M. LLOYD GEORGE N'IGNORE PAS LE FRANÇAIS
La preuve je la trouve dans le Star de Montréal, numéro du 27 janvier 1917, qui reproduit à ce propos un article signé par T.-P. O'Connor, le parlementaire bien connu, député de Liverpool.
"Je dînais, dit-il, cette semaine avec le premier ministre David Lloyd George; c'est la première fois que je le rencontre depuis qu'il est devenu chef du cabinet anglais. Il a bonne mine, paraît gai, et il a déjà commencé à triompher de sa timidité à parler le français. Il peut maintenant comprendre facilement tous les discours en cette langue, en particulier ceux du premier ministre Briand. . ."
Et plus bas, M. O'Connor ajoute: '"'Il apprit d'abord le franç-ais dans sa jeunesse pour passer ses examens comme avoué. L'oncle qui l'éleva était cordonnier, et, tout comme son neveu, il ignorait alors le français. Ils se procurèrent donc un dictionnaire français, une grammaire française et un bouquin français pour étudier la langue ensemble, écrivant chaque mot à la craie sur un morceau de cuir pour semelles pris à la boutique de l'oncle. Mais M. Lloyd George a la mémoire aussi tenace qu'une ratière (as a rat trap) et il semble qu'il ne peut rien oublier. Cette connaissance précoce du français, il l'a conser\^ée pendant toute sa carrière. Je l'ai vu lire une vingtaine de romans français."
"Mais quand il s'agit de parler cette langue, une certaine timidité presque universelle chez les Anglais, y met obstacle, et M. Lloyd George refuse de le faire à moins d'y être contraint. Cependant, une fois qu'il a triomphé de cette timidité, il n'éprouve aucmie difficulté à s'exprimer et il en a encore moins à comprendre ce qu'on lui dit ... "
Comment expliquer maintenant que dans une entrevue avec Barrés, un M. Millet leur ait servi d'interprète? La chose nous paraît
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simple: M. Lloyd George s'est vu en face d'un académicien, d'un maître de la pensée française dont il avait probablement lu les ouvrages: sa timidité n'en a été qu'augmentée, d'où l'interprète.
— Un peu plus de bravoure, M. Lloyd George !
Cette modestie, cette fausse honte nous paraissent singulières chez im homme qui régente aujourd'hui l'Empire à son gré e'c se montrerait prêt pour im peu à avaler la monarchie. — Pierre Moxvel.