du Québec (Georges Pelletier); La langue française et le maintien de la Confédération (Hexri Bourassa); La Ligue des Droits du français; Epilogue; Année et calendrier; U Action française.
L'Almanach, on le voit, aura demain et les années prochaines un intérêt égal à celui qu'il offrait hier. Le calendrier ne constitue que l'un de ses attraits. C'est pourquoi il peut encore être offert comme prix et comme prime.
Plus de 20,000 exemplaires ont déjà été distribués. La Ligue tient à la disposition des curés, des cormuissaires d'écoles, de tous ceux qui veulent faire de la propagande française, les exemplaires qui lui restent, au prix de 15 sous l'exemplaire, SI. 50 la douzaine, SIO le cent, S75 le mille, frais de port en plus.
Adressez les commandes et faites les remises au Secrétariat de la Ligue des Droits du français, 98, Immeuble Dandurand, Montréal.