LE DIOCÈSE D'OTTAWA
Le Droit du 15 mai 1917, première édition et dernière page, a publié la pièce suivante, sous le titre: La division du diocèse d'Ottawa et la nomination du Rév. Père M. Gorman comme au.xiliaire.
A une assemblée de la Société St-Jean-Baptiste d'Ottawa, tenue au Monument National, de la capitale du Canada, le l3e jour de mai 1916, sous la présidence de M. E.-L. Chevrier, la résolution suivante fut adoptée à l'unanimité :
CONSIDÉRANT que des rumeurs persistantes disent que des démarches sont à se faire auprès des autorités romaines pour obtenir le remaniement des divisions de la province ecclésiastique d'Ottawa et la nomination du Rév. Père Gorman, du collège de Rigaud, comme auxiliaire d'Ottawa;
CONSIDÉRANT que le projet de nouvelle démarcation des frontières, pour la régie de l'ÊgUse cathohque, comporte la division du diocèse d'Ottawa, d'après les limites interprovinciales, la création d'un nouveau diocèse du côté de la province de Québec, et le remaniement ou la fusion des diocèses actuels d'Ottawa, de Pembroke, d'Alexandria;
La Société St-Jean-Baptiste d'Ottawa, corps laïque dûment autorisé à parler au nom de toute la population française de la ville et des en-
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virons, estime de son devoir, tout en reconnaissant que seule la hiérarchie divinement établie possède le droit de se prononcer sur l'opportunité de diviser ou non les diocèses existants, de porter respectueusement à la connaisçance des autorités compétentes les observations suivantes:
1. Le but ultime, sinon avoué, des auteurs du projet de remaniement de la carte ecclésiastique est manifestement d'obtenir, plus tard, l'adjudication du siège épiscopal d'Ottawa à un évêque de langue anglaise.
2. Il existe déjà un malaise sans cesse grandissant au sein de l'Église catholique, dans Ontario, parce que l'élément canadien français, qui forme 42 p.c. de la population cathoKque totale de la province civile, ne compte dans l'épiscopat que 2 de ses co-nationaux, tandis que les Irlandais en ont 8, dont 3 archevêques.
3. L'idée dominante de certains dignitaires ecclésiastiques d'angliciser l'EgKse cathoUque du Canada, en dehors de la province de Québec, est la source de véritables guerres de religion, parce que les Canadiens français, qui constituent par le nombre, l'esprit de foi et les états de service apostolique, la force maîtresse du cathohci.sme dans tout le Canada, ne consentiront jamais à renier une langue qui les préserve de l'influence essentiellement protestantisante de la langue et de la littérature anglaises.
4. La division du diocèse d'Ottawa, si elle était faite dans le but de placer un évêque de langue anglaise sur le siège métropohtain d'Ottawa, loin d'unifier le cathoUcisme ontarien creuserait davantage l'abîme qui le sépare en deux .groupes se faisant une guerre atroce, parce que l'un a entrepris de dépouiller l'autre d'une langue justement regardée comme gardienne de sa foi, et parce que la proportion inverse de la force numérique et du nombre de sièges épiscopaux détenus par l'élément irlandais crée une situation injuste et anormale.
5. Les Canadiens français, formant d'après le recensement oflBciel de 1911, 75 p.c. de la population catholique de la province ecclésiastique d'Ottawa, 73 p.c. de la population catholique de la partie ontarienne du diocèse d'Ottawa, 80 p.c. de la population catholique du futur district fédéral, 66 p.c. de la population cathohque du diocèse d'Alexandria, 47 p.c. de la population du diocèse de Pembroke, sont outragés dans leur âme nationale par les intrigues irlandaises toujours renaissantes pour les mettre sous la direction d'évêquesqui n'ont pas la mentahtô voulue pour pour être en communion d'idées et de sentiments avec leurs ouailles.
6. L'élément franco-catholique a compris le sens et la portée de la magnifique lettre encyclique de l'automne dernier, et depuis lors s'est
abstenu de tout acte propre "à alimantor la discorde entre les fidèles". Mais outre que la direction papale n'a jamais défendu aux Canadiens français défaire entendre de respectueuses protestations lorsque de nouvelles injustices les menacent, il est regrettable de constater que la paix relative de ces derniers mois, destinée à permettre à nos seigneurs les évêques de trouver une solution au problème du bilinguisme, serve à de nouvelles manigances d'anglicisation et à un regain d'activité de menées perturbatrices.
7. La première condition du rétablissement de la j^alx dans la charité au sein du catholicisme ontarien, c'est la mise d'un frein à la fièvre irlandaise et écossaise d'accaparement des sièges épiscopaux.