‹ L'action française (volume 2)Chapitre 106 sur 180 · SCÈNES ET DOCTRINES DU NATIONALISME · texte numérisé non relu

SCÈNES ET DOCTRINES DU NATIONALISME

Agir, c'est bien. Mais s'agiter, ce n'est pas agir. Quand certaines circonstances favorables ont passé, il faut se détourner du terrain qui ne se préte*plus aux espérances de notre raison. Il était raisonnable d'attendre quelque chose de la campagne dreyfusarde et de notre victoire rennaise. On s'endormit après avoir crié « bataille gagnée ». Faute. d!un poing, Martin perdit son âne.

Chacun porte dans sa conscience des images douloureuses et vénérées auprès desquelles le monde est sans couleur. Un deuil, en ne laissant sur les objets aucune beauté qui pût m'attirer et en me disposant aux pensées graves, m'a rappelé à ma vraie destinée.

L'Ëvangile est terrible pour le serviteur qui avait enfoui son talent. Ai-je un talent? Si faible qu'il soit, en interprétant les aventures de Y Energie nationale dans ces dernières années, j'ai mieux servi l'esprit français que par les trois cents réunions où j'ai dénoncé les parle^ mentaires. Et même il n*est pas besoin pour servir la cause nationale que nous mettions dans nos livres un raisonnement patriotique. Dès rinstant que nous distribuons de l'ordre dans une œuvre passionnée, si nous chassons tout ce qui contrarie la justesse française, si nous appelons à la vie des éléments provinciaux, nous voilà utiles.

Depuis mon premier livre, livre d'enfant, Sotte l-œiî des Barbares, je n'ai donné au travail pour lequel je suis né que les instants que je dérobais à ma tâche politique. Déjà je corrigeai les épreuves de VHomme libre parmi les soucis

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d'une campagne électorale. Que ne puis-je légitimement espérer d'une méditation que rien ne distraira plus, quand des expériences variées m'ont désigné d'une manière certaine les objets où porter mon regard l

Toutefois, il convenait que je recaeillisse ces pages. On y trouvera Tàme d'un partisan et l'atmosphère d'une bataille. Il y a des couleurs qui durant quelques semaines remplissent tous les yeux, et qui bientôt s'effacent« deviennent introuvables. J'en suis sûr, l'historien des tumultes français (1) consultera plus tard ces pages fiévreuses. En outre, je suis heureux d'affirmer mes sentiments pour mes compagnons dans la minute même où je vais sur d'autres terrains poursuivre le combat qui nous a quelques instants fédérés. Enfin, il y a l'honneur, que je ne puis abandonner, d'avoir si bien délibéré et si bien lutté I

Ceux qui suivent ma pensée ont le droit de me demander compte des stades par où elle a passé. Ils trouveronlici ses premiers débrouillements; ils saisiront sa nécessité profonde dans

(1) Il faut faire une fortune à ce mot « tumulte o, bien supérieur k fièvre française que j'employai à piusieun reprises dans le Roman de l'Energie nationale. Le latin tumullus qui est de même radical que iumor, gonflement^ rend si bien la sorte de phénomène social que nous voulons signifier (boulangisme, affaire de Panama, affaire Dreyfus) ! Et puis ce mot a des titres vénérables. Rome s'en servait déjà à propos des Gaulois, a Nation née pour de vains tumultes », dit Tite-Liye. Appelez telle de nos « révolutions » un tumulte, et voilà des clartés qui s'aUument et se répandent le long de notre histoire.

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