Revue de Paris, 15 octobre 1918, p
dimension, et la variété et l’ horreur, ils sont inouïs ; et jamais on ne le dira assez haut et assez longtemps. Mais, dans ces moyens inouïs, tout revient à l'emploi de la violence, de la ruse et de la science. Et ceci est aussi vieux que les annales de la guerre. Les « fins » poursuivies par l’Allemagne, à coups de rudes batailles, ne sont pas davantage nouvelles. Gomme tant d’autres « ravageurs de provinces », dont parle Bossuet, les Allemands ont voulu être les maîtres du monde, Les devanciers ne leur manquent pas dans cette politique d’ambition sans frein. Le savant P. Scheil démontrera à M*** que les Assyriens avaient déjà les appétits de domination qui distinguent les pangermanistes d’aujourd’hui.
ïl n’a pas même manqué à ces Asiatiques une théorie des races supérieures, afin d’autoriserleur avidité conquérante et la barbarie de leurs coutumes de guerre.
Mais si l’on veut, à tout prix, que la guerre menée par l’Allemagne ait quelque chose d’exceptionnel, à cause delà brutale philosophie politique qui y est partout sous-jacente, il faut convenir que les axiomes carnassiers du pangermanisme (1) se heurtent et se brisent au choc des affirmations spirituelles du Pontife romain. Non seulement Benoît XV n’admet pas que la puissance crée ci
1. Voir Paul Dudon, Nation de proie , Paris, Letliielleux, 1916.
l’àction de BENOIT XV
mesure le droit, que les petits peuples sont à la merci des grands, que la guerre est indépendante de la morale ; mais, sans se lasser, il a proclamé des vérités qui sont diamétralement contraires à cette divinisation nitzchéenne de la force .
Revenons aux griefs formulés par M***.
Garder le silence sur le point de savoir quelle est la meilleure cause, dans cette guerre, est une attitude légitime, observe M***, de la part du chef de l’Église universelle (1). M*** parle comme M. Giovanni, professeur italien, d’un anticléricalisme connu. Et l’on se demande si, par un tel langage, il ne ruine pas lui-même son acte d’accusation contre Benoît XV. Il parait que non. Car M*** poursuit : le pape aurait dû s’expliquer. — Monsieur, c’est ce qu’il a fait. Dans son allocution du 22 janvier 1915, il a exposé très nettement pourquoi sa fonction de Pontife universel lui commandait la réserve.
M*** prétend que Benoît XV « a évoqué à sa barre » toute l’affaire, et que, en qualité de pape, « il a déclaré les preuves insuffisantes et renvoyé les plaideurs dos à dos ». C’est raisonner en étourdi ou en sophiste. Défait, le pape s’est refusé à faire du Vatican un tribunal permanent et public pour trois motifs : parce que personne ne l’avait pris pour arbitre ; parce que, au début, et